Archives de catégorie : Vie spirituelle

Augustin ou la base 7 en social

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SAINT AUGUSTIN
Un archétype* de base 7 en social

Nous sommes nombreux à penser que saint Augustin pourrait être un bel archétype de la base 7. On connaît sa vie: jeune homme brillant, il fréquente les rhéteurs et mène une vie dissolue, au désespoir de sa mère, sainte Monique. Et puis, après un détour par le manichéisme, ce fut la rencontre avec saint Ambroise et la conversion qui va le mener à l’épiscopat d’Hippone en Afrique du Nord, et à produire une des œuvres les plus magistrales de l’humanité : théologien, philosophe, prosateur, mystique… Augustin est au sommet de ce que l’humanité a produit de plus génial.

Je ne m’attarderai pas ici à dire en quoi Augustin pourrait être un archétype de 7, mais plutôt à voir en quoi il constitue un modèle d’évolution pour les 7 d’aujourd’hui. Ce n’est pas tant qu’il ait mené une vie dissolue. Elle le fut sans doute moins que ce qu’il en a dit: comme saint Paul, il manie bien la rhétorique et sait accentuer ses turpitudes pour mettre en valeur sa conversion (on a là un joli signe de son sous-type social que sa capacité à sacrifier son plaisir propre pour exercer sa charge d’évêque confirmera).

C’est plutôt cette quête insatiable de nouveauté, cette fuite de l’ennui, cette recherche permanente de nouveau, d’excitation intellectuelle, et cet évitement de la souffrance qui nous orientent vers le 7. Combien de fois a-t-il ouvert la Bible et l’a-t-il refermée car cela l’ennuyait? Tout cela, au service d’un centre mental préféré (et d’autant plus impressionnant que nous sommes en présence d’un génie) qui lui rend difficile l’accès à ses émotions. Jusqu’à ce que le cœur s’ouvre, enfin.

Ce qui est admirable dans le chemin d’Augustin, c’est que les mots de plaisir et de désir demeurent des notions clef du début à la fin. Mais Augustin est passé de l’excès de passion de la base 7, la gloutonnerie (intellectuelle au moins autant que charnelle) à la sobriété (vertu de la base 7); de la dispersion à l’unification. Non pas que le désir ait été éteint, que la passion du plaisir (qui constitue, comme toute passion neutre moralement, un moteur) ait été étouffée: Augustin ne sombre pas dans le défaut de passion du 7 qui serait l’austérité. Pour une personne de base 7, il est plus facile de s’abstenir de boire que de boire modérément. Or, son chemin n’est pas l’abstinence, mais la tempérance: en goûtant et partageant le plaisir plutôt que de l’engloutir. Jusqu’au bout, Augustin n’aimera rien tant que ces soirées d’été où l’on parle avec des amis autour d’un verre de vin que le soleil a rendu aromatique et généreux. Il le dira dans les Confessions (4.8) : « Causer et rire en commun, lire ensemble de bons livres, être ensemble plaisants et sérieux. » Mais son désir est purifié, réorienté vers le seul objet de désir qui puisse étancher sa soif : Dieu.

C’est ce que l’on trouve dans ce magnifique extrait tiré du Commentaire de l’Évangile de Jean, une conception renouvelée du plaisir: « Être attiré par le plaisir, qu’est-ce que c’est? Mets ta joie dans le Seigneur, il comblera les désirs de ton cœur. Il y a un certain plaisir du cœur, lorsqu’il trouve délicieux le pain céleste. Si le poète a pu dire : Chacun est attiré par son plaisir  — non pas la nécessité mais le plaisir, non pas l’obligation mais la délectation — à combien plus forte raison nous-mêmes devons-nous dire que l’homme est attiré vers le Christ : l’homme qui prend sa joie dans la vérité, sa joie dans la béatitude, sa joie dans la justice, sa joie dans la vie éternelle. Or, le Christ est tout cela. » Commentaire de l’Évangile de Jean

Tout cela est bien joli me direz-vous. Mais qu’est-ce qui fait que moi, pauvre 7 en 2017, je peux espérer atteindre cette liberté dans le plaisir, liberté que je recherche au plus profond de moi-même alors que je fais le mal que je ne voudrais pas et que je peux devenir esclave de mes plaisirs, jusqu’à l’idolâtrie? À mon sens, l’ennéagramme comme tel ne donne pas de réponse à la question: il donne juste une boussole qui permet à chacun de trouver son propre cap en fonction de ses finalités propres.

Celui que propose Augustin est le plus sûr, le plus passionnant, mais aussi le plus difficile pour une personne de base 7 connue pour son côté généraliste, son génie du zapping et, à son pire, pour sa superficialité: celui de la plongée en lui-même, celui de l’intériorité. Car à force de chercher, de chercher jusqu’à en pleurer de rage, un jour, son cœur s’est brisé et il s’est ouvert: c’est le bouleversant texte des Confessions au chapitre 27 :

« Tard je t’ai aimée, beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t’ai aimée.
C’est que tu étais au-dedans de moi, et moi, j’étais en dehors de moi !
Et c’est là que je te cherchais ;
ma laideur se jetait sur tout ce que tu as fait de beau.
Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi.
Ce qui loin de toi me retenait, c’étaient ces choses qui ne seraient pas, si elles n’étaient pas en toi.
Tu m’as appelé, tu as crié, et tu es venu à bout de ma surdité ;
tu as étincelé, et ta splendeur a mis en fuite ma cécité ;
tu as répandu ton parfum, je l’ai respiré et je soupire après toi ;
je t’ai goûtée et j’ai faim et soif de toi ;
tu m’as touché, et je brûle du désir de ta paix. »

Au bout du chemin se trouve pour la personne de base l’objet de sa quête, ce pour quoi il est fait et son talent propre à mettre au service du monde : la joie. Mais cette joie ne repose plus sur le sable des plaisirs, souvent bons et légitimes, mais éphémères et qui portent dans leurs délices la promesse amère de leur inéluctable disparition. Cette joie repose sur le roc de Dieu, celui de sa parole, celui de son eucharistie, celui du cœur à cœur de l’oraison, celui du corps de l’Église. Alors cette joie peut être sans voile, parce qu’elle est aussi solide que la promesse de Dieu.

« Donc, mes frères, soyez joyeux dans le Seigneur, non selon le monde. C’est-à-dire : soyez joyeux dans la vérité, non dans l’iniquité ; soyez joyeux dans l’espérance de l’éternité, non dans l’éclat fragile de la vanité. C’est ainsi qu’il vous faut être joyeux: en tout lieu et en tout temps où vous serez ainsi, le Seigneur est proche, ne soyez inquiets de rien. » Sermon 171

Augustin, par son évolution, montre qu’au cœur de la personne de base 7, se trouve tapie une immense soif d’absolu (certains parlent d’une flèche cachée – mystique – entre le 7 et le 4) que la plupart du temps, il ne s’autorise pas à accueillir par peur de lâcher les plaisirs éphémères dont il a fait des remèdes illusoires contre la souffrance. Car au fond, il a peur de cette plongée en eaux profondes qui, inévitablement, va le faire traverser ces ténèbres qu’il fuit, parfois depuis la petite enfance. Mais c’est le chemin nécessaire, celui de la Samaritaine – autre archétype de base 7 évoquée par Monseigneur de Roo –  symbolisé par la profondeur du puits de Jacob, pour arriver à trouver au-dedans de lui Celui qui l’attend pour lui donner la joie qui ne passe pas.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son œuvre. 

 

 

 

La cloche : métaphore de la base 5

unnamedLA CLOCHE
par Sophie
de base 5

Du haut de sa tour, paisible et solitaire,
Guettant, au loin, les premiers rayons du soleil,
Saluant, gaiement, le monde qui se réveille,
Une cloche, émerveillée, observe la terre.

Sa voix joyeuse et claire rythme les journées,
Avertit du danger, se fait alors puissante.
Et son carillon chante la vie naissante.
Quant aux mariages, sonne à toute volée.

Aux enterrements, son timbre grave et profond
Invite au recueillement, rappelle, plein d’espérance,
En s’éteignant dans le ciel avec confiance,
Que le Père attend, là, au seuil de Sa Maison.

Témoin des heures heureuses, amie fidèle,
Un matin, cependant, son ton se fit plus triste
De constater, qu’au fil du temps, point de visite,
Isolée dans son clocher, vraie citadelle.

Un homme, pourtant, surpris par cet air chagrin,F53
Entreprit l’ascension, découvrit la cachette
Servant d’abri à la gentille clochette
Qu’il saisit délicatement entre ses mains.

Devant tant de soin, elle lui dévoila son cœur
Charmant travail d’orfèvre, richesse insoupçonnée,
Qu’elle dissimulait de peur d’être abîmé,
Blessé ou brisé car empoigné sans douceur.

A l’intérieur d’elle-même se joue un drame :
Car un trésor enfoui ne profite jamais,
Son éclat ardent la consume vivement. Mais…
Osera-t-elle encore révéler son âme ?

La chenille et le papillon

unnamedLA CHENILLE ET LE PAPILLON
par Dorothée
de base 3 en social

Avez-vous déjà vu le dessin-animé 1001 pattes ?

Un des personnages principaux est une énorme chenille qui tout au long de l’histoire se lamente de ne pas encore être un papillon.

Finalement, le temps (ou la volonté !) fait son œuvre et elle peut enfin s’exclamer : « Je suis devenue un magnifique papillon ! ». Sauf que son corps n’a vécu aucune transformation et seulement deux ailes minuscules, incapables de soulever ce poids, sont apparues.

Quel lien avec l’ennéagramme ?

J’y viens. Mais parce que c’est un outil de connaissance de soi, il faut bien que je vous parle de moi… parce que cette chenille, c’est moi !

14344321_1506706142688178_2284939190376479121_nOui, je sens en moi cette âme qui désire si fort s’envoler, qui se sent appelée à goûter aux joies du ciel et à n’aimer que Dieu…

Sauf que je veux le faire sans voir ou accepter mes limites, sans l’humilité de la transformation lente et qui dépend de la grâce.

Quelle étrange situation que de désirer être maintenant ce que l’on sera un jour…

Je veux, je peux ! J’ai le désir d’être, alors il faut que je le fasse…

Vous commencez à voir la base 3 ?

Ouais, la volonté c’est bien, mais il manque l’abandon, l’humilité et le lâcher-prise ou plutôt le laisser-faire !

Et le sous-type social alors ?

C’est la partie la plus délicate à vous livrer de moi…

Ce sont les 3 modules suivis de manière rapprochée qui ont permis l’affleurement de cette découverte et c’est au cours de la messe du lendemain du dernier stage que j’ai fini par comprendre…

Difficile de vous en faire part car j’en éprouve une grande honte, mais je pense que cela peut m’aider à avancer, à évoluer…

Au cours des deux jours du module 3, le mot prestige de la base 3 sous-type social ne me parlait évidemment pas !

Être reconnue dans les multiples groupes auxquels j’appartiens, oui ! J’aime pouvoir rendre ce que je reçois en étant utile à ceux qui me donnent là où je suis compétente, logique ! 🙂 Mais pas besoin de paillettes, de titres et de médailles…

Mais finalement, et c’est là où c’est dérisoire, c’est bien au sein de la communauté qui me paraît la plus essentielle que je cherche ce prestige.

Allez, je prends ma respiration : Je-désire-être-sainte-mais-pas-n’importe-laquelle:une-grande-sainte-qui-puisse-rayonner-de-l’amour-de-Dieu-pour-le-monde-entier!

Voilà c’est dit ! Ah ! elle est belle cette chenille, n’est-ce pas ?

Je préfère en rire qu’en pleurer parce que je connais votre bienveillance et la miséricorde de Dieu, mais bon, le Seigneur a du boulot !

Et puis, au fond, je l’aime cette chenille qui un jour deviendra papillon.

 

Brutus ennéattoz

downloadBRUTUS ENNEATOZ
par Sébastien
de base 8
Sébastien nous parle de lui, de son expérience du Vittoz à travers le cycle FOVEA, puis d’un stage de connaissance de soi via l’Ennéagramme.
Portrait de choc et de charme où l’articulation du Vittoz, de l’Ennéagramme et de la vie spirituelle prend corps.

Je suis un lion, j’ai la force physique, le mental d’un gagnant. Je sais ce qu’ils sont, je les méprise ou je les comprends, quand je suis bien, je suis facile à vivre. Rien ne m’arrête, rien ne m’est impossible.

J’aime le soleil et la pluie, le froid et le chaud, je suis gentil mais je peux être méchant, je rugis souvent, j’aime les miens, rien n’est trop beau pour eux, et pourtant je ne leur suis pas très agréable à vivre tout le temps… Le farniente et l’observation sont aussi miens, mieux voir pour mieux dominer, comprendre pour maîtriser, savoir pour expliquer : je suis.

Je suis sociable, le monde me plait mais je choisis mes amitiés. Faut-il encore que dans ce monde les enjeux soient ceux qui me motivent. La maigre pitance, la carcasse sèche, le blabla ne m’intéressent pas. J’aime la vie, dans ses extravagances et ses excès, la course dans la savane sèche, le corps à corps sanglant et sans merci… L’acier froid et le rugueux du béton, la veine du bois, l’ombre et la lumière sont de mon monde…. Rien, rien ne m’arrêtera. Pour eux, ou pour moi. Ou pour Toi qui Es, aussi.

Janvier 2017, démarrage d’un groupe Vittoz : 8 séances de deux heures en petit groupe, pour réapprendre à vivre pleinement l’instant.

Un soir d’hiver, humide et froid, une baie coulissante, un feu crépite, je suis seul, je suis le premier : « que fais-je ici ? » Les autres arrivent, étonnants, étrangers, presque hostiles. « Calme, Brutus, ils sont là, comme toi ». Retour sur les sensations, écoute ton corps, le croquant du biscuit, le doux et le rugueux, ta respiration calme et puissante, fin des tensions, une vieille douleur au dos, des parfums, l’eau qui coule, l’armoire sombre et mystérieuse, un escalier sans issue… « Reviendras-tu ce soir, le veux-tu, le veux-tu vraiment ? » Se sentir vivant, des parfums, une joue douce, un regard  profond,  la futilité d’une sensation, des souvenirs qui reviennent : la honte d’un échec ou la jouissance d’un moment. « Oui, je reviens ». La mécanique de la tête, la posture du corps, une gymnastique intégrale, se sentir bien dans des moments ridicules, un théâtre de gestes pour un retour aux sensations, je suis là, et que là.

Mai 2017, session d’initiation à l’Ennéagramme : deux jours au Centre spirituel des Carmes d’Avon pour mieux se connaitre et mieux comprendre les autres.

Salle lumineuse, François et Valérie : ceux-là, c’est simple : ils sont un peu moi, je suis un peu eux. Puis les autres : une dominante incomprise, une pipelette futile, une calme en colère, un réfléchi plein de questions, une douce pleine de vie, des yeux bleus, des yeux verts, des parfums, des corps tièdes, de l’amour et de la tristesse, des questions et des affirmations… deux jours à perdre, et il fait beau dehors.

Je suis moi, ils sont eux, on se parle on s’explique, c’est beau comme une rivière qui coule, l’eau n’est jamais la même mais on a les même rives, les mêmes paysages. De lion, je me sens renard, le vaniteux et l’aiguilleur sont là, j’apprends de l’aviateur et du serpent, le roi et le marchand se parlent, l’astronome Turc et le buveur m’expliquent ce que je suis sans me le dire…

Je suis un lion, j’ai la force d’un gagnant et le mental d’un physique. Je sais presque ce que je suis, ils sont ceux qu’ils sont. Je les aime, je ne les comprends pas toujours, quand je suis bien, je suis facile à vivre.

Toi, tu m’as arrêté, rien ne T’es impossible.

Brutus Ennéattoz, roi des bêtes, ami des hommes et de l’Homme

31 05 2017

Métaphore de la base 4

LA BREBIS ÉGARÉEFullSizeRender
Par Marie-Astrid

de base 4 en social

Je suis la brebis égarée… La plus petite, la toute dernière. Je suis du troupeau mais je n’en suis pas. Unique parmi mes semblables, mes sœurs sont mon miroir. Mouton noir, perle rare, je me dois d’être à leurs yeux, trouver ma place pour prendre vie. Je suis au milieu d’elles à jamais chez moi et pour toujours étrangère.

Marcher, avancer, traverser les forêts sombres et les verts pâturages, voir le printemps surtout, j’ai soif de toute beauté. Je chéris cette création que je contemple, constante splendeur, vie et mort et vie de nouveau. Je suis ancrée dans le temps, le rythme envoûtant des nuits et des jours qui se succèdent. Chacun de mes pas me rappelle le précédent et m’entraîne vers le suivant. Moi qui la vois, qui la perçoit si fort et qui en vis, je dois au troupeau de lui donner la beauté. Voilà, peut-être, ma place, ma légitimité et mon seul recours: révéler cette réalité qui m’enchante, laisser passer la lumière à peine teintée des couleurs de mon vitrail.

Je ressens pourtant un tel ennui! Elles ne me comprennent pas, ces autres brebis, elles ne saisissent ni la violence des contraires ni la profondeur du puits. Toutes dramatiquement semblables, mornes et uniformes. À la superficie d’elles-mêmes, elles me forcent à survivre; et je m’épuise à puiser ailleurs ce qui peut masquer, meubler, m’illusionner… La tristesse m’envahit, le désespoir me gagne car il est ce manque que rien ne comble, cette quête qu’aucune ne comprend. Atteindrais-je ma terre promise, mon éternel printemps? Où se trouve la beauté qui ne fane pas et pourtant sans cesse se renouvelle? Qui entendra mon cri…

La monotonie me recouvre, ce gris troupeau, la médiocrité du pareil. Le vide m’oppresse. Je pourrais tout, mais pas rien! Les ténèbres d’une infinie tristesse m’enivrent, et j’oublie d’avancer, je m’arrête; le troupeau s’éloigne et je sais le danger, car ma solitude est ma
plus grande douleur. Je répands mon sang dans mes larmes. Je le contemple un peu, de plus loin, suis tentée et je m’abandonne moi-même… quel qu’en soit le prix, me sentir vivre…

CRD5lltWoAAMuHkC’est alors que je l’aperçois! J’en doute, je rêve? Sa haute silhouette se dessine et s’approche doucement, vient de la lumière, Il est la lumière. Vient-il pour moi? Mon cœur bondit, mes pattes faiblissent. Il s’approche, Son visage sublime rayonne d’un amour infini… Il irradie, me sourit. Je suis agonie, je voudrais m’avancer mais je me découvre si noire et sale, soudain si laide! Je crois mourir d’indignité. Il ne peut m’aimer. Je m’effondre… et au fond de ma faiblesse il se penche et me caresse et me prend sur son cœur ; enfin je vis! Je n’étais pas et je deviens aujourd’hui. Les battements de mon cœur, cris dans le vide, sordide mécanique, soudain trouvent leur sens… simple écho de la source, si faible réponse à l’infini.

Il me ramène, portée sur son cœur. Je comprends que les quatre-vingt-dix-neuf autres sont restées seules car il m’a préférée,  infiniment, moi la perdue, la toute faible, plus précieuse à ses yeux qu’elles toutes rassemblées. Moins aimable et plus indigne, je suis désormais et pour toujours la blanche, l’éclatante, la toute belle; celle qu’il a lui même daigné laver, purifier d’un simple regard, brasier d’amour.

Saint Louis et la base 1

saint-louisSAINT LOUIS
Un archétype* de base 1

Il est le modèle du monarque saint et droit et l’image d’Epinal nous le montre rendant la justice sous un chêne à Vincennes. Saint Louis, roi à la morale rigoureuse, sobre jusqu’à l’austérité, appelle assez naturellement l’hypothèse de cette base 1 de l’ennéagramme qui, ne l’oublions pas, forme avec la base 4 et la base 7 la triade des idéalistes.

Rien n’est jamais trop bien fait ni trop élevé pour une personne de base 1 qui poursuit un idéal de perfection, comme celles de bases 4 recherchent l’absolu et celles de base 7 le plaisir : de manière insatiable et, du coup, toujours insatisfaite. Un exemple : sa volonté de rendre à l’Angleterre certaines terres qu’il aurait pu garder suite à ses victoires guerrières. Par son attitude, saint Louis se veut toujours exemplaire.

Il dérange dans l’univers de la cour. Il mange sobrement, ne boit presque pas, s’habille de manière simple et s’il n’y avait un rang royal à tenir pour l’honneur de la couronne, il vivrait pauvrement à la manière franciscaine. Il y a là une ascèse familière à la base 1, un respect aussi des règles de l’Eglise : il jeûne, peut assister à trois messes par jour, récite la liturgie des heures avec les moines. Parfois, cela peut l’amener jusqu’au scrupule : quand il visite un monastère, il demande à genoux aux moines de prier pour le salut de son âme. Comme s’il n’en faisait jamais assez.

Et pourtant, il ne se contente pas d’être un parfait chrétien : il gouverne et il réforme. Notamment les mœurs de son temps. Il interdit que ses représentants s’enrichissent dans l’exercice de leur mission. Il y a chez lui une intransigeance qui va jusqu’à l’excès. Il est terrible avec les blasphémateurs qu’il punit avec une sévérité extrême. On lui doit aussi le tristement célèbre port de la rouelle par les Juifs : d’ailleurs, en cela il n’innove pas mais il suit les consignes du concile de Latran. En base 1, on applique les règles à la lettre, et souvent de manière maximaliste.

Cette hypothèse de la base 1 ferait de saint Louis un représentant de la triade instinctive, avec la base 8 et la base 9 : le corps est premier. Ce qui ne signifie pas qu’il fût dépourvu de cœur et de raison, loin s’en faut, mais c’est par le corps d’abord et à travers des gestes concrets qu’il entend agir sur le monde. Il lave les pieds des pauvres à genoux, à l’exemple du Christ. Il aime s’asseoir à même le sol pour écouter une méditation et vénère les reliques. Il porte un morceau de silice en carême, bien que, sur ordre de son confesseur auquel il obéit, il se limite car ce n’est pas l’usage pour un roi. L’action est première chez lui. Pour preuve les Croisades : il y passe la moitié de son règne, ce qui pour un roi est peu sensé (il est vrai cependant qu’il trouve en sa mère Blanche de Castille une régente parfaitement fiable). Saint Louis agit et il agit de la manière la plus parfaite qui soit.

C’est de cette intelligence corporelle que pourraient venir son apparence souvent paisible et cette puissance tranquille. Pourtant, tapie au cœur de la base 1, le secret de l’énergie est bien la même colère qu’en base 8. Regardons comme il sait s’opposer aux tentatives d’ingérence de la papauté dans ses affaires temporelles : il s’y oppose avec force. La grande différence avec la base 8, c’est que chez saint Louis cette colère est rentrée, elle ne s’exprime que très rarement car se mettre en colère ne se fait pas… d’où une indignation permanente qui lui fait vomir blasphémateurs, voleurs et surtout ceux qui oppriment les faibles. La plupart du temps, rien n’apparaît et il pourrait manquer de spontanéité car il a une totale maîtrise de lui, qui fera d’ailleurs dire à son compagnon Joinville qu’il ne sait pas témoigner assez d’affection à sa femme.

Homme de devoir, amoureux de la simplicité et de la tâche quotidienne, sobre et humble, le cœur de la quête de Saint Louis est de participer – à sa mesure – à l’amélioration du monde, au risque de l’intransigeance et jusqu’à y laisser sa vie. Chaque personne de base 1 peut trouver en lui un modèle et un frère, avec les mêmes combats et les mêmes talents, dans leur ordre : c’est en cela que les archétypes peuvent être une lumière et un soutien. L’Eglise demande à tendre à toutes les vertus mais à ne pas imiter les saints. Serait-ce aussi qu’à prendre pour modèle un saint ou une sainte qui n’aurait pas les mêmes ressorts que nous, nous prendrions le risque du découragement ?

Vous pouvez retrouver le portrait développé de Saint Louis et d’autres figures archétypales dans Les grandes figures catholiques de la France de François Huguenin, chez Perrin, 2016.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

Connaissance de soi chez les Pères

407014_164276850348220_1072443836_nENNEAGRAMME, PÈRES DE L’EGLISE ET PSYCHOLOGIE MODERNE

Lors des Rencontres Chrétiennes de l’Ennéagramme à Saint-Etienne de novembre 2013, le Père Bruno Martin, recteur de la cathédrale de Saint-Etienne et spécialiste des Pères de l’Eglise, a donné une conférence (en lien ci-dessous) sur les rapports entre la connaissance de soi au temps des Pères du désert et l’ennéagramme.

Le grand mérite de cette conférence du Père Martin est de mettre un peu de rigueur dans un flou artistique concernant les origines de l’ennéagramme. De nombreux livres font volontiers un lien avec Evagre le Pontique, dont l’analyse des huit passions de l’âme est devenue un classique, comme si ce moine ascétique de la seconde moitié du IVe siècle était un précurseur de l’ennéagramme. Avec brio et une certaine dose d’humour, le Père Martin n’a pas de mal à montrer que le discours d’Evagre, tel qu’on le connaît par son livre majeur, Le Traité pratique, ne s’adresse pas à nos contemporains, mais à ceux qui faisaient à l’époque le choix radical de la vie monastique la plus solitaire et la plus ascétique. Si les huit passions mises en exergue par Evagre peuvent se rapprocher des neuf passions de l’ennéagramme, comme notre article Evagre et l’ennéagramme le montre, il ne serait pas juste de présenter l’origine directe de l’ennéagramme chez les Pères du désert.

Sur un autre point, le Père Martin rappelle qu’avant le XVIe siècle, la conscience individuelle était embryonnaire : la connaissance de soi n’était donc pas de cet ordre-là, mais plutôt liée au désir de comprendre la faiblesse de notre nature humaine par rapport à Dieu. Transposer notre propre recherche individuelle d’hommes et de femmes du XXIe siècle sur les réflexions des Pères est évidemment anachronique. Le mérite du Père Martin est de rompre avec une routine un peu paresseuse qui était aussi une manière de légitimer l’outil dans son anthropologie ou dans sa dimension spirituelle. Or, me semble-t-il, l’ennéagramme n’a pas besoin de chercher de légitimité ailleurs qu’en son propre terrain. Veut-on faire remonter la psychanalyse à Plotin ou la méthode Vittoz à saint Bernard ? Soyons sereins : la modernité s’est accompagnée d’immenses progrès dans la connaissance de la psyché et l’individuation des personnes, notamment via la neurobiologie ; on peut lui faire confiance, sur ce point tout au moins…

En revanche, le Père Martin, par souci d’éviter les confusions hâtives, pousse le balancier un peu trop loin dans l’autre sens. Il oublie ce que souligne par ailleurs Norbert Mallet, à savoir que depuis Aristote, l’idée qu’il existe une éthique des caractères a fait son chemin. Que l’humanité n’est pas uniforme et que chacun a sa manière d’atteindre le bien, en fonction de son tempérament. Pour Aristote et saint Thomas, les hommes appartiennent à l’unique espèce humaine, certes, mais on peut distinguer plusieurs groupes de caractères dont les stratégies d’avancement dans la vertu sont différentes, dont les chemins d’atteinte du bien unique sont multiples, comme les différentes voies menant à un même sommet.

C’est de ce point de vue qu’on peut penser que, depuis longtemps, les maîtres spirituels savent que l’homme n’est pas monochrome. Que chaque caractère a son propre chemin de progression, ses défis propres. L’ennéagramme apporte cette lumière à la psychologie moderne en contrepoint de la connaissance que celle-ci a apportée, en se fondant sur le travail thérapeutique, sur l’histoire et les blessures de chacun. En deçà, à la racine de l’être, il apporte un éclairage sur les différents caractères qui colorent et rendent belle et diverse l’humanité.

Le dernier mot, j’ai envie de le laisser à Wilfrid Stinissen, Carme déchaux, familier de la grande Thérèse et ancré dans notre temps, notamment dans son ouvrage La nuit comme le jour illumine publié aux Editions du Carmel en 2005. Pour lui, la psychologie est un précieux secours pour conduire l’âme en son centre où réside le Roi, mais elle ne suffit pas: « Tout ce qui nous fait progresser dans la connaissance de nous-même nous rapproche de la vérité. Mais tant qu’on a pas compris que l’homme est plus que lui-même, qu’il a aussi un centre qui est une porte ouverte sur l’infini, tant qu’on n’ose pas faire le saut dans cet infini, on ne doit pas parler d’intégration totale. » p.107

Une idée : ne pas faire de la connaissance de soi un absolu, mais une partie du chemin, comme les premiers pas chancelants de l’homme vers son centre où réside le Roi… N’oublions pas que Thérèse d’Avila décrit sept demeures en l’âme et que celles de la connaissance de soi ne sont que les deux premières.

Concert à quatre mains

bienCONCERT A AVON

par Sylvie

Encouragée par trois personnes de la nécessité de faire ce stage, me voici à Avon, pour deux jours de découverte.
Que va-t-on nous dire pendant ces deux jours que nous ne connaissons pas… sur nous ? Une vraie surprise en fait.

Valérie et François, les animateurs de ce stage, sont tellement accordés que nous assistons dès le début à un concert savamment étudié, la partition se joue à quatre mains et sans blancs, les rebondissements sont surprenants et il n’est pas question de dormir.

L’introspection se fait en douceur suggérée avec les outils appropriés: tableau, dessins, vidéos. La musique intense commence à pénétrer au plus profond de notre être pour susciter parfois les vraies questions sur notre vie, ce que nous sommes et ce qui nous fait avancer. Les autres participants se dévoilent un peu et nous apprenons ainsi les différentes façons qu’ils ont de regarder le monde.

En rentrant chez moi, une mélodie harmonieuse faite de bienveillance et même plus que cela, faite de spiritualité, me conduit vers un chemin de perfection. Les notes trottent dans mon cœur. Je renais et je redécouvre un personnage que je cite souvent sans savoir pourquoi: saint Jean-Baptiste. Il semble que ce soit mon modèle.

Merci à vous Valérie et François de ces deux jours d’humanité parfaite où tout est en ordre et harmonie, où les musiciens que vous êtes ont ravis non seulement mes oreilles mais tout mon être. Je n’oublie plus.

Ne pas rester au balcon de soi-même

Balcon

 

 

NE PAS RESTER AU BALCON DE SOI-MÊME grâce à la méthode Vittoz

Extraits d’un entretien avec Hélène Petit-Pillie, formatrice et thérapeute Vittoz-IRDC
in Revue Terre du Ciel

LE DOCTEUR VITTOZ EST PEU CONNU EN FRANCE. QUI ÉTAIT-IL?imgres

Roger Vittoz (1863-1925) était un médecin suisse, contemporain de S. Freud, de R. Steiner de Willems. Lui-même a connu, au cours de ses études, un moment difficile. […] Il a d’abord créé des exercices pour lui-même, pour sortir de ses propres difficultés et a ensuite constitué une méthode pour aider les personnes qui le consultaient.

Cette méthode thérapeutique a un volet pédagogique : apprendre à contrôler ce qu’il appelait le vagabondage cérébral en utilisant nos cinq sens et notre conscience corporelle. Aujourd’hui, elle est pratiquée en thérapie bien sûr, mais aussi dans un objectif de mieux-être, de développement personnel ou plus simplement pratiquer l’art de vivre. Ces exercices sont si simples et à la portée de tout un chacun, qu’il n’est peut-être pas nécessaire d’attendre d’être au fond du gouffre pour en bénéficier.

Vittoz est le précurseur en Occident de cette ré-appropriation du corps. Il fut un des pionniers à donner à celui-ci une place à une époque où on n’en parlait pas, où même il était tabou. Les exercices mis au point par lui, ont souvent servi de base dans de nombreuses méthodes donnant une place au corps, plus connues aujourd’hui comme la sophrologie ou la PNL. Dans ses notes personnelles, éditées après sa mort, on découvre une autre facette, celle du croyant chrétien et de sa dimension spirituelle. On devine que pour lui, ces exercices qui conduisent à une pleine conscience étaient un préalable à une autre ouverture d’une dimension supérieure. Il a écrit par exemple : « Pour pouvoir devenir mystique, il faut d’abord se rendre réceptif, s’ouvrir pour recevoir. »

QUELS SONT LES PRINCIPES DE LA METHODE VITTOZ ?

Il faut d’abord dire que la méthode s’appuie sur une connaissance physiologique. Le cerveau humain a deux fonctions. Une fonction réceptive, grâce à laquelle depuis l’enfance nous constituons notre mémoire, et une fonction émissive grâce à laquelle nous élaborons des pensées. Ces deux fonctions ont des effets différents selon que le cerveau est en état passif, ou en état actif. Pour son fonctionnement notre système nerveux commande l’élaboration de substances chimiques nécessaires à la transmission de l’information. Parmi ces substances il y a les neuro-transmetteurs et les hormones.

Selon l’activité du cerveau, il va faire libérer des substances différentes. Lorsque le cerveau est en fonction de réceptive active, il ordonne la sécrétion de la dopamine et des endorphines entre autre, qui ont le rôle d’apaiser le système nerveux, de faciliter sa nutrition et la transmission des informations. C’est une forme de recharge de tout le système. Pour la fonction émissive, soit la personne est active, c’est-à-dire qu’elle dirige son émissivité, ce que Vittoz appelle la concentration et les substances libérées facilitent et tonifient cette activité ; soit la personne est passive et le cerveau fonctionne en roue libre (le vagabondage cérébral de Vittoz) et il va faire libérer entre autre, de l’adrénaline et des cortisols pour faire face à l’agitation à la dispersion et au stress… substances indispensables pour la survie mais qui puisent dans le stock d’énergie.

Si nous ne faisons que puiser dans les réserves, si nous nous mettons toujours en état d’urgence, nous rencontrons l’épuisement et la maladie car il y a déséquilibre dans l’alternance entre ces deux fonctions. C’est la dispersion d’énergies, aussi bien reçues qu’émises, qui donne la faiblesse et la fatigue. C’est comme pour la respiration, nous avons besoin de l’alternance de l’inspir et de l’expir, pour marcher nous avons besoin d’alterner jambe droite et jambe gauche. Notre époque trépidante favorise beaucoup la dispersion, sollicite sans arrêt notre pôle émissif passif, alors si nous ne sommes pas vigilant nous nous mettons à fonctionner à cloche cerveau, ce qui est très fatiguant. Le corps est le substrat de l’incarnation, on ne peut pas ne pas en tenir compte.

Le système nerveux est le grand messager qui transmet les informations, c’est grâce à lui que je peux prendre conscience de l’écharde que j’ai dans le pied, de la colère qui me traverse, de ce qui se passe autour de moi ou de comment élaborer le texte de ma conférence. Il est important que cet outil fonctionne bien, soit bien entretenu. […] C’est pour cela que la toute première partie de la méthode va consister à rééduquer cette faculté de réceptivité: sentir les actes que l’on fait (et non les penser), voir, entendre, toucher consciemment.

Nos organes des sens sont comme les fenêtres de notre maison corporelle. Vittoz avait tout-à-fait compris qu’ils sont des points stratégiques pour notre psyché, car de ma fenêtre je peux voir ce qui se passe à l’extérieur dans mon jardin, mais je peux aussi voir ce qui est à l’intérieur de ma maison. Ces exercices vont donc être destinés à élargir à la fois la conscience de mon intériorité et ma qualité de présence à ce qui m’entoure. Saint Augustin écrivait : « Beauté, je t’ai cherchée partout ; je ne savais pas que tu étais à l’intérieur de moi, et je ne t’ai pas rencontrée parce que je n’étais pas chez moi. »

C’est un petit peu cela, il s’agit de rentrer chez soi, de ne pas rester au balcon de soi-même. Ce que nos dramaturges appellent l’unité de lieu à laquelle nous devons rajouter son corollaire: l’unité de tempsNous sommes en effet rarement présent à l’instant. Nous sommes envahis par les souvenirs les regrets du passé, ou les projections les peurs de l’avenir et nous avons énormément de difficultés à être vraiment là. […]

La méthode m’a aidée à redevenir actrice de ma propre vie, à cesser d’être l’objet de mes pulsions, de mes affects intérieurs, ballottée que j’étais entre mes ressentis et ce que je vivais comme des agressions du monde extérieur. Le Vittoz m’a permis de retrouver ma sensation d’être, d’exister, d’abord dans mon corps, de me réconcilier avec lui, de sentir toutes ses sensations pour, petit à petit, dans cette assise corporelle, pouvoir oser venir écouter tout mon pôle émotionnel, ce pôle qui, de par mon éducation (ne pas s’écouter, ne pas pleurer, être performante…) a été une zone plus ou moins interdite et qui dans la souffrance devenait tyrannique.

Grâce au support de la conscience de mon corps, je ne fuis plus le monde de mes émotions, je peux les regarder en face, les nommer, utiliser l’énergie qu’elles mettent en route et elles me submergent moins. De cette manière je donne une place à tout ce qui me constitue, j’ose habiter toutes les pièces de ma maison intérieure, je ne suis plus envahie ni prisonnière, mais riche de tout cela. Mon corps et ma psyché étant reconnus, accueillis, je peux alors accéder au troisième étage, à la pensée, certains disent à l’esprit. A cet étage, je peux penser ce que je veux, quand je le décide. L’être profond que je suis, peux émerger. Je deviens alors disponible pour une démarche spirituelle. […]

Il s’agit donc de restaurer dans un premier temps cette fonction réceptive avec les actes conscients. Puis notre fonction émissive va être fortifiée elle aussi par des exercices de concentration. Nous rétablirons aussi la volonté cette énergie vitale, cette capacité à décider. Les exercices d’élimination nous aideront à mettre de coté ce qui n’est pas urgent, à faire des choix. Ce sont quatre volets de ce que Vittoz appelait le traitement fonctionnel, qu’il décrit aussi comme accorder notre piano, étape indispensable même pour un virtuose et pour Vittoz, indispensable avant un traitement psychique en thérapie, et indispensable dans une démarche spirituelle. Tous ces exercices s’inscrivent dans le quotidien et participent à sa métamorphose.

VOUS INSISTEZ BEAUCOUP SUR LA SIMPLICITÉ DES EXERCICES MIS EN OEUVRE, EN QUOI CONSISTENT-ILS ?

Je parlais tout à l’heure de réapprendre à marcher. Il y a un exercice de marche consciente par exemple. Sentir l’appui de mes pieds au sol, si celui-ci est dur ou mou, lever un pied puis l’autre, sentir les mouvements de mes articulations, chevilles, genoux, hanches, prendre le temps de sentir le mouvement de mes bras, le poids de mon corps qui passe d’une jambe à l’autre, regarder ce qui est autour de moi, entendre les oiseaux ou le bruit de mes pas, etc… C’est une espèce de B.A. BA qui permet de faire corps avec son corps et avec l’environnement, d’être là, présent dans l’instant. […]

On pratique également des exercices de respiration consciente, sentir la respiration là où elle se manifeste biologiquement, oser descendre dans son ventre, respirer par le dos… Il y a également toute la panoplie des actes conscients que je peux appliquer à tous les gestes du quotidien, la douche, la vaisselle… Ai-je jamais pris le temps un jour de sentir le contact du robinet, d’écouter l’eau couler, de sentir sa température sur ma main et la différence de contact si celle-ci est savonnée ou non, sentir l’odeur… Je prends peu à peu conscience de tous ces gestes, que d’habitude je fais de façon automatique en pensant à autre chose, même lorsque je suis censée me faire du bien comme pour la douche. Pouvoir lâcher le passé ou le futur et revenir là où je suis à l’instant présent. C’est le hic et nunc de toutes les traditions […]  c’est à dire de vagabond, être devenu pèlerin.

Métaphore de la base 7

10250258_10156427349910232_3876265476979868326_nUNE BOUGIE

par Perrine
de base 7

Y siège une flamme, légère, vibrante et éphémère, la flamme réchauffe et dissipe les ténèbres.

Un léger souffle peut m’éteindre, je me garde donc bien de me trouver en milieu hostile.

Ma soif de vivre me consume petit à petit et si je n’accepte parfois de vivre dans l’obscurité, je me consume rapidement tout entière.

Quand ma flamme est éteinte, je suis plongée dans un désarroi profond et douloureux. Alors pour pallier cette peine, je décide de me placer en un lieu sûr et de me nourrir suffisamment pour que ma flamme grandisse et rayonne toujours plus.

Puis soudain, me voir fondre si vite me confronte à mon destin.

bougie_1Ainsi donc je me questionne: à quelle fin suis-je destinée? Etre une éphémère bougie de dîner qui crépite vivement, se consume entièrement en quelques instants de plaisirs, illuminant les visages rieurs et les yeux gourmands? 

Prenant conscience de ma légèreté, le désespoir m’envahit; j’aimerais durer plus longtemps

Cette prise de conscience me peine, mon rythme ralentit, ma flamme devient petite. Balayant lentement l’horizon, j’aperçois au loin un cierge d’autel qui se consume doucement, éclairant un mystère infini et des visages sereins et rayonnants.

Ce cierge-là, n’est-il pas soumis  régulièrement aux ténèbres? Mais comme sa fonction est noble! Il est vivant! Et sa flamme tempérée lui allonge les années!

Je m’apaise enfin, les ténèbres ont un sens.

Je m’approche de l’autel et m’éteins sereinement dans la confiance totale de rayonner bientôt d’un feu nouveau.