Indispensable ?

INDISPENSABLE ?
par Muriel
de base 2

Quand le stage Ennégramme permet le chemin vers la connaissance et la compréhension de soi, quel émerveillement!

A la fin du Module 1, je ne savais pas si j’étais de base 2 ou plutôt de base 9… c’était frustrant cette incertitude.

Alors j’ai observé, qui j’étais avec les autres et mon fonctionnement dans le besoin d’être reconnue… Mon bien-être est lié à celui des autres: je suis donc de base 2! J’ai très vite compris qu’en me mettant au service de tous, j’étais dans une quête d’ amour et que j’étais surtout… épuisée! 

Le Module 2 m’a permis de partager avec d’autres personnes de base 2, et grâce à l’enseignement de Valérie et François, d’accepter ce ressort de la générosité que j’ai chevillé au corps,  en conscience. J’ai compris que donner et être au service de… tous azimut , était un mécanisme de défense de l’enfance, mais que cet élan c’est aussi mon talent. J’apprends aujourd’hui à mieux l’accueillir tel qu’il est et à dire non, petit à petit, pour que mon oui soit vrai!

Et puisque  l’amour inconditionnel de notre Mère universelle m’est donné, je me remplis de Lui!

Je reste  une personne empathique et dévouée, mais pour que mon don devienne gratuit, je m’efforce de planifier du temps pour moi, pour revenir à mes propres besoins: c’est dans cette mesure que je n’attendrai pas de retour.

J ‘arrête de penser pour l’autre (j’essaie!), de définir ses envies, car cet altruisme pourrait laisser place finalement au sentiment d’être indispensable: un excès de passion qui pourrait aller jusqu’à l’orgueil. Cette notion m’a été difficile à accepter. Je remercie vivement Valérie et François de m’avoir guidée sur le chemin de l’humilité…

Et portée par la Foi, je me réconcilie avec moi même. C’est une grande joie.

A bientôt pour le M3!

Un monde en bleu

UN MONDE EN BLEU
par Martine
de base 6

Mon monde à moi, c’est un monde en bleu
Oui, mais décrit sur toute sa gamme
Bleu… comme mes peurs

Peurs paniques, fulgurantes, incontrôlables,
Des toutes petites, des ridicules, des peurs de rien de tout: peur des araignées, peur de monter sur un vélo, peur des affreux rats, peur de tout et n’importe quoi…

Jusqu’aux plus profondes, jusqu’aux viscérales: celle d’affronter l’inconnu, la solitude, la souffrance, la dépression et surtout la pire de toute, la peur primale: celle du non-amour, celle du rejet, celle de la trahison, celle-là qui vient comme un poignard dans le creux de l’estomac, qui transforme tout en un immense vertige, la vraie, la bleue, l’abyssale. Quand la terre s’ouvre sous mes pieds en un gouffre sans fin et que cette panique me laisse au sol, vide et pantelante comme une épave rejetée par la mer, brisée, abandonnée, seule sur le sable. Celle dont je crains ne jamais pouvoir me relever.

Mais sur la palette de mes bleus, après l’ouragan, c’est le retour au calme. Et le bleu redevient lumineux, un bleu serein, un bleu d’azur. C’est le bleu des jours heureux où le soleil réapparaît dans un ciel uniforme. Cette peur, je l’ai vaincue. Pas seule, non, mais grâce à ce roc, à cette force vivante en moi plus que moi-même. Le bleu d’encre, presque noir s’est dissous. Je revois, je découvre la beauté de la nature qui m’entoure, je ressens l’amour de ceux que j’aime et qui sont là! La sève à nouveau circule dans mes veines, bleue. Là, devant mes pas, il y a un avenir, un nouveau, un magnifique chemin s’ouvre vers de nouveaux horizons, des horizons en bleu… Confiance! N’ayez plus peur…

Où es-tu?

OU ES-TU?
par Dominique

Ma femme et moi avons quitté les journées de M1 et M2, conquis d’avoir entamé une exploration de nous-mêmes et d’avoir expérimenté en bonne compagnie combien l’autre est nécessaire pour se connaître. Nous nous sommes ainsi abreuvés à la source en vérifiant avec émerveillement ce que la Genèse raconte depuis si longtemps: la vanité de vouloir s’en sortir seul. Le bon Dieu nous y cherche d’ailleurs: « où es-tu? », pointant le mystère que nous avons découvert. Nous ne savons en fait presque rien de la construction qu’est notre personnage, cachant sa vérité de feuillages.

Nous nous sommes pris au jeu des dévoilements des uns devant les autres. Il est moins austère et plus efficace que les raisonnements. Les rites des rencontres, épatants, facilitent la parole, jettent des ponts, alors que nous sommes installés naturellement derrière des murailles qui enfouissent les cœurs, maçonnées inconsciemment par nos histoires, pour se protéger des affronts à nos grâces initiales. Un architecte parlerait des leurs conséquences en styles fondamentaux plus ou moins mélangés et ornés.

Même si nous n’avons abattu qu’un premier mur, quelle joie d’avoir conscience d’être déjà plus vrais, apprenant en quelques traits que ces cœurs si protégés sont tous aimables malgré de belles différences! N’est-ce pas gagner ainsi un peu de miséricorde sur soi et les autres et ensoleiller les vies?

Saint Bernard nous engage à poursuivre et abattre les autres murs: « Nul savoir, si étendu qu’il soit, ne permet d’atteindre à la plénitude de la sagesse, sans la connaissance de soi-même. » Autrement dit, la connaissance de soi n’est pas évidente. « Aussi est-il naturel que l’homme tende à se clore partout dans une sphère » comme le dit Stanislas Fumet dans L’impatience des limites. A nous de prendre les moyens d’en sortir!

Casse pas la tête !

CASSE PAS LA TETE !
par Luc
de base 1

C’est juste avant mon déplacement en Nouvelle Calédonie que j’ai souhaité écrire ce petit témoignage personnel, certainement face à une situation de départ vers l’inconnu qui bouleverse un peu les équilibres…

Avant toute chose je souhaite remercier ma femme qui a pu m’orienter sur l’ennéagramme car sans son aide, ses conseils et cet outil fantastique je n’aurais jamais aussi bien cerné et compris mes réactions. Celles-ci m’auraient sans doute entraîné dans un puits sans fond, pensant que c’était comme çà et qu’on ne pouvait pas changer… mais si on est conscient des problèmes on peut toujours s’améliorer et l’ennéagramme en a été en grande partie la clé .

Marié depuis seize ans et père de six enfants, militaire , 43 ans. J’ai pensé pendant longtemps que tout était très binaire, bien/mal, fainéantise/travail… que le mot repos n’existait pas vraiment, qu’il fallait tout faire à fond. Dans toute situation j’ai l’impression qu’il y a toujours une remarque, réflexion ou critique à faire non pas pour faire de la peine, vexer ou sortir sa science mais plutôt parce qu’il y a toujours mieux à faire, une façon de tendre vers un certain perfectionnisme. C’est d abord à moi-même que je me fais des réflexions et avec moi que je suis le plus dur finalement.

Le réflexe de scanner dans une pièce ce qui ne va pas, sur la tenue d’un enfant, sur la recette d’un plat, les travaux que l’on fait dans la maison, le travail des autres… Je me sens comme obligé de corriger la moindre erreur et tout cela crée de la tension en moi mais aussi pour les autres.  Au point de dire par exemple à mes enfants: puisque tu fais mal je préfère le faire, mais du coup on doit être partout à s’en épuiser et finalement l’enfant n’a pas vraiment appris en essayant et il n’aura pas assez confiance en lui. J’ai entendu souvent de moi que je suis tendu, que lorsque je rentre dans une pièce cette tension se ressent, que je suis plutôt raide, et ne sais pas me détendre (et même que j’ai la ride du lion…). C’est vrai et tout cela conduit finalement à focaliser sur le négatif au lieu du positif et crée une forte souffrance et tension intérieure.

J’aime l’histoire et j’ai tendance à me reconnaître dans le personnage qui sera le plus proche de mes réactions, Louis IX, saint Louis, est de fait un modèle: comme lui, je n’arrive pas à supporter l’injustice, tout ce qui n’est pas ordonné sur le temporel comme le spirituel. Lorsque j’entreprends un travail il faut le faire et bien le faire parfois au risque d’aller dans trop de détails et j’ai une grande difficulté à déléguer: forcément ça ne sera pas fait correctement.

Tendance à beaucoup donner, s’investir, mais du coup c’est oublier de prendre soin de soi, ne pas savoir dire non, se détendre tout simplement. Etre dans l’action et le contrôle permanent devient épuisant pour soi et les autres. On se reposera au ciel, disais-je si souvent… Ce qui finalement consistait à ne jamais prendre le temps de se reposer, comme si c’était une honte ou humiliant de devoir s’arrêter ou se détendre comme si on serait jugé d’avoir fait une petite sieste ou juste rien fait d’actif dans la journée… S’interdire de souffler et apprécier le moment présent, écouter de la musique ou se poser avec un livre par exemple m’était vu comme improductif, comme si tout mérite ou réussite était possible que dans l’action ou dans un résultat concret et visible, dans le jour d’après, dans l’anticipation .

« La question n’est pas de savoir si il y a une vie après la mort, écrit Moussa Nabati, mais s’il y a une vie avant la mort.«  Ce qui me fait rebondir sur un extrait de la liberté intérieure de Jacques Philippe: « On ne peut pas véritablement programmer sa vie, on ne peut que l’accueillir instant après instant. La seule chose qui nous appartienne , en fin de compte, c’est le moment présent. Il est le seul lieu où nous puissions vraiment poser des actes libres; il n’y a que dans l‘instant présent que nous sommes vraiment en contact avec le réel. »

Si j’ai souvent entendu le mieux est l’ennemi du bien, j’avais du mal à l’appliquer dans mon logiciel. J’essaye aujourd’hui de me l’appliquer, car finalement rien de ce monde n’est parfait et je pense que je me suis épuisé à rechercher une forme de perfection/contrôle dans ce que j’entreprenais, au risque de gâcher l’essentiel car cette perfection est inatteignable. A tout vouloir défendre, on ne défend rien disait un général en Normandie en 1944, alors à tout vouloir contrôler on risque de ne plus rien contrôler du tout… Chers amis de base 1, lâchez-prise, soufflez, respirez, détendez-vous et surtout souriez! Casse pas la tête, comme ils disent en Nouvelle-Calédonie, c’est-à-dire: prends ton temps, détends-toi, pas de stress, tranquille…

 

 

 

Je n’ai jamais souffert

JE N’AI JAMAIS SOUFFERT !
par Stéphanie
de base 7

Rigoler est la seule façon de voir le monde en couleur et d’oublier ses souffrances, de ne pas rentrer au dedans pour ressentir une émotion. A quoi sert de pleurer si ce n’est que pour nous faire du mal? Bannir la souffrance par le rire, par la joie. C’est comme ça que la vie doit être menée. A quoi sert la négativité? Si ce n’est à ne plus pouvoir avancer. Rester optimiste face à la vie. Sourions et la vie nous sourit! A quoi bon pleurer sur son sort lorsque l’on est en vie et que l’on peut conquérir le monde à la découverte d’une multitude de possibilités. Nous avons cette chance de vivre, de respirer, de sourire, alors profitons! Arrêtons de nous focaliser sur une seule passion ou un seul intérêt lorsque la vie nous montre qu’on peut profiter de tout, papillonner, butiner. Le temps défile à une telle vitesse, alors dépensons notre énergie et ne restons pas assis. Quelle perte de temps! On n’enferme pas un oiseau dans une cage, le jour où la porte s’ouvre, l’oiseau s’enfuira. Laissez-le libre car un jour il arrêtera de chanter.

C’est ainsi que j’ai mené ma vie, jusqu’à ce que mon corps fasse stop. Burn out. Classique. Je l’avais mené au bout, il m’a arrêtée. Des années de souffrances ignorées, de deuils non faits s’étaient accumulés et mon quota était dépassé. C’est alors que j’ai découvert l’ennéagramme, et que j’ai pu commencé à renaître. Lors de cette découverte, j’ai vu toute ma vie défiler: je n’avais pas pris conscience de toutes les souffrances enfouies, des enfermements que je ne voulais pas voir. Je suis tombée au plus bas, moi qui aimait tant la vie et qui souriait et rigolait à n’en plus finir. J’étais ce rayon de soleil, cette chaleur que je donnais à tous ceux qui m’entouraient: faire le clown, c’est ce qui me faisait vivre, vibrer. J’ai continué un peu de temps à dire que d’ailleurs je n’ai jamais souffert, que ce n’était rien, qu’il y a toujours pire ailleurs. Et quand les circonstances m’empêchaient de sourire, je m’effaçais, construisant peu à peu ma prison intérieure.

Le réveil n’a pas été brutal, tout s’est fait en douceur. Mon mental, c’est à la fois ce qui m’enferme : « la seule vie qui soit passionnante est la vie imaginaire », comme l’écrit Virginia Woolf; et ce qui me permet de me sortir de ma prison intérieure. J’ai réfléchis, écouté, puis j’ai ouvert les yeux, j’ai travaillé. Je voulais m’en sortir, arrêter tout ce que j’avais élaboré: une vie imaginaire où je me mentais à moi-même, à mon entourage, en criant que j’étais heureuse et que tout allait pour le mieux.

C’est là que j’ai su m’arrêter. J’ai appris à respirer, à ne plus bouger, à me recentrer, à vivre ici et maintenant sans imaginer ma vie. J’apprends à accueillir l’émotion la plus basse, recevoir son message et savoir qu’en faire. J’ai arrêté de dire ce n’est pas grave, j’ai affronté les conflits pour obtenir des réconciliations, j’ai senti mon cœur palpiter, j’ai eu ma première colère, j’ai pleuré de tristesse. C’est ainsi que j’ai trouvé la paix avec moi-même, pour être en paix avec le monde qui m’entoure. Cela fait un bien fou de pouvoir m’arrêter et apprécier juste le moment ici et maintenant sans penser au lendemain.

Hier, j’ignorais mon corps, je perdais ma respiration aux moindres paroles. Aujourd’hui, l’ennéagramme m’a permis de comprendre pourquoi et la méthode Vittoz m’a redonné accès aux sensations de mon corps, à des pensées plus claires, et ainsi à rejoindre mon cœur au plus profond. Je n’ai pas changé, j’ai trouvé le calme.

C’est alors que la foi a pu m’envahir comme une lumière. J’ai eu cette chance de vivre deux jours formidables en Module 2 auprès des panélistes et de mes amis de base 7. L’articulation de la connaissance de soi et de la vie de foi m’a procuré une chaleur et des réponses aux questions que je me posais. J’ai dit en panel que j’étais athée depuis des années, mais cela aussi est un mensonge : je n’y avais juste pas accès, je l’avais enfoui avec le reste. Alors le chemin est encore long: pendant 38 ans j’ai essayé d’avancer à la force du poignet, mais j’ai compris aujourd’hui qu’on ne s’en sort jamais seul. Merci à la thérapie du Docteur Vittoz et à l’ennéagramme articulés à la vie de foi! C’était un moment formidable.

Abba, le retour

ABBA, LE RETOUR
par François

 

 

A l’occasion de la sortie du nouvel album d’Abba, Voyage, quarante ans après le précédent, retour sur une success-story pop plus complexe en réalité qu’au premier abord.

Il est délicat de se lancer dans des hypothèses quant aux types et sous-types des quatre membres d’Abba de leur vivant. Je prends donc le parti de laisser à chacun son mystère et de me risquer à une hypothèse de groupe, comme on peut le faire d’un pays ou d’une communauté par ce qui se dégage de leur histoire et de leur musique; par analogie. Ici, clairement, c’est l’hypothèse 3 en survie qui m’apparaît.

Tentative d’explication.

Abba c’est d’abord un pays, la Suède. Notre base de l’ennéagramme est influencée par l’environnement dans lequel elle s’est développée (cf pour nos stagiaires les trois cercles horizontaux de la personnalité): ne pas oublier que la culture suédoise est gentille, lisse, très social-démocrate, bref sans aspérités (avec d’heureuses exceptions comme le cinéma de Bergman). Et que la base 3 s’adapte à son environnement.

Abba c’est ensuite un premier duo: Björn Ulvaeus et Benny Andersson qui composent ensemble une poignée de chefs d’œuvre à la fin des 60’s et qui s’enferment des semaines en studio vivant une intimité musicale rare.

Et puis Abba, ce sont deux couples: Björn épouse Agnetha (la blonde) et Benny Frida (la brune). Deux couples avec enfants, qui vivent une vie bien rangée à la maison et en studio. Pas de drogue, pas d’alcool, du sexe mais seulement en couples, mariés. Tout cela tranche avec la permissivité sans limite des 70’s. Un ensemble qui fait assez penser au sous-type survie.

Abba c’est surtout une machine à tubes, une entreprise incroyable. Avec leur manager Stig Andersson qui est un copain et participe parfois à la composition des arrangements, le groupe enchaîne les succès. Mais Abba c’est aussi une machine à fric qui révulse à l’époque le monde du rock. Prises de participation dans des entreprises pétrolières, construction d’un petit empire économique. Pas de souci, les familles sont bien à l’abri. Le mot sécurité du 3 en survie résonne allègrement.

Ce qui est passionnant c’est de considérer leur musique sous cet aspect-là également. Le côté kitsch, le mauvais goût des arrangements qui se veulent absolument grand public, consonnent avec celui des tenues, paillettes et autres fanfreluches. C’est d’autant plus intéressant que les premiers morceaux du duo, certes composés dans les 66-68, âge d’or d’une pop baroque à l’orchestration de haut-vol, faisaient montre d’une grande finesse de réalisation. Il faut se rendre à l’évidence: ce kitsch a été un choix, un choix pour toucher le plus grand nombre, des lycéennes fleur bleue aux ménagères en blouse. Et ça a marché. Et cette capacité à assimiler les codes de la mode disco et de la variété internationale, traduisent une exceptionnelle faculté d’adaptation. Mais pas dans un sous-type social car Abba n’est absolument pas concerné par le prestige. Le monde de la musique les regarde de haut: eux, ils vendent des disques, le reste leur est indifférent.

Mais on ne saurait en rester là. Les émotions sont très présentes dans la musique d’Abba, mais elles doivent passer au crible de la mise en mots, de la mélodie, mais aussi des arrangements qui viennent la recouvrir, la masquer, voire la contredire pour qu’elle ne soit jamais à nu. Comme si Björn avait volontairement travesti ses pépites mélancoliques derrière un voile de kitsch et de mauvais goût, pour que la tristesse insondable des morceaux ne soit pas repérée. Le trésor est caché, inviolable, peut-être même au groupe lui-même: accéder à l’émotion telle qu’elle est pourrait entraver l’efficacité. L’émotion est le moteur, mais elle est réprimée.

Le paradoxe est donc que, par goût d’une certaine réussite et d’un certain conformisme, mais aussi par souci de cacher ce qu’ils avaient de plus intime à livrer, les membres d’Abba ont déguisé leurs pépites pop en ritournelles de supermarché. Ils ont atteint ainsi leur objectif de réussite matérielle, à travers les émotions les plus profondes, sans dévoiler leur intimité. Et, réussite ultime, le monde du rock qui a méprisé Abba pendant des années reconnaît la beauté indémodable et la profondeur de leurs mélodies.

Pour finir, une anecdote frappante. Un des tubes d’Abba, une de leurs chansons les plus poignantes est The Winner takes it all qui évoque la séparation du couple Björn-Agnetha. Et bien, Agnetha ose la chanter les larmes aux yeux à côté de son mari dont elle se séparait, tandis que lui a toujours nié que leur histoire avait inspiré la chanson, contre toute évidence…

NB
Sans doute ne suis-je pas objectif mais quand ma fille, de base 8 en tête-à-tête, chante cette chanson avec pour seul accompagnement sa guitare acoustique, c’est comme si l’émotion d’Abba pouvait s’autoriser à se manifester sans artifice, avec force et douceur.

 

 

 

 

 

Maïeutique

MAIEUTIQUE
par Aude

Je n’ai pas pris le temps de te remercier à la fin de ces deux jours de Module 2.

J’ai été renversée par la grandeur que chacun a réussi à exprimer de lui-même grâce à cet outil maïeutique qu’est l’ennéagramme.

Cela ne pourrait pas se faire sans ton doux et respectueux appui.

Je te remercie de m’avoir permis de pouvoir admirer la fragilité unique que nous portons tous.

Les clés de la forteresse

LES CLES DE LA FORTERESSE
par Ann

Nous voilà à Paris Nord en attente du Thalys qui nous ramènera vers notre Galilée.

Nos cœurs sont paisibles et nous sommes heureux d’avoir vécu ces deux jours à vos côtés avec le groupe.

Pour ma part j’ai eu du mal à quitter les lieux. Nous sommes restés flâner à l’orangerie Jean de la Croix, refaire un petit passage à l’oratoire Prophète Elie et visiter le musée du Père Jacques (très bien fait… très touchant).  Nous n’avions pas envie de secouer la poussière de nos chaussures, mais plutôt de nous laisser imprégner pour que la glaise reste bien collée et nous accompagne sur la route pour nous modeler.

J’ai été particulièrement touchée de sentir, comprendre peut-être,  à quel point chacun est en mode protection de son agneau intérieur. Toucher du doigt peut-être aussi que la traversée de la souffrance, de l’échec, peut être une des clés de la forteresse, une manière d’accepter de baisser la garde et de s’accueillir humblement avec plus d’authenticité.

Ce fut un cadeau que d’être là en la fête de sainte Thérèse d’Avila et de partager la liturgie des frères Carmes. Ce fut un cadeau que la présence du soleil.

Merci de ce qui en vous et par vous est au service de la Vie en chacun de nous.

 

 

 

Albert Camus et la base 4

ALBERT CAMUS
Un archétype de la base 4 en survie*
par Pascal

Celui que d’aucun appelait le philosophe pour classes terminales, Albert Camus, est né le 7 novembre 1913 à Mondovi (Algérie) d’une famille de petits blancs. Français par son père et majorquin par sa mère, il va perdre son père à la guerre de 1914 et ne le connaîtra jamais, ce qui chez cette personne vraisemblablement de base 4 va se marquer par un manque cruel. Il le retrouvera bien des années plus tard dans un cimetière de Saint-Brieuc.

Elevé sans père, sa grand-mère a la main lourde et règne sur sa mère, son frère aîné Lucien et lui. Sa mère, Catherine Sintes, est très douce, résignée, presque sourde, illettrée… Camus lui vouera une affection sans borne et lui dédicacera sa dernière œuvre en grande partie autobiographique, Le Premier homme. Enfant pauvre, mais chahuteur, ombrageux, excessif et sensible, très doué, son intelligence est précoce et brillante. Son instituteur, Louis Germain, le fera entrer au lycée; c’est à lui que Camus, un des plus jeunes lauréats, dédicacera son prix Nobel de littérature en 1957: « Après ma mère, ma première pensée a été pour vous. Sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement et votre exemple, rien ne serait arrivé. » Chez Camus, l’intelligence du cœur est saillante.

C’est un homme sympathique, lui-même se décrivant comme un mélange d’Humphrey Bogart et de Fernandel. Son charme, son pouvoir de séduction était doublés d’un sens de l’humour dépourvu du moindre snobisme: quelque chose comme de l’authenticité… Il fut d’autant plus amoureux de la vie que sa survie fut très tôt menacée… Il souffrira toute sa vie, et durement, de tuberculose décelée à l’âge de 17 ans; ce qui ne l’empêchait pas de fumer, de boire et de ne pas dormir. Il y a chez lui une alliance d’urgence et de profondeur. L’homme est complexe, tourmenté, passionné, pétri de contradictions: il aurait pu dire de lui-même qu’il était une sorte de Don Juan et de Saint Augustin – qu’il admirait: fureur de vivre et intériorité créative. La tuberculose lui barrera l’accès à l’Agrégation, au football en équipe et l’empêchera de s’engager contre Hitler; il sera néanmoins résistant à Combat et failli être arrêté. Il décroche son DES de Philosophie sur le néoplatonisme et la pensée chrétienne, avec au centre Plotin et Saint Augustin. Ne pouvant être professeur, ni gagner sa vie comme écrivain ou par le théâtre, il sera journaliste. A 27 ans, il a terminé L’Etranger, avant 28 ans Le Mythe de Sisyphe, La Peste sera rédigée pendant la guerre en Haute Loire.

On peut admirer Sartre, on aime Camus. Ses écrits aident à vivre, parce qu’ils nous rejoignent: loin d’être hors sol, ils s’enracinent dans notre condition mortelle, souffrante et pourtant… belle: c’est le nihilisme positif qu’il partage avec l’existentialiste chrétien d’origine danoise Soren Kierkegaard. Si la condition humaine est absurde, c’est parce qu’il est confronté à la mort. Partant, dans Le Mythe de Sisyphe, et plus tard L’Homme révolté, il n’y a qu’une philosophie sérieuse, c’est le suicide. Face à l’absurde et face à la mort reste la révolte et cet absurde, il faut le vivre. Ne s’étant jamais considéré comme un intellectuel ou un philosophe (il n’y a pas d’école camusienne, de philosophie camusienne), il se voit plutôt comme un penseur, un moraliste. Mélancolique de nature et flegmatique, il fut souvent en proie au doute, au désespoir: au début des années 50 , il pensa même au suicide, comme sa femme Francine. Il faut imaginer Sisyphe heureux mais peut-on imaginer Camus heureux? La tragédie de l’existence est le moteur de la base 4.

Lancé dans le grand bain du journalisme, les textes qu’il a rédigés et la déontologie qu’il a énoncée sont enseignés dans les écoles de journalisme. Absence de neutralité et souci de probité, il les résume dans une formule qui se trouve aujourd’hui sur le site de Marianne: « Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti ». Avec Jean Daniel, son ami, il préconise: « Une idée, deux exemples, trois feuillets ». Ecrivain, journaliste, penseur, homme de théâtre, voyageur, il n’aime pas les tâches routinières, les travaux ou les horaires de bureau, il travaille la nuit. Il a horreur de la monotonie, des diners en ville; cela l’ennuie. Il a la volonté d’introduire le langage de la morale dans la politique. Animé par une quête de sens, sans mensonge aucun, il est allergique à tous les mots d’ordre, aux idéologies; il est exclu du parti communiste au bout de trois ans en 1937 car il en dénonçait les atrocités, comme d’ailleurs celles des fascistes, et n’adhérera jamais à aucune faction. Camus ne courtise pas les milieux politiques: en ce qui concerne De Gaulle, il l’estime mais s’en méfie. Dans ses carnets, Camus qualifiait les politiques d’hommes sans idéal et sans grandeur qui profèrent les mêmes mensonges. Il savait manier l’ironie et même la férocité, n’hésitant pas à qualifier certains politiques « d’inutiles voire de nuisibles ».

Pacifiste comme Niehbur et Mendela, il n’acceptera jamais le terrorisme: « La violence est à la fois inévitable et injustifiable ». Comme Hugo, il était contre la peine de mort. Le drame algérien le mina jusqu’à la fin de sa vie: il aimait ses concitoyens algériens des deux camps, tendant à les aider. Douée d’une grande compréhension du cœur, vertu de la base 4, il vibrait d’une intense émotion aux malheurs d’autrui.

Camus a eu plusieurs maitresses, essentiellement sa guide à New York Patricia Blake, Mi (Mette Ivers), mannequin danoise qu’il ira jusqu’à s’installer chez lui à Lourmarin, l’actrice Catherine Sellers; mais surtout en 1944 Maria Casarès, l’unique, la magnifique tragédienne avec qui il vit un grand amour.

L’athéisme de Camus se vit aux couleurs de la base 4: différent des autres, il le revendiquera toujours! « Je lis que je suis athée, j’entends parler d’athéisme; or, ces mots ne me disent rien, car ils n’ont pas de sens pour moi. Je ne crois pas en Dieu mais je ne suis pas athée » (Cahiers, 1er novembre 1954). Non seulement Camus l’incroyant ne méprise pas les gens de foi mais il les admire, les vénère parfois et dans une certaine mesure les envie, notamment Pascal ou Simone Weil. Mais tout cela ne peut rentrer dans un moule quelconque. En 1957 à Stockholm, où il est mal à l’aise car il n’aime pas les honneurs et se sent trop jeune avec une œuvre pas assez consistante, Camus déclare dans une conférence de presse ; « je n’ai que vénération et respect pour la personne du Christ et son histoire. Mais je ne crois pas à la résurrection ». C’est le matin de Pâques qui le sépare des chrétiens: « Je ne partirai pas du principe que la vérité chrétienne est illusoire, mais je ne peux y entrer. »

Passionné, bouillant, conquérant, aimant la femme, les femmes; on pourrait croire à un sous-type en tête-à-tête. Ce serait sans compter la confusion courante et subtile entre sous-type tête-à-tête et base 4. Car Camus est un être profondément relié à ses sens comme le sont les personnes en survie: le soleil, les plages d’Algérie où il se baigne, les monuments d’Italie, les sites de la Grèce. C’est un esthète qui aime le beau, mais qui possède une vitalité sensorielle très charnelle. Son écriture attentive à la nature, à la lumière, à la chaleur sur la peau, traduit ce rapport au corps qui caractérise les personnes en survie, même de centre tête ou cœur.

Il y a chez lui de l’intrépidité, une manière de se brûler les ailes de façon audacieuse, de se mettre en danger; typique de l’alliance du type 4 et du sous-type survie, qui est souvent anti-survie: pendant la guerre, assigné à une vie monastique en haute Loire, ce qui ne lui déplaît pas – intériorité d’une possible aile 5 et déploiement de créativité avec la Peste; il ne fume plus , ne boit plus et parle de chasteté. Il écrira: « la vie sexuelle a été donné à l’homme pour être son opium », et fera dire à Clamance dans Les Justes que la femme est tout ce qui reste du paradis terrestre: hommage où se retrouvent l’intensité du manque et du désir, la sublimation du tragique, la soif éperdue d’absolu…

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son œuvre. 

L’incroyable Hulk

Avec à gauche Greg Pak, un des auteurs du comik-book « Incrédible Hulk »

L’INCROYABLE HULK
par Damien
de base 1

Le Docteur Robert Bruce Banner, grand physicien nucléaire, a été bombardé de rayons gamma pendant l’essai militaire d’une nouvelle arme, alors qu’il essayait de protéger un jeune homme égaré. Tout le monde connaît la suite de cette histoire, parue en mai 1962, sous le nom de L’Incroyable Hulk, où le Docteur Banner devient ce colosse vert lorsqu’il est soumis à une forte charge émotionnelle.

Quand j’ai rencontré Hulk pour la première fois, je devais avoir environ 8 ans. C’était en regardant la série TV de 1977, interprétée par Bill Bixby et Lou Ferrigno, sur M6, au début des années 90. J’étais à la fois fasciné et sidéré par sa force titanesque, fruit d’une colère volcanique. Tout le contraire du bon Docteur Banner, qui lui, était d’un calme infini et d’une douceur bienveillante. Ce personnage, devenu mon ami, ne me quittera dès lors plus jamais. Et c’est bien plus tard, en partie à la lumière de l’ennéagramme que je compris pourquoi il résonnait si fort en moi.

Comment peut-on emmagasiner autant de colère et de tension sans se transformer en Hulk ?

On ne peut tout simplement pas. Du moins, pas sans conséquence psychique ou physique. C’est la leçon que m’a donnée cet anti-héros après avoir affronté l’épreuve du burn-out. La tension permanente, qui habite la personne de base 1, issue de la recherche viscérale du parfait, correct, bon et juste, n’est pas supportable. Elle doit s’exprimer par le corps, et ce à n’importe quel prix. Le sport, la méditation et autres pratiques liées au bien-être sont de bons moyens de la calmer. Dans la série TV, Bruce Banner passe sa vie à chercher une solution pour faire taire la bête qui est en lui, et ce, par tous les moyens scientifiques conventionnels ou non connus. Il néglige cependant une piste fondamentale, qui l’aide bien souvent à redevenir lui-même: la tendresse. Ce sentiment naturel que nous connaissons tous, peut être un antidote puissant, qu’il soit prodigué par nous-même, les personnes qui nous entourent, ou notre environnement de manière générale. Mais encore faut-il arriver à la reconnaître et se laisser toucher par elle pour la chérir aussi longtemps que possible. Cependant, la colère, comme toutes les autres émotions, doit s’exprimer et personne ne peut calmer durablement Hulk. Le Docteur Banner ne se rend pas compte que son combat est vain. Qu’il ne pourra plus jamais totalement contenir sa rage, sa colère, et que d’une certaine manière, c’est un cadeau du ciel. C’est ce que j’essaye d’appliquer dans mon quotidien. Ne plus chercher le contrôle permanent par peur de laisser s’exprimer la colère car cela ne se fait pas et pourrait blesser l’autre. De quoi ai-je peur au final? Qu’elle soit disproportionnée? mal comprise? injuste? Certainement… Le ressentiment gouverné par mon juge intérieur risquerait de me le faire payer très cher.

Comment peut-on exprimer autant de colère que Hulk tout en faisant le bien autour de soi ?

La colère a mauvaise presse, elle prend toute la place, fait du bruit, saccage tout sur son passage. Ne se soucie pas des détails, de la nuance, c’est un bulldozer qui ne s’arrêterait uniquement que si il tombait en panne d’essence. 

Une personne que j’apprécie beaucoup m’a dit un jour : “La colère n’est ni bonne, ni mauvaise. C’est ce qu’on en fait qui est important.”

Alors comment Hulk arrive à faire le bien? Car même s’il fait peur à presque tous ceux qu’il rencontre, il agit toujours pour le bien d’autrui. Est-ce que l’expression de cette émotion primaire serait bienveillante par nature? Sommes-nous libres de nos actions quand nous sommes en colère? Suis-je plus libre si je n’exprime pas cette colère? Beaucoup trop de questions pour une personne de centre-corps comme celle de la base 1. Tiens, le corps. N’y aurait-il pas là un enseignement à tirer? L’émotion s’exprime toujours à travers le corps et comme le disait le Dr Roger Vittoz : “C’est dans la justesse de la sensation que se trouve la sincérité de l’action.” Repasser par le corps pour écouter la sensation. Écouter ce qu’elle a à nous dire, puis trouver l’espace de liberté situé entre le stimulus et l’action qui permet le choix juste. Une ascèse. Le travail d’une vie.

Qui a le contrôle de l’autre? Hulk ou Banner?

Le contrôle est prédominant dans l’histoire de Hulk. Banner souhaite garder son contrôle pour empêcher Hulk de s’exprimer. Et le colosse vert, lui, souhaite éliminer Banner en qui il voit un faible incapable de régler les problèmes auxquels il fait face. Dans le comic-book, il existe différentes versions de Hulk. Il y en a une, toute particulière, qui a attiré mon attention. Elle se nomme Professeur Hulk. Il s’agit de la version unifié du personnage qui mêle la puissance de Hulk à l’intelligence du Docteur Banner. Plus de conflits intérieurs, de recherche du contrôle de l’un sur l’autre. Il semble enfin avoir trouvé la place qui est la sienne en acceptant cette partie de lui qu’il ignorait depuis ses origines. La paix, le bonheur et la sérénité semblent habiter le personnage qui a su regarder au delà de ses propres imperfections pour ne faire qu’un. Est-ce là l’objectif à atteindre? Toute une histoire, qui semble valoir le coup d’être tentée…