Archives de catégorie : Métaphores

Un opinel

UN OPINEL
par Anselme
de base 3 en survie

Après 5 modules de l’ennéagramme sur presque 3 ans, qui me permettent de me découvrir de base 3 en survie, voilà que je réalise enfin le projet d’apporter mon témoignage à nos chers Maillot.

En anticipation du module 5, il nous est demandé de rapporter un objet qui m’est cher. La réponse s’est imposée à moi. Facile: il est déjà dans ma poche.

Mon objet? Un opinel taille 10 qui comprend, en plus de sa lame, un tire-bouchon intégré. J’aime cet objet. Il est tout simple. Il est humble. Il est en bois, un matériau que j’aime. Il est lourd. Il est gros. On le sent puissant. Je le sens infaillible. Je le sens dur à la tâche. Il peut s’attaquer à n’importe quel travail:  couper du bois, écraser un clou, trancher la côte de bœuf (dont la cuisson sera évidemment parfaite), découper un sanglier à la chasse… etc. Il est le compagnon nécessaire à l’ouverture des bouteilles que les copains pensent à rapporter mais en ayant oublié le saint tire-bouchon… Il sauve de cette frustration face à la bouteille fermée. En ça, ou pour couper le saucisson, il est le compagnon de la convivialité. Il vit bien dans sa poche, fermé en attendant son heure, en tête à tête avec son usager, et est utile voire indispensable au groupe. Il est adaptable et efficace.

Il n’a pas de valeur à proprement parler. Sa valeur réside dans son usage, dans ce que l’on en fait. On a pas peur de l’abîmer le cas échéant, pourvu qu’il vive. Si on le casse ou le perd, on lui gardera une certaine nostalgie (à la fois pour les moments partagés avec lui mais aussi pour l’affection que l’on a placé en lui), mais on le remplacera… par le même.

On l’aura compris, cet opinel c’est un peu moi-même. Ca fait longtemps que j’ai fait ce parallèle. Au M1 j’écrivais dans ma devise: Tu es ce que tu fais. J’éprouvais une fierté immense à déclamer cette phrase qui me semblait d’une évidence lumineuse et d’une énergie extraordinaire. Déjà à l’époque cet opinel me représentait: je me sentais aimé et indispensable pour ce que je faisais. Tout se résumait en ce mot : FAIRE.

Depuis, j’ai personnalisé mon opinel en le gravant moi-même (à l’aide d’une dremel avec son arbre flexible et une micro fraise de bijouterie). Là encore c’était un projet en soi. J’ai gravé une croix celtique plutôt bourguignonne aux motifs minutieux et pensée de longue date. Sous la croix, j’ai gravé une vouivre qui s’enroule sur elle-même. Peu importe le modèle, ce qui compte c’est sa source d’inspiration: la vouivre du Pape des escargots, ou des Etoiles de Compostelle de Henri Vincenot. La croix semble l’écraser non pas au sens ou elle vaincrait la vouivre mais plutôt comme si elle devait la remplacer. C’est aussi pour cela que la croix se situe au-dessus. La signification de ces gravures me direz-vous? La vouivre, par les romans qu’elle incarne, représente mon coté survie. Un ancrage terrien inscrit dans le réel. Elle symbolise ce qui m’anime en profondeur: la terre, la billebaude, la chasse, les anciens, le vin, la nature, une forme de quête. Elle me représente, moi, profondément. La croix, quant à elle, incarne l’idéal vers lequel je sais devoir tendre même si je ne sais pas comment y parvenir (pour le moment).

Je lisais à un autre endroit sur ce blog que, en 3, il y a une vraie difficulté à habiter son intérieur. Je me sens concerné par ce constat qui embrasse aussi bien l’aspect spi que psy du 3. De façon plus large, cette gravure, c’est mon intériorité qui était présente dans le volume du bois, au fond de moi et que j’ignorais, préexistante, et que j’ai faite émerger. Partiellement tout du moins. Aimer c’est être sans repos devant le mystère de l’autre, nous a dit le prêtre qui nous a fiancés. J’affirme que cette phrase peut être applicable à soi-même. C’est une des grandes leçons que je tire de ces dernières années: je me suis découvert. Je me suis découvert en tant qu’ÊTRE.

5 modules de l’ennéagramme et un burn out plus tard, je suis toujours tenté de ne voir cet opinel (et donc moi-même) uniquement par le prisme du FAIRE. Mais j’ai appris. J’ai grandi. J’ai grandi par moi-même, par la force des choses, par les autres, et grâce à certains. C’est avec une certaine mélancolie que, désormais, quand je le regarde, j’y vois davantage. J’y perçois le chemin parcouru, ce qu’il représente et surtout, son envie d’ETRE. Et je l’aime encore plus.

Dans la grotte bleue

DANS LA GROTTE BLEUE
Par Avril
de base 5 en tête-à-tête

Au cours des M3 et M2, Valérie m’a posé cette question : pourquoi cloisonnes-tu les zones de ta vie? Quel serait le risque de ne pas le faire? Quelques exemples: je suis mal à l’aise quand mes amis se rencontrent: je ne parle jamais des uns aux autres, j’ai de grandes amitiés en tête-à-tête, mais chaque amitié est un univers, un monde à part. Je ne divulguerais pas un secret. Chaque amitié est un secret. Je n’aime pas parler de mon travail. J’ai l’impression que ma bulle créative est mon jardin secret, mon lieu de ressourcement personnel, je n’ai pas envie que d’autres y pénètrent. Mon travail est un secret. Les cloisons sont aussi assez imperméables autour de mes activités extra-professionnelles, de ma vie affective.

Pourquoi ces cloisons? Pour ne pas être lisible, certainement (j’aime brouiller les pistes, surprendre quant à ma personnalité; je réponds de manière évasive lorsqu’on me demande comment je vais); pour me cacher, avoir au moins une zone de repli.

Si je laisse la question me toucher encore, je dois admettre des sentiments de honte: lorsque j’entrouvre la fenêtre d’une cloison, j’ai peur d’être jugée, et j’ai honte. Si je vais au bout, je sens que cette honte est celle d’exister, une honte de la vie en général…

Est-ce que cette honte est commune aux personnes de base 5? Je me le demande. Je sais que nous avons cette peur du vide intérieur, qui nous cause cette boulimie de connaissance. Parfois, je lis un livre compliqué en le parcourant le plus vite possible, pour emmagasiner de la connaissance. Pas tant pour pouvoir la restituer, ni même l’éclaircir en moi, que pour l’acte de me remplir. En prévision.

Hiroshima, Yves Klein

Pourtant, à l’intérieur, c’est le chaos, la grande interrogation. Je ne veux pas tellement aller voir, je suis souvent paralysée et abrutie si l’on me demande ce qu’il s’y passe.

Une exception: un des moyens d’accès à cette intériorité qui me semble chaotique est l’écriture de poèmes. Dans le noir, avec le moins possible de sollicitations extérieures et à l’heure ou l’inconscient affleure, je parviens à me concentrer sur mes ressentis, et les images viennent pour me montrer qui je suis, avec intensité. Quel repos et quel soulagement de fixer quelque part, grâce aux mots justes, qui je suis. Pour me connaître. Ensuite, pourquoi pas, pour le partager, car je sais que ces poèmes sont justes. Ils me garantissent le contraire du vide: la brûlure, la douleur, la joie, la richesse, les sensations ardentes – la vie pleine. Et « ceci du moins est à moi » (c’est ce qu’a besoin de répéter Mesa dans Partage de midi).

En me couchant, j’ai eu la vision d’une grotte, en moi. J’y étais singulièrement bien. Rien dans cette grotte. Elle est devenue bleue, du bleu profond et chatoyant de l’heure bleue, une lumière riche qui se pose sur toute chose, une des couleurs les plus profondes. C’était un bleu chaud. Puis je me suis vue nager dans cette grotte, comme un plongeur qui se meut avec aisance. D’habitude je n’aime pas l’eau, froide et envahissante, et la sensation d’étouffement me vient dès que je m’imagine plonger. Mais rien de cela ce soir-là. Je me suis endormie comme un bébé.

Est-ce que cette grotte était vide? Certainement pas, j’y avais plutôt un sentiment de plénitude, j’y étais sensiblement présente. J’ai touché le fait que je ne suis pas vide. Pourtant, rien, sinon une lumière, de l’eau, de la chaleur. J’ai rêvé ensuite d’une oreille, symbole de la vie fœtale.

J’ai eu le sentiment d’exister, pour guérir de la honte de n’être personne.

Là-haut sur la montagne

Là-haut sur la montagne
par Charles, de base 5

Exercice difficile que de se livrer ainsi au travers d’un témoignage. Donner des clés de lecture sur sa personnalité, c’est en effet permettre à l’autre d’y pénétrer et s’il y a bien une chose que je n’aime pas c’est l’intrusion! C’est ainsi que certains pourraient me percevoir comme un roc, une montagne inaccessible car distante et impénétrable.

Cette montagne a toute son importance pour moi. Elle m’attire. Existe-t-il un meilleur endroit pour limiter les possibilités d’intrusion? Pour ne pas être envahi par le bruit de la ville? Pour s’affranchir de ce brouhaha qui empêche de se retrouver seul face à soi-même?

Se retrouver seul face à soi-même… tant de personnes ont l’air d’avoir peur de cela. Cela m’intrigue. J’ai du mal à comprendre que cela puisse être difficile. J’y arrive facilement et naturellement. Souvent même, je le recherche !

C’est ainsi que je me sens bien sur ma montagne.

Son rythme, vu de loin, y est paisible. Et pourtant, intérieurement, elle vit intensément. La neige de l’hiver cache les bourgeons de printemps qui se développent pleins de vie dans la  discrétion. Elle recouvre ces ruisseaux qui sont en fait des torrents. Les hauts sommets maintenant immobiles font oublier l’intensité des mouvements tectoniques qui les ont formés. C’est ainsi que je suis.

Derrière une apparente passivité se cache une activité intérieure intense. Il faut s’en approcher pour le réaliser. Mais attention, comme en montagne, tout le monde ne parvient pas au  sommet. Les anciens le savent bien. C’est la montagne qui se laisse gravir par l’homme et non l’inverse. Si la météo ne le permet pas, l’ascension est reportée. La montagne dicte son temps. Ainsi en est-il de mon ouverture. Rejoindre certains sommets n’est possible qu’après la fonte des neiges. Là encore c’est la nature qui donne le rythme. Je tiens à rester maître de mon temps et du moment où m’ouvrir. Gare à ceux qui cherchent à le précipiter. L’avalanche est assurée et l’ascension stoppée nette.

De la montagne j’observe la vallée et sa ville en contrebas. J’en perçois le brouhaha et une certaine agitation. Vu de haut des flux se dessinent. Certains ne me paraissent pas logiques, pas rationnels. J’interroge souvent les habitants d’un « Pourquoi est-ce ainsi? ». Certains me confessent ne pas connaître le sens de leur rythme. Comment peuvent-ils vivre ainsi? A quoi  bon dépenser autant d’énergie sans savoir pourquoi? Sans comprendre ni connaître le sens à lui donner? J’aime bien réfléchir à ces questions de fond avec ceux que je vois en descendant à la ville.

Descendre à la ville consiste moins à faire le tour des soirées mondaines ou des grands rassemblements publics qu’à rechercher des moments de qualité en petit groupe. Ces derniers sont plus propices aux grandes discussions profondes et me tiennent à distance des discussions de comptoir sur la pluie et le beau temps. La ville reste cependant un terrain de jeu, un lieu d’observation des techniques et des personnes. L’agitation de la ville multiplie les occasions d’apprentissage et de découvertes. Cependant c’est le calme de la montagne qui me permettra de mettre de l’ordre dans la masse d’observations collectées, de l’intégrer et de pouvoir la partager par la suite. Là encore mon apparente passivité extérieure détonne par rapport à mon intense activité intérieure.

Ma tête parle bien souvent avant mon cœur et mon corps.

Ma vie est une alternance de montée sur ma montagne et de descente à la ville. Monter sur la montagne pour me retrouver, me reconnecter à moi-même. Descendre à la ville pour entrer en relation avec l’autre, s’enrichir mutuellement et donner ce temps qui est si compté. Ces aller-retour perpétuels entre montagne et ville font partie pleinement de moi.

Sans passage par la montagne, je ne pourrais pas être aussi pleinement présent au monde. J’en ai besoin. Cela fait partie de moi.

Quand je monte sur ma montagne, ce n’est pas définitif. Partir pour mieux revenir résumerait bien ce mouvement de balancier qui surprend plus d’un. Certains diront « il était si présent et le  voilà d’un coup si loin ». Rassurez-les. Si je suis remonté sur ma montagne, c’est pour mieux revenir à eux. Prenez patience. Mon temps s’écoule différemment.

 

L’incroyable Hulk

Avec à gauche Greg Pak, un des auteurs du comik-book « Incrédible Hulk »

L’INCROYABLE HULK
par Damien
de base 1

Le Docteur Robert Bruce Banner, grand physicien nucléaire, a été bombardé de rayons gamma pendant l’essai militaire d’une nouvelle arme, alors qu’il essayait de protéger un jeune homme égaré. Tout le monde connaît la suite de cette histoire, parue en mai 1962, sous le nom de L’Incroyable Hulk, où le Docteur Banner devient ce colosse vert lorsqu’il est soumis à une forte charge émotionnelle.

Quand j’ai rencontré Hulk pour la première fois, je devais avoir environ 8 ans. C’était en regardant la série TV de 1977, interprétée par Bill Bixby et Lou Ferrigno, sur M6, au début des années 90. J’étais à la fois fasciné et sidéré par sa force titanesque, fruit d’une colère volcanique. Tout le contraire du bon Docteur Banner, qui lui, était d’un calme infini et d’une douceur bienveillante. Ce personnage, devenu mon ami, ne me quittera dès lors plus jamais. Et c’est bien plus tard, en partie à la lumière de l’ennéagramme que je compris pourquoi il résonnait si fort en moi.

Comment peut-on emmagasiner autant de colère et de tension sans se transformer en Hulk ?

On ne peut tout simplement pas. Du moins, pas sans conséquence psychique ou physique. C’est la leçon que m’a donnée cet anti-héros après avoir affronté l’épreuve du burn-out. La tension permanente, qui habite la personne de base 1, issue de la recherche viscérale du parfait, correct, bon et juste, n’est pas supportable. Elle doit s’exprimer par le corps, et ce à n’importe quel prix. Le sport, la méditation et autres pratiques liées au bien-être sont de bons moyens de la calmer. Dans la série TV, Bruce Banner passe sa vie à chercher une solution pour faire taire la bête qui est en lui, et ce, par tous les moyens scientifiques conventionnels ou non connus. Il néglige cependant une piste fondamentale, qui l’aide bien souvent à redevenir lui-même: la tendresse. Ce sentiment naturel que nous connaissons tous, peut être un antidote puissant, qu’il soit prodigué par nous-même, les personnes qui nous entourent, ou notre environnement de manière générale. Mais encore faut-il arriver à la reconnaître et se laisser toucher par elle pour la chérir aussi longtemps que possible. Cependant, la colère, comme toutes les autres émotions, doit s’exprimer et personne ne peut calmer durablement Hulk. Le Docteur Banner ne se rend pas compte que son combat est vain. Qu’il ne pourra plus jamais totalement contenir sa rage, sa colère, et que d’une certaine manière, c’est un cadeau du ciel. C’est ce que j’essaye d’appliquer dans mon quotidien. Ne plus chercher le contrôle permanent par peur de laisser s’exprimer la colère car cela ne se fait pas et pourrait blesser l’autre. De quoi ai-je peur au final? Qu’elle soit disproportionnée? mal comprise? injuste? Certainement… Le ressentiment gouverné par mon juge intérieur risquerait de me le faire payer très cher.

Comment peut-on exprimer autant de colère que Hulk tout en faisant le bien autour de soi ?

La colère a mauvaise presse, elle prend toute la place, fait du bruit, saccage tout sur son passage. Ne se soucie pas des détails, de la nuance, c’est un bulldozer qui ne s’arrêterait uniquement que si il tombait en panne d’essence. 

Une personne que j’apprécie beaucoup m’a dit un jour : “La colère n’est ni bonne, ni mauvaise. C’est ce qu’on en fait qui est important.”

Alors comment Hulk arrive à faire le bien? Car même s’il fait peur à presque tous ceux qu’il rencontre, il agit toujours pour le bien d’autrui. Est-ce que l’expression de cette émotion primaire serait bienveillante par nature? Sommes-nous libres de nos actions quand nous sommes en colère? Suis-je plus libre si je n’exprime pas cette colère? Beaucoup trop de questions pour une personne de centre-corps comme celle de la base 1. Tiens, le corps. N’y aurait-il pas là un enseignement à tirer? L’émotion s’exprime toujours à travers le corps et comme le disait le Dr Roger Vittoz : “C’est dans la justesse de la sensation que se trouve la sincérité de l’action.” Repasser par le corps pour écouter la sensation. Écouter ce qu’elle a à nous dire, puis trouver l’espace de liberté situé entre le stimulus et l’action qui permet le choix juste. Une ascèse. Le travail d’une vie.

Qui a le contrôle de l’autre? Hulk ou Banner?

Le contrôle est prédominant dans l’histoire de Hulk. Banner souhaite garder son contrôle pour empêcher Hulk de s’exprimer. Et le colosse vert, lui, souhaite éliminer Banner en qui il voit un faible incapable de régler les problèmes auxquels il fait face. Dans le comic-book, il existe différentes versions de Hulk. Il y en a une, toute particulière, qui a attiré mon attention. Elle se nomme Professeur Hulk. Il s’agit de la version unifié du personnage qui mêle la puissance de Hulk à l’intelligence du Docteur Banner. Plus de conflits intérieurs, de recherche du contrôle de l’un sur l’autre. Il semble enfin avoir trouvé la place qui est la sienne en acceptant cette partie de lui qu’il ignorait depuis ses origines. La paix, le bonheur et la sérénité semblent habiter le personnage qui a su regarder au delà de ses propres imperfections pour ne faire qu’un. Est-ce là l’objectif à atteindre? Toute une histoire, qui semble valoir le coup d’être tentée…

Tendre doloire

TENDRE DOLOIRE
par Adrienne
de base 8

Sans rien y connaître, j’ai débarqué, en retard, au stage ennéagramme. Avant d’avoir repris mes esprits, me voici projetée en petit groupe, autour de cette question : Ce qui vous agace le plus? Les quatre premiers avouent, du bout des lèvres, que c’est pour l’une la lenteur, l’autre le travail mal fait, le troisième le temps perdu, la quatrième le mensonge. Tout le langage non verbal de l’irritation gronde en eux mais ils sont unanimes; ils prennent sur eux, leurs colères sont très rares mais alors cinglantes. J’ai l’impression d’être un ovni, ce qui m’énerve, moi, ce sont les colères si visibles et pourtant non verbalisées. Je n’ai alors rien de plus urgent que de les faire sortir. Deuxième atelier, proposer un objet. Pour commencer, une femme choisit la boucle d’oreille, ornement léger, si personnalisable, qui  illumine le visage. Suis-je vraiment un éléphant dans un magasin de porcelaine? Voici mon objet, mouvement de recul. Non ce n’est pas une hache!

Cet objet m’est venu comme une évidence, j’ ai véritablement une fascination tendre pour la doloire. Son fer à lui seul pèse plusieurs kilos et son tranchant mesure une bonne trentaine de centimètres, à première vue on croit reconnaître l’arme d’un bourreau. Une hache à abattre se manie avec des mouvements amples et puissants afin que la vitesse multiplie la force et que la frappe gagne en efficacité. Pour la doloire, rien de tel, elle n’a qu’un tranchant   ne peut utiliser que la force de sa masse, une force qui ne peut porter que vers le bas. Elle n’a vraiment rien d’une arme d’assaut.

Très lourde, assymétrique, avec son manche court; l’utiliser pour abattre serait au minimum épuisant et désastreux, probablement impossible. Elle sert à équarrir. A Guédelon, les charpentiers travaillant exclusivement à la main ont compris, par expérience, à quel point elle était plus appropriée que la scie. Par un travail maîtrisé et précis elle fait sauter l’aubier pour découvrir, aplanir et ajuster la partie noble et solide d’un tronc. Les poutres réalisées ainsi sont harmonieuses et plus solides; elles respectent le bois et ses fibres. Les poutres peuvent ne pas être droites, être non standard; elles n’en trouveront pas moins leurs places dans la structure d’une habitation.

La doloire peut travailler des pièces de bois courbes, mais est impitoyable pour les vices dissimulés.  Elle sert à faire des toits authentiques, solides, cohérents, d’une beauté brute; sous lesquels on se sent bien, protégé. C’est un outil simple, un peu effrayant, sans apparat, mais puissant, qui permet un travail délicat. Dans un chantier, la doloire ne réalise qu’une partie du travail. Que pourrait-elle sans la hache d’abattage et les roues, sans les ciseaux et marteaux, les équerres et les niveaux, les échafaudages et les cordes de levage… Chaque fonctionnement a sa cohérence et ses dangers, mais tous sont indispensables.

Dans les regards des autres participants, j’ai vu qu’une personne qui dévoile la colère, qui ne supporte pas les incohérences (qui finalement nuiront aux plus démunis), qui se présente sans détour, peut aussi avoir sa place.

Les grilles de lecture des comportements, fréquemment très genrés dans nos milieux cathos m’ont souvent laissée culpabilisée et perplexe; je ne me retrouvais pas dans les descriptions de La Femme. J’ai déployé énormément d’énergie pour changer de fonctionnement. Ce premier stage m’a fait découvrir des clefs pour mettre à distance les moralisations centrées exclusivement sur un mode de fonctionnement, jugeant les autres avec mépris et donnant des conseils étouffants. Des clefs, aussi, pour me réjouir de la diversité des approches de chacun, de la mienne.

 

Le seau: métaphore de la base 2

DE LA JOIE D’ÊTRE UN SEAU
par Anne
de base 2

C est l’ histoire d’ un seau à qui l’on avait dit que la seule importance c’était l’eau.

Alors soucieux que tous ceux qu’il croisait aient de l’eau en abondance, il en distribuait, louches après louches car il en avait à foison.

Il s’indignait même parfois devant de beaux seaux tout brillants qui refusaient parfois de n’en donner ne serait ce qu’une cuillère..

Et plus il en donnait, plus les autres le remerciaient, plus il était heureux.

Et plus il était heureux, plus il débordait.

Il voulait qu’on admire la belle fontaine qu’il était !

Un jour qu’il se sentait plus léger, il se dit: « Je vais pouvoir aller plus vite et plus loin pour donner de l’eau à chacun! »

Mais, en chemin, le seau se trouva tellement léger qu’il s’écroula.

Un mendiant assoiffé lui dit: « Joli seau, qu’as-tu fais de ton eau? »

Ce n’était plus de l’eau qui en jaillissant mais bien des larmes à présent.

Le mendiant l’enlaça, et lui dit: « je vais te réparer, te polir, te rassurer et te remplir. Je n’ai pas de louche comme toi, mais cuillères après cuillères tu te rempliras. »

L’important c’est l’eau, c’est le seau vide et le seau plein, c’est la fontaine, la source et le mendiant.

 

Le coq : métaphore de la base 7

LE COQ

par Léonard
de base 7

Le Chœur: Pourquoi pleures-tu, pauvre Coq? Pourquoi grincer dans l’air du soir?

Le Coq: Personne ne m’écoute, personne ne me guette. Des pires maux l’on m’accable: je suis une girouette.

Le Chœur: Quelle misère on t’a fait! Rien qu’à te voir, notre cœur nous fait mal! Sans plus attendre, ô Coq, déballe!

Le Coq: Du soir au matin, je change d’avis. Et parfois aussi, au cœur même de la nuit! Tantôt à l’ouest, tantôt à l’est. Une fois au sud, et l’autre au nord. Tout m’intéresse! Pourtant, on me dit que je suis fatiguant, et même exaspérant, que le monde a besoin de stabilité, et point de tourbillons. De régularité et pas de feu-follets!

Le Chœur (à part) : D’une injustice bien grande, il a subi l’outrage. Sans plus attendre mes frères allons la réparer!

Le Chœur: Que tu es belle girouette ! Et précieuse qui plus est. C’est pour un usage précis que les dieux t’ont créé. Sans toi, qui saurait d’où vient le vent ?

Les marins te scrutent pour ajuster leurs voiles, les anciens t’observent pour dire le temps qui vient.

Et tu annonces clairement, à qui veut bien l’entendre, ce qui dans l’air du temps, souffle, mais ne se voit pas.

Le Coq : Merci, ô Chœur, pour cette apologie. Et si je change souvent d’avis, c’est par obéissance. Ne mentirais-je pas un peu, si au cyclone je présentais ma queue? Le vent tourne et je n’y suis pour rien.

Épilogue :

Le Coq, tout heureux, remonta au clocher, et tutoie depuis ce jour zéphyrs et alizés.

Un verre de vin : métaphore de la base 7

UN VERRE DE VIN
par Michel
de base 7

C’est un verre de vin rouge. À moitié plein. Inimaginable qu’il puisse être à moitié vide.

Il offre bien des choix possibles. Un Bourgogne en souvenir du berceau natal ? Un Bordeaux et ses différents cépages ? Un Beaujolais qui n’aura rien de nouveau ?

Lors de ses phases exubérantes, la main qui le saisit obéit à un coude. Il est alors toujours à moitié plein. Il est vide ? Et hop, la seconde d’après il ne l’est plus, mais rempli d’un autre vin. Et c’est reparti comme pour des gammes.

Il lui arrive de se discipliner. Avec le temps, le coude cède protocolairement la place au nez.

D’abord, l’esthétisme le fait passer d’un vulgaire verre de cantine à un ballon en cristal. Saint-Louis ou Arc, au choix, il en profitera pour se faire une petite expertise sur le sujet le temps de quelques dîners.

L’esthétisme lui suggère ensuite de se comparer au verre de vin qui peut se boire seul comme le Bacchus du Caravage, ou se partage lors du déjeuner des canotiers de Renoir. Il n’a que l’embarras du choix dans la teinte. Brique, grenat, rubis, vermeil, écarlate, cerise, …

Arômes. Bouquets. Discernement des arômes primaires, ceux du raisin. Secondaires, ceux de la vinification. Tertiaire, ceux de l’élevage en fûts de chêne. Quelle joie de découvrir plein de nouveaux amis pour les papilles, phénols, tanins, vanilline et autres whisky-lactones !

Tout cela incite à aller sur Internet de très intéressants articles « Que choisir avec »…

La sobriété incarnée. Cliton, le personnage caricatural du glouton dans le livre Les Caractères de La Bruyère, a bien grandi !

En fin de compte, un verre vin ne se boit (presque) pas, il se hume, pour déceler ce qu’il a de fin, de distingué, de complexe. Quel emballement, quelle excitation de chercher dans le labyrinthe des notes fruitées, florales, boisées, et tant d’autres encore…

L’esprit divague de curiosité vers d’autres images, par exemple les orgues des nez, ou encore les belles apothicaireries, en bois nobles. Association d’idées avec les fûts de chêne ? À creuser…

En tout cas, quel programme enthousiasmant !

L’harmonie, l’apaisement viennent de la lectio divina. « Tout le monde sert le bon vin en premier, et lorsque les gens on bien bu, on apporte le moins bon. Mai toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. »

 

Le homard ou les vertus de l’inconfort

LE HOMARD
ou les vertus de l’inconfort

Françoise Dolto utilisait la métaphore du homard pour évoquer ce que l’on nomme communément crise d’adolescence. Anselm Grün de son côté a parlé de la crise du milieu de vie (CMV). Crises de couple, difficultés relationnelles, insatisfactions professionnelles, burn out, baby-blues… certaines périodes de nos vies sont moins sereines que d’autres. Elles ont de commun ce malaise diffus, souvent manifesté par le corps, qui engendre un inconfort, des misères corporelles, des émotions à fleur de peau. Et s’ils étaient les signes avant-coureur d’un changement en cours, les prémisses d’une évolution, un précieux stimulus pour grandir?

Le homard grandit tout au long de sa vie et se retrouve régulièrement à l’étroit et dans l’inconfort dans sa carapace. Quand le temps est venu, il se réfugie sous une pierre, à l’abri des prédateurs pour y effectuer sa mue. Il y restera le temps que sa nouvelle carapace puisse être aussi dure et résistante que la précédente. Ainsi, un homard peut croître toute sa vie, le plus grand jamais pêché mesurait plus d’un mètre de long.

Et si, quand la vie ne correspond pas à nos attentes, quand nos adolescents nous déroutent, quand l’imprévu s’invite et bouscule notre plan de vie bien construit, nous nous mettions à l’école du homard: nous retirer, prendre du recul pour élargir notre champ de vision, et accueillir l’inconfort comme une opportunité de croissance?

Jean Vanier dans La Communauté, lieu de la fête et du pardon, écrit: « J’ai appris que, en chinois, le mot crise veut dire : occasion et danger. Toute tension, toute crise, peut devenir une occasion de vie nouvelle si nous l’abordons avec sagesse; sinon, elle peut apporter la mort et la division. »

Et Roger Vittoz, de répondre comme en écho dans Notes et Pensées: « Il faut savoir faire le silence en soi, s’ouvrir pour recevoir. C’est bien là que nous avons tout à recevoir. Mais il faut savoir attendre, nous mettre simplement dans la disposition de recevoir ce que nous ne pouvons nous donner nous-même. »

 

Le volcan : métaphore de la base 4

LE VOLCAN
par Armelle
de base 4

Encore une fois le bouchon explose, l’éruption est incontrôlée et impressionnante. Très rapidement la lave coule détruisant tout sur son passage. Les populations sont obligés de fuir. Au loin, elles me regardent, ne me comprennent pas ; pensent que j’en fait trop ou que j’en rajoute. Pour moi aussi cette nouvelle éruption est trop forte, trop intense. Mais surtout elle est vraie et elle mérite d’être pleinement vécue.

J’estime que chaque émotion a le droit d’exister et que l’on doit la laisser s’exprimer. Je vis chacune d’elle que ce soit la joie, la tristesse, la peur ou encore la colère. Au quotidien mon cœur est mon meilleur allié. Il me guide et je le suis. Bien sûr j’essaie de l’apprivoiser pour contrôler les éruptions afin qu’elles soient moins violentes, moins effrayantes, moins agressives.

Quelque temps plus tard je suis redevenue calme, enfin en apparence. A l’intérieur de moi mon cœur est toujours, continuellement, perpétuellement, en ébullition. Et cette intensité de cœur m’alimente, je la cultive. Cette folle intensité me plait, grâce à elle je me sens si authentique, si unique, si différente.

Mais parallèlement je trouve le calme du lac tellement plus reposant, le roc de la montagne beaucoup plus rassurant. La douceur du champ de lavande me paraît plus sereine ou encore la folie du torrent plus enthousiasmante. Pour moi l’herbe est toujours plus verte ailleurs.

Et cette magnifique création j’aime la contempler. Sa beauté me procure beaucoup d’émotions. Pour moi le beau est très important. Je soigne ma propre apparence mais aussi celle qui m’entoure. Je ne suis pas à l’aise si j’estime que l’environnement n’est pas assez harmonieux ou esthétique.

Je suis ce volcan si imprévisible. Je ne sais jamais quand la prochaine éruption viendra ni quelle intensité elle aura mais je suis prête à l’accueillir.

Cependant au fond de moi j’ai peur. Peur de ne pas être unique. Peur de ne pas être belle. Peur de ne pas être comprise. Peur de ne pas être aimée. Peur d’être seule.