Thérèse d’Avila et la base 3

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THERESE D’AVILA 
Un archétype* de base 3

Cinq cents ans après sa naissance, sainte Thérèse d’Avila n’en finit pas d’être actuelle. Comme l’a magistralement montré Christiane Rancé dans une biographie qui fera date, La Passion de Thérèse d’Avila, celle qui fut la première femme docteur de l’Église, aura été à la fois une des plus grandes mystiques de tous les temps et une femme d’action au talent exceptionnel.

Thérèse est pétrie de l’âme castillane et parfois il est difficile de faire le tri entre ce qui relève de sa personnalité et de sa culture. Néanmoins, certains traits de caractère affleurent. Enfant, elle rêvait à la lecture des romans de chevalerie et se voyait bien octroyer la palme du martyr. Jeune fille, elle s’avère être d’un charme et d’une capacité de séduction qui ne se démentiront jamais. Au point de risquer perdre son âme. Quand on analyse les raisons pour lesquelles Thérèse rentre au couvent, on en trouve deux : en plein, le désir de faire son salut, en creux, celui de faire de grandes choses, ce que la condition de la femme mariée rend à peu près impossible en Castille à cette époque-là. Or, au couvent, Thérèse va se trouver en échec : elle n’arrive pas à prier. Elle se lance dans une gigantesque bataille contre elle-même, s’imposant de rudes mortifications et se ruant dans les travaux domestiques les plus pénibles pour briser sa résistance. En même temps, elle laisse cours, comme dans les couvents de son époque à une activité mondaine, et une relation platonique mais flatteuse à ses yeux. On perçoit là les grands traits de caractère de Thérèse : une énergie considérable, une capacité de séduction, et surtout une volonté farouche de réussir et un souci aigu de son image. Et peut-être aussi une difficulté à habiter ses profondeurs, une manière aussi de s’accommoder avec la réalité. Chaque soir elle quitte son amoureux platonique en se jurant de ne plus le voir ; le lendemain elle retourne se laisser admirer. Comme le dit Christiane Rancé, elle se ment à elle-même (p. 100). Nous sommes ici avec les symptômes classiques de la base 3 : goût du challenge et de la réussite, nécessité d’être admiré et reconnu ; refus de voir son échec qui va jusqu’au mensonge à soi-même.

Un jour, à l’aube de ses trente-neuf ans, Thérèse aperçoit dans l’oratoire une statue du Christ souffrant. Elle est renversée, tombe en larmes et le supplie de lui donner la force de ne plus l’offenser. Ce retournement arrive au moment même où Thérèse s’avoue vaincue et reconnaît son impuissance : « C’est qu’alors je n’espérais plus rien de moi-même, j’attendais tout de Dieu » (p. 109). Pour que Thérèse devienne Thérèse, il a fallu qu’elle reconnaisse son échec et son impuissance. Il lui a fallu vingt ans.

Désormais Thérèse se laisse toucher par Dieu et elle va devenir cette mystique particulièrement comblée. Mais ce n’est plus sa réussite. C’est Dieu qui agit et qu’elle laisse agir. De là, toute l’énergie de la base 3 va se mettre en action pour opérer cette réforme du Carmel si nécessaire et pour fonder monastère sur monastère. Thérèse s’avère être un leader au charisme indéniable, entraînant derrière elle ses moniales, mais aussi ses confesseurs, jusqu’à saint Jean de La Croix. Toujours enthousiaste, elle déploie une activité inégalable. N’oublions pas qu’elle est une femme, et une femme suspectée par la redoutable Inquisition. Face aux résistances qu’elle rencontre, elle ne lâche jamais, mais agit avec souplesse et un grand sens de l’efficacité. Thérèse est un stratège : elle va convaincre les unes après les autres les personnes influentes qui pourront permettre à son projet de se réaliser. Rien ne l’arrêtera. Et elle réussira son grand œuvre de réforme et de fondation en contournant les obstacles au lieu de les affronter. Elle jouera de tout son pouvoir de séduction, saura battre en retraite quand il faut, évitera les points de rupture, gagnera chaque bataille. Une sorte de Napoléon de la vie spirituelle !

Comme Ignace de Loyola avec ses Exercices, Thérèse laisse avec Le Château de l’âme, un manuel de combat spirituel, un guide de l’oraison qui a bien pour but de progresser dans cette voie royale. Il y a une efficacité exceptionnelle dans la méthode d’oraison qu’elle a mise au point. Mais, la Thérèse mystique se permet de contacter toutes ses émotions. Elle traduit bien combien la base 3 est au cœur de la triade émotionnelle. Les personnes de base 3 répriment leur centre préféré qui est le centre cœur. Pendant vingt ans Thérèse a fonctionné ainsi. Après sa conversion, elle ouvre les vannes de ses émotions sans que cela ne ralentisse son efficacité. Bien au contraire, s’en remettant totalement à Dieu à qui elle se voue corps, cœur et intelligence, elle réalise le programme tracé par saint Paul, un autre représentant possible de la base 3 : ce n’est plus elle qui vit, mais Dieu en elle. N’est-ce pas le couronnement d’une volonté d’agir et de réussir, totalement purifiée de ses scories ?

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

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