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Les clés de la forteresse

LES CLES DE LA FORTERESSE
par Ann

Nous voilà à Paris Nord en attente du Thalys qui nous ramènera vers notre Galilée.

Nos cœurs sont paisibles et nous sommes heureux d’avoir vécu ces deux jours à vos côtés avec le groupe.

Pour ma part j’ai eu du mal à quitter les lieux. Nous sommes restés flâner à l’orangerie Jean de la Croix, refaire un petit passage à l’oratoire Prophète Elie et visiter le musée du Père Jacques (très bien fait… très touchant).  Nous n’avions pas envie de secouer la poussière de nos chaussures, mais plutôt de nous laisser imprégner pour que la glaise reste bien collée et nous accompagne sur la route pour nous modeler.

J’ai été particulièrement touchée de sentir, comprendre peut-être,  à quel point chacun est en mode protection de son agneau intérieur. Toucher du doigt peut-être aussi que la traversée de la souffrance, de l’échec, peut être une des clés de la forteresse, une manière d’accepter de baisser la garde et de s’accueillir humblement avec plus d’authenticité.

Ce fut un cadeau que d’être là en la fête de sainte Thérèse d’Avila et de partager la liturgie des frères Carmes. Ce fut un cadeau que la présence du soleil.

Merci de ce qui en vous et par vous est au service de la Vie en chacun de nous.

 

 

 

Albert Camus et la base 4

ALBERT CAMUS
Un archétype de la base 4 en survie*
par Pascal

Celui que d’aucun appelait le philosophe pour classes terminales, Albert Camus, est né le 7 novembre 1913 à Mondovi (Algérie) d’une famille de petits blancs. Français par son père et majorquin par sa mère, il va perdre son père à la guerre de 1914 et ne le connaîtra jamais, ce qui chez cette personne vraisemblablement de base 4 va se marquer par un manque cruel. Il le retrouvera bien des années plus tard dans un cimetière de Saint-Brieuc.

Elevé sans père, sa grand-mère a la main lourde et règne sur sa mère, son frère aîné Lucien et lui. Sa mère, Catherine Sintes, est très douce, résignée, presque sourde, illettrée… Camus lui vouera une affection sans borne et lui dédicacera sa dernière œuvre en grande partie autobiographique, Le Premier homme. Enfant pauvre, mais chahuteur, ombrageux, excessif et sensible, très doué, son intelligence est précoce et brillante. Son instituteur, Louis Germain, le fera entrer au lycée; c’est à lui que Camus, un des plus jeunes lauréats, dédicacera son prix Nobel de littérature en 1957: « Après ma mère, ma première pensée a été pour vous. Sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement et votre exemple, rien ne serait arrivé. » Chez Camus, l’intelligence du cœur est saillante.

C’est un homme sympathique, lui-même se décrivant comme un mélange d’Humphrey Bogart et de Fernandel. Son charme, son pouvoir de séduction était doublés d’un sens de l’humour dépourvu du moindre snobisme: quelque chose comme de l’authenticité… Il fut d’autant plus amoureux de la vie que sa survie fut très tôt menacée… Il souffrira toute sa vie, et durement, de tuberculose décelée à l’âge de 17 ans; ce qui ne l’empêchait pas de fumer, de boire et de ne pas dormir. Il y a chez lui une alliance d’urgence et de profondeur. L’homme est complexe, tourmenté, passionné, pétri de contradictions: il aurait pu dire de lui-même qu’il était une sorte de Don Juan et de Saint Augustin – qu’il admirait: fureur de vivre et intériorité créative. La tuberculose lui barrera l’accès à l’Agrégation, au football en équipe et l’empêchera de s’engager contre Hitler; il sera néanmoins résistant à Combat et failli être arrêté. Il décroche son DES de Philosophie sur le néoplatonisme et la pensée chrétienne, avec au centre Plotin et Saint Augustin. Ne pouvant être professeur, ni gagner sa vie comme écrivain ou par le théâtre, il sera journaliste. A 27 ans, il a terminé L’Etranger, avant 28 ans Le Mythe de Sisyphe, La Peste sera rédigée pendant la guerre en Haute Loire.

On peut admirer Sartre, on aime Camus. Ses écrits aident à vivre, parce qu’ils nous rejoignent: loin d’être hors sol, ils s’enracinent dans notre condition mortelle, souffrante et pourtant… belle: c’est le nihilisme positif qu’il partage avec l’existentialiste chrétien d’origine danoise Soren Kierkegaard. Si la condition humaine est absurde, c’est parce qu’il est confronté à la mort. Partant, dans Le Mythe de Sisyphe, et plus tard L’Homme révolté, il n’y a qu’une philosophie sérieuse, c’est le suicide. Face à l’absurde et face à la mort reste la révolte et cet absurde, il faut le vivre. Ne s’étant jamais considéré comme un intellectuel ou un philosophe (il n’y a pas d’école camusienne, de philosophie camusienne), il se voit plutôt comme un penseur, un moraliste. Mélancolique de nature et flegmatique, il fut souvent en proie au doute, au désespoir: au début des années 50 , il pensa même au suicide, comme sa femme Francine. Il faut imaginer Sisyphe heureux mais peut-on imaginer Camus heureux? La tragédie de l’existence est le moteur de la base 4.

Lancé dans le grand bain du journalisme, les textes qu’il a rédigés et la déontologie qu’il a énoncée sont enseignés dans les écoles de journalisme. Absence de neutralité et souci de probité, il les résume dans une formule qui se trouve aujourd’hui sur le site de Marianne: « Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti ». Avec Jean Daniel, son ami, il préconise: « Une idée, deux exemples, trois feuillets ». Ecrivain, journaliste, penseur, homme de théâtre, voyageur, il n’aime pas les tâches routinières, les travaux ou les horaires de bureau, il travaille la nuit. Il a horreur de la monotonie, des diners en ville; cela l’ennuie. Il a la volonté d’introduire le langage de la morale dans la politique. Animé par une quête de sens, sans mensonge aucun, il est allergique à tous les mots d’ordre, aux idéologies; il est exclu du parti communiste au bout de trois ans en 1937 car il en dénonçait les atrocités, comme d’ailleurs celles des fascistes, et n’adhérera jamais à aucune faction. Camus ne courtise pas les milieux politiques: en ce qui concerne De Gaulle, il l’estime mais s’en méfie. Dans ses carnets, Camus qualifiait les politiques d’hommes sans idéal et sans grandeur qui profèrent les mêmes mensonges. Il savait manier l’ironie et même la férocité, n’hésitant pas à qualifier certains politiques « d’inutiles voire de nuisibles ».

Pacifiste comme Niehbur et Mendela, il n’acceptera jamais le terrorisme: « La violence est à la fois inévitable et injustifiable ». Comme Hugo, il était contre la peine de mort. Le drame algérien le mina jusqu’à la fin de sa vie: il aimait ses concitoyens algériens des deux camps, tendant à les aider. Douée d’une grande compréhension du cœur, vertu de la base 4, il vibrait d’une intense émotion aux malheurs d’autrui.

Camus a eu plusieurs maitresses, essentiellement sa guide à New York Patricia Blake, Mi (Mette Ivers), mannequin danoise qu’il ira jusqu’à s’installer chez lui à Lourmarin, l’actrice Catherine Sellers; mais surtout en 1944 Maria Casarès, l’unique, la magnifique tragédienne avec qui il vit un grand amour.

L’athéisme de Camus se vit aux couleurs de la base 4: différent des autres, il le revendiquera toujours! « Je lis que je suis athée, j’entends parler d’athéisme; or, ces mots ne me disent rien, car ils n’ont pas de sens pour moi. Je ne crois pas en Dieu mais je ne suis pas athée » (Cahiers, 1er novembre 1954). Non seulement Camus l’incroyant ne méprise pas les gens de foi mais il les admire, les vénère parfois et dans une certaine mesure les envie, notamment Pascal ou Simone Weil. Mais tout cela ne peut rentrer dans un moule quelconque. En 1957 à Stockholm, où il est mal à l’aise car il n’aime pas les honneurs et se sent trop jeune avec une œuvre pas assez consistante, Camus déclare dans une conférence de presse ; « je n’ai que vénération et respect pour la personne du Christ et son histoire. Mais je ne crois pas à la résurrection ». C’est le matin de Pâques qui le sépare des chrétiens: « Je ne partirai pas du principe que la vérité chrétienne est illusoire, mais je ne peux y entrer. »

Passionné, bouillant, conquérant, aimant la femme, les femmes; on pourrait croire à un sous-type en tête-à-tête. Ce serait sans compter la confusion courante et subtile entre sous-type tête-à-tête et base 4. Car Camus est un être profondément relié à ses sens comme le sont les personnes en survie: le soleil, les plages d’Algérie où il se baigne, les monuments d’Italie, les sites de la Grèce. C’est un esthète qui aime le beau, mais qui possède une vitalité sensorielle très charnelle. Son écriture attentive à la nature, à la lumière, à la chaleur sur la peau, traduit ce rapport au corps qui caractérise les personnes en survie, même de centre tête ou cœur.

Il y a chez lui de l’intrépidité, une manière de se brûler les ailes de façon audacieuse, de se mettre en danger; typique de l’alliance du type 4 et du sous-type survie, qui est souvent anti-survie: pendant la guerre, assigné à une vie monastique en haute Loire, ce qui ne lui déplaît pas – intériorité d’une possible aile 5 et déploiement de créativité avec la Peste; il ne fume plus , ne boit plus et parle de chasteté. Il écrira: « la vie sexuelle a été donné à l’homme pour être son opium », et fera dire à Clamance dans Les Justes que la femme est tout ce qui reste du paradis terrestre: hommage où se retrouvent l’intensité du manque et du désir, la sublimation du tragique, la soif éperdue d’absolu…

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son œuvre. 

L’incroyable Hulk

Avec à gauche Greg Pak, un des auteurs du comik-book « Incrédible Hulk »

L’INCROYABLE HULK
par Damien
de base 1

Le Docteur Robert Bruce Banner, grand physicien nucléaire, a été bombardé de rayons gamma pendant l’essai militaire d’une nouvelle arme, alors qu’il essayait de protéger un jeune homme égaré. Tout le monde connaît la suite de cette histoire, parue en mai 1962, sous le nom de L’Incroyable Hulk, où le Docteur Banner devient ce colosse vert lorsqu’il est soumis à une forte charge émotionnelle.

Quand j’ai rencontré Hulk pour la première fois, je devais avoir environ 8 ans. C’était en regardant la série TV de 1977, interprétée par Bill Bixby et Lou Ferrigno, sur M6, au début des années 90. J’étais à la fois fasciné et sidéré par sa force titanesque, fruit d’une colère volcanique. Tout le contraire du bon Docteur Banner, qui lui, était d’un calme infini et d’une douceur bienveillante. Ce personnage, devenu mon ami, ne me quittera dès lors plus jamais. Et c’est bien plus tard, en partie à la lumière de l’ennéagramme que je compris pourquoi il résonnait si fort en moi.

Comment peut-on emmagasiner autant de colère et de tension sans se transformer en Hulk ?

On ne peut tout simplement pas. Du moins, pas sans conséquence psychique ou physique. C’est la leçon que m’a donnée cet anti-héros après avoir affronté l’épreuve du burn-out. La tension permanente, qui habite la personne de base 1, issue de la recherche viscérale du parfait, correct, bon et juste, n’est pas supportable. Elle doit s’exprimer par le corps, et ce à n’importe quel prix. Le sport, la méditation et autres pratiques liées au bien-être sont de bons moyens de la calmer. Dans la série TV, Bruce Banner passe sa vie à chercher une solution pour faire taire la bête qui est en lui, et ce, par tous les moyens scientifiques conventionnels ou non connus. Il néglige cependant une piste fondamentale, qui l’aide bien souvent à redevenir lui-même: la tendresse. Ce sentiment naturel que nous connaissons tous, peut être un antidote puissant, qu’il soit prodigué par nous-même, les personnes qui nous entourent, ou notre environnement de manière générale. Mais encore faut-il arriver à la reconnaître et se laisser toucher par elle pour la chérir aussi longtemps que possible. Cependant, la colère, comme toutes les autres émotions, doit s’exprimer et personne ne peut calmer durablement Hulk. Le Docteur Banner ne se rend pas compte que son combat est vain. Qu’il ne pourra plus jamais totalement contenir sa rage, sa colère, et que d’une certaine manière, c’est un cadeau du ciel. C’est ce que j’essaye d’appliquer dans mon quotidien. Ne plus chercher le contrôle permanent par peur de laisser s’exprimer la colère car cela ne se fait pas et pourrait blesser l’autre. De quoi ai-je peur au final? Qu’elle soit disproportionnée? mal comprise? injuste? Certainement… Le ressentiment gouverné par mon juge intérieur risquerait de me le faire payer très cher.

Comment peut-on exprimer autant de colère que Hulk tout en faisant le bien autour de soi ?

La colère a mauvaise presse, elle prend toute la place, fait du bruit, saccage tout sur son passage. Ne se soucie pas des détails, de la nuance, c’est un bulldozer qui ne s’arrêterait uniquement que si il tombait en panne d’essence. 

Une personne que j’apprécie beaucoup m’a dit un jour : “La colère n’est ni bonne, ni mauvaise. C’est ce qu’on en fait qui est important.”

Alors comment Hulk arrive à faire le bien? Car même s’il fait peur à presque tous ceux qu’il rencontre, il agit toujours pour le bien d’autrui. Est-ce que l’expression de cette émotion primaire serait bienveillante par nature? Sommes-nous libres de nos actions quand nous sommes en colère? Suis-je plus libre si je n’exprime pas cette colère? Beaucoup trop de questions pour une personne de centre-corps comme celle de la base 1. Tiens, le corps. N’y aurait-il pas là un enseignement à tirer? L’émotion s’exprime toujours à travers le corps et comme le disait le Dr Roger Vittoz : “C’est dans la justesse de la sensation que se trouve la sincérité de l’action.” Repasser par le corps pour écouter la sensation. Écouter ce qu’elle a à nous dire, puis trouver l’espace de liberté situé entre le stimulus et l’action qui permet le choix juste. Une ascèse. Le travail d’une vie.

Qui a le contrôle de l’autre? Hulk ou Banner?

Le contrôle est prédominant dans l’histoire de Hulk. Banner souhaite garder son contrôle pour empêcher Hulk de s’exprimer. Et le colosse vert, lui, souhaite éliminer Banner en qui il voit un faible incapable de régler les problèmes auxquels il fait face. Dans le comic-book, il existe différentes versions de Hulk. Il y en a une, toute particulière, qui a attiré mon attention. Elle se nomme Professeur Hulk. Il s’agit de la version unifié du personnage qui mêle la puissance de Hulk à l’intelligence du Docteur Banner. Plus de conflits intérieurs, de recherche du contrôle de l’un sur l’autre. Il semble enfin avoir trouvé la place qui est la sienne en acceptant cette partie de lui qu’il ignorait depuis ses origines. La paix, le bonheur et la sérénité semblent habiter le personnage qui a su regarder au delà de ses propres imperfections pour ne faire qu’un. Est-ce là l’objectif à atteindre? Toute une histoire, qui semble valoir le coup d’être tentée…

François Mitterrand et la base 5

FRANCOIS MITTERAND
Un archétype de la base 5 en social*

Secrète, distante, calme, cérébrale: ainsi voit-on la personne de base 5. François Mitterrand en serait-il un archétype?

Plusieurs pistes vont en ce sens, dont celle d’un centre d’intelligence mental: rapidité de l’intelligence, précision du verbe, recours au calcul rationnel.

Plus caractéristique peut-être, cette retenue, cette réserve que certains pouvaient juger hautaine ou froide. La personne de base 5 place ses interlocuteurs à distance, notamment pour ne pas être envahie émotionnellement et garder le recul nécessaire pour comprendre et contrôler son environnement: le regard de sphinx de François Mitterrand, son économie de paroles, ne sont pas sans y faire penser.

Et puis, il y a ce dont ses proches témoignent à la fin de l’excellent film documentaire de Jean Lacouture et Patrick Rotman: la capacité à cloisonner. Personne n’était en mesure de connaître l’intégralité de la vie de François Mitterrand. Il séparait rigoureusement sa vie privée de sa vie publique, et au sein de sa vie politique ou amicale ne mélangeait par les différents cercles. Jusqu’à la fin de sa vie, il continua à déjeuner une fois par an avec son vieil ami l’écrivain Jacques Laurent, homme de droite, qu’il avait connu avant-guerre dans les milieux étudiants royalistes de l’Action française, sans jamais la recouper avec ses amitiés politiques plus récentes.

Tout comme personne ne pouvait imaginer la profondeur de la relation amoureuse qu’il avait avec Anne Pingeot, la mère de Mazarine. Plusieurs lettres par jour, écrites passionnément dans le secret de sa chambre: l’émotion n’est pas étrangère à la personne de base 5, loin s’en faut; mais s’y abandonner pourrait brouiller la rationalité, c’est pourquoi elle se vit souvent dans la solitude, après coup, à l’abri des regards.

De même, les interrogations profondes de Mitterrand sur la mort et sur Dieu, furent-elles toujours partagées avec un petit nombre, sans doute les rares qu’il jugeait au niveau nécessaire pour avoir avec lui ce genre de conversation: conjugaison caractéristique de la base 5 de la recherche du sens et d’un certain élitisme.

Sans doute la carrière exceptionnelle de François Mitterrand tient-elle, non pas à cette passion de la réussite qui anime par exemple les personnes de base 3, mais à cette avarice de soi qui est l’excès de passion de la base 5. Mitterrand a eu cet art incroyable de donner peu autour de lui, sauf des positions d’honneur une fois qu’il sera élu, et de beaucoup prendre. Sans aucun doute y est-il arrivé car la supériorité de son intelligence, alliée au culte du secret et de la dissimulation, a-t-elle exercé dans son entourage une fascination rendant possibles tous les dévouements, même les plus irrationnels.

À ce stade, on ne peut pas omettre de signaler l’importance du sous-type social qui donne à ces personnes de base 5 une capacité à comprendre les fonctionnements collectifs, à parler en public, et aussi, pour le pire, à manipuler avec des accents déconcertants de sincérité.

L’efficacité dès lors devient redoutable, d’autant qu’en activant sa flèche 8, il est en mesure de déployer une puissance insoupçonnable habituellement. La fameuse campagne d’affiche de 1981, avec la chapelle en second plan, est d’ailleurs une illustration:  en mélangeant l’étiquette progressiste due au socialisme et la référence terrienne et ancestrale figurée par la chapelle romane, l’image donnait au candidat une stabilité que venaient renforcer le slogan, particulièrement réussi de sa campagne: la force tranquille.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son œuvre. 

L’arc en ciel des émotions

 

 

L’ARC EN CIEL DES EMOTIONS
par Marie, de base 8
et Etienne, de base 6

 

 

 

C’est une fillette qui se prenait pour une guerrière, et qui luttait, seule, sur son cheval fougueux Colère, au milieu de l’hostilité d’un paysage aride.

Mais tout à coup, ô joie, après de rudes chevauchées inutiles, elle aperçoit le pont des émotions, sa planche de salut, qu’elle commence à emprunter avec bonheur. Ce pont arc-en-ciel , il lui a semblé tout d’abord tellement volatile et aérien, qu’elle n’osait s’en servir, de peur de tomber dans le précipice. Mais sa chaude palette de couleurs l’a finalement séduite et rassurée, et ce n’est désormais plus un ennemi à combattre, mais un outil bienveillant qui va l’emmener vers les riantes et prometteuses rives de la sérénité, lumineuses et verdoyantes.

Au milieu des flots déchaînés de la mer Peur, surmontés d’un bel arc-en-ciel apaisant, un jeune matelot souriant tient fermement le gouvernail du bateau Émotions. Après de nombreux essais infructueux et douloureux, il est enfin heureux, car il commence à considérer les éléments en furie non plus comme de potentiels ennemis à fuir, mais comme des compagnons de route avec lesquels il est possible de composer pour atteindre paisiblement le rivage. La devise du garçonnet pourrait être : «  Dieu ne nous a pas promis une traversée facile, mais une arrivée à bon port ». Alors, haut les cœurs et duc in altum !!!

 

Le garçonnet et la fillette se retrouvent avec bonheur dans le symbole de l’arc-en-ciel, leur aile 7 commune: à l’aide de ses chatoyantes couleurs, ils ont ainsi deux ailes pour construire ensemble de beaux projets dans l’humour et la fantaisie.

Ponce Pilate et la base 6

PONCE PILATE 
Un achétype de la base 6 en social*
par Jacques-Olivier
de base 6

Lorsque Ponce Pilate fait apposer l’écriteau INRI sur la croix où meurt le Christ, il agit en fin de compte par provocation envers les grands-prêtres du Sanhédrin. Il n’a pas digéré ce procès politique, au cours duquel il s’est trouvé en confrontation agressive avec eux. Avec une certaine ironie, il cherche à montrer la vacuité de leur revendication. « Jésus-Christ est le Roi des Juifs », tel est ce que Pilate décide de faire proclamer. Tout l’inverse de ce que les accusateurs voulaient. Loyal. Sceptique. Et même loyal-sceptique.

Au nom de ce gouverneur romain sont attachés beaucoup de termes de la base 6. Représentant de Rome et de l’ordre imposé en Palestine, il apparaît comme légaliste, gardien, loyaliste : « Tu refuses de me parler! Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher et que j’ai pouvoir de te crucifier? ».

Soucieux d’envoyer sans tarder le condamné à Hérode, il démontre ainsi qu’il ne supporte pas que les autres dérogent aux règlements et au bon ordre de la justice. Soucieux de passer pour obéissant, il se rappelle – dès le début du dialogue avec les Juifs – qu’il est soumis à une loi extérieure, celle de César. Qu’il ne peut se permettre une négligence. Son absence de prise en compte des remarques de sa femme Claudia Procula ne laisse pas entendre qu’il est habité par une loi intérieure, ce qui lèverait tout doute sur une hypothétique de base 1 pour cet homme en fin de compte assez précis et carré.

Il doute. Menant son enquête, il cherche à nourrir ses réponses en interrogeant tout le monde. Il interroge:
– les grand-prêtres du Sanhédrin (« Quelle accusation portez-vous contre cet homme? »),
– Hérode (ils en deviendront même amis, d’ennemis qu’ils étaient auparavant, nous rapporte un des évangélistes),
– Jésus-Christ lui-même (« Es-tu le Roi des Juifs? »),
– la foule (pour savoir s’il doit relâcher le Roi des Juifs, au lieu de Barabbas).

Il remplit une sorte de rôle d’avocat du diable : « Suis-je juif, moi? Ta nation et les grands-prêtres t’ont livré à moi; qu’as-tu fait? ». Son doute va crescendo jusqu’à l’Ecco Homo : « Voilà, je vous l’amène dehors, pour que vous sachiez que je ne trouve aucun motif de le condamner ». Il insiste. Contrastant avec la gravité et la dignité du silence de plus en plus marqué de Jésus, Pilate parle beaucoup, un autre symptôme des bases 6.

Le récit évangélique le laisse imaginer avec une très forte acuité d’attention (« Pilate, à ces mots, demanda si l’homme était galiléen »). Rien d’autre ne semble le déconcentrer de cette cabale qui tourne au fanatisme, de ce procès, et du mystère que lui inspire en fin de compte Jésus. Il observe. Plusieurs fois est utilisée l’expression « entendant ces paroles ». Une aile 5 ?

En fait, il a peur: de la foule, des grands-prêtres, de l’image qu’il peut donner ici et à Rome, peut-être aussi des réponses qu’il peut entendre du Christ, chez qui il ressent sans aucun doute quelque chose qui est au-delà de l’ordre de l’humain? L’évangéliste est sans ambages: « Quand Pilate entendit cette parole [nous avons une Loi, et selon la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu], il eut encore plus peur. » Il a non seulement peur, il redouble de peur. Sa volonté reste en dessous de sa conscience, de son devoir: faible, indécis, tétanisé, Pilate semble même à l’extrême esclave de viles passions, voire lâche.

Comment évaluer son courage, vertu de la base 6? Sa décision se cristallise dans ce fameux lavement des mains, et la tradition chrétienne a sans doute beaucoup trop associé Ponce Pilate à cette ultime scène du procès. Alors que l’échange des précédents versets est d’une densité incroyable de dialogue, requérant du courage et non des mondanités: « Qu’est-ce que la vérité? », ou encore « de qui procède le pouvoir? » Il sait aussi qu’il a pouvoir de vie et de mort, et donc que l’autorité qui lui a été conférée lui reconnaît une dose de courage pour envoyer l’un ou l’autre de vie à trépas. Ici, en livrant Jésus, contre sa conscience, contre l’avis de sa femme. Lorsque Jésus est amené à son prétoire, au tout début de ce procès politique, Pilate sort « pour aller au-devant d’eux ».

Bref, une sorte d’équilibre phobique/contre-phobique. La colère n’éclate pas chez cet homme qui nous apparaît bien cérébral, mais en filigrane on le perçoit continuellement agacé, crispé, presqu’excédé. Assez peu de traits de la base 6 sont moins flagrants, je relève surtout une difficulté de me prononcer sur son imagination? Quoique. Comment son cerveau mouline-t-il quand il demande au Christ: « Tu es donc roi? »

Enfin, et c’est presque le plus intéressant à remarquer, l’hypothèse de sa base 6 semble se confirmer dans le jeu des flèches 3 et 9. Le début du procès commence très sereinement. Pilate ne s’attend pas du tout à une crise, et propose derechef que les Juifs s’occupent eux-mêmes de cette affaire qui semble presque du droit commun : « Prenez-le vous-mêmes; et jugez-le selon votre Loi ». Cette zone de confort semble s’apparente à une flèche de sécurité venant de la base 9.

La fin du procès se termine par cette décision de livrer Jésus aux Juifs pour qu’ils le mettent à mort. Intérieurement tétanisé par la peur de mécontenter César, Pilate se concentre sur ce qu’il doit faire (1er indice: « Pilate, entendant ces paroles, amena Jésus dehors et s’assit au tribunal »; 2ème indice: l’inscription placardée « INRI » en est emblématique). Sa flèche de stress et de risque le fait basculer vers la base 3. Qui ira jusqu’à la dernière scène évoquant Pilate, quand Joseph d’Arimathie vient demander le corps, et que Pilate « ordonna de le lui remettre ». Un peu de 9 (être conciliant), un peu de 3 (être dans la complétude de l’efficacité de la mesure décidée), au service de la base 6…

En résumé, et en écho de cette loyauté à une loi extérieure, voici ce qu’écrivait Benoît XVI dans Jésus de Nazareth: « Il semble pourtant que Pilate ait éprouvé une certaine crainte superstitieuse devant cet étrange personnage. Pilate était certes un sceptique. Mais en tant qu’homme de l’Antiquité, il ne pouvait toutefois pas exclure que des dieux, ou à tout le moins des êtres semblables à des dieux, puissent apparaître sous l’aspect d’êtres humains. […] Je crois que nous devons tenir compte de cette peur chez Pilate: peut-être y avait-il quelque chose de divin dans cet homme. En le condamnant, peut-être se mettait-il contre une puissance divine. Sans doute devait-il s’attendre à la colère de telles puissances. »

Toutes sortes d’hypothèses ont fleuri sur ce qu’il advint de ce gouverneur romain. Peut-être même fût-il vainqueur de sa peur et mourut-il martyr de la foi, à l’instar d’un autre archétype de base 6, saint Pierre? Peut-être est-il enterré sur le Mont Pilate en Suisse? Ce sera aussi une occasion de relire les Mémoires de Ponce Pilate, d’Anne Bernet.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

Porte d’entrée

PORTE D’ENTREE
par Clotilde

Encore un immense merci pour ce stage. Ce fut vraiment un moment court mais… intense.

Je suis venue comme une touriste et j’ai été plus que chamboulée, parce que mes limites et les croyances ont vraiment implosées.  Enfin une porte d’entrée où un fil à tirer que je cherche depuis un bon nombre d’années.

Le travail continue encore car les remous ne commencent à s’estomper que maintenant… Efficacité garantie.

Vous faites un très beau travail et surtout qui rapproche de Dieu et dans cette belle aventure c’est l’un des points principaux que je retiens. Merci encore pour votre bienveillance.

 

 

Tendre doloire

TENDRE DOLOIRE
par Adrienne
de base 8

Sans rien y connaître, j’ai débarqué, en retard, au stage ennéagramme. Avant d’avoir repris mes esprits, me voici projetée en petit groupe, autour de cette question : Ce qui vous agace le plus? Les quatre premiers avouent, du bout des lèvres, que c’est pour l’une la lenteur, l’autre le travail mal fait, le troisième le temps perdu, la quatrième le mensonge. Tout le langage non verbal de l’irritation gronde en eux mais ils sont unanimes; ils prennent sur eux, leurs colères sont très rares mais alors cinglantes. J’ai l’impression d’être un ovni, ce qui m’énerve, moi, ce sont les colères si visibles et pourtant non verbalisées. Je n’ai alors rien de plus urgent que de les faire sortir. Deuxième atelier, proposer un objet. Pour commencer, une femme choisit la boucle d’oreille, ornement léger, si personnalisable, qui  illumine le visage. Suis-je vraiment un éléphant dans un magasin de porcelaine? Voici mon objet, mouvement de recul. Non ce n’est pas une hache!

Cet objet m’est venu comme une évidence, j’ ai véritablement une fascination tendre pour la doloire. Son fer à lui seul pèse plusieurs kilos et son tranchant mesure une bonne trentaine de centimètres, à première vue on croit reconnaître l’arme d’un bourreau. Une hache à abattre se manie avec des mouvements amples et puissants afin que la vitesse multiplie la force et que la frappe gagne en efficacité. Pour la doloire, rien de tel, elle n’a qu’un tranchant   ne peut utiliser que la force de sa masse, une force qui ne peut porter que vers le bas. Elle n’a vraiment rien d’une arme d’assaut.

Très lourde, assymétrique, avec son manche court; l’utiliser pour abattre serait au minimum épuisant et désastreux, probablement impossible. Elle sert à équarrir. A Guédelon, les charpentiers travaillant exclusivement à la main ont compris, par expérience, à quel point elle était plus appropriée que la scie. Par un travail maîtrisé et précis elle fait sauter l’aubier pour découvrir, aplanir et ajuster la partie noble et solide d’un tronc. Les poutres réalisées ainsi sont harmonieuses et plus solides; elles respectent le bois et ses fibres. Les poutres peuvent ne pas être droites, être non standard; elles n’en trouveront pas moins leurs places dans la structure d’une habitation.

La doloire peut travailler des pièces de bois courbes, mais est impitoyable pour les vices dissimulés.  Elle sert à faire des toits authentiques, solides, cohérents, d’une beauté brute; sous lesquels on se sent bien, protégé. C’est un outil simple, un peu effrayant, sans apparat, mais puissant, qui permet un travail délicat. Dans un chantier, la doloire ne réalise qu’une partie du travail. Que pourrait-elle sans la hache d’abattage et les roues, sans les ciseaux et marteaux, les équerres et les niveaux, les échafaudages et les cordes de levage… Chaque fonctionnement a sa cohérence et ses dangers, mais tous sont indispensables.

Dans les regards des autres participants, j’ai vu qu’une personne qui dévoile la colère, qui ne supporte pas les incohérences (qui finalement nuiront aux plus démunis), qui se présente sans détour, peut aussi avoir sa place.

Les grilles de lecture des comportements, fréquemment très genrés dans nos milieux cathos m’ont souvent laissée culpabilisée et perplexe; je ne me retrouvais pas dans les descriptions de La Femme. J’ai déployé énormément d’énergie pour changer de fonctionnement. Ce premier stage m’a fait découvrir des clefs pour mettre à distance les moralisations centrées exclusivement sur un mode de fonctionnement, jugeant les autres avec mépris et donnant des conseils étouffants. Des clefs, aussi, pour me réjouir de la diversité des approches de chacun, de la mienne.

 

Joie !

JOIE !
par Blandine et François-Xavier

Nous sommes très heureux, tous les deux, d’avoir pu participer ensemble à cette session avec vous !

Vraie découverte de l’enneagramme, qui est un peu une révélation… et qui portera des fruits, c’est sûr !

Merci pour cette animation interactive, joyeuse et très professionnelle en même temps, très attentionnée et délicate pour chacun.

Ce fut très riche, nous sommes donc tout à fait partants pour participer au M2 en novembre prochain, nous nous y préinscrivons donc avec joie.

Je viens d’aller sur ton site et j’ai consulté quelques témoignages très beaux…. nous allons regarder cela et nous replonger avec joie dans nos bases pour les découvrir encore plus, les faire murir, en parler ensemble pour les aider à s’épanouir…

 

Une arme anti-totalitaire

UNE ARME ANTI-TOTALITAIRE
par Franck

Cette fin de semaine, stage sur l’ennéagramme, admirablement mené par Valérie et François Huguenin Maillot.

L’ennéagramme est une analyse de la structure de la personne humaine en 9 configurations. Il permet une approche fine de la psyché dans ses trois dimensions (corps, cœur et esprit).

Loin d’enfermer celle-ci dans des catégories réductrices, cette méthode permet, pas son humilité et sa finesse, d’en découvrir toute la complexité et toute la richesse.

Outil de connaissance de soi bien sûr, mais aussi de connaissance des autres, il m’est apparu durant cette session que l’ennéagramme permettait de répondre à une question essentielle, celle de la parabole du bon Samaritain :

« Qui est mon prochain ? »

A cette question, le Christ a donné une réponse qui bouleversa et ravisa toutes les conceptions communément admises. Le prochain n’est pas celui qui est proche de moi (ou que je crois semblable à moi), mais celui dont je me fais proche et dont je prends soin.

Or comment se faire proche de l’autre sans se connaître soi-même? Et sans chercher à le connaître lui, tel qu’il est et non tel que me le représentent mes préjugés ou mon imaginaire?

L’ennéagramme permet de culbuter ces préjugés et cet imaginaire.

Par ailleurs, c’est une excellente arme anti-totalitaire.

Je m’explique :

Si l’on considère la plus belle parole jamais proférée dans l’histoire des hommes :

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même! »

Tout le monde est généralement d’accord sur ce programme…

Mais, nous avons tendance à aimer notre prochain… sauf (sauf untel, sauf ceux-ci, sauf ceux-là, etc.)

A partir du moment où j’exclus du champ du prochain ne serait-ce qu’un seul être, j’entre dans un processus totalitaire parce que je décide moi-même de qui compose la totalité.

C’est cela le totalitarisme, c’est dire : mon prochain sauf

Alors, concrètement, comment ne pas exclure? Sinon à en rester à de belles paroles pieuses?

Il m’est apparu clairement, durant ces deux jours, que l’ennéagramme était un bon moyen, pratique et réaliste, de ne plus dire sauf, ou de le dire moins.

Ce n’est pas le seul bien sûr, mais il est accessible et intéressant en ce qu’il offre la possibilité d’une confirmation de soi et de l’autre.