Glenn Gould, l’excentrique

GLENN GOULD, L’EXCENTRIQUE
Un archétype de base 5 en survie à aile 4*

L’excentrique, c’est ainsi que Bruno Monsaingeon qui écrivit plusieurs livres et réalisa plusieurs films avec lui, nommait Glenn Gould. Le pianiste canadien, mort à 50 ans en 1982, fut une légende de son vivant. Pas seulement parce qu’il fut un des plus grands pianistes de tous les temps, mais parce que son aura, près de quarante ans après sa mort n’a point pâli.

Glenn Gould est un enfant prodige. A trois ans, on sait qu’il a l’oreille absolue. Il apprend le piano avec sa mère, est organiste d’église à onze ans, donne son premier concert de piano à quinze ans et compose très vite dans un style à mi-chemin entre romantisme et musique dodécaphonique.

En 1955, il grave sa première version des variations Goldberg de Bach qui révolutionne l’interprétation du Kantor. Jamais le contrepoint de Bach n’avait été aussi lisible. Entre 1955 et 1964, il se produit dans le monde entier et, à la surprise générale, il met fin à sa carrière publique à 32 ans. Désormais, il se consacrera à l’enregistrement de disques. Il meurt d’un AVC à cinquante ans, après avoir enregistré une seconde version des variations Goldberg, marmoréenne et crépusculaire.

Même si l’on a évoqué, de manière controversée, un autisme Asperger ou une névrose, la base 5 de Glenn Gould semble être une hypothèse sérieuse. Son retranchement dans la solitude pour s’adonner à une quête obsessionnelle de la perfection musicale, la manière qu’il avait de fuir le monde et de mettre à distance ses interlocuteurs est légendaire. Il préférait d’ailleurs la compagnie des animaux à celle des humains! La sobriété de son train de vie est également typique de la base 5: il se nourrissait chaque jour du même repas composé de pain grillé, d’œufs brouillés et de salade. Et, bien sûr, Gould est le prototype du musicien cérébral. Sa manière de faire comprendre l’architecture de la musique qu’il jouait est unique dans l’histoire du piano. Qui n’a écouté Gould en ayant le sentiment de comprendre la musique?

Mais Gould semble avoir aussi une belle aile 4. Il chantonnait en jouant, et ses enregistrements sont célèbres pour cela, et les images nous le montrent dans une transe très expressive, où l’émotion est omniprésente. Avec une expressivité des émotions très 4, mais, à l’abri, derrière la caméra! La vidéo de Gould jouant le dernier contrepoint de L’Art de la fugue, inachevé du fait de la mort de Bach, est bouleversante: à la dernière note, Gould se fige dans un geste très théâtral comme s’il mourrait avec Bach.

Contrairement à une légende tenace, Gould n’a pas un jeu insensible! Loin de là: il suffit d’écouter par exemple le prélude en si bémol mineur du premier livre du Clavier bien tempéré de Bach:

ou ses ballades de Brahms:

Gould était sans doute de sous-type en survie, ce qui renforce le retrait du 5, dans son château-fort. Il était toujours, été comme hiver recouvert d’une série de couches de vêtements pour ne pas avoir froid et trempait longuement ses mains dans l’eau chaude avant de jouer…

Riso et Hudson appellent le 5 à aile 5 l’iconoclaste. Les propos de Gould sur Mozart et Chopin dont il n’aimait pas la musique, ou sa fameuse chaise aux pieds sciés pour être en contrebas du clavier en sont des exemples. Mais surtout, c’est ce mélange de puissance cérébrale et de retrait d’un côté, de passion et d’émotion de l’autre qui peut en faire un archétype. Comme beaucoup d’artistes, notamment des cinéastes (David Lynch, Tim Burton) qui expriment des émotions intenses sur la base d’une grande intelligence mentale et à l’abri, derrière une caméra qui, selon les cas, observe ou protège.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son œuvre. 

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