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Carême

CARÊME
avec l’ennégramme
et saint Augustin

Tiré des Confessions (II, VI, 13-14), un texte nous rappelle de manière assez saisissante, les axes de travail de chaque base de l’ennéagramme en creux et en plein.

En creux car, selon la pensée d’Aristote, l’homme a une appétence particulière pour le bien qui est limitée; et le risque est de considérer cette part du bien pour laquelle il est fait comme le seul bien et le bien tout entier.

En plein car il est fait à l’image de Dieu et que sa vie pourrait être vue comme la recherche de cette image perdue, comme le développe magnifiquement le père Barthélémy dans son ouvrage Dieu et son image (Editions du Cerf).

C’est donc un véritable chemin pascal qui s’offre à nous: mourir à nous faire Dieu, pour ressusciter et devenir au dernier jour « semblables à Lui car nous le verrons tel qu’il est. » selon l’incroyable parole de saint Jean (1 Jean, 3.2).

« Car l’orgueil lui-même singe l’élévation, alors que toi seul tu es Dieu, élevé au-dessus de tout.

Et l’ambition! Que cherche-t-elle, sinon les honneurs et la gloire, alors que toi seul avant tous, tu es digne d’honneur et de gloire à jamais?

Et la cruauté des puissants! Elle vise à inspirer la crainte; or qui est  à craindre sinon Dieu seul? Et s’il s’agit d’échapper ou de se soustraire à son pouvoir, quel être le peut?

Et les caresses des voluptueux? Elles veulent se faire aimer; mais rien n’est plus caressant que ta charité, rien n’est aimé plus salutairement que celle qui par-dessus tout est belle et lumineuse, ta vérité.

Et la curiosité ! Elle cherche à prendre les apparences de la passion de savoir; mais c’est toi qui possèdes sur toute chose une connaissance souveraine. L’ignorance elle-même à son tour et la sottise se couvrent des noms de simplicité et d’innocence, parce qu’on ne trouve rien de plus simple que toi. Mais quoi de plus innocent que toi, puisque e sont leurs propres œuvres qui sont pour les méchants des ennemis!

Et la paresse ! Elle se présente comme un désir de repos. Mais quel repos assuré en dehors du Seigneur!

Le luxe veut prendre le nom d’abondance qui rassasie. Or, c’est toi la plénitude et l’inépuisable trésor d’une suavité qui ne peut se corrompre. La prodigalité se déploie sous l’ombre de libéralité; mais celui qui dispense tous les biens en larges profusions, c’est toi.

L’avarice veut posséder beaucoup; et toi, tu possèdes tout.

L’envie dispute l’excellence; qui a-t-il au-dessus de ton excellence?

La colère cherche la vengeance; qui donc tire vengeance avec plus de justice que toi?

La crainte se hérisse devant les dangers insolites et soudains, qui se dressent contre les choses aimées, pendant qu’elle veille sur leur sécurité; eh bien! pour toi quoi d’insolite? quoi de soudain? Ou qui vient écarter de toi ce que tu aimes? Et où se trouve sinon près de toi, la ferme sécurité?

La tristesse consume de la perte des biens qui faisaient la joie de la cupidité, parce qu’elle voudrait que rien ne lui fût enlevé à elle, comme à toi rien ne peut l’être.

Ainsi l’âme fornique, quand elle se détourne de toi et recherche, hors de toi. Ils t’imitent, mais de travers, tous ceux qui s’éloignent de toi et se dressent  contre toi. Pourtant, même en t’imitant ainsi, ils te désignent comme le créateur de tout être, marquant par là qu’il n’y a point de lieu où l’on puisse se retirer, pour être de toute façons loin de toi. »

Nous retrouvons les excès de passion de chacune des bases de l’ennéagramme: cruauté de la base 1, orgueil de la base 2, ambition de la base 3, envie et tristesse de la base 4, avarice et curiosité de la base 5, crainte de la base 6, recherche de la volupté et du luxe de la base 7, colère de la base 8 et paresse de la base 9. A chacune de ses maladies de l’âme, un seul remède selon saint Augustin: porter son regard au-dedans, vers l’hôte intérieur.

Les Confessions racontent cette conversion: identifier ses failles, mais en renonçant au manichéisme. Il n’y a pas d’un côté l’esprit qui est bon et le corps qui est mauvais, c’est l’ensemble de la personne quoi doit être unifié en se tournant vers Dieu. C’est au terme d’un processus de vérité sur ses tentations propres qu’Augustin peut accueillir Dieu qui va purifier ses désirs – propres – en les orientant vers Lui. Et c’est pour nous dans cet espace de discernement que peut intervenir, à sa petite place, l’ennéagramme; comme le  développe l’article: Augustin ou la base 7 en social.

« Aussi, en toute hâte, je revins à l’endroit où Alypius était assis; oui, c’était là que j’avais posé le livre de l’Apôtre tout à l’heure, en me levant. Je le saisis, l’ouvris et lus en silence le premier chapitre où se jetèrent mes yeux: Non, pas de ripailles et de soûleries, non, pas de coucheries et d’impudicités; non, pas de disputes et de jalousies; mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et ne vous faites pas les pourvoyeurs de la chair dans les convoitises. Je ne voulus pas en lire plus, ce n’était pas nécessaire. A l’instant même, en effet, avec les derniers mots de cette pensée, ce fut comme une lumière de sécurité déversée dans mon cœur, et toutes les ténèbres de l’hésitation se dissipèrent. » Confessions, 8, 12

 

 

 

Qu’est-ce que la conscience ?

QU’EST-CE-QUE LA CONSCIENCE ?

Beaucoup de courants de psychologie contemporaine, mettent la conscience au centre, comme moyen de connaissance de soi, des autres et du monde et comme moyen de progression. Nous aussi. Mais qu’est-ce que la conscience? Une instance subjective inviolable qui n’admet pas de règle extérieure/supérieure? Une conviction intime qui rejoint le réel mais ne peut être confirmée/infirmée de l’extérieur? 

La réponse de saint John-Henry Newman pensée par Benoît XVI me semble – pour utiliser des termes vittoziens – faire la différence entre une conscience emissive (la raison se projette sur l’objet) et une conscience réceptive (la raison reçoit sa forme de l’objet). Ainsi, l’obéissance à la vérité (pour soi, pour la relation à l’autre, pour le monde), ou je préfère dire la volonté de cheminer vers la vérité, emprunte toujours les voies de notre subjectivité, qui se laisse informer. Comme pour l’inspire-expire conscient de la respiration vittozienne, l’alternance subjectivité-objectivité de la conscience est un chemin vers la vérité toute entière, qui demeure un horizon. Autrement dit avec Gustave Thibon dans L’Ignorance étoilée : « L’étoile divine est intérieure et invisible; elle éclaire l’âme du voyageur et non le chemin où il marche; elle nous donne assez de foi pour aller au-delà de tout, mais elle ne dispense de rien.”

Discours du pape Benoît XVI à l’occasion de vœux à la Curie romaine, Salle Royale du 20 décembre 2010:

« En Newman, la force motrice qui le poussait sur le chemin de la conversion était la conscience. Mais qu’entend-on par cela ?

Dans la pensée moderne, la parole conscience signifie qu’en matière de morale et de religion, la dimension subjective, l’individu, constitue l’ultime instance de la décision. Le monde est divisé dans les domaines de l’objectif et du subjectif. A l’objectif appartiennent les choses qui peuvent se calculer et se vérifier par l’expérience. La religion et la morale sont soustraites à ces méthodes et par conséquent sont considérées comme appartenant au domaine du subjectif. Ici, n’existeraient pas, en dernière analyse, des critères objectifs. L’ultime instance qui ici peut décider serait par conséquent seulement le sujet, et avec le mot conscience on exprime justement ceci: dans ce domaine peut seulement décider un chacun, l’individu avec ses intuitions et ses expériences.

La conception que Newman a de la conscience est diamétralement opposée. Pour lui conscience signifie la capacité de vérité de l’homme: la capacité de reconnaître justement dans les domaines décisifs de son existence – religion et morale – une vérité, la vérité. La conscience, la capacité de l’homme de reconnaître la vérité lui impose avec cela, en même temps, le devoir de se mettre en route vers la vérité, de la chercher et de se soumettre à elle là où il la rencontre. La conscience est capacité de vérité et obéissance à l’égard de la vérité, qui se montre à l’homme qui cherche avec le cœur ouvert.

Le chemin des conversions de Newman est un chemin de la conscience – un chemin non de la subjectivité qui s’affirme, mais, justement au contraire, de l’obéissance envers la vérité qui, pas à pas, s’ouvre à lui. »

 

A chacun sa vertu

Vertu ou Sibylle Agrippa, 1480-1503

A CHACUN SA VERTU

A la fin du premier module de l’ennéagramme, chaque participant repart avec une vertu propre selon le principe thomasien de la connexion des vertus: de même qu’il y a plusieurs versants pour l’ascension d’une montagne, un seul suffit pour arriver au sommet; de même si nous repérons notre vertu principale, toutes les autres viendront avec elle.  Ainsi, en cultivant l’unique vertu de courage, les personnes de base 6 deviendront plus sereines (vertu de la base 1), humbles (vertu de la base 2), vraies (vertu de la base 3), équanimes (vertu de la base 4), généreuses (vertu de la base 5), sobres (vertu de la base 7), douces (vertu de la base 8) et capables d’action juste (vertu de la base 9).

La tradition orale de l’ennéagramme depuis Ichazo attribue aussi à chaque base une vertu propre, lui faisant correspondre une passion, autrement dit un défaut. Certains auteurs y ajoutent judicieusement une contre-passion, qui est comme la singerie de la vertu par l’anesthésie de la passion. Fidèles à une anthropologie classique, nous lui préférons la tradition de l’Ethique d’Aristote, notamment par le biais du travail de Norbert Mallet, Devenir soi-même avec l’ennéagramme. Ces deux traditions ne sont pas contradictoires mais diffèrent par leurs définitions de la passion et de la vertu, et partant par leur mode d’application.

Pour Aristote et saint Thomas, l’homme est naturellement attiré par le bien. Cependant, créature finie, il ne peut appréhender totalement l’ensemble des facettes du bien. Une des caractéristiques de cette finitude est un tempérament spécifique, qui donna lieu depuis Evagre le Pontique à de nombreuses typologies. En fonction de ce caractère, l’homme est attiré par tel ou tel aspect du bien, qui est sa voie propre vers le bien. Ainsi les personnes de base 5 sont particulièrement attirées par la clarté, celles de base 4 par l’absolu, celles de base 3 par la réalisation etc.

A cette orientation positive correspond une passion, un moteur, une énergie, un appétit, un désir primordial; qui la met en mouvement. C’est la connaissance en 5, l’intensité en 4, l’action en 3. Elle est, pour Aristote, éthiquement neutre.

Dans un monde idéal, chaque voie vers le bien conduirait de la même manière chacun au bien universel. Mais force est de constater que chacun reproduit aussi les mêmes travers, rencontre les mêmes écueils, manifeste les mêmes manques, reproduit les mêmes comportements excessifs qui peuvent blesser et nuire tant à soi-même qu’aux autres. C’est comme si l’endroit de notre attirance vers le bien était aussi celui de notre fragilité: celui qui est fort (base 8) a tendance à abuser de sa force et être brutal; celui qui est attiré par la perfection peut devenir perfectionniste (base 1), celui qui aide les autres peut utiliser son talent pour se rendre indispensable (base 2), celui qui apporte paix et harmonie peut en perdre son opinion propre (base 9) etc…

Il y a donc entrave, dysfonctionnement à l’accomplissement de cette orientation positive. La foi chrétienne en donne une raison: le péché originel, qui détourne l’homme de la réalisation de son bien propre. La psychologie, toutes écoles confondues, en rejoint le constat: l’homme se développe autour d’une blessure, qui engendre une cristallisation de ses comportements pour un plus jamais ça: un mécanisme de défense. En se cristallisant, ce mécanisme de défense devient omniprésent même quand il n’est pas utile, réduit le champ de vision, se transforme en excès de passion. Pour fuir la souffrance, la personne de base 7 multiplie les plaisirs, jusqu’à la gloutonnerie; pour fuir la banalité, la personne de base 4 recherche l’intensité, jusqu’à se mettre en danger, etc.

Parfois, face aux dommages engendrés par ces excès, la personne peut se réfugier dans une posture opposée, de défaut de passion (qui correspond à la contre-passion de la tradition orale): les personnes de base 8 vont anesthésier leur force vitale, celles de base 7 verser dans l’austérité, celles de base 3 vont se mettre excessivement en retrait; jusqu’à risquer de perdre la passion qui les meut.

Pourtant la vertu du type n’est pas négation de ce vers quoi le porte sa nature, mais toujours selon Aristote, médiété entre l’excès et le défaut de la passion. Ainsi face au danger et à la peur qu’il engendre, le courage en base 6 est le juste milieu entre la couardise et la témérité. Elle va nécessiter volonté et répétition pour devenir habitus selon l’expression aristotélicienne; avec deux bonnes nouvelles : le signe d’une vertu acquise pour Aristote est le plaisir et la vertu propre d’une base correspond à sa petite mission dans le monde. Ainsi personne mieux que la base 6, ne peut être activer la vertu de courage, qui ne peut exister sans peur.

Car l’enjeu du développement de la vertu propre n’est rien d’autre que le talent, à mettre au service du monde, et que l’excès et le défaut de passion stérilisent. C’est ainsi que pour rendre le monde plus beau, la personne de base 1 ne devra ni se rigidifier ni tout laisser tomber mais activer sa vertu de sérénité. Pour prendre soin, la personne de base 2 devra passer par l’humilité et la gratuité du don. Pour apporter la joie au monde, la personne de base 7 ne devra ni s’empiffrer ni devenir austère, mais goûter et partager les plaisirs de la vie (c’est d’ailleurs dans cette mesure qu’ils seront vraiment des plaisirs) etc.

Comment tendre vers sa vertu propre? En soi, l’ennéagramme n’est qu’une cartographie qui donne une carte et une boussole pour repérer son talent et reconnaître la vertu afférente. Il ne donne pas les moyens de s’y exercer. C’est là qu’intervient la méthode Vittoz, à double titre: par le biais du corps, prendre conscience d’où se porte mon attention, repérer quand je suis enferré dans mon mécanisme de défense; et mettre en place librement le juste positionnement en fonction des circonstances.

Et si l’unité de la personne était un chemin possible, entre les désirs de son cœur, les raisons de sa tête, les manifestations de son corps et… sa vie spirituelle ? Car si la distinction de ces plans est vitale; ils s’interpénètrent au quotidien, l’homme ne peut les séparer en lui-même. Et selon Jacques Philippe dans Appelés à la vie:  « Le propre de l’Esprit est d’éduquer le désir. […] Il y a de fait une coïncidence entre l’appel de Dieu et le désir le plus profond du cœur de l’homme. Dieu nous invite au don de nous-mêmes par amour, mais cela correspond aussi au désir secret qui nous habite. »

Connaissance de soi chez les Pères

407014_164276850348220_1072443836_nENNEAGRAMME, PÈRES DE L’EGLISE ET PSYCHOLOGIE MODERNE

Lors des Rencontres Chrétiennes de l’Ennéagramme à Saint-Etienne de novembre 2013, le Père Bruno Martin, recteur de la cathédrale de Saint-Etienne et spécialiste des Pères de l’Eglise, a donné une conférence (en lien ci-dessous) sur les rapports entre la connaissance de soi au temps des Pères du désert et l’ennéagramme.

Le grand mérite de cette conférence du Père Martin est de mettre un peu de rigueur dans un flou artistique concernant les origines de l’ennéagramme. De nombreux livres font volontiers un lien avec Evagre le Pontique, dont l’analyse des huit passions de l’âme est devenue un classique, comme si ce moine ascétique de la seconde moitié du IVe siècle était un précurseur de l’ennéagramme. Avec brio et une certaine dose d’humour, le Père Martin n’a pas de mal à montrer que le discours d’Evagre, tel qu’on le connaît par son livre majeur, Le Traité pratique, ne s’adresse pas à nos contemporains, mais à ceux qui faisaient à l’époque le choix radical de la vie monastique la plus solitaire et la plus ascétique. Si les huit passions mises en exergue par Evagre peuvent se rapprocher des neuf passions de l’ennéagramme, comme notre article Evagre et l’ennéagramme le montre, il ne serait pas juste de présenter l’origine directe de l’ennéagramme chez les Pères du désert.

Sur un autre point, le Père Martin rappelle qu’avant le XVIe siècle, la conscience individuelle était embryonnaire : la connaissance de soi n’était donc pas de cet ordre-là, mais plutôt liée au désir de comprendre la faiblesse de notre nature humaine par rapport à Dieu. Transposer notre propre recherche individuelle d’hommes et de femmes du XXIe siècle sur les réflexions des Pères est évidemment anachronique. Le mérite du Père Martin est de rompre avec une routine un peu paresseuse qui était aussi une manière de légitimer l’outil dans son anthropologie ou dans sa dimension spirituelle. Or, me semble-t-il, l’ennéagramme n’a pas besoin de chercher de légitimité ailleurs qu’en son propre terrain. Veut-on faire remonter la psychanalyse à Plotin ou la méthode Vittoz à saint Bernard ? Soyons sereins : la modernité s’est accompagnée d’immenses progrès dans la connaissance de la psyché et l’individuation des personnes, notamment via la neurobiologie ; on peut lui faire confiance, sur ce point tout au moins…

En revanche, le Père Martin, par souci d’éviter les confusions hâtives, pousse le balancier un peu trop loin dans l’autre sens. Il oublie ce que souligne par ailleurs Norbert Mallet, à savoir que depuis Aristote, l’idée qu’il existe une éthique des caractères a fait son chemin. Que l’humanité n’est pas uniforme et que chacun a sa manière d’atteindre le bien, en fonction de son tempérament. Pour Aristote et saint Thomas, les hommes appartiennent à l’unique espèce humaine, certes, mais on peut distinguer plusieurs groupes de caractères dont les stratégies d’avancement dans la vertu sont différentes, dont les chemins d’atteinte du bien unique sont multiples, comme les différentes voies menant à un même sommet.

C’est de ce point de vue qu’on peut penser que, depuis longtemps, les maîtres spirituels savent que l’homme n’est pas monochrome. Que chaque caractère a son propre chemin de progression, ses défis propres. L’ennéagramme apporte cette lumière à la psychologie moderne en contrepoint de la connaissance que celle-ci a apportée, en se fondant sur le travail thérapeutique, sur l’histoire et les blessures de chacun. En deçà, à la racine de l’être, il apporte un éclairage sur les différents caractères qui colorent et rendent belle et diverse l’humanité.

Le dernier mot, j’ai envie de le laisser à Wilfrid Stinissen, Carme déchaux, familier de la grande Thérèse et ancré dans notre temps, notamment dans son ouvrage La nuit comme le jour illumine publié aux Editions du Carmel en 2005. Pour lui, la psychologie est un précieux secours pour conduire l’âme en son centre où réside le Roi, mais elle ne suffit pas: « Tout ce qui nous fait progresser dans la connaissance de nous-même nous rapproche de la vérité. Mais tant qu’on a pas compris que l’homme est plus que lui-même, qu’il a aussi un centre qui est une porte ouverte sur l’infini, tant qu’on n’ose pas faire le saut dans cet infini, on ne doit pas parler d’intégration totale. » p.107

Une idée : ne pas faire de la connaissance de soi un absolu, mais une partie du chemin, comme les premiers pas chancelants de l’homme vers son centre où réside le Roi… N’oublions pas que Thérèse d’Avila décrit sept demeures en l’âme et que celles de la connaissance de soi ne sont que les deux premières.

Evagre et l’ennéagramme

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On évoque très souvent Evagre le Pontique comme un des précurseurs de la psychologie moderne et même de l’ennéagramme sans trop savoir de qui l’on parle et sans toujours replacer cela en contexte. Il me paraît important de citer la conclusion du livre Accompagner l’homme blessé d’un collectif de psychologue, coach et accompagnateur spirituel, le Groupe de Fontenelle (DDB)*. Nous y comprenons pourquoi Evagre apparaît si actuel et en quoi la démarche de connaissance de soi proposée par l’ennéagramme trouve un écho aujourd’hui en ce qu’il a mis en lueur dans la seconde moitié du IVème siècle.

Qui est Evagre ?

« Evagre le Pontique (345-399), qui appartient à la troisième génération des Pères du désert, connut un destin contradictoire à plus d’un égard: homme du monde, d’abord, puis humble moine au désert; tenu en grande estime de son vivant, puis discrédité bien longtemps après sa mort; père spirituel plein de compréhension et de bonté pour ses disciples, mais d’une rigueur sans compromis dans sa vie personnelle. Au cours des années qu’il passa  au désert, Evagre déploya une activité littéraire prodigieuse, hautement appréciée de ses très nombreux amis et disciples. On peut dire que son oeuvre littéraire permit de mettre en forme, de manière construite et systématique, la doctrine des Pères du désert. »

Un précurseur de la psychologie contemporaine dans la découverte de la notion de blessure

« En lisant ses ouvrages, on est frappé par la finesse de son analyse psychologique et par sa connaissance hors du commun des grands principes de la vie spirituelle. On pourrait lire, à ce sujet, le beau petit livre du Père Anselm Grün, Aux prises avec le mal. Le combat contre les démons dans le monachisme des origines. Dans cet ouvrage, qui fut le premier de ses livres, A. Grün fait une étude comparative d’Evagre et de Carl Jung, démontrant qu’Evagre connait déjà, au IVè siècle, tous les principes de ce que l’on appellera la psychanalyse. Voilà pourquoi il me semble intéressant de nous arrêter à ce qui est sans doute le point central de la doctrine d’Evagre et qui touche directement le thème de l’homme blessé, même si le mot blessure n’apparaît pas, à savoir: le thème des maladies spirituelles ou maladies de l’âme. Nous allons voir à quel point cette doctrine est d’une extraordinaire actualité. »

La sémantique médiévale de la maladie et notamment de la maladie spirituelle, et sa distinction du péché, constitue un bel éclairage dans la démarche de connaissance de soi.

« Si le terme de blessure nous l’avons dit, apparaît peu dans la littérature patristique et spirituelle, le vocabulaire médical, en revanche, est extrêmement abondant, tout particulièrement dans la littérature monastique. Il suffit ici de mentionner deux auteurs fondamentaux: Jean Cassien (360-433) en Orient et saint Benoît (480-547) en Occident. Pour tous ces auteurs, le vocabulaire médical possède une ambiguïté qui le rend particulièrement intéressant: en effet, il permet de mentionner à la fois ce qui touche au domaine physique et psychologique et ce qui touche au domaine spirituel. Habituellement, en effet, lorsqu’il est question de malade ou de maladie, il s’agit du pécheur et du péché, selon cette parole du Christ: « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin, mais les pécheurs; je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, pour qu’ils se convertissent » (Lc 5, 31-32). Néanmoins, il ne faut pas en conclure que, dans la littérature monastique, la maladie spirituelle est à identifier purement et simplement avec le péché. En effet, lorsqu’on parle de maladie, on pense plutôt à quelque chose dont on n’est pas responsable, mais dont on est victime. Voilà pourquoi, la maladie spirituelle se présente souvent comme une épreuve, une tentation, et n’est considérée comme un péché qu’à partir du moment où il y a responsabilité, consentement. Evagre le dit fort bien: « Que les pensées mauvaises troublent l’âme ou ne la trouble pas, cela ne dépend pas de nous; mais qu’elle s’attardent  ou ne s’attardent pas, qu’elles déclenchent les passions ou ne les déclenchent pas, voilà qui dépend de nous. » »

Passions, maladies spirituelles, blessures de l’âme…

« Evagre emploie ici un mot qui signifie mauvaises pensées (logismoi en grec), mais il parle aussi très souvent de démons, car il considère que les mauvaises pensées sont inspirées par les démons. Ailleurs, il parle aussi de passions, de maladies spirituelles ou de maladies de l’âme. Nous pourrions, nous autres, parler de blessures, dans le sens analogique que nous avons précisé dans le premier chapitre. Nous voyons donc que, pour les moines du désert, les maladies spirituelles sont comme à la frontière entre le psychique et le spirituel, dans ce sens que, bien souvent, le démon qui les inspire profite d’une faiblesse physique ou psychologique pour toucher le domaine spirituel, à savoir la relation entre l’âme et Dieu. D’ailleurs, Evagre établit sa classification des maladies de l’âme d’après la psychologie humaine et les divers stades de la vie spirituelle. Le propre des maladies de l’âme est que ce sont des blessures qui ne viennent pas de l’extérieur, mais de l’intérieur, et touchent notre relation à Dieu, avec des répercussions sur nos relations aux autres et notre relation à nous-mêmes.

Disons un petit mot de la théorie des maladies spirituelles ou mauvaises pensées développées par Evagre le Pontique. L’origine de cette doctrine vient d’un texte biblique, le début du chapitre 7 du Deutéronome, qui donne la liste des peuples qu’Israël doit combattre avant de pouvoir entrer en Terre promise. Voici cette liste: les Hittites, les Girgashites, les Armorites, les Cananéens, les Perizzites, les Hivvites et les Jéubuzéens (Dt 7,1). Sept peuples, auxquels il faut ajouter l’Egypte, qu’Israël a quittée en partant au désert. Au total, huit peuples, huit ennemis que le peuple d’Israël doit combattre avant d’entrer dans la terre que Dieu lui a promise.

Huit blessures de l’âme: une cartographie de l’intime et de la psyché

Pour toute la tradition spirituelle de l’Eglise, la vie chrétienne est, elle aussi, une marche au désert. Nous avons quitté l’Egypte (c’est-à-dire la terre du péché) par la traversée de la mer Rouge (c’est-à-dire par le baptême), et nous avons commencé alors un itinéraire spirituel qui durera toute notre vie et qu’on peut assimiler à un véritable pélerinage dans le désert. Pour pouvoir entrer dans la Terre promise (c’est-à-dire dans la vie éternelle), nous devons combattre nos ennemis. Ces huit nations énumérées dans le livre du Deutéronome symbolisent huit ennemis de l’âme, huit maladies spirituelles (nous pourrions dire huit blessures spirituelles) qu’il nous faut combattre avant de vivre l’union définitive avec Dieu. Ces pensées ou blessures de l’âme sont appelées par Evagre génériques, dans le sens qu’elles comprennent, en elles, toutes les autres maladies, lesquelles découlent toutes, d’une manière ou d’une autre, de ces huit maladies principales. La pire de ces nations, c’est l’Egypte; le pire des ennemis, c’est l’orgueil, qui sera toujours mentionné par Evagre au terme de sa liste. Avant lui, sept autres mauvaises pensées ou maladies de l’âme nous font la guerre: « Huit sont en toutes les pensées génériques qui comprennent toutes les pensées: la première est celle de la gourmandise, puis vient celle de la fornication (ou luxure), la troisième est celle de l’avarice (ou appât du gain), la quatrième celle de la tristesse, la cinquième celle de la colère, la sixième celle de l’acédie, la septième celle de la vaine gloire (ou vanité), la huitième celle de l’orgueil. »

Evagre est le premier à présenter ces maladies de l’âme toujours dans le même ordre, l’orgueil arrivant en fin de liste. Il est possible de déchiffrer, dans cette ordonnance, une gradation ascendante des passions qui se raffinent progressivement. Les maladies mentionnées en premier lieu, gourmandise et fornication, sont celles contre lesquelles le moine a d’abord principalement à lutter; la colère et la tristesse sévissent surtout quand le moine, ayant vaincu les passions charnelles, avance dans la vie spirituelle; les maladies que sont la vanité et l’orgueil se manifestent surtout quand les autres se sont retirées et elles menacent davantage le moine qui a bien progressé dans la vie spirituelle. Mais, parmi toutes ces blessures, il en est une qui est particulièrement redoutable, car elle se situe à l’intersection entre le charnel et le spirituel: c’est l’acédie, ou démon de midi, qui touche à la fois le corps et l’âme, profitant d’une faiblesse du corps pour attaquer l’âme.

Evagre mentionne, par ailleurs, qu’il y a un enchaînement entre les pensées: la gourmandise, par exemple, nous incline à la luxure, laquelle va nécessiter de l’argent pour s’exercer (Evagre pense à la fréquentation des prostituées), d’où l’appât du gain; mais si l’on n’a pas d’argent, on va tomber dans la tristesse, puis dans la colère, l’acédie, etc. »

Une typologie qui n’a pas pris une ride et dont l’universalité est criante

« L’actualité de ces maladies spirituelles est criante. Si nous observons notre société, nous découvrons que ces huit blessures spirituelles correspondent à tout ce que cette société promeut ou exalte: le manger et le boire, le sexe, l’argent, la révolte, le paraître, le pouvoir… Voilà en réalité, des blessures qui atteignent très profondément le cœur humain et qui, de manière subtile, touchent toutes les dimensions de la personne: le corps, l’âme et le cœur profond, pour reprendre la terminologie ternaire mentionnée plus haut. »

A l’origine de la typologie des péchés capitaux

« Disons aussi que cette doctrine évagrienne des pensées mauvaises a connu un succès extraordinaire dans la Tradition, aussi bien en Orient qu’en Occident, où Jean Cassien l’introduira après la mort d’Evagre. Approfondie, développée au fil des siècles, cette doctrine sera la clé de voûte de toute la littérature spirituelle du Moyen-Age, qui modifiera un peu le vocabulaire en faisant, de chacune de ces blessures de l’âme, un péché dénommé capital (du mot latin caput, la tête), parce qu’il entraîne, derrière lui d’autres péchés. L’expression péchés capitaux n’indique donc pas la gravité, mais l’aptitude de ces péchés à en engendrer d’autres, ce qui leur donne un caractère particulièrement redoutable. »

Un itinéraire proposé pour chaque blessure

« Qu’en est-il alors de l’homme touché par ces blessure? Quel chemin s’ouvre pour lui? Evagre propose un itinéraire spirituel pour lutter contre les mauvaises pensées et parvenir à la pureté de l’âme, qu’il appelle l’impassibilité et qu’il définit comme « le retour à la santé de l’âme ». Cet itinéraire de guérison ou de purification comporte plusieurs étapes: tout d’abord, l’attention à soi-même pour démasquer la pensée mauvaise et les mécanismes qu’elle met en branle pour nous troubler; ensuite, il s’agit de nommer la pensée, de manière à prendre de la distance par rapport à elle; enfin, il s’agit de lancer contre la pensée quelques versets de l’Ecriture qui, comme des flèches, vont la transpercer et la détruire avant qu’elle ait pu nous entraîner au péché.

Comme nous l’avons dit, l’histoire du salut racontée par la Bible est notre histoire à chacun. Par le péché des origines – l’orgueil qui a conduit nos premiers parents à vouloir devenir Dieu par leurs propres forces -, chacun de nous fut prisonnier en Egypte, sous la domination de Pharaon. Par le baptême, nous avons été délivrés de l’orgueil et nous avons fait mourir, dans les eaux vives, ce qui nous séparait radicalement de Dieu, et nous avons commencé un itinéraire à travers le désert de ce monde, un itinéraire où d’autres maladies nous guettent. C’est pourquoi, bien que radicalement sauvés par le Christ, nous faisons l’expérience que nous restons blessés, entravés, par toutes sortes de tendances mauvaises qui nous font la guerre, et que nous avons un combat spirituel à mener. »

Il n’y a évidemment pas de lien direct entre les neuf types de l’ennéagramme et la typologie d’Evagre. Et pourtant certaines correspondances sont frappantes et ne peuvent trouver leur raison d’être que dans le cœur de l’homme où les deux études se rejoignent.

Pour l’ennéagramme en effet, la personne est marqué par une passion dominante que, dans une filiation aristotélicienne, je préfère appeler excès de passion. Cet excès de passion constitue une maladie de l’âme caractéristique du profil de cette personne. En cultivant la vertu de son profil, elle pourra tendre à toutes les vertus selon la connexion entre les vertus thomasienne.

Nous passons de huit à neuf types mais les moyens du combat spirituel prônés par Evagre a des points communs avec celui de la Tradition Orale de l’Ennéagramme: l’obervateur intérieur qui consiste aussi à porter « attention à soi-même » (l’ennéagramme dirait « prendre conscience ») et nommer.

Car l’ennéagramme nomme, avec cet excès, le lieu même de notre fragilité principale. Mais il reconnaît en même temps la possibilité d’un chemin permettant de libérer un talent propre par l’exercice d’une vertu principale. Reconnaître ce qui est en nous blessé, c’est en même temps nous permettre de découvrir notre don. Car c’est au même endroit que nous sommes le plus béni et le plus attaqué, le plus pécheur et le plus comblé. C’est reconnaître le lieu où Dieu nous a voulu et où Il nous attend. 

*Pour aller plus loin: Accompagner l’homme blessé, Groupe de Fontenelle, DDB,

 

Renoncer à soi-même ?

arton220-00b85EGO, PAIS ET UIOS
ou les trois dimensions de la personne

Dans un article de la  Vie consacrée paru chez Desclée de Brouwer en juillet-août 1972 (p. 236-249) et consacré à la vitalité spirituelle personnelle, le père Albert-Marie Besnard, op, auteur des très beaux Propos intempestifs sur la prière, pose la question de l’ambivalence entre le précepte évangélique de cultiver ses talents et celui de renoncer à soi-même. 

Étonnants sont les échos avec la démarche de connaissance de soi qu’offre l’ennéagramme et les moyens concrets que propose la méthode Vittoz pour éduquer la volonté et choisir librement ce que l’on veut faire des talents reçus.  

Extraits.

« Aucun renouveau de la vie religieuse n’est possible si l’on ne l’assure pas par les deux bouts à la fois : par la rénovation institutionnelle et par la transformation personnelle. […] Chacun est sollicité de développer ses dons personnels sous la mouvance de l’Esprit au service de tous. […] Qu’advient-il en tout cela du si rigoureux renoncement à soi-même exigé par le Christ? 

Notre langage spirituel (y compris celui de nos constitutions) est farci de déclarations magnifiques, mais la tradition concrète qui nous tient ce langage est incapable de nous fournir les moyens adéquats de pratiquer ces choses. A force de dire et de ne pas faire, non par hypocrisie mais parce qu’on ne sait pas comment s’y prendre, on décourage les meilleures volontés.

Il ne s’agit de rien de moins que d’une transformation radicale de cette conscience de soi. […] [Celle-ci] tend à se réduire au « mental », […] dans ce champ rétréci, la Parole de Dieu, les symboles sacramentels, les convictions spirituelles se réduisent à leurs ombres chinoises. […] Ce mental agité est perpétuellement traversé par des décharges affectives incohérentes. C’est que, obligés à faire bonne figure dans un champ social ou professionnel où règne un consensus d’objectivité rationnelle, nous demeurons pourtant en proie à tous nos démons familiers (la peur, le besoin de sécurité, l’envie d’être applaudi, etc.), qui trahissent et cachent les configurations tourmentées de notre inconscient. Ils nous dénoncent comment centrés sur nous-mêmes. Nous n’en convenons pas volontiers, et cela rajoute à ce premier mal celui de demeurer en état de mensonge. »

[Les] sciences [psychologiques] ont infiniment à nous apprendre, mais […] rares sont ceux qui sont qualifiés pour les mettre en œuvre. Par contre tous, tant que nous sommes, avons dès cet instant même à avancer sur le chemin de la transformation personnelle et avons besoin pour cela de repères empiriques.

Qui suis-je ?

[…] EGO, c’est celui qui est devenu, au fil des circonstances […] le pauvre diable que je suis et que j’aurais tort de vilipender. EGO, c’est le petit enfant que j’ai été, marqué par les peurs du dedans et les interdits du dehors ; c’est la somme des conflits ensevelis dans l’inconscient, et c’est donc l’individu stigmatisé par les diverses contractures névrotiques qui ont résulté de ces conflits et qui en sont la solution de fortune. […] C’est celui qui doit faire « bonne figure » en toutes sortes de situations à la hauteur desquelles il n’est jamais tout à fait, […] et qui investit une énergie psychique considérable en compromis, en défenses, en précautions, en agressivités. […] Il traîne une anxiété, un malaise permanent, qu’il lui faut compenser ou faire oublier.

[…] PAIS, c’est mon être authentique, […] d’un mot grec qui signifie serviteur, […] toujours au service de quelque chose qui le dépasse et l’accomplit […], tel qu’il a été créé par Dieu à son image et ressemblance. […]

Il est appelé à devenir UIOS, fils dans l’Unique Fils de Dieu.

[…] Ce qui m’apparaît pouvoir être une véritable révolution dans nos vies, c’est de décider que ces choses que l’on sait, il s’agit de les vivre. […] [C’]est une responsabilité grave pour quiconque l’entrevoit. […] Elle est, en tout cas, l’une des conditions essentielles pour que toutes les autres transformations, évolutions ou révolutions, que notre raison historique nous fait estimer nécessaires, ne deviennent des impasses où des masses entières se trouveraient prises au piège.

[…] Quelle instance efficiente va mettre en œuvre la libération de PAIS de l’EGO qui le parasite, et ainsi préparer l’avènement d’UIOS ? Cette instance, […] appelons-le BOULÈ, de l’un des mots grecs qui signifient la volonté […]. Par les impasses de plus en plus douloureuses où se débat EGO, […] par l’aspiration de PAIS […] qui a quelque chose d’irrésistible parce que notre vitalité naturelle profonde va tout entière dans ce sens ; […] par l’espérance théologale de devenir UIOS, […] voici donc ma BOULÈ acquise à la cause de la transformation personnelle, ma volonté devenue « bonne volonté » pour faire quelque chose dans cette direction. J’insiste sur le faire : il s’agit d'[…] une praxis quotidienne.

[…] Laisser tomber EGO : […] ce que le christianisme appelle conversion (metanoia), […] « dépouiller » ou « déposer » le vieil homme (cfr Ep 4, 22). […] Grâce à ses complicités avec notre inconscient, il est tout à fait capable de se renforcer de ce par quoi nous voulons l’humilier et de s’engraisser de ce par quoi nous croyons l’affamer ! […] Mais en réalité, il y a dans EGO une faiblesse radicale : il ne survit qu’à coup de défenses. Dès que BOULÈ réussit à « laisser tomber » telle ou telle défense, EGO perd la face et je peux commencer déjà à m’identifier à PAIS.

[…] Je suis persuadé de l’unité psychosomatique de notre être (et même pneumo-pscyho-somatique !). Impossible donc de pratiquer sur le spirituel sans pratiquer sur le psychique et sans pratiquer sur le corps.

« Laissez tomber » les muscles du visage, ce que justement, on appelle le masque. […] « Laisser tomber » le poids du corps dans ce que les japonais appellent le hara (le lieu du ventre), afin d’asseoir notre être dans un véritable centre de gravité : notre être physique et, par entrainement, notre être psychique, […] c’est une mise en place de soi-même en position de force.

[…] De tels chemins impliquent une initiation qualifiée, mais enfin il est important de dire que certains exercices de silence, convenablement poursuivis, sont une manière efficace de laisser tomber EGO. Dans la ligne des pratiques plus traditionnelles et à la portée de tous, cet exercice peut se concevoir sous la forme de la recherche de la pureté d’intention. Pour qui n’a aucun connaissance de sa propre complexité intérieure, une telle recherche est illusoire et apparaît alambiquée, elle serait d’ailleurs vite retournée par EGO et à son profit. Mais pour celui qui a le discernement de son propre esprit, elle a un sens et est fort ardue à suivre.

[…] En tout cela, il s’agit de s’exercer. Exercice, le mot fait sourire et la chose répugne. […] Nos contemporains sont vite culpabilisés s’ils ont l’air de distraire, pour des pratiques apparemment sans utilité immédiate, des moments qu’ils disent devoir au service d’autrui, à leurs tâches, à leurs relations. […] Un type d’exercices qui, pour austères qu’ils paraissent, contribuent à long terme à nous équilibrer […] n’a de sens que s’il permet peu à peu d’étendre l’attitude correcte qu’il instaure jusqu’à tous les instants de la journée. […] Mais il ne s’agit pas pour autant de chemins contraignants et raboteux : l’ascèse authentique et utile est expérience d’élargissement, de plénitude, de joie réelle.

[…] Ce sont les mêmes exercices qui permettent de laisser tomber EGO et d’apprendre à se tenir de manière juste dans l’existence. Cette manière juste est avant tout une attitude de tout l’être (y compris du corps) qui consiste, appuyés sur une force intérieure qui nous est toujours donnée, à accueillir toute la réalité du moment et de la circonstance présente. Alors nous pouvons répondre à la situation par une action pertinente. Relisez l’Évangile et vous verrez qu’en effet Jésus a vécu ainsi.

Je parle d’une force intérieure qui nous est toujours donnée, je veux dire qui est toujours donnée à PAIS, pas à EGO. Car elle n’est donnée qu’à celui qui a dépassé les peurs, y compris celle de la mort ; à celui qui ne se recherche plus lui-même mais ne veut qu’être le parfait serviteur de la vocation qu’il a reçue. […] Son chemin devra passer par la souffrance, la défaite ou la mort, il franchira le passage en homme noble, de la manière juste, celle par laquelle encore il glorifiera Dieu.

[…] Notre ambition est à la fois plus haute et plus humble : restaurer en nous notre humanité simple et forte, à l’image de celle de Jésus de Nazareth. La force qu’expérimente PAIS n’est donc pas un pouvoir pour dominer ou triompher, mais une capacité d’accepter et de se situer correctement dans la conjoncture. Elle fait vivre dans le présent.

[…] Le temps me manque pour parler de la respiration comme lieu d’exercice possible (au sens défini plus haut) pour cette étape, et comme indice de la justesse de notre attitude. […] S’ouvrir à l’Esprit n’est pas, comme nous le croyons, une belle formule sans contenu possible, c’est un acte précis et qui s’exerce, notamment dans l’oraison.

[…] L’absence de Dieu pour notre EGO peut, si elle est ressentie avec souffrance et étonnement, conduire à la découverte qu’il s’agit peut-être de devenir un autre pour percevoir le Dieu toujours présent, toujours là quand on l’invoque, […] un Dieu à la fois moins immédiat […] et plus indéniablement proche.

[…] Cette transformation est l’œuvre de la grâce. Mais nous y coopérons par un oui des profondeurs. Ce oui, il faut le tenir (comme on parle en musique d’une note tenue par l’archet). Il se tient dans la fermeté d’un silence [qui] est comme une assise sur laquelle notre vie active peut s’édifier avec plus d’assurance et de sérénité.

[…] Comme nous avons besoin qu’on nous enseigne autre chose que des méditations paresseuses où l’on enfile simplement des « idées » comme les perles d’un collier, mais le chemin de l’esprit qui se distend au maximum pour appréhender ce qui lui est destiné et qui lui échappe, et qu’il ne percevra qu’après avoir trouvé la fissure qui conduit à la vérité par-delà le sens. Et qui donne un contenu expérimental au mot : adoration.

[…] Nous voyons bien quel moi doit mourir : l’EGO. Non pas que l’abnégation évangélique ne demande aussi à PAIS, un jour ou l’autre de sacrifier sa vie, mais PAIS est prêt en profondeur à cette éventualité-là  ; il peut vivre à fond et sans inquiétude ni culpabilité car il sait mourir, et il sait qu’il ressuscitera en UIOS. »

 

 

Des vertus de l’attention

imgresDans un chapitre de « Réflexions sur le bon usage des études scolaires en vue de l’amour de Dieu » (Attente de Dieu, Paris, 1950, Éditions du Vieux Colombier, p. 113-123), Simone Weil développe les vertus de l’attention, rejoignant ainsi le cœur des travaux du docteur Vittoz. Elle montre comment, après s’être entraîné sur de petites choses, l’exercice de l’attention peut mener, via l’étude et la charité, jusqu’à la contemplation.

« La prière est faite d’attention. C’est l’orientation vers Dieu de toute l’attention dont l’âme est capable. La qualité de l’attention est pour beaucoup dans la qualité de la prière. La chaleur du cœur ne peut pas y suppléer.

[…] Bien qu’aujourd’hui on semble l’ignorer, la formation de la faculté d’attention est le but véritable et presque l’unique intérêt des études.

[…] Jamais, en aucun cas, aucun effort d’attention véritable n’est perdu. Toujours il est pleinement efficace spirituellement. […] Sans qu’on le sente, sans qu’on le sache, cet effort en apparence stérile et sans fruit a mis plus de lumière dans l’âme. […] Les certitudes de cette espèce sont expérimentales. Mais si l’on n’y croit pas avant de les avoir éprouvées, si du moins on ne se conduit pas comme si l’on y croyait, on ne fera jamais l’expérience qui donne accès à de telles certitudes. […] La foi est la condition indispensable.

[…] S’il y a vraiment désir, si l’objet du désir est vraiment la lumière, le désir de lumière produit la lumière. […] Quand même les efforts d’attention resteraient en apparence stériles pendant des années, un jour une lumière exactement proportionnelle à ces efforts inondera l’âme. […] il suffit de le vouloir.

[…] On dépense souvent ce genre d’effort musculaire dans les études. Comme il finit par fatiguer, on a l’impression qu’on a travaillé. C’est une illusion. La fatigue n’a aucun rapport avec le travail. […] Cette espèce d’effort musculaire dans l’étude est tout à fait stérile, même accompli avec bonne intention. Cette bonne intention est alors de celles qui pavent l’enfer.

[…] L’intelligence ne peut être menée que par le désir. Pour qu’il y ait désir, il faut qu’il y ait plaisir et joie. […] Car le désir, orienté vers Dieu, est la seule force capable de faire monter l’âme. Ou plutôt c’est Dieu seul qui vient saisir l’âme et la lève, mais le désir seul oblige Dieu à descendre. Il ne vient qu’à ceux qui lui demandent de venir ; et ceux qui demandent souvent, longtemps, ardemment, il ne peut pas s’empêcher de descendre vers eux.

[…] Il y a quelque chose dans notre âme qui répugne à la véritable attention beaucoup plus violemment que la chair ne répugne à la fatigue. Ce quelque chose est beaucoup plus proche du mal que la chair. C’est pourquoi, toutes les fois qu’on fait vraiment attention, on détruit du mal en soi.

[…] L’attention consiste à suspendre sa pensée, à la laisser disponible, vide et pénétrable à l’objet. […] ne rien chercher, mais être prête à recevoir dans sa vérité nue l’objet qui va y pénétrer. Tous les contresens dans les versions, toutes les absurdités dans la solution des problèmes de géométrie, toutes les gaucheries de style et toutes les défectuosités de l’enchaînement des idées dans les devoirs de français, tout cela vient de ce que la pensée s’est précipitée hâtivement sur quelque chose et étant ainsi prématurément remplie, n’a plus été disponible pour la vérité. La cause est toujours qu’on a voulu être actif.

[…] Les biens les plus précieux ne doivent pas être cherchés, mais attendus. Car l’homme ne peut pas les trouver par ses propres forces, et s’il se met à leur recherche, il trouvera à la place des faux biens dont il ne saura pas discerner la fausseté.

[…] Les malheureux n’ont pas besoin d’autre chose en ce monde que d’hommes capables de faire attention à eux. […] Ce regard est d’abord un regard attentif, où l’âme se vide de tout contenu propre pour recevoir en elle-même l’être qu’elle regarde tel qu’il est, dans toute sa vérité. Seul en est capable celui qui est capable d’attention. Ainsi il est vrai, quoique paradoxal, qu’une version latine, un problème de géométrie, même si on les a manqués, pourvu seulement qu’on leur ait accordé l’espèce d’effort qui convient, peuvent rendre mieux capable un jour, plus tard, si l’occasion s’en présente, de porter à un malheureux, à l’instant de sa suprême détresse, exactement le secours susceptible de le sauver.

[…] Les études scolaires sont un de ces champs qui enferme une perle pour laquelle cela vaut la peine de vendre tous ses biens, sans rien garder à soi, afin de pouvoir l’acheter. »

 

Libres…

imgresLA LIBERTE INTERIEURE
Jacques Philippe
Editions des Béatitudes

Jacques Philippe est  prêtre depuis 1985, membre de la communauté des Béatitudes, infatigable conférencier, et auteur de quelques grands classiques de spiritualité, profondément enracinés dans la grande tradition spirituelle chrétienne. Mais tous ses livres témoignent aussi d’une très fine connaissance de la psyché de nos contemporains. La Liberté intérieure est son livre le plus célèbre et c’est celui que je recommande en stage à qui veut creuser les rapports entre connaissance de soi et vie spirituelle.

imgresTrois grands angles. Tout d’abord celui de la liberté, qui nous est cher, à nous modernes. Nous n’aimons pas être entravés dans notre liberté et ce n’est pas illégitime. Mais il y a une autre manière de concevoir la liberté, celle que nous pouvons garder dans les circonstances les plus incapacitantes, les plus douloureuses, et qui garde intactes en nous nos capacités de choix et de joie. Cette liberté intérieure, par rapport à nous-même, nos proches, notre environnement, le monde, personne ne peut nous la ravir, car elle trouve sa source en Dieu.

Deuxième angle, qui est comme le mode d’emploi du premier : celui de l’instant présent. Jacques Philippe nous dit que l’on ne peut rien pour notre passé: il est derrière nous. Avec un peu de malice, il relève que bien que nous essayons de prévoir et de contrôler notre avenir, il nous échappe et nous déroute toujours. Il nous reste l’instant présent, le seul que nous pouvons vivre tel qu’il est, et qui nous permet de rencontrer Celui qui est toujours présent à nous-mêmes, alors que nous sommes nous-même si souvent absent à ce qui est ici et maintenant.

Troisième angle, la vertu. Nous avons appris, à juste titre, que la vie spirituelle consistait à laisser grandir en nous les trois vertus théologales de foi, d’espérance et de charité. Mais nous risquons de croire que nous pouvons maîtriser notre croissance dans la liberté intérieure. Or, comme le dit saint Paul, c’est dans notre faiblesse, notre fragilité, nos échecs, nos écueils, que nous rencontrons la force de Dieu qui est notre rocher, comme dit le psaume, et son amour inconditionnel pour nous.

Reconnaissance de qui nous sommes, accueil de l’instant présent, liberté intérieure : tel est précisément le chemin que propose l’Ennéagramme. Jacques Philippe consacre une page, la 146, à la description d’une démarche jumelle à cette méthode de connaissance de soi dont nos stagiaires disent souvent qu’elle est libératrice. Découvrir nos motivations inconscientes, prendre conscience de ce qui nous meut, permet de ne plus subir le monde et nous-mêmes, de ne plus vivre en mode automatique, de devenir acteurs de nos vies. La méthode Vittoz en est un allié précieux car là où l’Ennéagramme propose une cartographie de notre vie intérieure, la méthode Vittoz nous apprend, par le retour à l’instant présent via les cinq sens, à nous accueillir nous-mêmes tels que nous sommes. Le but ultime étant de découvrir notre talent, ce don de Dieu déposé en nous, pour le faire servir au monde. Car c’est en devenant ce que nous sommes que nous sommes le plus libres.

De la connexion entre les vertus

Dans nos stages, nous avons à cœur de relier la connaissance de soi à une éthique aristotélicienne des vertus afin que chacun puisse repartir avec un chemin d’évolution propre.

L’ennéagramme en effet permet de découvrir sa passion dominante, cultiver sa vertu propre, et ainsi concourir à l’épanouissement de toutes les vertus du diagramme : une bonne nouvelle s’il en est, déjà évoquée par les Pères du désert en leur temps.

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Jean Cassien mentionne dans ses Conférences (V, 13) que l’ordre dans lequel les passions se présentent et s’engendrent est variable selon les personnes :
« Les huit passions principales font ensemble la guerre au genre humain, mais leurs attaques ne se présentent pas de la même manière chez tous indistinctement. […] Ici c’est l’esprit de luxure qui a le premier rang, là domine la colère. La cénodoxie revendique le sceptre chez celui-ci ; chez celui-là l’orgueil détient la souveraineté. Et bien que chacun de nous ait à subir les assauts de tous, ce n’est pas de la même manière ni selon le même ordre que nous en sommes travaillés. »

sttheophanAprès lui, et à l’instar de Thomas d’Aquin, Théophane le Reclus, dans ses Lettres de direction spirituelle (Editions Syrtes, p. 143-144), parle de cultiver une vertu propre qui entraînerait toutes les autres.

« Il y a en chacun une passion principale autour de laquelle s’enlacent toutes les autres. C’est celle-là qu’il faut vous efforcer avant tout de dénicher. […]

L’ayant détectée, classez les autres par rapport à elle : laquelle est plus près, laquelle est plus loin. Et comprenez comment est structuré votre cœur : c’est une précieuse acquisition! Car, lorsque à la suite de cela vous entreprendrez de vous laver des passions et des mauvais penchants, vous verrez mieux dans quelle direction porter vos efforts : vers votre passion principale.

Lorsque vous l’aurez vaincue, toutes les autres se disperseront d’elles-mêmes. Comme à la guerre : quand le gros des forces de l’ennemi est enfoncé, il ne reste plus qu’à poursuivre le reste des troupes et  à l’abattre. Les actes, c’est facile à corriger. Tu n’as qu’à ne pas faire le mal, et tout est là. Mais transformer le cœur et le corriger n’est pas l’affaire d’un instant, un combat est nécessaire.

Et dans ce combat, quand on ne sait pas où porter les coups, l’on peut s’épuiser, se démener pour rien – et n’arriver à rien. Donc, ajustez vos efforts! »

 

Les chemins du bonheur

 

Norbert Mallet

Norbert Mallet

LE DEVELOPPEMENT PERSONNEL DU CHRETIEN
Norbert Mallet
Salvator

L’expression développement personnel fait naître bien des réticences. Il faut dire qu’elle n’est pas heureuse. Développement pour l’homme renvoie inconsciemment au développement économique, donc à une forme de matérialisme. Et il est vrai que toute une série d’outils de développement personnel peuvent apparaître comme des techniques de mieux-être assez ras des pâquerettes dans le meilleur des cas, voire des concessions au syncrétisme ou au relativisme de l’époque, dans la ligne du trop fameux New Age.

I-Grande-7563-le-developpement-personnel-du-chretienLe nouvel ouvrage de Norbert Mallet a le mérite de poser la problématique en évitant deux écueils : celui de la peur, qui conduit bien des chrétiens à jeter le bébé avec l’eau du bain en récusant toute forme de travail sur soi au prétexte que ce peut être dangereux ; celui de la superficialité qui consiste à faire de telle ou telle méthode un absolu, une voie de salut.

Avec pédagogie, Norbert Mallet montre que de tout temps, l’homme a cherché à faire progresser cet homme que je suis en particulier et qui n’est pas réductible aux autres. Chez Aristote ou chez les Pères du désert, on trouve cette idée que chaque personne est singulière et que chacune a son propre chemin vers la vertu et le bonheur. Ces différents chemins peuvent être regroupés en plusieurs grandes familles de caractère autour d’une passion dominante, considérée comme éthiquement neutre chez Aristote et saint Thomas, dans son excès chez les Pères. Quelles que soient les différences entre les approches, il est important de comprendre que la tradition philosophique et spirituelle du christianisme parle toujours d’une éthique des caractères qui prend en compte la diversité des chemins de chacun. A l’extrême, la colère sera pour une personne un excès à éviter le plus possible, tandis que pour telle autre elle pourra être un moyen d’exprimer ce qui pourrait être occulté par une forme de lâcheté ou d’indifférence.

Norbert Mallet insiste à juste titre sur le fait que cet ancrage dans une vision éthique est indispensable pour qu’un outil de développement personnel ne devienne pas coupé de la finalité propre à chaque être humain : la voie de la vertu, signe du bonheur. Recourir à des formations menées dans cette perspective-là, savoir se repérer dans les outils proposés, pouvoir être en contact avec un formateur qui dispose de ce fondement éthique : voici autant de défis que Norbert Mallet aide à relever. Il m’a fait l’amitié de m’interroger sur la méthode Vittoz et son lien à l’ennéagramme. J’en suis d’autant plus heureuse que cet enracinement éthique de l’une et de l’autre est au cœur de ma pratique.