Archives de catégorie : Base 5

Glenn Gould, l’excentrique

GLENN GOULD, L’EXCENTRIQUE
Un archétype de base 5 en survie à aile 4*

L’excentrique, c’est ainsi que Bruno Monsaingeon qui écrivit plusieurs livres et réalisa plusieurs films avec lui, nommait Glenn Gould. Le pianiste canadien, mort à 50 ans en 1982, fut une légende de son vivant. Pas seulement parce qu’il fut un des plus grands pianistes de tous les temps, mais parce que son aura, près de quarante ans après sa mort n’a point pâli.

Glenn Gould est un enfant prodige. A trois ans, on sait qu’il a l’oreille absolue. Il apprend le piano avec sa mère, est organiste d’église à onze ans, donne son premier concert de piano à quinze ans et compose très vite dans un style à mi-chemin entre romantisme et musique dodécaphonique.

En 1955, il grave sa première version des variations Goldberg de Bach qui révolutionne l’interprétation du Kantor. Jamais le contrepoint de Bach n’avait été aussi lisible. Entre 1955 et 1964, il se produit dans le monde entier et, à la surprise générale, il met fin à sa carrière publique à 32 ans. Désormais, il se consacrera à l’enregistrement de disques. Il meurt d’un AVC à cinquante ans, après avoir enregistré une seconde version des variations Goldberg, marmoréenne et crépusculaire.

Même si l’on a évoqué, de manière controversée, un autisme Asperger ou une névrose, la base 5 de Glenn Gould semble être une hypothèse sérieuse. Son retranchement dans la solitude pour s’adonner à une quête obsessionnelle de la perfection musicale, la manière qu’il avait de fuir le monde et de mettre à distance ses interlocuteurs est légendaire. Il préférait d’ailleurs la compagnie des animaux à celle des humains! La sobriété de son train de vie est également typique de la base 5: il se nourrissait chaque jour du même repas composé de pain grillé, d’œufs brouillés et de salade. Et, bien sûr, Gould est le prototype du musicien cérébral. Sa manière de faire comprendre l’architecture de la musique qu’il jouait est unique dans l’histoire du piano. Qui n’a écouté Gould en ayant le sentiment de comprendre la musique?

Mais Gould semble avoir aussi une belle aile 4. Il chantonnait en jouant, et ses enregistrements sont célèbres pour cela, et les images nous le montrent dans une transe très expressive, où l’émotion est omniprésente. Avec une expressivité des émotions très 4, mais, à l’abri, derrière la caméra! La vidéo de Gould jouant le dernier contrepoint de L’Art de la fugue, inachevé du fait de la mort de Bach, est bouleversante: à la dernière note, Gould se fige dans un geste très théâtral comme s’il mourrait avec Bach.

Contrairement à une légende tenace, Gould n’a pas un jeu insensible! Loin de là: il suffit d’écouter par exemple le prélude en si bémol mineur du premier livre du Clavier bien tempéré de Bach:

ou ses ballades de Brahms:

Gould était sans doute de sous-type en survie, ce qui renforce le retrait du 5, dans son château-fort. Il était toujours, été comme hiver recouvert d’une série de couches de vêtements pour ne pas avoir froid et trempait longuement ses mains dans l’eau chaude avant de jouer…

Riso et Hudson appellent le 5 à aile 5 l’iconoclaste. Les propos de Gould sur Mozart et Chopin dont il n’aimait pas la musique, ou sa fameuse chaise aux pieds sciés pour être en contrebas du clavier en sont des exemples. Mais surtout, c’est ce mélange de puissance cérébrale et de retrait d’un côté, de passion et d’émotion de l’autre qui peut en faire un archétype. Comme beaucoup d’artistes, notamment des cinéastes (David Lynch, Tim Burton) qui expriment des émotions intenses sur la base d’une grande intelligence mentale et à l’abri, derrière une caméra qui, selon les cas, observe ou protège.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son œuvre. 

Le vagabond des mers du Sud

LE VAGABOND DES MERS DU SUD
Bernard Moitessier
Un archétype de la base 5 en survie*

Né en Indochine en 1925, Bernard Moitessier a appris le goût de la nature lors des grandes vacances dans le golfe du Siam au contact des pêcheurs locaux qui l’initient à la navigation. Sa vocation vient de là pour celui qui se surnommait lui-même le vagabond des mers du sud. Sillonnant l’Atlantique et le Pacifique, il passe trois fois le cap de Bonne- Espérance et deux fois le cap Horn. Militant pour la
dénucléarisation du Pacifique, écologiste avant l’heure, il échoue en plein Océan
Indien et passe trois ans à l’île Maurice où il vit dans une maison de corail sur une
plage en donnant des conférences ou en pêchant, et est à deux doigts de perdre un
pied à la suite d’une morsure de requin. En 1958, il fait naufrage en s’endormant en
pleine nuit après 72 heures sans sommeil.

Il participe en 1968 à la première course autour du monde en solitaire. Et, coup de
théâtre, alors qu’il s’apprête à franchir la ligne d’arrivée en vainqueur, devant les
flonflons, la fanfare, les petits fours et la perspective d’un quai noir de monde et de
mondanités superficielles, il renonce à la victoire et poursuit sa course jusqu’à
Tahiti, faisant un tour du monde et demi en solitaire durant dix mois de navigation.
Avec un lance-pierre, il a laissé un message à un cargo en disant : « Je continue car
je suis heureux en mer et peut-être aussi pour sauver mon âme. »

Cet événement emblématique, le goût de la solitude, même quand il sera marié et père d’un enfant, de l’écriture (La longue route est un journal de bord qui eut un vrai succès) née de l’observation, de la nature, poussent à imaginer une base 5 en sous-type survie.

« Je pensais que j’étais un solitaire parce que je ne pensais pas que vous pourriez naviguer autrement que seul. Je me rends compte maintenant comment la solitude en mer a des couleurs intenses et violentes parfois, mais toujours chaudes. Elle n’a rien en commun avec ce genre de grisaille, de vide total qui touche une personne sans compagnons. Plongé dans une foule indifférente qui va toujours pressée. »

La personne de base 5 évite le vide, et la solitude lui permet de le remplir par la
réflexion, l’art ou la contemplation.

« Il y a différentes philosophies pour naviguer. La mienne s’attache à faire au plus simple, pour être paré à prendre la mer dans les plus brefs délais et à moindre frais. »

C’est là que la tentation de la base 5 apparaît, l’avarice, qui peut être matérielle,
par désir de ne pas dépendre de quelque chose de lourd et difficile à lâcher, d’éviter de s’encombrer de besoins superflus, d’attaches lourdes à dénouer: le bateau est là, prêt à prendre la mer. Avarice de soi aussi, car, en mer, personne ne vient demander de s’investir dans une relation qui pourrait troubler son monde intérieur.

Cet excès de passion peut être néanmoins canalisé par la vertu propre de la base 5, la générosité pour développer son talent de faire voir, clarifier, transmettre, avec sobriété. Les pages qu’il nous laisse en atteste, qui nous ouvrent à un monde riche, lumineux, profond, comme une métaphore de la vie intérieure, libre de toute attache et disponible à ce qui est.

« Un bateau, c’est la liberté, pas seulement le moyen de rejoindre une destination,
comme je le pensais il n’y a pas si longtemps. Petite maison spartiate que j’emmène
avec moi et qui me transporte où je veux dans le monde, Marie-Thérèse [le nom
d’un de ses bateaux], représente aujourd’hui la riche solitude des grands espaces.
Où passé et futur fusionnent pour devenir le moment présent dans le chant de la
mer. »

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son œuvre. 

 

Dans la grotte bleue

DANS LA GROTTE BLEUE
Par Avril
de base 5 en tête-à-tête

Au cours des M3 et M2, Valérie m’a posé cette question : pourquoi cloisonnes-tu les zones de ta vie? Quel serait le risque de ne pas le faire? Quelques exemples: je suis mal à l’aise quand mes amis se rencontrent: je ne parle jamais des uns aux autres, j’ai de grandes amitiés en tête-à-tête, mais chaque amitié est un univers, un monde à part. Je ne divulguerais pas un secret. Chaque amitié est un secret. Je n’aime pas parler de mon travail. J’ai l’impression que ma bulle créative est mon jardin secret, mon lieu de ressourcement personnel, je n’ai pas envie que d’autres y pénètrent. Mon travail est un secret. Les cloisons sont aussi assez imperméables autour de mes activités extra-professionnelles, de ma vie affective.

Pourquoi ces cloisons? Pour ne pas être lisible, certainement (j’aime brouiller les pistes, surprendre quant à ma personnalité; je réponds de manière évasive lorsqu’on me demande comment je vais); pour me cacher, avoir au moins une zone de repli.

Si je laisse la question me toucher encore, je dois admettre des sentiments de honte: lorsque j’entrouvre la fenêtre d’une cloison, j’ai peur d’être jugée, et j’ai honte. Si je vais au bout, je sens que cette honte est celle d’exister, une honte de la vie en général…

Est-ce que cette honte est commune aux personnes de base 5? Je me le demande. Je sais que nous avons cette peur du vide intérieur, qui nous cause cette boulimie de connaissance. Parfois, je lis un livre compliqué en le parcourant le plus vite possible, pour emmagasiner de la connaissance. Pas tant pour pouvoir la restituer, ni même l’éclaircir en moi, que pour l’acte de me remplir. En prévision.

Hiroshima, Yves Klein

Pourtant, à l’intérieur, c’est le chaos, la grande interrogation. Je ne veux pas tellement aller voir, je suis souvent paralysée et abrutie si l’on me demande ce qu’il s’y passe.

Une exception: un des moyens d’accès à cette intériorité qui me semble chaotique est l’écriture de poèmes. Dans le noir, avec le moins possible de sollicitations extérieures et à l’heure ou l’inconscient affleure, je parviens à me concentrer sur mes ressentis, et les images viennent pour me montrer qui je suis, avec intensité. Quel repos et quel soulagement de fixer quelque part, grâce aux mots justes, qui je suis. Pour me connaître. Ensuite, pourquoi pas, pour le partager, car je sais que ces poèmes sont justes. Ils me garantissent le contraire du vide: la brûlure, la douleur, la joie, la richesse, les sensations ardentes – la vie pleine. Et « ceci du moins est à moi » (c’est ce qu’a besoin de répéter Mesa dans Partage de midi).

En me couchant, j’ai eu la vision d’une grotte, en moi. J’y étais singulièrement bien. Rien dans cette grotte. Elle est devenue bleue, du bleu profond et chatoyant de l’heure bleue, une lumière riche qui se pose sur toute chose, une des couleurs les plus profondes. C’était un bleu chaud. Puis je me suis vue nager dans cette grotte, comme un plongeur qui se meut avec aisance. D’habitude je n’aime pas l’eau, froide et envahissante, et la sensation d’étouffement me vient dès que je m’imagine plonger. Mais rien de cela ce soir-là. Je me suis endormie comme un bébé.

Est-ce que cette grotte était vide? Certainement pas, j’y avais plutôt un sentiment de plénitude, j’y étais sensiblement présente. J’ai touché le fait que je ne suis pas vide. Pourtant, rien, sinon une lumière, de l’eau, de la chaleur. J’ai rêvé ensuite d’une oreille, symbole de la vie fœtale.

J’ai eu le sentiment d’exister, pour guérir de la honte de n’être personne.

Là-haut sur la montagne

Là-haut sur la montagne
par Charles, de base 5

Exercice difficile que de se livrer ainsi au travers d’un témoignage. Donner des clés de lecture sur sa personnalité, c’est en effet permettre à l’autre d’y pénétrer et s’il y a bien une chose que je n’aime pas c’est l’intrusion! C’est ainsi que certains pourraient me percevoir comme un roc, une montagne inaccessible car distante et impénétrable.

Cette montagne a toute son importance pour moi. Elle m’attire. Existe-t-il un meilleur endroit pour limiter les possibilités d’intrusion? Pour ne pas être envahi par le bruit de la ville? Pour s’affranchir de ce brouhaha qui empêche de se retrouver seul face à soi-même?

Se retrouver seul face à soi-même… tant de personnes ont l’air d’avoir peur de cela. Cela m’intrigue. J’ai du mal à comprendre que cela puisse être difficile. J’y arrive facilement et naturellement. Souvent même, je le recherche !

C’est ainsi que je me sens bien sur ma montagne.

Son rythme, vu de loin, y est paisible. Et pourtant, intérieurement, elle vit intensément. La neige de l’hiver cache les bourgeons de printemps qui se développent pleins de vie dans la  discrétion. Elle recouvre ces ruisseaux qui sont en fait des torrents. Les hauts sommets maintenant immobiles font oublier l’intensité des mouvements tectoniques qui les ont formés. C’est ainsi que je suis.

Derrière une apparente passivité se cache une activité intérieure intense. Il faut s’en approcher pour le réaliser. Mais attention, comme en montagne, tout le monde ne parvient pas au  sommet. Les anciens le savent bien. C’est la montagne qui se laisse gravir par l’homme et non l’inverse. Si la météo ne le permet pas, l’ascension est reportée. La montagne dicte son temps. Ainsi en est-il de mon ouverture. Rejoindre certains sommets n’est possible qu’après la fonte des neiges. Là encore c’est la nature qui donne le rythme. Je tiens à rester maître de mon temps et du moment où m’ouvrir. Gare à ceux qui cherchent à le précipiter. L’avalanche est assurée et l’ascension stoppée nette.

De la montagne j’observe la vallée et sa ville en contrebas. J’en perçois le brouhaha et une certaine agitation. Vu de haut des flux se dessinent. Certains ne me paraissent pas logiques, pas rationnels. J’interroge souvent les habitants d’un « Pourquoi est-ce ainsi? ». Certains me confessent ne pas connaître le sens de leur rythme. Comment peuvent-ils vivre ainsi? A quoi  bon dépenser autant d’énergie sans savoir pourquoi? Sans comprendre ni connaître le sens à lui donner? J’aime bien réfléchir à ces questions de fond avec ceux que je vois en descendant à la ville.

Descendre à la ville consiste moins à faire le tour des soirées mondaines ou des grands rassemblements publics qu’à rechercher des moments de qualité en petit groupe. Ces derniers sont plus propices aux grandes discussions profondes et me tiennent à distance des discussions de comptoir sur la pluie et le beau temps. La ville reste cependant un terrain de jeu, un lieu d’observation des techniques et des personnes. L’agitation de la ville multiplie les occasions d’apprentissage et de découvertes. Cependant c’est le calme de la montagne qui me permettra de mettre de l’ordre dans la masse d’observations collectées, de l’intégrer et de pouvoir la partager par la suite. Là encore mon apparente passivité extérieure détonne par rapport à mon intense activité intérieure.

Ma tête parle bien souvent avant mon cœur et mon corps.

Ma vie est une alternance de montée sur ma montagne et de descente à la ville. Monter sur la montagne pour me retrouver, me reconnecter à moi-même. Descendre à la ville pour entrer en relation avec l’autre, s’enrichir mutuellement et donner ce temps qui est si compté. Ces aller-retour perpétuels entre montagne et ville font partie pleinement de moi.

Sans passage par la montagne, je ne pourrais pas être aussi pleinement présent au monde. J’en ai besoin. Cela fait partie de moi.

Quand je monte sur ma montagne, ce n’est pas définitif. Partir pour mieux revenir résumerait bien ce mouvement de balancier qui surprend plus d’un. Certains diront « il était si présent et le  voilà d’un coup si loin ». Rassurez-les. Si je suis remonté sur ma montagne, c’est pour mieux revenir à eux. Prenez patience. Mon temps s’écoule différemment.

 

François Mitterrand et la base 5

FRANCOIS MITTERAND
Un archétype de la base 5 en social*

Secrète, distante, calme, cérébrale: ainsi voit-on la personne de base 5. François Mitterrand en serait-il un archétype?

Plusieurs pistes vont en ce sens, dont celle d’un centre d’intelligence mental: rapidité de l’intelligence, précision du verbe, recours au calcul rationnel.

Plus caractéristique peut-être, cette retenue, cette réserve que certains pouvaient juger hautaine ou froide. La personne de base 5 place ses interlocuteurs à distance, notamment pour ne pas être envahie émotionnellement et garder le recul nécessaire pour comprendre et contrôler son environnement: le regard de sphinx de François Mitterrand, son économie de paroles, ne sont pas sans y faire penser.

Et puis, il y a ce dont ses proches témoignent à la fin de l’excellent film documentaire de Jean Lacouture et Patrick Rotman: la capacité à cloisonner. Personne n’était en mesure de connaître l’intégralité de la vie de François Mitterrand. Il séparait rigoureusement sa vie privée de sa vie publique, et au sein de sa vie politique ou amicale ne mélangeait par les différents cercles. Jusqu’à la fin de sa vie, il continua à déjeuner une fois par an avec son vieil ami l’écrivain Jacques Laurent, homme de droite, qu’il avait connu avant-guerre dans les milieux étudiants royalistes de l’Action française, sans jamais la recouper avec ses amitiés politiques plus récentes.

Tout comme personne ne pouvait imaginer la profondeur de la relation amoureuse qu’il avait avec Anne Pingeot, la mère de Mazarine. Plusieurs lettres par jour, écrites passionnément dans le secret de sa chambre: l’émotion n’est pas étrangère à la personne de base 5, loin s’en faut; mais s’y abandonner pourrait brouiller la rationalité, c’est pourquoi elle se vit souvent dans la solitude, après coup, à l’abri des regards.

De même, les interrogations profondes de Mitterrand sur la mort et sur Dieu, furent-elles toujours partagées avec un petit nombre, sans doute les rares qu’il jugeait au niveau nécessaire pour avoir avec lui ce genre de conversation: conjugaison caractéristique de la base 5 de la recherche du sens et d’un certain élitisme.

Sans doute la carrière exceptionnelle de François Mitterrand tient-elle, non pas à cette passion de la réussite qui anime par exemple les personnes de base 3, mais à cette avarice de soi qui est l’excès de passion de la base 5. Mitterrand a eu cet art incroyable de donner peu autour de lui, sauf des positions d’honneur une fois qu’il sera élu, et de beaucoup prendre. Sans aucun doute y est-il arrivé car la supériorité de son intelligence, alliée au culte du secret et de la dissimulation, a-t-elle exercé dans son entourage une fascination rendant possibles tous les dévouements, même les plus irrationnels.

À ce stade, on ne peut pas omettre de signaler l’importance du sous-type social qui donne à ces personnes de base 5 une capacité à comprendre les fonctionnements collectifs, à parler en public, et aussi, pour le pire, à manipuler avec des accents déconcertants de sincérité.

L’efficacité dès lors devient redoutable, d’autant qu’en activant sa flèche 8, il est en mesure de déployer une puissance insoupçonnable habituellement. La fameuse campagne d’affiche de 1981, avec la chapelle en second plan, est d’ailleurs une illustration:  en mélangeant l’étiquette progressiste due au socialisme et la référence terrienne et ancestrale figurée par la chapelle romane, l’image donnait au candidat une stabilité que venaient renforcer le slogan, particulièrement réussi de sa campagne: la force tranquille.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son œuvre. 

Communiquer en 5 ?

COMMUNIQUER AVEC UNE PERSONNE DE BASE 5
par Mathilde
de base 5

NB : Les observations suivantes sont faites par rapport à mes attentes. Elles ne seront peut-être pas adaptées à votre interlocuteur qui, d’ailleurs, est le seul à pouvoir indiquer ses besoins.

RAPPEL : Rationnel, la personne de base 5 veut comprendre ce qui l’entoure en analysant et accumulent les connaissances. Il a tendance à s’isoler afin de réduire l’impact du monde extérieur, de se couper d’un excès d’émotions et de sensations pour adopter une position d’observateur. Il s’agit également d’une protection envers ses propres sentiments et désirs. L’objectif est de se protéger de toute intrusion.

COMMUNIQUER

POURQUOI ?

Tous les sujets intéressent la personne de base 5. Évitez simplement de parler de la pluie et du beau temps si vous n’avez d’autre objectif que de meubler la conversation. Elle préférera alors le silence. Elle peut se montrer intarissable pour vous transmettre ses connaissances et vous écouter assidûment parler des vôtres.

Il est également possible d’aborder des sujets beaucoup plus personnels et chargés d’émotions :
– sans aucune difficulté si c’est vous qui vous confiez
– suivant quelques recommandations dans le cas contraire.

NB : Ne le forcez pas à se confier ! C’est inutile ; son silence est redoutable! Vous ne pouvez que lui demander de le faire, l’encourager en précisant les enjeux (mieux le connaître, répondre à ses attentes, comprendre vos différences, chercher la vérité…).

AVEC QUI ?

Une personne de base 5 se laisse difficilement approcher. Elle évitera de prendre des risques: elle ne parlera que s’il peut faire confiance à son interlocuteur.

Quelques qualités à avoir :

– Ne pas être bavard
Ce qu’une personne de base 5 vous a confié à vous, c’est à vous qu’il l’a confié; ne le répétez pas! même si les informations peuvent vous paraître anodines. La Loi du silence est de rigueur; et c’est une loi très exigeante.

Le respect
Ne vous moquez ni de son silence ni de ses confidences. Vous serez parfois surpris par sa réserve (aucun thème n’est vraiment neutre: partager veut forcément dire se livrer, se dévoiler).

La délicatesse
Si une personne de base 5 ne veut rien dire, elle bloquera sa porte et il est inutile de vouloir la forcer: c’est impossible! Une personne de base 5 bloquée est incapable de parler.

MAIS

Son repli n’est pas toujours volontaire, c’est aussi un réflexe. Elle peut donc se retrouver prisonnière de son propre fonctionnement (ne plus savoir comment aller à la rencontre de l’autre). Encouragez-la doucement, rassurez-la! Vous pouvez tout obtenir par la douceur et la délicatesse.

La patience
Une personne de base 5 a besoin de temps pour analyser la situation, trouver les mots justes, s’assurer que vous l’avez bien comprise et gérer ses émotions. Si vous êtes pressé, abstenez-vous et choisissez un moment plus propice ou la conversation est vouée à l’échec. Elle ne vous en voudra pas (au contraire!) si vous lui dites : Ce que tu as à me dire m’intéresse. Je veux pouvoir t’écouter avec attention. Peut-on reprendre cette conversation dans une heure?

QUAND ?

Il n’y a pas tellement d’indication de temps mais il vaut mieux avoir un peu plus de cinq minutes devant vous.

Si c’est vous qui voulez lui parler de quelque chose d’important, évitez de le faire dans un moment de fortes émotions. Une personne de base 5 a des émotions très vives et redoute qu’elles n’explosent. Il a donc besoin de les approcher prudemment, les analyser, les ranger dans son petit cœur, les isoler les unes des autres; il a ainsi l’impression de les maîtriser et les craint moins. S’il y a trop d’informations à traiter en même temps, son cerveau dysfonctionne et c’est la panique!

Ce processus sera plus rapide si vous lui laisser quelques instants de répit sans parler ou en lui disant de petits mots gentils : Ne t’inquiète pas / Tout va bien se passer / Je suis là… Si elle n’y voit pas d’inconvénient, vous pouvez accompagner vos paroles de caresses ou gestes tendres. Le simple fait de lui poser une main sur l’épaule l’aidera à rester ancrer dans le réel, les sensations physiques, ce qui est très bénéfique en cas de tension.

Même si vous avez déjà la réponse à cette question, vous pouvez ensuite lui demander ce qui se passe. Cela lui permettra de formuler ses émotions. Vous pourrez alors transmettre votre propre ressenti. Elle sera sensible à la confiance que vous lui portez et sera rassurée: si vous vous confiez c’est que vous acceptez de vous montrer vulnérable et qu’elle peut faire de même.

Un escargot : métaphore de la base 5

UN ESCARGOT CURIEUX
par Erika
de base 5 en tête-à-tête

Un escargot curieux de l’autre mais électrisé par lui.

Je suis de base 5 (c’est d’ailleurs une des excuses que je trouve pour rendre ma copie à Valérie avec des semaines de retard… parce qu’un 5 ne fait jamais les choses à chaud… et Valérie a la gentillesse de me trouver des circonstances atténuantes !).

Une base 5, tiraillée. Pas mal dans sa peau ; juste tiraillée entre deux forces contraires. Jamais contente. Qui voudrait être là plutôt qu’ici, qui se rêve la tête dans les nuages mais constate qu’elle a les pieds sur terre. Qui rêve de grandes fêtes folles à la Grande Bellezza mais qui tremble des genoux devant cinq personnes dans une salle d’attente.

Une base 5 en tête-à-tête, qui appelle l’autre de ses vœux… pour mieux le fuir.  

L’image qui m’est venue est celle d’un escargot. Je ne suis pas spécialiste des gastéropodes (que personnellement je préfère presque cuits avec un hachis d’ail et de persil) mais voici ce qu’il dit de moi.

Je suis donc cet escargot.

Protégé par sa coquille, son antre, son foyer, dans lequel il est seul, l’escargot est bien. Il réfléchit, contemple les rayons du soleil à travers sa coquille, hume l’odeur qui remonte de la pelouse dans la spirale qu’il habite si complaisamment. Seulement voilà, l’escargot a, de temps à autre, une furieuse envie de partir à l’aventure du monde et, plein d’allant, après avoir mûrement réfléchi, il se lance et sort ses antennes, joyeux à l’idée de rencontrer cet autre, si semblable et si différent. L’idée est plaisante, l’envie furieuse.

Mais voilà que l’autre se présente à lui, en chair et en os (si l’on peut parler ainsi d’un escargot…). L’autre est content de voir l’escargot, si souvent enfermé dans sa coquille, toutes ses antennes dehors, prêt apparemment à la rencontre. Seulement, autrui n’est pas qu’une idée… il en impose. Et notre escargot, lui habituellement si lent, rentre précipitamment au moindre contact avec lui dans sa coquille, comme électrisé par ce qu’il appelait pourtant de tous ses vœux, à la fois déçu de n’avoir pas affronté le monde, triste de se retrouver seul alors qu’il désirait ce contact… mais terriblement soulagé de n’être plus en prise avec le danger.

Une fois la peur passée, l’envie de la rencontre, la curiosité renaissent de plus belle. Et l’escargot retente sa chance. Prudemment. Il finit par trouver dans la multitude (et très vite, de peur de se faire agresser par elle) un autre à sa mesure : ni trop bavard (il finirait très vite par ne plus l’écouter), ni trop silencieux (quitte à trouver le silence, l’escargot le préfère seul dans sa coquille).

Alors l’escargot se met à parler (mais souvent à faire parler !), à tisser des liens, ses antennes plongées dans les yeux de l’autre, intensément. Le monde n’existe plus. Seuls comptent les yeux de l’autre dans lesquels il se plonge comme il se plongerait dans sa propre coquille. L’autre devient une coquille de substitution. Les yeux de l’autre sont pour quelque temps son refuge, ses œillères. Il ne l’écoute pas, il comprend déjà ce que dit son être, il ne le regarde pas, il le sonde au plus profond de lui. Mais il est tellement impliqué dans ce tête à tête qu’il en oublierait presque sa propre coquille. Presque.

Parce que rapidement, quand même, abreuvé de l’autre qu’il a essoré, il aspire à reprendre son souffle. Et il ne peut le reprendre que loin des yeux qui l’ont nourri durant ces instants. Alors plein de cet autre, il rentre dans sa coquille… et attend  que resurgisse le désir de la rencontre.

Un huis-clos de tête-à-tête

imagesMADEMOISELLE DE JONCQUIERES
Un film d’Emmanuel Mouret, 2018

Un huis-clos de tête-à-tête et une illustration du triangle de Karpman

Tout est beau, délicat: les costumes, la langue, les paysages, la musique. Un régal esthétique. Tiré d’un épisode de Jacques le Fataliste de Diderot, le dixième film d’Emmanuel Mouret est remarquable pour la qualité de sa mise en scène et la subtilité des caractères qui ne jugent jamais aucun des personnages embarqués dans une vertigineuse histoire de séduction. Pas de manichéisme ni de moralisme, le secret des cœurs et des destinées reste entier, sans enfermer l’un ou l’autre des personnages dans un message à faire passer. Tout reste ouvert.

Cette liberté laissée au spectateur permet une lecture passionnante à trois niveaux : les profils de l’ennéagramme, les sous-types et ce phénomène psychologique, bien plus répandu que l’on ne croit dans les relations, du triangle relationnel de Karpman – sur lequel on attend d’ailleurs avec impatience la sortie du nouveau livre du Père Pascal Ide le 5 novembre aux Editions de l’Emmanuel.

mademoiselle-de-joncquieres-678x381L’histoire est simple et vieille comme le monde: le marquis des Arcis, libertin notoire, mène une cour incessante à madame de la Pommeraye, jeune et belle veuve, retirée du monde qui finit par s’abandonner à lui. Mais bientôt le butineur se lasse et la veuve blessée ourdit alors une vengeance terrible.

L’hypothèse typologique nous incline à pencher vers une histoire entre deux types mentaux dont la merveilleuse langue de Diderot met en relief la célérité cérébrale et le goût du mot juste et souvent assassin. Base 5 pour madame de La Pommeraye interprétée par la sublime Cécile de France: détachée du monde et des regards, observant le monde et les frasques de son ami avec amusement; elle est distante, presque froide; cultive un côté inaccessible et pratique une aisance du verbe fin et piquant qui ne fait qu’exacerber le désir du marquis. La base 7 pour le marquis semble bien plus simple encore à envisager: papillonnant de conquête en conquête, à la recherche constante du plaisir à tous les niveaux, léger et drôle, il se lasse vite et sa quête de nouveau semble ne pas avoir de fin.

x1080-mxkMais plus encore que les types, ce sont les sous-types qui apparaissent, dans un formidable jeu de tête-à-tête. Tout se passe dans les regards et dans les cœurs, pour le meilleur et pour le pire. La scène près du lac ou rien n’est montré et tout est dit de la communion des cœurs par le truchement de la nature, en est la plus belle expression.  Experts en séduction, focalisés sur la relation (ami, amant ou même passion professionnelle, artistique etc.), les personnes en tête-à-tête sont douées d’une intensité du regard intérieur et extérieur, d’une capacité de concentration et de présence à l’autre, mais aussi d’un sens aigu de la rivalité et de la compétition…

maxresdefaultLe duo de ce film pourrait en être une illustration magistrale, avec deux combinaisons différentes. Le sous-type exacerbe le type chez le marquis: l’intensité de l’un vient renforcer l’enthousiasme et l’excitabilité de l’autre. On attribue au 7 en tête-à-tête les mots de fascination-suggestion superbement mis en mouvement par la cour patiente et régulière qu’il mène auprès de la belle veuve. Fasciné par les femmes, au point d’en devenir littéralement hors de lui, il est capable d’une force suggestive prodigieuse. Tout est mis en œuvre au service de la jouissance d’un tête-à-tête prometteur: car bien souvent, en 7, c’est le plaisir anticipé qui est la quête, plus que celui du moment, qui bien souvent lui échappe.

3101158Pour madame de la Pommeray, les choses sont plus complexes. Son sous-type (dont l’urgence est de rentrer en relation) et son type (dont l’urgence est de se retrancher du monde pour l’observer) sont en contradiction. C’est peut-être la raison pour laquelle, après s’être livrée au séducteur et donc l’avoir introduit dans une intimité protégée, elle supportera d’autant moins d’être ensuite trahie et déploiera un piège d’une finesse et d’une froideur terribles.

68ba53e_4QcayNVxbGf9VHSGQcFbCfYlC’est au cœur de ces paysages intérieurs, que le jeu psychologique mis au jour par Karpman trouve son incarnation. Le Triangle dramatique  consiste en un jeu pervers et inconscient dont le but est de maintenir une excitation relationnelle où chaque protagoniste joue alternativement les rôles de bourreau, victime et sauveur, tournant au gré des situations, jusqu’à la manipulation. Chaque personnage y participe, jusqu’aux secondaires mais il serait trop long de nous y attarder. Les personnes en tête-à-tête en sont probablement les champions – et les jouets, car c’est un piège sans fin et une vrille infernale où même celui qui semble subir est complice. Le seul moyen d’y échapper est de sortir de la triangulation, au risque de perdre la relation par manque d’excitation.*

3248335.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxC’est là qu’intervient mademoiselle de Joncquières, dont les intentions ne sont peut-être pas aussi pures qu’il n’y paraît… Dans la vengeance qui est au cœur de l’intrigue, il serait facile d’enfermer les trois protagonistes dans un rôle: le bourreau pour Madame de la Pommeraye, la victime dans celui de mademoiselle de Joncquières et le sauveur dans celui du marquis. A y regarder de plus près, les trois personnages tournent alternativement : la belle veuve joue aussi à la perfection la victime en amante délaissée, et passe même un temps à se mettre dans la peau du sauveur de la jeune fille. Le marquis, victime du complot, après avoir été bourreau des cœurs, semble terminer en sauveur. Et la jeune fille, prototype de la victime, semble devenir sauveur du courtisan invétéré en le libérant de son papillonnage.

Est-ce si simple ? Rien ne laisse penser que la conversion du marquis volage n’est pas une pirouette pour se sortir du guêpier et qu’il va rester fidèle à mademoiselle de Joncquières. Sa dernière réflexion, sur ton de joute revancharde, montre bien qu’il n’est pas sorti du triangle. Dans cette même scène finale, le regard de la nouvelle marquise des Arcis a des relents de conquête et interroge sur ses intentions des scènes précédentes. Rien ne dit que les rôles ne vont pas continuer à tourner: madame de la Pommeraye en nouvelle victime, la toute neuve marquise en nouveau bourreau… comme rien ne dit que chacun ne va pas trouver en lui les ressources pour oser sortir du triangle, en son temps, pour reconquérir sa liberté intérieure.

* Pour en savoir plus sur le Triangle de KarpmanVictime, bourreau ou sauveur, comment sortir du piège de Christelle Petitcollin, en Poche.

Accords parfaits

unnamedACCORDS PARFAITS
Métaphore du couple
par Anne-Claire, de base 7
et Marc, de base 5

C’est une belle mélodie qui émane et retentit dans ce salon XVIIIème.

En s’approchant doucement, on peut percevoir deux sons bien distincts et leurs accords parfaits.

Ces deux instruments à cordes s’accordent. Ils jouent parfois ensemble, parfois à contre-temps ou encore l’un après l’autre ; l’un laissant la place à l’autre le temps de l’écouter, d’admirer ses arpèges et d’essayer à son tour d’élever ses notes, plus hautes encore, pour finalement s’élever mutuellement.

violon,-rose-rouge,-piano-219257Le piano, lui, est stable, bien ancré sur le sol, imposant de prestance avec son bois bien poli. Il a belle allure dans ce salon! Mais attention, il ne joue pas pour tout le monde, son clavier est bel et bien verrouillé par une clé. Si vous regardez de plus près, il ne laisse rien paraître, mais sous son couvercle sont contenus tous ses arpèges. C’est assez rare qu’il laisse échapper ses harmoniques, celles qui lui permettraient de s’accorder avec l’extérieur.

Le violon, quant à lui, ne tient pas en place. Tantôt prêt à danser sur des airs celtiques, il aime à varier sans cesse et passer du classique au tzigane, de la complainte mélancolique à joyeuse. Sa table d’harmonie est légère et se laisse porter, amusée, par les consonances que lui fait découvrir son compagnon de pièce.

Voyez donc, ce petit instrument porte une attention toute particulière à tout ce qui peut attiser sa curiosité. Tout, pour ce jeune stradivarius au bois personnalisé, singulier et sculpté, peut être une source d’engouement, d’enthousiasme et d’idées nouvelles à apporter à sa volute. D’ailleurs, ce piano dans le coin de la salle, semble bien mystérieux parfois…

Les airs souffrotants ne sont point ses favoris, loin de là! Son archet préfère de beaucoup faire vibrer ses cordes pour égayer la mansarde qui l’entoure et faire valser son chevalet bien aiguisé. Ce n’est pas bien compliqué pour lui, il a plus d’une corde à son manche! Ses ouïes quant à elles, sont toujours bien ouvertes et recherchent sans cesse le sens profond de chaque vibration qui l’entoure. C’est notamment pour cela qu’il dispose d’une mentonnière, ceux qui l’approchent savent bien qu’ils peuvent se reposer sur lui.

Le piano à queue, pendant ce temps-là, observe. Parfois sans bouger une seule touche de son clavier. Craint-il que le violon ne s’approche trop près? Cherche-t-il à comprendre avec attention chaque mouvement qui l’entoure? Ou, pense-t-il,à ce moment-là,avec méthode, à la partition qu’il a sur son pupitre? Peu importe, mais bien qu’il utilise souvent sa pédale de sourdine, ce n’est pas un hasard qu’il possède une pédale de prolongation, pour sa patience légendaire, et une pédale forte, pour proclamer son désaccord, toutes dièses appuyées, quand cela semble nécessaire.

Mais, lorsque que ces deux instruments se retrouvent enfin, la résonnance ne fait plus qu’un.

 

 

La cloche : métaphore de la base 5

LA CLOCHE
par Anne
de base 5

Du haut de sa tour, paisible et solitaire,
Guettant, au loin, les premiers rayons du soleil,
Saluant, gaiement, le monde qui se réveille,
Une cloche, émerveillée, observe la terre.

Sa voix joyeuse et claire rythme les journées,
Avertit du danger, se fait alors puissante.
Et son carillon chante la vie naissante.
Quant aux mariages, sonne à toute volée.

Aux enterrements, son timbre grave et profond
Invite au recueillement, rappelle, plein d’espérance,
En s’éteignant dans le ciel avec confiance,
Que le Père attend, là, au seuil de Sa Maison.

Témoin des heures heureuses, amie fidèle,
Un matin, cependant, son ton se fit plus triste
De constater, qu’au fil du temps, point de visite,
Isolée dans son clocher, vraie citadelle.

Un homme, pourtant, surpris par cet air chagrin,F53
Entreprit l’ascension, découvrit la cachette
Servant d’abri à la gentille clochette
Qu’il saisit délicatement entre ses mains.

Devant tant de soin, elle lui dévoila son cœur
Charmant travail d’orfèvre, richesse insoupçonnée,
Qu’elle dissimulait de peur d’être abîmé,
Blessé ou brisé car empoigné sans douceur.

A l’intérieur d’elle-même se joue un drame :
Car un trésor enfoui ne profite jamais,
Son éclat ardent la consume vivement. Mais…
Osera-t-elle encore révéler son âme ?