Le papillon : métaphore de la base 4

SAMSUNGLE PAPILLON

par Bénédicte, de base 4

Je suis un papillon qui s’éveille le matin et meurt le soir. Je vis chaque jour avec cette intensité dans ce que je fais et cet éternel recommencement : j’ai besoin de changement !

Je vais de fleur en fleur et papillonne car je suis sensible au beau. Cela peut dérouter pas mal les esprits terriens, cartésiens ou matérialistes, mais apporter aussi un point de vue nouveau sur les choses…

PapJe me distingue même des autres papillons, c’est dire si j’ai besoin qu’on  reconnaisse mon originalité !

Je me sens bien dans les airs car alors je vois les choses d’en haut, débarrassées de leurs encombrements ; mais je ne peux y rester longtemps. En effet, je suis fragile et si l’on m’effleure, mes ailes perdent la substance qui les entraîne : Je  reste alors comme englué sur le sol et je ne me sens plus bien du tout !

Cette sensibilité et cette fragilité sont ma force et ma faiblesse : ce qui me plait c’est que cela me donne un regard aiguisé car toujours neuf, entraîné à débusquer la beauté partout où elle se cache ; et l’attrait que je suscite peut me permettre de sensibiliser les autres à ce beau qui m’ennivre !

 

Ce qu’en dit le Cardinal Newman

PORTRAIT OF CARDINAL JOHN HENRY NEWMANCONNAISSANCE DE SOI ET CONNAISSANCE RELIGIEUSE

Saint John Henry Newman, Sermons Paroissiaux vol 1 (La vie chrétienne) sermon 4, Cerf, Paris 1993.

« Aussi étrange que cela puisse paraître, des foules de gens qui se disent chrétiens traversent l’existence sans faire aucun effort pour parvenir à une connaissance exacte d’eux-mêmes. […]

Quand je dis étrange, je ne veux pas dire par là que se connaître soit facile : il est très difficile de se connaître, même partiellement, et donc l’ignorance de soi n’est pas chose étrange. Mais là où c’est étrange, c’est que les hommes fassent profession de recevoir les grands dogmes chrétiens et d’agir en conformité avec eux, tout en restant à ce point dans l’ignorance d’eux-mêmes, compte tenu du fait que la connaissance de soi est la condition nécessaire à leur compréhension. […]

Or, je le répète, si nous n’avons pas une juste idée de notre cœur et du péché, nous ne pourrons nous faire une idée exacte de ce qu’il faut entendre par maître de morale, sauveur ou sanctificateur : autrement dit, nous utiliserons dans notre profession de foi des termes auxquels nous n’attachons aucune signification précise. Ainsi donc la connaissance de soi est à la racine de toute véritable connaissance religieuse. […]

C’est d’abord et avant tout à notre cœur que Dieu parle. La connaissance de soi est la clé des préceptes et des doctrines de l’Écriture. Ce que peut faire toute prédication extérieure de la religion, c’est tout au plus de nous surprendre et de nous faire tourner le regard vers notre cœur pour le sonder. Et c’est alors, une fois que nous aurons éprouvé ce que c’est que lire en nous-mêmes, que nous profiterons des doctrines de l’Église et de la Bible. »

 

Thibault et Marie : que d’émotions !


Thibault et MarieNous voici de retour de notre second voyage de noces à l’occasion de nos 10 ans de mariage.

Que d’émotions tout au long de ce parcours ennéagramme ! Tellement de belles choses en découlent, et des clés aussi pour ouvrir les portes des cœurs de ceux qui nous sont confiés ou qui nous entourent.

Quel précieux outil qu’est l’ennéagramme : un moyen de se connaître soi-même et de s’accepter avec ses richesses et ses faiblesses mais aussi outil de compassion envers l’autre, toujours si difficile à comprendre…

Il nous a permis de rebondir professionnellement pour l’un, et de comprendre ses blessures pour l’autre et, quoi qu’il arrive, de nous retrouver tous les deux sur le beau chemin de la découverte mutuelle…

Nous gardons de ces belles journées d’échanges et de communication une richesse partagée et gardons au cœur l’humilité et la simplicité de tous les participants. Longue et belle route à chacun sur ces voies de l’ennéagramme !

 

Les chemins du bonheur

 

Norbert Mallet

Norbert Mallet

LE DEVELOPPEMENT PERSONNEL DU CHRETIEN
Norbert Mallet
Salvator

L’expression développement personnel fait naître bien des réticences. Il faut dire qu’elle n’est pas heureuse. Développement pour l’homme renvoie inconsciemment au développement économique, donc à une forme de matérialisme. Et il est vrai que toute une série d’outils de développement personnel peuvent apparaître comme des techniques de mieux-être assez ras des pâquerettes dans le meilleur des cas, voire des concessions au syncrétisme ou au relativisme de l’époque, dans la ligne du trop fameux New Age.

I-Grande-7563-le-developpement-personnel-du-chretienLe nouvel ouvrage de Norbert Mallet a le mérite de poser la problématique en évitant deux écueils : celui de la peur, qui conduit bien des chrétiens à jeter le bébé avec l’eau du bain en récusant toute forme de travail sur soi au prétexte que ce peut être dangereux ; celui de la superficialité qui consiste à faire de telle ou telle méthode un absolu, une voie de salut.

Avec pédagogie, Norbert Mallet montre que de tout temps, l’homme a cherché à faire progresser cet homme que je suis en particulier et qui n’est pas réductible aux autres. Chez Aristote ou chez les Pères du désert, on trouve cette idée que chaque personne est singulière et que chacune a son propre chemin vers la vertu et le bonheur. Ces différents chemins peuvent être regroupés en plusieurs grandes familles de caractère autour d’une passion dominante, considérée comme éthiquement neutre chez Aristote et saint Thomas, dans son excès chez les Pères. Quelles que soient les différences entre les approches, il est important de comprendre que la tradition philosophique et spirituelle du christianisme parle toujours d’une éthique des caractères qui prend en compte la diversité des chemins de chacun. A l’extrême, la colère sera pour une personne un excès à éviter le plus possible, tandis que pour telle autre elle pourra être un moyen d’exprimer ce qui pourrait être occulté par une forme de lâcheté ou d’indifférence.

Norbert Mallet insiste à juste titre sur le fait que cet ancrage dans une vision éthique est indispensable pour qu’un outil de développement personnel ne devienne pas coupé de la finalité propre à chaque être humain : la voie de la vertu, signe du bonheur. Recourir à des formations menées dans cette perspective-là, savoir se repérer dans les outils proposés, pouvoir être en contact avec un formateur qui dispose de ce fondement éthique : voici autant de défis que Norbert Mallet aide à relever. Il m’a fait l’amitié de m’interroger sur la méthode Vittoz et son lien à l’ennéagramme. J’en suis d’autant plus heureuse que cet enracinement éthique de l’une et de l’autre est au cœur de ma pratique.

 

 

Le kangourou : métaphore de la base 6

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LE KANGOUROU

par Laurence, de base 6

Petit kangourou à la peau soyeuse, j’aime mon sweet home, avec ses rangées de livres sur les étagères, mon canapé douillet  et mon bureau à multiples tiroirs qui abritent mes secrets. Deux chats câlins qui aiment faire leur sieste tout contre moi viennent compléter le tableau, et c’est la béatitude qui me gagne. Au chaud dans mon cocon, que pourrais-je craindre?

2La crainte, parlons-en… Amie encombrante, obtuse intruse, déclinée à tous les temps et surtout au futur : si je prends cet itinéraire, trouverai-je la bonne sortie d’autoroute ? Ce bruit bizarre sous le capot, n’est-ce pas une panne gravissime qui va ruiner mon budget ? La lettre recommandée qui m’attend à la poste, ne serait-ce pas les impôts? L’URSSAF ? J’ai dû oublier un chiffre dans une colonne, un papier à renvoyer dans les délais !

Ma gorge se serre, mon cœur bat la chamade, me voilà prêt à enfiler mes gants de boxe pour monter sur le ring et me sortir de la supposée situation pénible avant même de savoir de quoi il retourne… Cette petite plaie, là, elle ne guérit pas vite… Cette petite boule, juste sous la peau, qui roule sous mes doigts… Une tumeur, peut-être ? Comment ferais-je si je devais me soigner ? Et mon travail ? La mécanique de mes pensées s’emballe, et  je m’organise déjà en pensée au cas où.

La peur… Un étau qui se referme, un piège qui claque en grinçant à mes oreilles, fait froncer mes sourcils dans une physionomie tendue et inquiète… Vite, entendre une voix amie, un conseil chaleureux qui va me redresser, me booster : « Tu ferais quoi, toi? » Oserai-je donc me poser un jour la question : « Et toi, que décides-tu de faire, pour toi ?

Souvenir d’une trahison d’enfance, départ aussi brutal qu’inexpliqué, qui a laissé une cruelle empreinte. Alors, cet ami qui se dit fidèle, dit-il toute la vérité ? Et je teste, me renseigne, avance puis recule. Comment donner ma confiance? Cet amoureux, qui s’approche de trop près sans y être invité, ses mots sont-ils vrais, ses intentions sont-elles nobles ?

« On verra »… Quel cauchemar que ces mots, moi, je ne puis attendre, je veux savoir maintenant ce que toi, en face, tu veux et penses, ressens, et je veux que tu me  le dises, savoir qui tu es, quitte à jurer connaitre tes pensées pour que tu te livres davantage. J’aime la lumière, la vérité, une route nette et dégagée, des sentiments qui se disent et s’expriment avec délicatesse mais sans fard, en pleine clarté.

Et quand j’aime, jamais je ne compte ! Aucun mur à franchir ne m’arrête (pas même celui d’une école militaire gardée par des sentinelles armées, au milieu de la nuit)… Une cause à défendre, et je serre les poings dans mes gants de boxeur, brandis les étendards en première ligne. Aucune bataille à laquelle je crois ne me fait alors peur et me voilà prêt à encaisser les coups sans férir. Rien ne me fait tant vibrer que de défendre le faible ou le rejeté, lorsque j’y crois de tout mon être…

Mais attention, ne me décevez pas, ne me trahissez pas, ne piétinez ni mon rêve, ni mon idéal… Contre vous, avec la même fougue, je me dresserai alors, ou vous tournerai le dos avec mépris et une colère sourde, dans une volte face sans retour.

L’avis de Saint Bernard

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Conseils au Pape, II, 6, trad. P. Dalloz, éd. de Minuit, Paris, 1945, p. 91

1 – SE CONNAITRE

Commence donc par te considérer toi-même. Évite de te disperser vers d’autres sujets en négligeant ta propre personne. A quoi te servirait de gagner le monde entier en étant seul à te perdre? Quelle que soit l’étendue de ton savoir, il te manquerait toujours, pour atteindre à la plénitude de la sagesse, de te connaitre toi-même. Une telle lacune serait-elle vraiment si importante? Elle serait capitale, à mon avis. Connaîtrais-tu tous les secrets de l’univers, et les contrées les plus lointaines de la terre, et les hauteurs du firmament, et les abîmes marins, si, dans le même temps, tu t’ignorais, tu me ferais penser à un constructeur qui voudrait bâtir sans fondations ; ce n’est pas un édifice qu’il obtiendrait, mais une ruine. Quoi que tu puisses accumuler hors de toi-même, cela ne résistera pas mieux qu’un tas de poussière exposé à tous les vents. Non, il ne mérite pas le nom de savant, celui qui ne l’est pas de soi. Un vrai savant devra d’abord connaître ce qu’il est et boira le premier de l’eau de son propre puits! Que ta considération commence donc par s’appliquer à toi-même, et qu’elle ne s’en tienne pas là, car c’est par toi aussi qu’elle doit finir. Quelles que soient les directions de ses écarts, tu la ramèneras à toi avec profit pour ton salut. Tu dois être, de ta propre considération, le premier et le dernier terme.

2 – L’HUMILITÉ NAÎT DE LA CONNAISSANCE DE SOI-MÊME

Qu’avant tout, l’âme se connaisse: la raison requiert pour l’utilité et pour l’ordre. Pour l’ordre d’abord; car savoir ce que nous sommes, c’est ce qui importe en tout premier lieu; pour l’utilité aussi, car cette connaissance humilie et prépare de la sorte l’édification spirituelle. Si en effet l’édifice spirituel n’est pas fondé sur la base solide de l’humilité, il ne saurait subsister. Or, rien de plus efficace, rien de plus utile pour l’âme qui veut s’humilier que de se connaître elle-même en toute vérité.

Bénédicte et Vincent, viticulteurs

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BENEDICTE ET VINCENT, VITICULTEURS

« L’ennéagramme a agi pour moi comme un révélateur : il n’y avait rien, puis j’ai plongé dans le noir, et le blanc est venu contraster, me montrant à quel point je suis un chef-d’œuvre unique et complexe. »

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« Il y a la transmission de l’ennéagramme et il y a la beauté avec laquelle on peut s’en servir. Vous êtes des accoucheurs d’âmes qui incarnez ce que vous enseignez. Nous avons reçu une base complète : c’est vraiment une paix de se nommer, de dégager notre être profond et ce qui motive nos actions. J’ai le sentiment que le champ est libre pour faire le bien ! »

 

« J’aime cette phrase de Fabrice Hadjaj : « La parole révèle, à chaque être, sa vocation. » Ma vocation aujourd’hui peut commencer à se réaliser, c’est celle d’être pleinement à ce que je fais grâce à ce que je suis, d’où le lien avec la méthode Vittoz qui est une des suites logiques. »

 

Downton Abbey à la lumière de l’ennéagramme

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Il y aurait bien à dire sur cette série déjà culte, et notamment sur la finesse de sa qualité de reconstruction historique et sociale, sa réussite esthétique : décors, costumes, scénario, dialogues, réalisation, mais surtout photo et qualité du jeu des acteurs. Nous choisissons ici d’aborder Downton Abbey par le versant de l’ennéagramme. Une telle palette de caractères suivis dans la durée et au gré de circonstances diverses est pain béni pour qui s’intéresse aux ressorts de la personne, sans interprétation ni jugement

Pain béni parce que la délicatesse de l’ennéagramme vient du fait que, selon la déontologie de la tradition orale, seule la personne peut attester de sa base car elle seule connait ses motivations propres. Prétendre les connaitre mieux qu’elle-même peut être non seulement blessant mais surtout servir de prétexte de toute puissance à notre ego. Or, aucun risque de ce genre n’est pris avec un personnage de fiction : toute liberté nous est donnée de le prendre comme objet d’étude afin d’affiner notre connaissance des caractères humains. Bien plus, il peut nous permettre de nous remettre nous-mêmes en question en nous interrogeant sur la raison qui nous fait réagir à tel ou tel personnage : si Lady Mary ou Isobel me sont tellement antipathiques, que cela veut-il dire de moi ? Qu’est-ce qui fait que je comprends si bien Lord Grantham ou Branson ? Pourquoi suis-je tellement touché(e) par Lady Sybil ou Lady Violet ?

En guise de préambule, nous voudrions prendre quelques précautions :
Toutes nos hypothèses sont… des hypothèses : elles sont le fruit de notre expérience mais aussi de ce que nous sommes. Personne n’est à l’abri d’un prisme trop étroit ! Et nous évoquerons seulement les types des personnages qui nous seront apparus avec une relative clarté.
– Nous tacherons de nous appuyer principalement sur les deux premières saisons afin d’éviter de révéler à ceux qui n’ont pas encore vu les saisons 3 et 4 la mauvaise expérience des spoilers.
– Toute la série est colorée de l’esprit de la société anglaise des années 1910-1920. On y retrouve le côté distant, réprimant ses émotions de la culture anglaise qui a souvent fait typer l’Angleterre comme une société de base 5. C’est donc une sorte de sur-couche 5 qui vient colorer chaque caractère et sans doute tempérer les plus extravertis. Par ailleurs, l’enjeu de la série étant la pérennité du titre et du domaine de Dowton, cette responsabilité rejaillit avec une teinte de base 6 sur les personnages principaux, que ce soit au sein de la famille Crawley ou même chez les domestiques.

19Lord Grantham, Robert Crawley, semble un assez bel exemple de type 9. Il n’aime pas être bousculé, apprécie plus que tout son confort et l’atmosphère – normalement – paisible du château. Sa présence à elle seule apaise et rassure. Plus que tout, il recherche l’harmonie et la paix. Il déteste les conflits et a du mal à s’opposer. Alors que la solution du mariage de Lady Mary avec Matthew apparaît comme la plus évidente, il ne fera rien pour influencer le choix de sa fille. C’est un rassembleur, un homme de consensus comme le montre son accueil paisible du nouvel héritier du nom. Mais l’on pointe en même temps le défaut du 9, dans une tendance à procrastiner au lieu d’agir : alors que son entourage le pousse à étudier une possibilité légale pour contester l’héritage de Matthew, il ne bouge pas. Sa force d’inertie est patente, mais s’il est bousculé (par exemple par l’attitude de sa benjamine Lady Sybil), ses colères peuvent être redoutables, quoique légèrement décalées. Une aile 8 et un sous-type en survie ne seraient pas impossibles.

8Son épouse Lady Cora pourrait être un bel exemple de type 4, dans un monde où l’expression de l’émotionnel est bridé. Bien que jouant admirablement son rôle de comtesse (en activant une flèche 1 tellement utile aux 4 en responsabilité), elle garde sa spécificité et son indépendance d’esprit. Elle n’oublie pas qu’elle est américaine et cultive cette différence avec tact. Même si elle joue le jeu de la haute société et de ses traditions corsetées, si elle met tout en place pour ne pas laisser paraître ses up and down (notamment au moment de la perte de son bébé), son regard ne trompe pas : tour à tour ému, tendre, bienveillant, il peut se faire cinglant et indigné. Beaucoup de choses passent chez elle par le non verbal car il ne s’agit pas ici de mentaliser comme en 5/6/7, la communication se fait par le cœur.

3Autre planète, celle des personnes de base 6, avec un personnage légendaire, la comtesse douairière, Violet Grantham, magistralement interprétée par Maggie Smith. Humour à couper au couteau, réparties assassines, elle défend le clan Crawley avec une fidélité sans faille et un sens du devoir inoxydable. Les rapports de Lady Violet et Lady Cora pourraient bien être emblématiques des relations 4-6 : là où l’une parle d’amitié et dialogue du regard, l’autre répond stratégie et envoie des piques en guise de manifestation d’affection.

16Dans les filles Crawley, laquelle préférez-vous ? Lady Mary est un des personnages les plus complexes de la série. Du feu sous la glace. Il se pourrait bien qu’elle constitue un bel archétype de base 3. Elle se dit « sans cœur », elle agit en pragmatique, mais on la sent à plusieurs reprises touchée au cœur. Ses aventures tournent autour de la problématique du mensonge et de la vérité, et d’abord vis-à-vis d’elle-même. On est en plein dans la tension intérieure de la base 3 qui, au cœur de la triade émotionnelle, évite ses émotions pour ne pas nuire à ses objectifs. Le mot challenge allume des étincelles dans ses yeux et son apparence est importante, plus précisément l’image que l’on peut avoir d’elle. Elle s’adapte à ce qu’elle croit que l’on attend d’elle avec parfois une innocence déconcertante. D’où le séisme que constitue son aventure avec M. Pamuk. Elle pourrait avoir une forte flèche 6 qui peut la conduire, pour le meilleur à refuser un certain conformisme 3, ou pour le moins bon à être bien indécise dans ses affaires de cœur.

6Lady Sybil, la benjamine, pourrait être une belle représentante de la base 7. Elle étouffe dans le cadre contraignant de Downton et elle a besoin de s’en évader. Tout est bon pour cela : apprendre à cuisiner, chercher du nouveau dans l’excitation des mouvements politiques, devenir infirmière pendant la guerre, faire sauter les cadres avec Branson… Elle met ainsi en lueur cette curieuse mais récurrente confusion possible entre les personnes de base 7 et 2 : même dynamisme, même souci de faire plaisir, même goût de l’occupation (pour ne pas s’ennuyer en 7, pour aider en 2) ; avec cette spécificité en 7  de vaquer dans le monde de la souffrance des hôpitaux sans en paraître affecté. Un besoin de liberté conjugué à une légèreté qui pourrait parfois être superficielle. Sa fugue avec Branson est emblématique : elle accepte de revenir pour quelques jours chez elle afin de ne pas trop peiner ses parents et par conséquent de ne pas trop souffrir… tout en garantissant sa porte de sortie !

29 (2)Branson… idéaliste, homme du tout ou rien, il ne vit que par sa passion pour ses idées puis par sa passion pour Sybil : leurs points communs ? La fuite de la routine et du figé, la recherche du nouveau, le combat pour des causes belles mais un peu utopistes. La suite de la série ouvrira sur la possibilité d’un sous-type social du type 4 : tiraillé entre son désir de singularité et son aspiration à être reconnu à Dowton, il est en permanence habité par la honte de n’être pas de ce monde-là tout en désirant en être et en travaillant à sa pérennité.

5Venons-en à notre héros, Matthew, vraisemblablement de type 5 – comme le pays à l’origine de la série, tiens, tiens… Son arrivée à Downton est assez symptomatique. Il manifeste son souci d’indépendance de manière nette : besoins matériels minimalistes, jalousie de son intimité, il a du mal à dépendre des soins d’un valet et n’y consentira que par délicatesse pour Lord Grantham. Sa visite de l’église avec Lady Edith est délicieuse : alors que la jeune fille cherche à établir du lien, Matthew est là pour échanger informations et connaissances culturelles… Discret et sensible, un sous-type en tête-à-tête pourrait expliquer son cœur passionné mais ne va pas jusqu’à lui permettre de déclarer sa flamme. Pas étonnant que les relations amoureuses entre Lady Mary et lui mettent du temps à se mettre en place avec deux bases, 3 et 5, qui ont pour souci premier de se protéger des manifestations émotionnelles…

20Le monde des domestiques est dirigé par deux magnifiques personnes de type 1 : Carson et Madame Hughes ! Rien n’est laissé au hasard par l’un ni par l’autre : véritables chefs d’orchestre d’un monde qu’ils voudraient toujours plus parfait, ils assurent le bien être et la bonne place de chacun jusque dans les moindres détails. Le travail est la valeur suprême et la colère intérieure est là, dans le regard ou dans l’expression quand les personnes ou les choses ne sont pas à leur place, mais elle ne sort que de manière maîtrisée. Le sens du devoir les pousse à sans cesse se sacrifier, jusqu’à pour Madame Hughes renoncer au mariage et pour Carson jusqu’à s’éreinter à la tache et n’écouter la fatigue de son corps que quand celui-ci le lâche. Au fur et à mesure des saisons, nous les voyons évoluer grâce aux ressources additionnelles de leurs flèches 4 et 7, vers moins de rigidité et plus de légèreté. On se prend à espérer que lors des saisons suivantes, ils puissent faire preuve de la même tendresse vis-à-vis d’eux-mêmes que celle qu’ils manifestent l’une à Ethel, l’autre à Lady Mary…

7Bates est un personnage énigmatique. D’une loyauté infaillible (jusqu’à laisser croire au comte qu’il le trahit pour ne pas le mettre en difficulté), son regard est d’une grande douceur et il ne tarde pas à attirer la compassion et l’amitié de – presque -tous. Pourtant, tout un pan de sa vie échappe et le peu qui affleure laisse envisager une violence latente. C’est comme s’il gardait jalousement un jardin secret, comme s’il craignait une lumière dont il ne pourrait pas maîtriser les effets. « Je suis un inquiet et les inquiets s’inquiètent » laisse-t-il échapper. Nous pourrions être face à l’ambivalence bien caractéristique de la base 6. La suite nous en dira sans doute davantage…

30Anna sa bien-aimée, attentionnée et compréhensive, pourrait être de type 2. Mais c’est Isobel, la mère de Matthew, qui remporte la palme dans ce domaine, avec vraisemblablement une aile 3. Incapable de retenir sa pulsion d’aider les autres jusqu’à prévenir leurs besoins avant qu’ils n’en aient eux-mêmes conscience, son incroyable énergie fait sa force et sa faiblesse. Sa force, car elle sait d’instinct ce qui peut sauver tel malade, transforme Dowton en hôpital de campagne pendant la guerre, sait repérer les talents et les mettre en valeur. Sa faiblesse, car elle a du mal à se donner des limites, finit par étouffer son entourage et succombe à la tentation de se vouloir indispensable. « Vous comprendrez que j’ai besoin d’un minimum de reconnaissance pour rester », dit-elle à Lady Cora. Il ne sera pas difficile à cette dernière de trouver le moyen de lui faire développer ses talents loin de Dowton Abbey…

4Thomas et O’Brien sont les âmes damnées de Downton. Thomas semble illustrer un type 3 sans scrupule : manipulateur et fourbe, il met tout en oeuvre pour la réussite de sa promotion. O’Brien, beaucoup plus mentale, pourrait être de type 6, à aile 5. Calculatrice froide, elle anticipe avec virtuosité, mais elle est parfois victime de ses projections abusives. Le scénario catastrophe qu’elle construit à l’encontre de Lady Cora et qui lui fait croire que celle-ci veut se débarrasser d’elle, est typique.  A la différence de Thomas, le remord a de la prise sur elle et elle mettra d’autant plus d’énergie à être loyale à Lady Cora qu’elle aura été coupable du pire vis-à-vis d’elle.

imagesEt pour finir, comment ne pas voir en base 8 l’inénarrable cuisinière Mrs Patmore ? Colérique, d’une énergie incroyable, elle œuvre à masquer ses faiblesses et protège, à sa manière, sa petite équipe. Dans un autre univers, sir Richard, puissant patron de presse et fiancé de Lady Mary, serait un 8 dominant, ne respectant aucune règle, à la finesse discutable et qui envisage toutes les relations à l’aune des rapports de force.

6Que nous dit aujourd’hui cette grande fresque des personnalités en matière de connaissance de soi et de compréhension des autres ? La première évidence, c’est que toutes les bases sont belles : il n’y en a pas de bonne ou de mauvaise. Chacune a sa part d’ombre et de lumière, contribue à la beauté du monde et lui apporte sa vision et ses compétences. Quelle qu’elle soit, nous restons libres d’en user pour le meilleur ou pour le pire.

9De la même manière, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise alliance des bases : le secret d’une alliance réussie passe par la reconnaissance de ses propres talents et failles et l’accueil de l’autre tel qu’il est. Comment ne pas penser que plusieurs des situations de blocage de la série auraient pu être évitées si les protagonistes avaient eu conscience de ce qui les animait l’un l’autre ? C’eut peut-être été dommage en l’occurrence : on ne fait pas de bonnes séries sans bons imbroglios !

Mais dans la vraie vie, mieux se connaître soi-même permet de développer ses talents propres en se gardant des dommages afférents et mieux comprendre l’autre aide à la miséricorde et pourquoi pas, à la compassion. On aime encore mieux les personnages sympathiques quand on connait leurs ressorts. Et même les plus antipathiques, lorsque leur lutte intérieure est entraperçue, n’ont plus le même visage à nos yeux.

http://youtu.be/ABo_u9P_3wQ

 

La position de l’Eglise

 

Thérèse d'Avila

Thérèse d’Avila

L’ENNEAGRAMME EST-IL COMPATIBLE AVEC LA FOI CHRETIENNE ?

La question est fondamentale car avec la connaissance de soi, c’est de l’intimité de la personne et de ses ressorts profonds dont il est question. Et Thérèse d’Avila n’y va pas par quatre chemins à ce sujet, quand elle dit que pour parvenir à la septième Demeure où réside le Roi, il faut passer par les deux premières qui sont celles de la connaissance de soi.

Et la question est légitime comme pour n’importe quel outil ou pratique, même s’il faut admettre qu’elle s’est posée depuis dix ans avec une remarquable insistance, pour ne pas dire une véritable inquiétude dans certains milieux catholiques.

Lorsque l’équipe qui a organisé les Rencontres chrétiennes de l’ennéagramme en novembre 2013 a commencé à réfléchir à cet événement, il lui a semblé essentiel de mettre au premier plan des débats cette question. 

Le nombre des praticiens chrétiens lors du week-end de Saint-Etienne suffirait déjà à mettre en doute des critiques qui viennent de personnes qui n’ont jamais pratiqué l’ennéagramme et ne le jugent qu’à travers le prisme très partiel de tel ou tel livre. La ferveur de l’assistance lors de la messe du dimanche, sous la présidence de Monseigneur Lebrun, a également été pour moi un signe fort de cette communion à l’Eglise du Christ qui s’est manifestée lors de ces belles journées, tant de la part des formateurs que du public averti ou découvrant l’outil. Mais si nous pouvons voir là de très bons signes, cela ne suffit pas pour répondre sur le fond à la question.

Deux temps forts de ces RCE ont donné des réponses claires à cette interrogation. Tout d’abord la remarquable conférence du Père Pascal Ide qui a montré la compatibilité de l’ennéagramme avec la foi chrétienne et qui a réfuté cette idée fausse que Rome aurait condamné l’outil. Avec sa rigueur habituelle et dans la continuité de sa remarquable étude sur le sujet, le Père Pascal Ide analyse le seul document romain évoquant l’ennéagramme et son exégèse est imparable : l’ennéagramme n’a jamais été suspecté par Rome ! Ce court extrait le souligne très clairement :

En fin de session, la table-ronde à laquelle participait Monseigneur Lebrun, revenant tout juste de la réunion de la Conférence des évêques de France à Lourdes, au cours de laquelle il avait pu présenter l’initiative des RCE à ses collègues évêques, a pu lui permettre de clarifier la position des évêques sur le sujet. C’est sans doute la première fois qu’un évêque encourage la communauté des praticiens chrétiens de l’ennéagramme à continuer son chemin de connaissance de soi et pour les 950 participants, cette parole fut une source de joie profonde :

Pour conclure, on peut répondre avec beaucoup de sérénité à la question en reprenant les paroles si fines du Père Pascal Ide et de Monseigneur Lebrun : l’ennéagramme n’a pas attendre une autorisation expresse ou une bénédiction spécifique de l’Eglise, pas plus que la méthode Vittoz ou la méthode Montessori dont l’objet est le naturel et non le surnaturel. Mais grâce à Monseigneur Lebrun, le travail des participants aux RCE a été béni.

Il en est de l’ennéagramme comme de tout moyen humain : sa finalité et ses modalités en définissent le cadre et en garantissent l’usage. C’est tout le but de ma démarche : transmettre cet outil si fécond dans une juste articulation avec la foi chrétienne dans le cadre d’une déontologie claire et éprouvée.

Métaphore de la base 2

domiLE PELICAN

par Dominique, de base 2

Petit pélican ne voyant pas de nourriture arriver, décida qu’il fallait qu’il s’en occupe lui-même; puisqu’on ne me nourrit pas affectivement, je vais nourrir les autres; n’est-ce pas le meilleur moyen pour que quelques retombées me reviennent?

Ça marche bien sûr, c’est pour cela qu’il continue, quelque peu maladroit, n’étant pas certain de son pas, encore moins certain de réussir lui-même, il s’attelait à soutenir la réussite de ceux qui l’entouraient ou qui semblaient avoir des possibilités de gagner ce que il se sentait incapable de réussir. Encourager, soutenir, ouvrir des voies d’efficacité et de réussite était devenu sa force. Bienheureuse force si ce n’est qu’elle ne se l’appliquait pas, à lui-même.

Pelican-Wins1Il a pu nourrir jusqu’à l’épuisement et devenu squelettique, affamé lui-même, fatigué de ne pas trouver par ce moyen une réponse à ses besoins fondamentaux, il fallut que ce pélican se retrouve desséché, vidé, affaibli, n’ayant plus la force de donner, pour commencer à se reposer et à se poser les bonnes questions. Qu’est-ce qu’il voulait au juste? Qu’est-ce qu’il cherchait? Où allait-il le trouver?

Un peu avec l’aide de ses pairs, il a découvert qu’à l’intérieur il y a de la nourriture pour lui, à l’intérieur se trouve la sécurité et autour de lui il a aussi assez de vie, d’amitié à partager, à échanger.

Aujourd’hui il a repris des forces, il peut soutenir et être soutenu, faire réussir et à apprendre à réussir, donner et recevoir… drôle de sensation d’apprendre à être nourri pour un pélican!