Rousseau, un être à part

ROUSSEAU, UN ETRE A PART
Un archétype* de base 4, en social


Nous avons la chance avec Jean-Jacques Rousseau, comme avec saint Augustin, précurseur du genre, mais aussi avec Montaigne, et puis ensuite Chateaubriand, et les grands diaristes, comme Julien Green, de connaître, par leurs Confessions, les pensées et sentiments intimes de ces écrivains dont la langue nous enchante. Celle de Rousseau est l’une des plus belles de la langue française, et dans les Confessions se dessine un autoportrait d’une précision psychologique rare, celle d’une personne dont tout laisse à penser qu’elle serait de base 4.


Le premier trait de la personnalité de base 4 est l’intensité, jusqu’à
une ampleur d’humeur rare, qui fait se succéder les moments d’euphorie et ceux de tristesse, voire de dépression. Cette instabilité d’humeur peut être difficile pour
l’entourage, mais aussi pour la personne elle-même. Sur son passage à Chambéry, où
il vécut une vie plus stable que durant le reste de son existence, Rousseau concède:
« Ma vie a été aussi simple que douce, et cette uniformité était précisément ce dont
j’avais le plus grand besoin pour achever de former mon caractère, que des troubles
continuels empêchaient de se fixer. »

Mais, généralement, la base 4 se manifeste dans l’intensité des émotions, et
notamment dans une connaturalité avec la tristesse.
Ces émotions sont ce qui est le plus important dans son existence : « Je n’ai qu’un guide fidèle sur lequel je puisse
compter; c’est la chaîne des sentiments qui ont marqué la succession de mon être. »

Cette émotion est d’ailleurs communicative, et doit être partagée. Alors qu’une de
ses pièces vient d’être jouée, Rousseau note : « Le plaisir de donner de l’émotion à
tant d’aimables personnes m’a ému moi-même jusqu’aux larmes. »
Mais, derrière
les émotions heureuses, se loge toujours une mélancolie, tapie en embuscade:
« Près de maman [Mme de Warens, sa protectrice, qu’il appelle ainsi], mon plaisir
était toujours troublé par un sentiment de tristesse, par un secret serrement de cœur
que je ne surmontais pas sans peine.
 » Cette mélancolie peut laisser place à une
tristesse débordante, parfois complaisante
, comme en ce moment où Rousseau se
sent profondément seul : « Insensiblement je me sentis isolé et seul dans cette
même maison dont auparavant j’étais l’âme et
[…] pour m’épargner de continuels
déchirements je m’enfermais avec mes livres, ou bien j’allais soupirer et pleurer à
mon aise au milieu des bois. »
Cette situation réactive-t-elle la blessure d’abandon
de l’enfant qui a perdu sa mère à la naissance? Sans doute, mais quelles que soient les circonstances de sa vie, une personne de base 4 ressent souvent l’abandon, que celui-ci soit bien réel, ou plus ou moins imaginaire.

Cette capacité de ressentir des émotions profondes et intenses a son revers: la
tentation de l’égocentrisme
. On sait que Rousseau a abandonné ses propres enfants
(là encore, on ne peut pas ne pas faite le lien avec cette blessure initiale). Mais, alors
que sa conduite a suscité de l’indignation, il est significatif de voir comment il se
défend : « Jamais un seul instant de sa vie Jean-Jacques n’a pu être un homme sans sentiment, sans entrailles, un père dénaturé. J’ai pu me tromper, mais non m’endurcir. » Faire erreur oui, ne pas ressentir, jamais.

Cette quête d’émotion est telle que la personne de base 4 ressent de manière
particulièrement aiguë ce qui manque, plutôt que ce qu’elle a
. On le lit dans cet
aveu, devant la perte d’un amour: « Si je n’avais pas senti tout mon amour en la
possédant je le sentis bien cruellement on la perdant. »
La perte est toujours plus
intense que la possession.

Cela rejoint un autre trait de personnalité de la base 4, qui est lié à cette quête
d’intensité: le dégoût de la banalité et le fait de cultiver l’originalité en méprisant ce que les autres recherchent ou cherchant ceux que les autres redoutent. Rousseau avoue son inconfort devant les considérations triviales du quotidien: « Quand je me passionne, je sais trouver quelquefois ce que j’ai à dire; mais dans les entretiens
ordinaires je ne trouve rien, rien du tout; ils me sont insupportables par cela seul
que je suis obligé de parler. »
La routine est insupportable, mieux vaut l’instabilité
de l’aventure, et le coup de tête vaut mieux que le calcul et la prévoyance
: « Je
quittais volontairement mon emploi sans sujet, sans raison, sans prétexte, avec
autant et plus de joie que je n’en avais eu à le prendre il n’y avait pas deux ans. »

Cette originalité est inconcevable pour le commun des mortels. On l’a renvoyée à
Rousseau qui répond tranquillement : « On m’a imputé de vouloir être original et
faire autrement que les autres. En vérité je ne songeais guère à faire ni comme les
autres ni autrement qu’eux. Je désirais sincèrement de faire ce qui était bien. »
Être
soi, d’abord.

Cette revendication d’originalité, cette conscience d’avoir plus de conscience
émotionnelle que les autres, se conjugue à une quête d’authenticité, qui fait de la personne de base 4 un être à part. Citons ici le sublime début des Confessions, où le portrait de la base semble se développer, jusqu’à une conscience de son unicité, portée à son paroxysme : « Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple, et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme
dans toute la vérité de la nature; et cet homme ce sera moi. Moi seul. Je sens mon
cœur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus;
j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent.
Si je ne vaux pas mieux,
au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel
elle m’a jeté, c’est ce dont on ne peut juger qu’après m’avoir lu. »


L’authenticité des Confessions est un des secrets de ce texte admirable. Rousseau
peut fasciner, irriter: personne ne peut ignorer qu’il prend le risque de
l’authenticité, sans réserve ni transaction : « Dans l’entreprise que j’ai faite de me
montrer tout entier au public, il faut que rien de moi ne lui reste obscur ou caché; il
faut que je me tienne incessamment sous ses yeux, qu’il me suive dans tous les
égarements de mon cœur, dans tous les recoins de ma vie; qu’il ne me perde pas de
vue un seul instant, de peur que, trouvant dans mon récit la moindre lacune, le
moindre vide, et se demandant, qu’a-t-il fait durant ce temps-là, il ne m’accuse de
n’avoir pas voulu tout dire. »
Tout dire, ne rien cacher, notamment de ses
émotions: c’est ce que les personnes de base 4 se voient reprocher parfois. Souvent par ceux qui n’arrivent pas à se dire eux-mêmes.


Ce souci d’être soi, va jusqu’à la vie spirituelle qui ne peut être une routine, mais ne
peut consister qu’en un cœur à cœur avec Dieu: « Là tout en me promenant je
faisais la prière, qui ne consistait pas en un vain balbutiement de lèvres, mais dans
une sincère élévation de cœur à l’auteur de cet aimable nature dont les beautés
étaient sous mes yeux point je n’ai jamais aimé à prier dans la chambre: il me
semble que les murs et tous ces petits ouvrages des hommes s’interposent entre
Dieu et moi. J’aime à le contempler dans ses œuvres tandis que mon cœur s’élève à
lui. Mes prières étaient pures, je puis le dire, et dignes par-là d’être exaucées. »


Cette passion de l’absolu de la personne de base 4 peut la conduire à l’excès de
l’envie.
Cette envie de celui qui vit intensément ce que je voudrais vivre, et plus
encore, Rousseau en est conscient. Face à un rival, il note scrupuleusement les
sentiments qui naissent en lui, en tâchant de ne point les suivre : « Le premier fruit
de cette disposition si désintéressée fut d’écarter de mon cœur tout sentiment de
haine et d’envie contre celui qui m’avait supplanté. »
Si l’envie est le mot de l’excès
de passion de la base 4, la haine (compétition-haine) est celui spécifique au 4 en
sous-type tête-à-tête. Comme l’intrépidité (dans le fait de quitter un emploi sous
une impulsion soudaine et incontrôlable est celui du sous-type survie). Mais il semble que Rousseau soit en social. Il n’eut de cesse de vouloir entrer dans le
monde tout en le méprisant, et de comparer l’accueil réservé à ses œuvres avec celui des autres philosophes des Lumières.

Le mot du 4 en social est honte, et Rousseau en parle admirablement lorsqu’il relate l’affaire du ruban qu’il a volé en faisant injustement accuser une jeune cuisinière. « Quand je la vis paraître ensuite mon cœur fut déchiré, mais la présence de tant de monde fut plus forte que mon repentir. Je craignais peu la punition, je ne craignais que la honte; mais je la craignais plus que la mort, plus que le crime, plus que tout au monde. J’aurais voulu m’enfoncer, m’étouffer dans le centre de la terre: l’invincible honte l’emporta sur
tout, la honte seul fit mon impudence, et plus je devenais criminel, plus l’effroi dans
convenir me rendait intrépide. »

Vraisemblablement Rousseau avait le sous-type survie en second (goût prononcé pour la nature, tendance à une certaine intrépidité) et un tête-à-tête quasi inexistant, qui explique aussi l’impression d’indifférence envers les autres et cette incapacité à avoir des relations amoureuses réciproques. Il s’en plaint d’ailleurs amèrement : « Comment se pouvait-il qu’avec une âme naturellement expansive, pour qui vivre c’était aimer, je n’eusse pas trouvé jusqu’alors un ami tout à moi, un véritable ami, moi qui me sentais si bien fait pour l’être? Comment se pouvait-il qu’avec des sens si combustibles, avec un cœur tout pétri d’amour je ne sais pas du moins une fois brûlée de sa flamme pour un objet déterminé? Dévoré du besoin d’aimer sans jamais l’avoir pu bien satisfaire, je me
voyais atteindre aux portes de la vieillesse, et mourir sans avoir vécu
. »

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son œuvre. 

Prière de la base 9

Saint François d’Assise
Maison Sainte-Marie-Madeleine de Vezelay

PRIERE DE LA BASE 9*

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,
Là où est la haine, que je mette l’amour.
Là où est l’offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l’union.
Là où est l’erreur, que je mette la vérité.
Là où est le doute, que je mette la foi.
Là où est le désespoir, que je mette l’espérance.
Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.
Là où est la tristesse, que je mette la joie.

O Seigneur, que je ne cherche pas tant
à être consolé qu’à consoler,
à être compris qu’à comprendre,
à être aimé qu’à aimer.

Car c’est en se donnant qu’on reçoit,
c’est en s’oubliant qu’on se retrouve,
c’est en pardonnant qu’on est pardonné,
c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie.

Saint François d’Assise

* La prière a quelque chose à dire du don reçu ou de ce vers quoi la personne tend.
En ce sens, elle parle de la qualité essentielle et/ou de la vertu de chaque base.
Comme les versants de la montagne convergent au sommet, elle a quelque chose d’universel, même si c’est par une voie spécifique.

Incroyable diversité

INCROYABLE DIVERSITE
par Nicolas

J’ai vraiment beaucoup apprécié ces deux jours.

Je vous ai trouvés au top tous les deux.

J’ai beaucoup apprécié les échanges avec le groupe. J’ai trouvé des personnalités tellement touchantes !

Quelle incroyable diversité et quelle richesse que toutes nos personnalités différentes ! Dieu est bon 

J’ai également beaucoup appris sur moi même et je pense que cela va m’aider dans mes nouveaux challenges professionnels mais aussi dans la vie en général et même dans ma vie spirituelle.

Bravo pour la parfaite organisation  de ces 2 jours.

Raison et sentiments

RAISON ET SENTIMENTS
par Anne

Je voulais vous remercier pour votre accompagnement si professionnel et si bienveillant.

Connaissez-vous Cœurs libres, sur l’éducation des sentiments d’Alexandre Dianine-Havard?
C’est ma dernière lecture.
En voici un extrait:

« L’Occident a souvent accusé l’Orient de sentimentalisme et l’Orient a souvent reproché à l’Occident son rationalisme et son volontarisme. Il est évident cependant que chacune de ces approches est faussée si elle ne tient pas compte d’un fait élémentaire: le coeur, l’intelligence et la volonté ne peuvent fonctionner qu’ensemble. On ne peut pratiquer le bien qu’avec un cœur pur, une intelligence éclairée et une volonté forte. »

C’est un livre que j’ai trouvé très beau, très éclairant. Un livre qui appelle à ouvrir son cœur, à méditer et qui est un petit clin d’œil involontaire à l’ennéagramme. Je voulais vous faire partager cette découverte !

Sur la pointe des pieds

SUR LA POINTE DES PIEDS
par Olivia

Un immense merci pour votre patience, votre écoute et votre professionnalisme rassurant.

Le groupe était riche de belles personnes et nous avons pu avoir des échanges particulièrement féconds.

Je suis venue sur la pointe des pieds avec beaucoup de prudence mais vous avez su me mettre en confiance.

Dès lundi après-midi, j’ai repris mes notes, fais quelques recherches , histoire de m’assurer que tout était bien clair et assimiler encore un peu plus… Il me faudra y revenir encore … Je suis bien dans ma base 😉

Il y aura sans doute une suite…

Prière de la base 1

PRIERE DE LA BASE 1*
Par Bénédicte
de base 1

De retour du module 6 sur les talents où il était demandé à chaque base une représentation de ce qui l’anime, Bénédicte, violoncelliste, nous fait part de ses impressions:

« C’est moi qui te remercie profondément pour ce que tu nous proposes de vivre à chaque module! Tu es vraiment formidable! C’était très beau de voir les bases exprimer leur talent. Ce petit moment d’expression m’a fait l’effet d’un résumé de l’essentiel qui m’anime aujourd’hui. Je crois que j’avais tout: la prière, les icônes et la musique; les deux derniers n’étant qu’une variation de la première, la flamme les réunissant tous.  Il y avait même tes fleurs (Dieu sait si je les aime!). Bref, j’ai été surprise que cela se soit fait ainsi, et c’est après coup, que j’ai réalisé tout ça.

Il m’avait semblé que cette prière des enlumineurs du Moyen-âge que l’on prie avant de faire des icônes, était un assez bon résumé pour la base 1! Je suis sûre que c’est quelqu’un de base 1 qui l’a écrite! »

Prière de l’artisan

Apprends-moi, Seigneur, à bien user du temps que tu me donnes pour travailler, à bien l’employer sans rien en perdre.

Apprends-moi à tirer profit des erreurs passées sans tomber dans le scrupule qui ronge.

Apprends-moi à prévoir le plan sans me tourmenter, à imaginer l’œuvre sans me désoler si elle jaillit autrement.

Apprends-moi à unir la hâte et la lenteur, la sérénité et la ferveur, le zèle et la paix.

Aide-moi au départ de l’ouvrage, là où je suis le plus faible.
Aide-moi au cœur du labeur à tenir serré le fil de l’attention.
Et surtout comble Toi-même les vides de mon œuvre.

Seigneur, dans tout le labeur de mes mains laisse une grâce de Toi pour parler aux autres et un défaut de moi pour me parler à moi-même.

Garde en moi l’espérance de la perfection, sans quoi je perdrais cœur.
Garde-moi dans l’impuissance de la perfection, sans quoi je me perdrais d’orgueil.

Purifie mon regard: quand je fais mal, il n’est pas sûr que ce soit mal, et quand je fais bien, il n’est pas sûr que ce soit bien.

Seigneur, ne me laisse jamais oublier que tout savoir est vain sauf là où il y a travail, et que tout travail est vide sauf là où il y a amour, et que tout amour est creux qui ne me lie à moi-même et aux autres et à Toi.

Seigneur, enseigne-moi à prier avec mes mains, mes bras et toutes mes forces.

Rappelle-moi que l’ouvrage de mes mains t’appartient et qu’il m’appartient de te le rendre en le donnant; que si je le fais par goût du profit, comme un fruit oublié je pourrirai l’automne; que si je le fais pour plaire aux autres comme la fleur de l’herbe je fanerai au soir; mais si je le fais pour l’amour du bien, je demeurerai dans le bien; et le temps de faire bien et à ta gloire, c’est tout de suite. Amen !

Prière des copistes et enlumineurs du haut moyen âge, sans doute d’origine anglaise.
in Naissance et splendeurs du manuscrit monastique du VII’ au XII’ siècle de Gilberte Garrigou

* La prière a quelque chose à dire du don reçu ou de ce vers quoi la personne tend.
En ce sens, elle parle de la qualité essentielle et/ou de la vertu de chaque base.
Comme les versants de la montagne convergent au sommet, elle a quelque chose d’universel, même si c’est par une voie spécifique.

Quelques pas de plus

QUELQUES PAS DE PLUS
Par Anne-Laure
de base 4 en tête-à-tête

Quatre ans après son premier témoignage

Module 3 et 4

Un pas de plus ! Qui m’ouvre à la danse latine…
La danse :
Un abandon ou une rencontre,
Un rejet ou une confiance,
Une séduction, ou un partage, un élan …
Un balbutiement frustrant vers une maîtrise placée,
Seule, tête à tête, sociale,
Danger pour certains, joie pour d’autres,
Blocages, conscience, fluidité…
Musique, beauté,
C’est le mouvement où je me sens vivre

Module 5

Quand on passe un lacet de montagne, un détail s’ajoute à la perspective…
Une étincelle allume un feu d’artifice, un incendie ou des bougies silencieuses…
L’étincelle fait jaillir l’amitié…

Module 6

Je suis une part de cette montagne :
A la fois papillon, fleur, torrent…
Je passe du sommet aux crevasses,
Du soleil à l’ombre humide,
Et ça et là mon cœur chaud rencontre une âme qui a besoin de s’y sentir aimée,
Comprise, accueillie dans sa pureté, son ombre, sa couleur,
Dans ses doutes ses certitudes, ses peurs,
Dans sa colère, son agacement vers la paix,
Dans la tristesse vers la joie profonde…

Entre ces rencontres aimer cette petite fille en moi qui marche seule…
Et chaque jour confier chaque âme à mon créateur.

Encanto

ENCANTO
Un Disney à la lumière de l’ennéagramme

A bien y regarder, certains dessins-animés ont la couleur d’un conte ou d’une fable. Comme eux, ils peuvent ouvrir à un sens que chacun peut librement chercher.

Hier soir, c’était Encanto de Disney, l’histoire de la fantastique famille Madrigal, une sorte de famille idéale, très unie et dont chacun des membres est doté d’un don particulier qu’il met au service de tous. A la tête de cette famille règne Abuela Alma, avec attention et jalousie, plaçant toute son énergie à mettre en valeur les talents de chacun, jusqu’à l’excès.

Abuela Alma

Chaque personnage est tellement campé, qu’il est amusant d’y reconnaitre chaque base de l’ennéagramme qui, je crois sont toutes représentées: Pepa fait la pluie et le beau temps en fonction de ses humeurs, comme les personnes de base 4. Luisa est dotée d’une force herculéenne et la met au service de tout le village, ne montrant jamais un signe de faiblesse, comme les personnes de base 8. Isabella s’adapte à ce que l’on attend d’elle comme une personne de base 3: elle est belle et répand des fleurs sur son passage. Bruno a le don de prévision et de vigilance, comme les personnes de base 6. C’est là que les choses se gâtent, car Abuela ne veut pas entendre de prédictions malheureuses dans la construction de son monde parfait. Par son sens du devoir, son souci de perfection et son air grave mais bon, elle fait furieusement penser aux personnes de base 1. Je vous laisse continuer les hypothèses pour les autres personnages, il y a certaines pépites…

Luisa

Plusieurs aspects me semblent intéressants.

Tout d’abord, c’est à l’occasion d’une épreuvela disparition d’Abuelo Pedro, laissant Abuela seule avec ses trois jumeaux, que les dons se manifestent.

Ensuite, quand ils sont absolutisés et exclusifs, ces dons deviennent tyranniques: Abuela, dont la qualité essentielle est la bonté (base 1), devient cruelle avec Mirabel quand celle-ci ne correspond pas à son idéal de perfection. Isabella (base 3), à vouloir correspondre à ce que l’on attend d’elle, se perd elle-même jusqu’à accepter d’épouser un homme qu’elle n’aime pas et devient prétentieuse et hautaine. Luisa (base 8), s’épuise dans les travaux de force et se forge une carapace qui ne laisse pas de place à la tendresse, dont elle est pleine.

Isabella

Enfin, et c’est ce qui me semble le plus intéressant: c’est dans la mesure où ce que fuit le personnage devient son obsession, qu’il finit par provoquer ce qu’il craint. Ainsi Abuela qui, à force de volonté, a réussi à créer la famille idéale, finit par provoquer sa chute.

Il y a quelque chose de commun avec ce que nous transmettons via l’ennéagramme:

C’est à l’occasion de la blessure, des blessures ou d’un climat insécure que la base se révèle – sans la créer. Car elle conduit à puiser dans des ressources qui, sans l’épreuve, ne seraient pas aussi nécessaires.

La tentation pour chacun est l’excès: en creux (pour Bruno qui a peur de son don de projection et se cache avec lui) et en plein (Isabella la trop belle, Abuela la trop parfaite ou Luisa la trop forte). Ne voir le monde qu’à travers le filtre de son don particulier (réussite, perfection, force) peut faire occulter les autres dimensions du réel, en soi et autour de soi. C’est par le juste milieu, la vertu, que chacun peut donner toute sa mesure.

Ce que je cherche à éviter à tout prix, je finis par le provoquer par l’attention exclusive que je lui porte. Nous le voyons en base 1 dans la fuite de l’imperfection d’Abuela. Ce peut être également le cas en base 9: à fuir la confrontation à tout prix, je peux provoquer un conflit. Ou en base 6: à douter de tout et de tous, je peux provoquer la trahison. Etc.

Mirabel

Le talent est un don, il se dénature quand je me l’approprie, que je le fais servir à mon propre compte, quand j’en fais mon tout; alors que je le reçois pour le faire servir au monde.

Quant au personnage principal, Mirabel, celle qui n’a pas reçu de don et qui finit par sauver sa famille pour être reconnue: mon discernement à son sujet n’est pas abouti. Serait-elle de base 2?

Prière de la base 2

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PRIERE DE LA BASE 2*

« Seigneur,

Quand je suis affamée, donne-moi quelqu’un qui ait besoin de nourriture.

Quand j’ai soif, envoie-moi quelqu’un qui ait besoin d’eau.

Quand j’ai froid, envoie-moi quelqu’un à réchauffer.

Quand je suis blessé, donne-moi quelqu’un à consoler.

Quand ma croix devient lourde, donne-moi la croix d’un autre à partager.

Quand je suis pauvre, conduit-moi à quelqu’un dans le besoin.

Quand je n’ai pas de temps, donne-moi quelqu’un que je puisse aider un instant.

Quand je suis humilié, donne-moi quelqu’un dont j’aurai à faire l’éloge.

Quand je suis découragé, envoie-moi quelqu’un à encourager.

Quand j’ai besoin de la compréhension des autres, donne-moi quelqu’un qui ait besoin de la mienne.

Quand j’ai besoin qu’on prenne soin de moi, envoie-moi quelqu’un dont j’aurai à prendre soin.

Quand je ne pense qu’à moi, tourne mes pensées vers autrui. »

Mère Teresa de Calcutta

* La prière a quelque chose à dire du don reçu ou de ce vers quoi la personne tend.
En ce sens, elle parle de la qualité essentielle et/ou de la vertu de chaque base.
Comme les versants de la montagne convergent au sommet, elle a quelque chose d’universel, même si c’est par une voie spécifique.

Le cadeau de la tradition orale

LE CADEAU DE LA TRADITION ORALE
par Janique
de base 9

Je vous remercie pour ces deux jours passés à Fontainebleau en votre compagnie et celle du groupe très sympathique. Un grand merci pour votre formation à la découverte de l’Ennéagramme.  Je vais pouvoir lire avec attention votre site maintenant que les bases sont posées et pouvoir approfondir et compléter la formation en attendant la prochaine session.

Je suis ravie d’avoir découvert ma base 9 qui laisse entrevoir chez moi des modes de fonctionnement que je n’avais pas identifié auparavant… expliquant chez moi certains malaises, dont le point du rapport au temps qui ne me paraissait pas être un élément clé. Je ne m’étais pas retrouvée dans cette base à la lecture du superbe livre du Père Pascal Ide, d’où l’intérêt de l’oral comme évoqué.

Belle découverte ! Je me sens avec un paquet cadeau que je ne sais pas trop utiliser et pourtant très curieuse, voire excitée de le voir évoluer. A creuser et à suivre…