Archives de catégorie : Base 9

Barbapapa

BARBAPAPA
par Marc
de base 9

En fait, je vous avoue que ce type de présentation a fait que pendant des années, je n’ai même pas envisagé la possibilité d’être en base 9.

Caméléon pourquoi pas, mais à condition de préciser qu’il ne s’agit pas d’adopter passivement la couleur du milieu pour s’y fondre et y passer inaperçu, ce dont l’idée me semble répugnante. Il me semble que cette capacité de s’adapter doit être comprise non comme une paresse mais comme la révélation d’une formidable énergie que les personnes de base 9 possèdent mais qu’elles savent cacher, ignorer elles-mêmes, voire mettre en hibernation.

Cette énergie il ne la tire pas de lui-même mais de son rapport aux autres. Un autre à aider? Des relations à établir entre des personnes? Des gens à rendre heureux? Et voilà que la personne de base 9 révèle ce qui bouillonne en elle. Et c’est si puissant qu’elle peut se transformer en n’importe quoi pourvu qu’elle arrive à son but: rendre l’autre heureux, lui redonner la paix – et à lui-même par la même occasion.

Quand je dis qu’il peut se transformer en n’importe quoi, je pèse mes mots: il peut devenir autoritaire comme un 8 si nécessaire, bouffon comme un 7 si c’est ce qu’il faut aux autres.
Bien entendu, cela n’est qu’une apparence et la personne de base 9 qui joue au 8 commande avec autorité mais se demande tout le temps s’il n’est pas allé trop loin et s’il n’a pas fait de peine aux autres. S’il fait le 7 extérieurement, il est en fait pleinement maître de lui et vérifie sans cesse l’effet de son comportement: est-ce que cela rend les autres heureux?

Plutôt que caméléon, la personne de base 9 peut donc être comparé à un super héros qui n’a l’air de rien dans la vie ordinaire, il est même plutôt miteux. Mais il se transforme quand l’autre est là devant lui: une sorte de Batman ou de Spiderman, voire de Zorro, ma culture en ce domaine est lacunaire… On pourrait prendre l’exemple des Barbapapas qui se transforment en tout selon les besoins de chacun à condition de préciser que cette transformation peut être risquée et courageuse. Bref la personne de base 9 sait être autre chose qu’un Bisounours. J’ajoute cependant qu’elle n’arrive pas à croire que tout le monde n’est pas foncièrement gentil et qu’il y a des gens dont la haine est un moteur. Cela est trop étranger à son propre logiciel psychologique.

Par ailleurs, son amour de l’autre, des autres, de ceux qui souffrent, en particulier de ceux qui n’ont pas la paix n’est pas une vertu. Il souffre plus qu’eux de leur souffrance. Il faut donc bien l’apaiser, sous peine de mourir. Sinon il reste la solution de fuir, car si la souffrance de l’autre n’est pas là devant moi, je ne la ressens pas, elle ne m’atteint pas. D’où le fait que parfois, il cherche à disparaître, il ne répond pas au téléphone… L’autre quand il est loin est un danger, un conflit potentiel. L’autre quand il est là me révèle l’énergie que je porte en moi… pour lui.

Père et fils

PÈRE ET FILS
par Xavier
de base 7

Emile Friant

J’ai commencé le parcours ennéagramme il y a trois ans en ayant fait le module 1 dans un cadre professionnel et le module 2 avec vous. Cela m’a permis de comprendre un certain nombre de mécanismes et de modes de fonctionnement/approches du réel. Pour autant mes relations avec mon père concernant un sujet sensible – une maison de famille – étaient toujours compliquées.

En effet mon type 7 est plutôt porté sur la projection/vision et aime anticiper, organiser, prévoir. Or de nombreux sujets concernant cette propriété nécessitaient, à mon sens, un minimum de projections. A chaque fois que l’échange avec mon père portait sur le sujet, je le voyais fuir l’exercice et m’avouer à l’issue de nos échanges ressentir une forme de pression, de panique. Il avait l’impression d’être contraint par le temps, la situation. Dans mon esprit c’était tout l’inverse qui devait se produire: c’était justement en définissant une vision puis en planifiant et anticipant les différentes étapes d’un projet que mon père devait pouvoir être rassuré et ne pas être pris à la gorge en cas d’urgence!

Malgré l’ennéagramme, je ne comprenais pas mon père et le trouvais inconséquent et incapable de décider. Je trouvais qu’il subissait la situation. De son côté il me trouvait rouleau compresseur et un peu perché dans mes visions conceptuelles (quel rôle doit jouer une maison de famille? Quelle est sa vision de la retraite? …). C’est à l’issue du module 2 en écoutant le panel des bases 9 qu’un déclic s’est produit! J’ai émis l’hypothèse de ce profil chez mon père et j’ai commencé à aborder nos échanges de façon différente en lui faisant part de mes découvertes. Cela l’a vivement intéressé et après plusieurs discussions au sujet de l’ennéagramme, il a décidé de s’inscrire au dernier module 1 et… s’est assez vite reconnu dans le profil 9.

Il continue son parcours d’introspection et de progression comme moi le mien. On ne se comprend toujours pas au sujet de la maison (et d’autres sujets d’ailleurs) mais désormais on sait pourquoi. Les grands fruits de ces évolutions parallèles sont une meilleure compréhension de l’autre, une meilleure écoute, l’arrêt du jugement de valeur et surtout le lâcher prise! J’ai désormais pleinement conscience que nous avons chacun notre rythme propre et qu’il fera son chemin selon son tempo, avec ses propres prises de conscience et surtout ses propres objectifs, probablement assez éloignés des miens.

Sans enlever les difficultés/situations douloureuses … nos échanges, éclairés de la sagesse de l’ennéagramme, ont au moins permis un apaisement !

Si c’est pas beau ça !

L’action juste de la base 9

UNE VIE CACHÉE
Un film de Terrence Malick, 2019

Franz Jägerstätter, un archétype* de base 9?

Les lecteurs de ce blog savent que nous aimons le cinéma de Terrence Malick. Dans un article précédent, nous l’avions vu en 4 survie.

Une Vie cachée, le dernier film de Malick est encore sur nos écrans. Il filme en trois heures qui
passent comme un souffle, la destinée tragique qui va mener Franz Jägerstätter, paysan autrichien, à refuser de prêter serment à Hitler comme tous les soldats enrôlés dans l’armée allemande.  Franz, jusqu’au bout, en dépit des voix unanimes lui conseillant d’abandonner, écoute sa conscience et accepte d’être guillotiné. Je vous renvoie à un autre article pour une lecture cinéphilique et théologique de l’œuvre: http://www.lavie.fr/debats/idees/une-vie-cachee-les-tactiques-du-diable-et-le-primat-de-la-
conscience-04-12-2019-102314_679.php Mais, plus modestement, c’est à la lumière de l’ennéagramme, que nous aimerions ici approcher le moteur psychologique de son action.

Franz vit avec Fanni sa femme et leurs trois petites filles une vie tranquille dans une vallée autrichienne que rien n’aurait perturbée si l’Anschluss, en 1938, n’avait placé l’Autriche sous le joug du régime nazi. Dans un village simple et harmonieux, chacun fait sa part et chacun reçoit la sienne dans une osmose paisible, au rythme de la nature. Calme et rudes travaux paysans laissent la part belle à la gratuité des moments d’intimité partagée: la vie rêvée d’une personne de base 9 pour qui la paix, la joie de chacun fait la sienne. Les scènes de la vie courante sont à elles seules de vrais moments de contemplation.

Et pourtant, c’est lui  va bientôt devenir celui qui crée la disharmonie. Face aux échos de la politique nazie de destruction et de ségrégation, les plus forts opprimant les plus faibles, on sent pour la seule fois du film, dans son entretien avec le prêtre du village, la colère puissante bien qu’intérieure, du paysans autrichien. Sans qu’aune réflexion rationnelle ni émotion manifestée ne rentre en ligne de compte, il décide de dire non. Seul à refuser de donner de l’argent à l’effort de guerre nazi ou faire le salut nazi, il va provoquer l’hostilité de tous les membres de son village, l’incompréhension de ses proches et la violence de l’armée.

Voilà qui est loin du stéréotype trop souvent émis pour les personnes de base 9 de mollesse, de paresse et d’incapacité de se positionner. Nombre de stagiaires nous ont confié ne rien lâcher quand il s’agit de leurs convictions profondes et se sentent bien incompris quand ils sont vu comme n’en ayant pas. En effet, si en temps ordinaire, la personne de base 9 est plus à l’écoute des besoins des autres que des siens, si à son pire elle peut faire preuve d’inertie, l’action juste est sa vertu propre et la spécificité de son tempérament, pourvu qu’elle en prenne les moyens. Franz, béatifié par l’Eglise catholique, pourrait bien en être un archétype exemplaire.

La manière dont le film donne à voir le développement de cette vertu de l’action juste semble significatif: Franz a peur, il doute, il écoute les objections des uns et des autres, ne provoque jamais la rupture mais, s’ajustant aux événements quand ils arrivent, il ne bouge pas. Deux fois nous le verrons résister face à l’attaque sans se laisser mettre à terre: face au maire histrionique et face au soldat qui le violente. Mais il ne rendra jamais le coup. Plus encore, au cœur des contradictions, il manifeste une véritable compréhension de ce qui lui est opposé: les raisons de l’évêque, la douleur de sa femme, la faim d’un compagnon de captivité, jusqu’au positionnement de son juge: « je ne te juge pas, je ne sais pas. »

Il reste seul face à sa conscience, son intime conviction, dont l’image filmée laisse à penser qu’elle pourrait venir de son corps. Un corps fort, puissant, dont émane quelque chose de la résistance passive caractéristique de la base 9. En se laissant guider par cette force intérieure qu’il ne peut expliquer, et sans se laisser submerger par des émotions qui auraient pu le faire flancher (peur de la discorde et de la mort, arrachement de la douleur de sa femme et de sa mère); il tient bon. Selon le principe tomasien de la connexion des vertus, en cultivant l’action juste, il devient plus courageux (vertu de la base 6), plus généreux (vertu de la base 5), plus vrai (vertu de la base 3). En réalisant le geste que personne ne comprend, quand bien même tout le monde lui dit qu’il est inutile, Franz se place à un niveau d’harmonie plus haut que ce qui apparaît et qui constitue sa mission dans le monde: résister en conscience à l’oppression la plus totalitaire. En osant la disharmonie apparente, il oeuvre pour la paix par son corps, au prix de sa vie.

 

 

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

La colère de la base 9

LA COLÈRE DE LA BASE 9

Extrait du film Nos femmes de Richard Berry, 2015

En 9, la colère est le moteur. Curieux au regard de la présence pacifiante de cette base, la plus Peace and Love de l’ennéagramme. Comment comprendre cette ambivalence?

En 9, l’urgence est la paix et tout sera préféré à une possibilité de disharmonie: conciliation, écoute, compréhension de l’autre,  jusqu’à l’oubli de soi.

Face aux multiples frottements relationnels de la vie, une colère sourde, bien souvent inconsciente, est donc accumulée sans être visitée. Colère face aux incompréhensions mutuelles, aux égoïsmes; colère aussi de ne pas être pris en considération alors qu’il fait tout pour disparaître. Elle est anesthésiée, comme endormie, notamment pour ne pas prendre le risque de pulvériser le protagoniste; la puissance corporelle du 9 étant en effet proportionnelle à son flegme apparent. Pour cela, la personne de base 9 a une arme redoutable: la procrastination qui sert d’airbag à ce volcan intérieurSi je passe mes journées à des activités périphériques (préoccupations secondaires, nourriture, tabac, réseaux sociaux…), j’ai toutes les chances de ne pas contacter cette lave en fusion intérieure qui me fait si peur à moi-même.

Mais le corps a ses limites et il arrive au moins une fois dans la vie d’une personne de base 9, qu’à l’occasion d’une broutille, la cocotte minute explose de manière disproportionnée et décalée. Réel soulagement physique, elle est source d’incompréhension pour l’entourage et de culpabilisation d’avoir été l’occasion d’un conflit. Ce qu’elle fuit à tout prix, la personne de base 9 peut le provoquer.

La voie d’évolution sera bien sûr de contacter régulièrement cette colère corporellement pour y puiser la force d’oser se positionner, au risque d’un désaccord, afin de développer ce qu’il a à apporter au monde par sa vertu propre: l’action juste.

Cet extrait du film de Richard Berry, Nos femmes, sorti en 2015, pourrait être une belle illustration de cette colère décalée de la part de Daniel Auteuil. Après 35 ans d’amitié joyeuse, assidue et sans nuage, à l’occasion d’un drame, les digues de la tension intérieure de Paul cèdent sans crier gare face à Max, possiblement de base 5 : jubilatoire !

Louis XVI et la base 9 en survie

LOUIS XVI louis-xvi-1
un archétype de base 9 en survie*

Il est difficile de parler de Louis XVI sans évoquer l’histoire passionnante et mouvementée de la fin de l’Ancien Régime et de la Révolution. Mais nous ne pourrons dans le cadre de cet article nous attarder sur l’explication de ses événements. Nous garderons le cap sur l’essentiel, sans musarder, à savoir la figure de Louis XVI, le roi guillotiné.

Louis, duc de Berry, naît dans une fratrie nombreuse derrière Louis, duc de Bourgogne, héritier du trône et objet de toutes les attentions, Xavier, duc d’Aquitaine, et devant Louis, duc de Provence, le futur Louis XVIII, et Charles, comte d’Artois, futur Charles X. Dans l’ombre de Provence, déjà fin, amusant et supérieurement adaptable à défaut d’être franc, et de Bourgogne, héritier idéal par son charme et une forme précoce d’ascendant, Louis passe inaperçu. Sans doute cela n’a-t-il pas arrangé la faible confiance en soi qui caractérise les personnes de bases 9, capables d’une telle écoute qu’elles peuvent finir par se trouver transparentes. Lorsque le dauphin, victime d’un accident sera alité, on le séparera de sa nourrice, ce qui sera pour lui un déchirement et il sera réduit à être la poupée de son frère. Une enfance et un caractère qui ne prédisposent pas à l’exercice du pouvoir, sauf que, Bourgogne mourant, Louis se retrouve dauphin en 1761. Il a sept ans.

Très vite on notera chez lui une tendance profonde à la dispersion – pour ne pas dire narcotisation – ce phénomène qui consiste à se plonger dans une foule d’activités périphériques (jusqu’à la suractivité) pour éviter l’affrontement à la chose même. Serrurerie, géographie, chasse sont des hobbies auxquels il consacre un temps considérable. Illustration : après une nuit de noces catastrophique avec la jeune Marie-Antoinette (ils n’ont que seize et quinze ans au demeurant), il part à la chasse au petit matin, comme pour exprimer une colère qui l’habite sourdement, mais ne sait s’exprimer.

Tout son début de règne est marqué par une recherche éperdue d’une harmonie impossible. Son premier geste (1775, il a 21 ans), inaugurant une politique de compromis qui ne lui permettra jamais d’avoir la main, est de renvoyer Maupeou qui était en train de réformer la vieille société d’ordres et qui, c’est l’avis de nombreux historiens, avec trois ans de plus aurait évité à la France une révolution. Le second est de rappeler les Parlements et de laisser s’installer une contestation aristocratique impossible à maîtriser dans un pays traversé par des revendications parfaitement contradictoires.

Louis n’est pas faible pour autant. Son discours devant les Parlements est plein de majesté et d’une certaine force. Mais il veut être craint et aimé, refuse le conflit en pensant que tout peut s’accorder. En 1786, il a une nouvelle chance de réformer le pays avec Calonne qui souhaite renouer avec la politique de Maupeou. Mais Louis XVI refuse de renvoyer les Parlements qui font obstacle à une réforme qui ne ferait pas leurs affaires. Encore cette peur du conflit. Calonne ne peut rien faire. Nous sommes en 1786: la monarchie d’Ancien Régime est déjà vacillante avant même que la révolution n’éclate. En voulant coûte que coûte préserver l’harmonie, en refusant le conflit, Louis XVI a laissé s’installer les conditions d’une explosion sans précédent en huit cent ans de monarchie capétienne.

La suite sera une longue agonie. La Révolution éclatant, Louis XVI tente de concilier l’inconciliable, la société d’ordres et la nation. Il ne choisit pas, alors on choisit pour lui. Renvoyant Necker puis le rappelant sous la pression, Louis perd toute crédibilité. La Révolution lui donne le droit de veto: il l’utilisera avec un art consommé de la résistance passive (où se manifeste la grande puissance de la base 9). De même fera-t-il preuve de courage face aux foules menaçantes. On peut difficilement mettre la fuite à Varenne sous le coup de la lâcheté, mais plutôt dans une tentative, encore maladroite, de trouver une issue. Une base 9 n’a pas peur, elle n’est pas faible par constitution, mais sa force est comme empêchée par un engourdissement.

ParSEdH74Les derniers moments, le procès, le testament qu’il rédige, sa dignité face à ses bourreaux, donnent à Louis XVI un rayonnement que sa vie politique n’aura pas pu lui procurer. De fait, Louis XVI n’était probablement pas de sous-type social. Il semble ne pas comprendre ce qui se passe, quand bien même est-il un homme d’une grande intelligence. En réalité, les questions de pouvoir paraissent lui échapper. Comme les jeux de la séduction, contrairement à la reine. L’homme passionné de géographie, de serrurerie et de chasse n’est jamais plus à l’aise que dans le cercle familial et domestique. Possiblement en survie, il trouvera sa place au moment où lui et sa famille sont aux mains des révolutionnaires. Louis XVI, à l’heure de sa mort, est un père de famille qui donne l’exemple à ses enfants, et continue à aimer son peuple avec lequel il a eu un rapport paternel dans une époque qui tue le père.

On imagine la souffrance intérieure qu’a dû subir ce roi assoiffé de paix et de concorde, au cœur d’une des périodes les plus violentes de l’Histoire. Ses derniers mots marquent la beauté d’un itinéraire spirituel et résonnent, au moment où la machine infernale va lui donner la mort, comme un cri de paix et d’harmonie : « Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France ».

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

 

Libéré !

OPineau 2010_2018-09-23_17-33-03LIBÉRÉ !
par Olivier
de base 9

Soulagement…

Le stage de formation à l’ennéagramme fût un réel soulagement par rapport à un complexe que j’ai depuis de nombreuses années. Responsable de différentes personnes, j’entendais toujours le même refrain: « tu n’es pas assez ferme ! », « tu es trop gentil »… Tiraillé au fond de moi, je me sentais tout seul.

Avec l’ennéagramme, j’ai compris que mon besoin  inconscient est d’être en harmonie avec chacun. Cette recherche d’harmonie s’est renforcée avec ma foi en Jésus-Christ car il nous demande d’être unis dans sa paix. Je pensais que toute personne de bonne volonté avait aussi cet objectif. Et bien non…Tout le monde ne recherche pas en priorité l’harmonie !

Maintenant je suis soulagé, je peux continuer à être moi-même: ma façon d’être m’est personnelle, et liée à ma nature.

Libération…

Après quelques semaines, je me suis vite rendu compte que ce soulagement n’était pas suffisant. Mon environnement, lui, n’avait pas changé. Je retombais dans les mêmes processus de tensions incompréhensibles. Comme St Paul le dit aux Romains 7, 19, « je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas ».

Après la lecture du livre ABC de l’ennéagramme, j’ai réalisé que nos points de vue sur le réel sont différents et que nos excès de passion peuvent entrer en collision. Puisque nous avons des motivations inconscientes différentes, les conflits deviennent inévitables, surtout si l’on reste figé dans son point de vue. Dans ces conflits, l’harmonie en place se brise. Je suis alors perturbé par beaucoup d’émotions aversives. Elles peuvent alors m’entraîner dans une spirale de ressentiments et de réactions que je ne souhaite pas.

Avec l’ennéagramme, je comprends que je dois accepter cette perte d’harmonie, qui est normale. J’apprends à accueillir les émotions désagréables, les remarques, les insatisfactions de mes proches. J’essaie de rester lucide, et d’avoir un sentiment bienveillant :
– Je ne me sens plus coupable de cette perte d’harmonie.
– Mon proche a sa motivation, sa problématique et son histoire propres. Ses émotions et sa manière de les vivre sont du ressort de sa responsabilité. Je n’en suis pas responsable.
– Je me permets de mieux exprimer les choses, les faits.

Avec le temps, je constate que les conflits deviennent moins fréquents. L’ennéagramme me permet de vivre plus libre, de ne plus être esclave de mes émotions.

Merci à Valérie et à François !
Je rends grâce au Seigneur pour les avoir rencontrés.

D’ombres et de lumière

unnamedD’OMBRES ET DE LUMIERE
Par Maguelonne
de base 9

Durant les deux jours de stage, je me suis sentie confuse face à la somme d’informations que Valérie et François nous délivrent avec tant de générosité. Je me reconnaissais par petits bouts dans chacune des bases. Durant le deuxième jour, cette confusion persistante, m’a agacée… Je me suis demandée pourquoi n’arrivais-je pas à me trouver ? J’ai eu besoin du discernement des organisateurs. Leur aide me fut précieuse. J’effleurerai alors ma colère, cherchant l’information qu’elle pouvait me donner… Dur, dur !

J’avais besoin qu’on m’aide, qu’on m’accompagne, qu’on m’apporte de la clarté… L’hypothèse d’une base 9 revenait régulièrement, par le fait que je dise : « ah non ! Je ne me mets pas en colère » et aussi par mon besoin de prendre mon temps. Ils me l’ont délicatement proposée tout en précisant, comme ils l’ont fait tout au long du stage, que seule la personne elle-même pouvait savoir pour elle et se connaître. Je suis donc repartie du stage avec ces précisions, en m’autorisant à prendre le temps de laisser descendre toute cette somme d’informations.

J’ai compris depuis que ce besoin de prendre mon temps, était une des caractéristiques de la base 9 ! Je me reconnais aussi dans le fait que je vois très vite les besoins des autres, tout en étant souvent en réelle difficulté pour contacter les miens. Mes différents métiers dans l’aide et l’accompagnement, en sont une illustration flagrante ! Je reconnais aussi que le passage à l’action, est enrobé dans une procrastination rassurante pour moi, dans un premier temps… mais que cela m’empêche souvent, d’être actrice dans ma vie, me laissant porter par le bon vouloir de mes proches… Et pourtant lorsque je décide une action, celle-ci est souvent juste pour moi et porteuse de vie !

Aujourd’hui c’est un soulagement pour moi d’avoir trouvé ma base. Quant à la découverte et le respect de mes besoins, l’outil de Communication Non Violente (CNV), est un outil très précieux pour moi. Il me semble complémentaire.

Chemin de découverte de moi qui se poursuit… et je pense que le plus beau cadeau que je puisse me faire, c’est de m’aimer plus et mieux avec mes ombres et mes lumières, et ainsi je peux aimer plus et mieux mes proches et mes moins proches. Mon expérience est que plus je m’offre de temps pour me rencontrer, en stage avec d’autres ou seule dans la nature ou ailleurs, plus je suis une compagne agréable pour moi-même, et les premiers bénéficiaires sont ceux qui me sont proches.

Je suis pleine de gratitude d’avoir rencontré Valérie et François. Leur témoignage et leur accompagnement, avec leur foi forte et chevillée au corps et au cœur, m’ont touchée dans mon aujourd’hui. Merci !

L’intelligence du corps au cinéma

425022-jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxxSULLY
Un film de Clint Eastwood, 2016

Un archétype de la base 9*

Avec Sully, Clint Eastwood livre un de ses plus beaux films, déroutant les codes du film du dimanche soir pour proposer un miracle de sobriété et de justesse. Tom Hanks, dans le rôle de Sully, le pilote qui, il y a quelques années, posa son Airbus sur l’Hudson en sauvant tous les passagers, est absolument magistral de présence et de précision.
A voir en famille !

v1Sully/Hanks porte ce film par une présence physique hors du commun, à la fois puissante et sobre, calme et déterminée. Dans le rôle de ce pilote qui, une fois passé le temps où il est fêté en héros, se retrouve en butte à une enquête visant à lui faire porter la responsabilité de l’amerrissage, pour de sordides questions financières, il réagit à la façon d’une personne de base 9.

Face aux questions agressives de ses interlocuteurs, il ne rentre pas dans le conflit. Face à l’injustice qui lui est faite, il intériorise, incapable de partager son angoisse avec sa femme (quelques personnes de base 9 sauront de quoi je parle…) et finit même par douter de lui-même. Seuls ses rêves diront la violence de ce qu’il traverse et la réalité de ce qu’il vit.

Face aux analyses des ingénieurs et aux calculs des machines, il oppose opiniâtrement le facteur humain, c’est-à-dire ce qu’il sent. On lui dit que le second moteur fonctionnait, il répond seulement : « ce n’est pas ce que j’ai senti ». Les personnes de base 9 sont au cœur de la triade instinctive de l’ennéagramme, celle dont le centre d’intelligence préféré est le corps. C’est de lui qu’elles reçoivent d’abord les informations pour l’action et non celles de l’intellect ou de l’émotion. Il y a en base 9 une capacité spécifique à sentir l’environnement, à faire corps avec lui. Le plan bouleversant où, alors que l’avion menace de couler, Sully arpente seul le couloir de l’avion alors que tous les passagers ont été évacués, est emblématique de cette présence qui fusionne avec l’environnement. Là où la précipitation serait compréhensible, le calme règne.

Le cœur du film, dont la scène est judicieusement fragmentée par Eastwood, est celle de l’amerrissage. Sully prend la décision de ne pas rejoindre l’aéroport La Guardia, contrairement aux conseils qu’il reçoit. Il sait, parce qu’il le sent, qu’il n’y arrivera pas. Il n’a pas le temps de la réflexion mentale, qui le mènerait à s’écraser contre les immeubles  (terrible réminiscence des attentats du 11 novembre 2001), comme le montre la simulation finale. Le corps est plus rapide que la tête en situation d’urgence.

Il choisit donc de tenter de se poser sur l’Hudson, dans le plus grand calme et avec la plus implacable détermination. C’est l’action juste par excellence, celle qui ne résulte pas de savants calculs mais d’une présence réelle aux choses et à soi : l’action juste, cette vertu de l’ennéagramme si mystérieuse et dont les personnes de base 9 ont le secret quand elles vont chercher le meilleur d’elles-mêmes. Une action juste qui n’a rien de brillant et qui ne cherche pas le spectaculaire – Sully n’est pas à l’aise avec l’encensement des médias, mais qui trouve son épanouissement dans le fait même. Difficile d’en parler… Eastwood nous permet de le vivre un peu avec son héros, c’est la parole du cinéma.

Est-ce un hasard ? Je faisais la recension il y a tout juste un an d’un autre film avec Tom Hanks, Le Pont des espions de Steven Spielberg, où une fois de plus l’acteur se retrouvait en posture 9… Que cela veut-il dire de l’acteur, des réalisateurs, des personnages mis en lumière ? Ce serait l’objet d’un autre article.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

 

 

Métaphore de la base 9

9ACDF42E-C934-43F3-A118-30CC55043A67_cropLA VOIE DU SABRE

par Charlotte Jousseaume
de base 9

Charlotte Jousseaume est l’auteur de Le Silence est ma joie chez Albin Michel.

Je suis la samouraï assise sur une pierre au bord d’un chemin de montagne, goûtant à la chaleur du soleil et aux chants des oiseaux, son sabre bien rangé dans son fourreau et sa main sur le manche de son sabre.

Tout est dit, et tout est assemblé dans ce seul et unique instant. Arrêter mon chemin pour goûter dans mon corps à l’harmonie du silence, de la solitude, de la nature et du temps qui s’écoule. Me mettre en présence. Faire que la vie trouve son repos dans mon âme apaisée. Cultiver cette maîtrise de soi qu’offre la voie du sabre.

imagesArmée dans la vie, il faut l’être, surtout quand la vie m’envoie faire la paix sur toutes les zones de conflits. Mais il ne sert à rien de sortir mon sabre à tout bout de champ, car un sabre est toujours plus puissant quand il est à sa place, rangé dans son fourreau. C’est de là qu’il enseigne le mieux et fait œuvre de paix.

La voie du sabre, c’est la voie du silence. Le silence qui permet l’écoute et la vigilance, la meilleure des armes. Le silence que la vraie parole, celle qui vibre d’amour, ne rompt pas mais habite.

La voie du sabre, c’est la voie de la solitude. La solitude qui permet de me retirer du monde, de prendre de la hauteur. La solitude qui permet de rendre l’agitation au repos, de dégorger des eaux noires épongées en chemin.

La voie du sabre, c’est la voie de la nature. La nature qui nous relie au Vivant et à toute l’assemblée des vivants. La nature qui nous permet de communier à la vie, de faire partie du grand tout, naturellement.

La voie du sabre, c’est la voie du temps qui s’écoule. Un temps qui me permet de décanter les événements, de trouver le juste milieu, de laisser s’ouvrir devant moi le chemin à prendre. Un temps qui m’apporte la sagesse.

Si le fourreau est une enveloppe protectrice pour mon sabre, le silence, la solitude, la nature et le temps qui s’écoule sont des enveloppes protectrices pour la samouraï que je suis. De là, je peux aimer le monde, je peux faire œuvre de paix.

En tant que samouraï, je n’ai qu’un seul maître : mon sabre que je laisse à sa place, rangé dans son fourreau. Là sont ma loyauté et ma voie : la voie du sabre.

Quand je suis fatiguée de marcher en chemin et que mon enthousiasme m’abandonne, je me rends simplement attentif à chacun de mes pas, je m’applique à chaque pas. Cette attention et cette application prennent le relais pour m’aider à poursuivre ma route.

Quand je fais des rencontres en chemin, et que les événements tournent mal, je n’hésite pas à prendre la position dominante. Je suis la samouraï qui ne se laisse pas dominer par ceux qui ne se dominent pas et cherchent à dominer.

Je pourrais passer ma vie à suivre à l’aventure mes chemins de montagne. Vivant dans le monde, j’accepte de descendre dans la vallée pour m’y engager et y entreprendre. Je me laisse alors souvent enivrer par l’agitation de la vallée. Ma force alors est de connaître la pierre et le soleil de la montagne, de m’être laissée forger par la voie du sabre.

Un sabre vivant qui sort de son fourreau, non pas pour trancher mais pour purifier.

Ciné de vacances ?

imgresLE PONT DES ESPIONS
Un flim de Steven Spielberg, 2015

Un archétype de base 9*
Par François

Faisons-nous plaisir! Le Pont des espions est sans aucun doute un des meilleurs films de Spielberg qui renoue ici avec le grand cinéma classique américain. Pas académique comme dans Lincoln ou La Liste de Schindler (deux bons films au demeurant), mais simplement classique, donc éternel. Un film idéal pour les vacances de Noël!

C’est l’histoire d’un avocat américain, James Donovan, qui se trouve commis d’office pour défendre un espion russe afin qu’il puisse bénéficier d’un procès équitable. Mais il se prend au jeu, défend son client avec ténacité et se voit proposer de jouer le Monsieur bons offices dans l’échange de son ex-client avec un pilote américain capturé par les soviétiques.

LA-BANDE-ANNONCE-DU-JOUR-LE-PONT-DES-ESPIONS_cropTom Hanks qui joue l’avocat incarne à merveille, me semble-t-il, la base 9 dans ce qu’elle a de plus beau. Etre commis d’office est une habitude chez les personnes de base 9, qui ont du mal à faire des choix et à prendre position, mais qui savent mieux que personne se mettre à la place de l’autre. On sent à chaque instant l’énergie corporelle qui culmine dans un des derniers plans du film lorsque Hanks est sur le pont dans la position vittozienne de l’homme debout, ancré au sol, comme insubmersible.

Avec son client, Donovan fait preuve d’une empathie sans pareil. Face à ce petit homme sans goût ni grâce, il est là, présent, et finit par attirer sa sympathie. Au cœur d’une affaire d’espionnage tendue et parfois violente, Donovan/Hanks traîne sa grande carcasse paisible en apportant autour de lui une énergie de sérénité qui tranche avec un entourage anxieux et électrique.

Dans les moments difficiles de la négociation, il n’entre jamais dans le conflit, garde une rondeur qui finit par déstabiliser ses interlocuteurs. Car c’est une des armes secrètes de la base 9 que déploie avec virtuosité Donovan: face à son chef au cabinet d’avocat, à la CIA, aux interlocuteurs communistes, il ne lâche rien. Je ne dévoilerai rien du film, mais je dirai seulement que rien ne l’arrête et qu’il continue sur sa lancée quoiqu’il arrive. Il est absolument sourd aux contradictions et comme il a une sacro-sainte horreur du conflit, il fait comme s’il n’entendait pas.

La tactique est royale ici, mais cette forme de résistance passive peut en d’autres cas jouer des tours aux personnes de base 9, quand l’immobilisme génère chez le protagoniste l’explosion qu’il voulait surtout éviter et le conflit qu’il cherchait absolument à contenir…

Ce qui est magnifique dans ce film d’un point de vue ennéagrammique est que Donovan réalise l’action juste, cette vertu de la base 9. Ce qui pourrait apparaître chez les personnes de base 9 comme une certaine paresse dans l’action peut s’enraciner dans un laisser faire et conduire dans le meilleur des cas à poser la bonne action au bon moment, au bon endroit.  C’est le cas ici: au lieu de défendre son client pour que les usages démocratiques soient saufs, il prend sa mission à cœur et la porte à son terme: sauver littéralement son client. Au lieu de se satisfaire de l’échange demandé par la CIA, il va viser plus, et faire ce que personne ne croit possible. Mais il va le faire à la 9: à son rythme, plutôt lentement, comme un diesel que rien n’arrête.

Et puis, comme beaucoup de personnes de base 9 qui hésitent en stage avec la base 7, il manie volontiers l’humour. Ce qui permet de différencier l’un de l’autre, c’est la motivation profonde, la raison pour laquelle l’un comme l’autre peut lancer de petites blagues à tout bout de champ. En base 7, l’humour est un facteur de plaisir pour soi et pour les autres, qui lui permet de désamorcer sa peur de l’enfermement ou de la contrainte. En base 9, l’humour est une arme de pacification, elle permet de détendre les atmosphères, participe à l’harmonie et, au final, évite à tous prix, le conflit.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre.