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Les trois centres d’intelligence

10534129_747572461995482_6572635471710133599_nLES TROIS CENTRE D’INTELLIGENCE
validés scientifiquement

Notre société cartésienne l’a longtemps pensé, et notre système éducatif en porte la trace : l’intelligence est celle du cerveau, de la rationalité. Hors de la tête, point de salut ! Elle est justement à la tête et doit être toujours privilégiée. Depuis les travaux de Salovey et Mayer, dans les années 90, popularisés par Daniel Goleman, auteur du best-seller, L’Intelligence émotionnelle, on sait que les émotions aident à mieux appréhender les personnes et les situations et sont bénéfiques au lien social. Plus récemment encore, on a pris conscience que le corps a aussi sa forme d’intelligence. C’est lui qui sait comment nous devons réagir face au danger, qui sent les personnes, les lieux, les atmosphères… Les sensations, au contraire des sentiments et de nos réflexions, ne nous trompent jamais. Elle sont, simplement.

Les progrès fulgurants de la neurologie viennent scientifiquement de démontrer l’existence réelle de ces trois centres d’intelligence. L’Institut HeartMath, composé de scientifiques qui mènent d’importantes recherches sur les fonctions du cœur, a découvert que le cœur est loin de n’être qu’une pompe servant à la circulation sanguine. Il est également muni d’un cerveau composé de dizaines de milliers de neurones, lieu notamment de la création de l’hormone de l’attachement. Il émet un champ électromagnétique et révèle plusieurs fonctions supplémentaires. Une interaction entre le cerveau du cœur et le cerveau de la tête a été identifié, ainsi qu’entre les émotions et les battements cardiaque et enfin sur un plan plus subtil, le cœur aurait une influence sur l’intuition :

Quant au corps, on sait désormais que le ventre est un lieu de vitalité et d’intelligence particulièrement riche. Au bas mot, 200 millions de neurones s’y trouvent localisés et notre vitalité en dépend très largement, ainsi que notre bien-être puisqu’il s’agit du lieu de création de la dopamine et de 95% de la sérotonine, deux neurotransmetteurs qui agissent fortement sur nos comportements.

Pour aller plus loin : Le ventre – une anatomie inscoupçonnée et autonome et des capacités psychiques surprenantes : http://www.sante-nutrition.org/ventre-anatomie-insoupconnee-autonome-capacites-psychiques-surprenantes/

Ce qui est notable est que le cerveau du ventre est autonome par rapport à celui de la tête. Comme si le corps humain avait besoin de plusieurs salles des machines pour fonctionner : la tête, le cœur et le ventre.

Nous possédons tous bien sûr ces trois centres d’intelligence. Mais un des enjeux de l’ennéagramme est de prendre conscience que, selon notre base, nous avons surinvesti un de ces trois centres d’intelligence, au détriment des deux autres. Une des voies d’évolution sera donc de tendre à l’équilibre de ces centres. Et la méthode Vittoz nous en donne les moyens : en nous mettant à l’école de nos cinq sens, elle nous permet de redonner à notre corps toute sa place, de se laisser informer par lui. Ancrés grâce à lui dans l’instant présent tel qu’il est, nous devenons plus libres de ne plus nous laisser envahir par le vagabondage cérébral et nous pouvons donner à nos émotions leur juste place. Un chemin d’accueil de soi qui permet de mieux accueillir l’autre… et le tout Autre.

La base 7 en chanson

imgresFRIDAY ON MY MIND by The Easybeats : une chanson archétypale de la base 7

par François

« Je me sens mal lundi, mais je le chante avec le sourire. Viendra le mardi, je vais mieux… C’est sûr que le reste de la semaine va trop lentement, mais je n’ai que vendredi en tête! Et là, ce sera fun, j’irai en ville avec ma copine qui est vraiment jolie. Et cette nuit, j’en perdrai la tête! »

Telles sont à peu près les paroles un peu faciles et électriques mais si sympathiques de ce tube de 1966, Friday on my mind, commis par le groupe australien The Easybeats. Tout cela est écrit au présent, mais un présent absolument habité par l’anticipation du futur. Un futur qui ne peut être que meilleur que le présent! Telle est l’obsession de la base 7 : se garantir un futur aimable, amusant, surprenant, afin de s’évader d’un présent dont il craint qu’il ne soit trop morne, ennuyeux, pénible, voire (mais c’est déjà le début de la conscience) douloureux…

Ce morceau est devenu un classique du rock, du fait notamment de son magnifique riff de guitare, tendu et explosif! Avec sa mélodie énergique et joyeuse, ses harmonies simples et insouciantes. Un morceau qui évoque le paradis des côtes australiennes, l’innocence des amours de jeunesse, mais qui porte en lui une tension qui fait toute la sauvagerie voire la violence du morceau : tension qui renvoie à un malaise, celui du refus de ce lundi détesté, ce quotidien triste et fade qu’il veut à toute force oublier. Telle est la problématique de la base 7: se projeter dans un futur rayonnant, pour s’évader d’un aujourd’hui qui a ses faces d’ombre.

Mais à force de jouer cette partition, le 7 risque de n’être jamais présent, même aux bons moments. Le sourire permanent aux lèvres de Stevie Right, le chanteur, même lorsqu’il évoque des choses pénibles, est archétypal. L’excitation du groupe également: « Tonight I loose my head ». En tant que mental, le 7 a un cerveau qui fonctionne en permanence, sans lui laisser de répit. Sa stratégie pour le lâcher est de s’engouffrer dans le plaisir, la fête, l’euphorie, et tâcher de s’en libérer pour vivre une sorte d’ivresse dont il sort épuisé et vide.

Un challenge en base 7? Mettre ce talent de la joie et de la légèreté au service du monde en vivant l’instant présent tel qu’il est, heureux ou douloureux : le chemin de toute une vie… En attendant, goûtez la part de 7 qui est en vous et profitez de ce chef d’œuvre pop pour monter le son de vos enceintes!

Quand les neurosciences confirment

 

David Daniels

David Daniels

Neurobiologie, dynamique relationnelle et Ennéagramme : LES TROIS CENTRES D’INTELLIGENCE

Traduit par le CEE avec permission du site drdaviddaniels.com

David Daniels, Professeur en médecine, a longtemps dirigé le département sciences comportementales de l’université de Stanford. Il est également  co-fondateur de la Tradition Orale de l’Ennéagramme et auteur du best-seller Trouvez rapidement son profil Ennéagramme… et savoir qu’en faire. Il a également enseigné l’Ennéagramme à l’Université de Stanford, aux Etats-Unis et à l’international pendant plus de vingt ans.

Comment nos relations –et donc nos vies- sont-elles reliées à notre neurobiologie ? 

L’envie d’écrire cet article provient des énormes travaux de recherche accomplis depuis plusieurs années et qui donnent une crédibilité nouvelle à l’Ennéagramme. En effet, la science commence à reconnaître que l’homme, comme tous les mammifères, partage trois centres d’intelligence. Centres à partir desquels nous faisons l’expérience, percevons et discernons ce qui se passe dans le champ à tout moment. Nous avons été tellement habitués à penser que notre intelligence résidait seulement dans notre cerveau, cette matière grise située au-dessus de nos épaules, que c’est déjà une surprise d’apprendre qu’il y a en fait trois endroits à partir desquels nous pouvons ressentir et évaluer le monde extérieur.

Depuis le départ, le système de l’ennéagramme a évoqué ces trois centres d’intelligence ou trois champs d’expérience. Je suis toujours stupéfait qu’un tel savoir était connu depuis longtemps, bien avant que les microscopes, les scanners et autres progrès technologiques du siècle dernier aient pu, de leur côté, prouver que ces trois centres étaient une réalité. Le système de l’ennéagramme, en effet, est subdivisé en trois parties, chacune étant en correspondance directe avec ce qui est maintenant considéré comme les trois centres d’intelligence des humains/mammifères. Les trois centres se présentent comme suit :
. le centre de la tête, également appelé centre mental ou centre de la pensée
. le centre du cœur, également appelé centre émotionnel
. le centre corporel, également appelé centre physique ou centre moteur

Le système de l’ennéagramme est donc validé par ce que ces trois centres démontrent quant à tous les comportements des mammifères. Les neurosciences montrent, en effet, que tous les mammifères ont trois réactions aversives lorsque leurs trois besoins fondamentaux ne sont pas comblés :
La détresse ou la panique survient lorsque nous faisons l’expérience d’une perte ou d’une connexion vitale avec les autres. La détresse est reliée au centre d’intelligence du cœur, qui concerne ce qui touche au lien et à l’amour. Dans la théorie de l’attachement, l’expérience que fait l’enfant d’une connexion saine crée un lien sécurisé et pose les fondations d’une vie émotionnelle et psychologique saine.
La peur ou la terreur survient lorsque nous faisons l’expérience d’une menace, d’un danger, d’une insécurité ou d’une incertitude. La peur est reliée au centre d’intelligence mental, qui essaye de comprendre ce qui nous rend la vie prévisible et sécurisée. Dans la théorie de l’attachement, un attachement sécurisé permet à l’enfant d’être vu et par-delà sécurisé.
La colère ou la rage survient lorsque nous faisons l’expérience de n’être pas traités correctement ou que nous ne sommes pas pourvus de ce dont nous avons besoin ou désirons. La colère est reliée avec le centre d’intelligence corporelle ou des tripes, qui ressent ce qui ne va pas dans le monde et ce qui n’est pas satisfaisant. Dans la théorie de l’attachement, le lien sécurisé amène l’enfant à faire l’expérience de la protection, dont tous les enfants ont besoin et qui est également relié directement à ce centre.

C’est trois réactions fondamentales sont très puissantes parce qu’elles sont des réactions d’alerte et qu’elles sont douloureuses. Elles sont en relation directement avec le centre de notre être et, par là, au sentiment de plénitude du tout dans l’unité. Aussi, il y a un sentiment de bien-être ultime incrusté dans chacune de ces émotions que nous nous efforçons de ne pas ressentir. La colère essaye d’éviter la rupture avec notre besoin essentiel de bien-être et d’estime de soi, la détresse essaie d’éviter la rupture avec notre besoin d’amour inconditionnel et de connexion vitale, et la peur essaye de nous éviter la rupture avec le savoir de nous priver de ce qui rend la vie prospère et sécurisée.

Alors que chacune de ces réactions est critique à comment nous survivons, nous développons et grandissons, nous ne pouvons pas faire face aux vicissitudes de la vie, si ces réactions sont constamment sous pression. Notre capacité à adapter, ajuster et gérer ces réactions devient partie prenante de notre chemin de développement. Donc, même avec si elles sont par nature aversives, ces réactions existent pour de bonnes raisons et sont fondamentalement « bien intentionnées ». Elles sont immédiatement présentes lorsque nous percevons que les trois besoins fondamentaux de sécurité/certitude, amour/connexion, et valeur/besoins sont menacés ou ne sont pas remplis. La figure ci-dessous montre les trois besoins fondamentaux, les trois réactions aversives correspondant à chacun de ces besoins, et le centre d’intelligence auquel chacune est reliée.

Figure : Les émotions aversives de base et les trois centres d’intelligence

émotions-aversives

Au fil des siècles, la psychologie et l’éducation occidentales ont porté l’intelligence mentale au pinacle et l’ont vénéré comme le centre de l’intelligence. Aujourd’hui, la science démontre sans le moindre doute l’existence des deux autres formes d’intelligence, tout aussi puissantes : l’intelligence du cœur (intelligence des émotions) et l’intelligence du corps (intelligence des sensations et du mouvement). L’ennéagramme prend en compte ces trois centres, reconnaît que chacun d’eux existe en nous, et que chacun d’eux peut être entraîné. Si nous sommes en connexion avec chacun des ces centres, chaque type de l’ennéagramme s’appuie plus fortement sur l’un d’entre eux.

La capacité à reconnaître et à évaluer lequel de ces trois centres vous privilégiez le plus souvent est un merveilleux premier pas vers une meilleure conscience de soi. Alors, reconnaître, valoriser, et intégrer ces trois centres en tant que «forces également compétentes» est crucial pour tendre vers une vie équilibrée et développer des relations harmonieuses. Il est essentiel de parvenir à équilibrer ces trois forces à l’intérieur de nous, afin de pouvoir ensuite les mettre en œuvre dans nos relations.

LE CENTRE-TÊTE DOMINANT : types 5, 6, 7
Si le centre -tête est dominant, je tends à filtrer le monde à travers mes facultés mentales.
– Les buts de cette stratégie sont de minimiser la peur, anticiper les possibles situations douloureuses et maximiser la certitude en utilisant les processus mentaux que sont l’analyse, la vision et la planification. Si nous pouvons décoder le monde extérieur, comprendre et anticiper ses sollicitations, alors, nous gagnons en sécurité et en évaluation des risques.
– Cela demande d’anticiper le futur, à la fois positivement et en envisageant les manifestations potentiellement dangereuses, afin de développer des stratégies ad hoc avant le possible événement.
– Tous les types dépendent de l’intelligence mentale pour développer les qualités supérieures du centre mental comme la prévenance, le discernement, et la sagesse.
– Mots clé : sécurité, certitude, protection, assurance, prévisibilité, pensée.
– Lorsque nous ne nous sentons pas à l’aise dans ces mots clé, nous réagissons par la peur/terreur, comme tous les mammifères, avec des variations de peur chez les humains parmi lesquels l’anxiété, le souci, le doute et l’appréhension.

Le CENTRE-CŒUR DOMINANT : types 2, 3, 4
Si le centre cœur est dominant, je tends à ressentir le monde via le filtre de l’intelligence émotionnelle.
– Je suis sensible et je m’ajuste à l’humeur et à l’état émotionnel des autres, afin de combler mes propres besoins d’être accepté, d’être en lien, de recevoir de l’affection et d’être reconnu. Plus que les autres profils de l’ennéagramme, je suis dépendant de la reconnaissance et de l’admiration des autres. J’en ai besoin pour établir une bonne estime de moi-même et créer une identité que je perçois comme aimable. L’idée, c’est de m’assurer que je vais combler mon besoin d’amour et de lien.
– Pour m’assurer de recevoir approbation et reconnaissance, je tends à me créer une image qui va amener les autres à me valoriser, à m’accepter et à me considérer comme spécial. Par ailleurs, le pouvoir de ce centre est amplifié par l’émotion positive du prendre soin de, ce bon sentiment qui émerge des liens que nous ressentons dans une relation. Cette émotion est partagée par tous les mammifères. La relation mère-enfant illustre cette histoire de lien. Toute notre vie, nous avons besoin de ressentir un tel sentiment.
– Tous les profils Ennéagramme s’appuient sur leur intelligence émotionnelle pour ressentir et développer les qualités supérieures du centre du cœur, comme l’empathie, l’écoute de l’autre, la compassion, la gentillesse.
– Mots clé : amour, connexion, affection, lien, sentiment et reconnaissance.
– Lorsque nous ne nous sentons pas à l’aise dans ces mots clé, nous réagissons par la détresse/panique, comme tous les mammifères, avec des variations de détresse chez l’homme parmi lesquelles la tristesse, la mélancolie et la honte.

Le Centre Corps dominant : Types 8, 9, 1
Si le centre corps est dominant, je tends à filtrer le monde par mon intelligence kinesthésique: le mouvement dans l’espace, les sensations physiques et une connaissance sensorielle.
– Je vais utiliser ma situation et mon pouvoir pour rendre la vie conforme à ce que je veux qu’elle soit, obtenir ce que je veux et sortir du champ ce qui m’empêche d’obtenir ce que je veux. Je vais tendre vers des stratégies qui assurent ma place dans le monde, obtenir ce que je veux, et maximiser mon confort.
– Tous les profils dépendent de l’intelligence corporelle pour développer les qualités supérieures de ce centre : évaluer intérieurement l’énergie requise pour l’action, discerner quelle puissance utiliser pour accomplir cette action le plus justement possible, et développer la sensation « d’être ancré », d’exister là, dans le monde.
– Dans l’enfance, sans distinguer clairement la plupart des situations, nous sommes naturellement ancrés dans le moment présent. Toute notre vie, c’est notre centre corporel qui nous ramène dans le moment présent, ce que nous pouvons faire consciemment en nous recentrant sur nos sensations. Lorsque nous sommes vraiment ancrés (quand nous savons exactement qui et où nous sommes dans le temps et dans l’espace), nous ressentons les frontières de notre individualité dans le monde, nous nous sentons « incarnés » et, à partir de là, nous pouvons avancer dans notre vie, et nous relier sainement aux autres.
– Mots clé : puissance, valeur, respect, protection, confort, entreprendre l’action, harmoniser, appartenance.
– Lorsque nous ne nous sentons pas à l’aise dans ces mots clé, nous réagissons par la colère/rage, comme tous les mammifères, avec des variations chez l’Homme parmi lesquelles l’irritation, le ressentiment et l’impatience.

De la connexion entre les vertus

Dans nos stages, nous avons à cœur de relier la connaissance de soi à une éthique aristotélicienne des vertus afin que chacun puisse repartir avec un chemin d’évolution propre.

L’ennéagramme en effet permet de découvrir sa passion dominante, cultiver sa vertu propre, et ainsi concourir à l’épanouissement de toutes les vertus du diagramme : une bonne nouvelle s’il en est, déjà évoquée par les Pères du désert en leur temps.

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Jean Cassien mentionne dans ses Conférences (V, 13) que l’ordre dans lequel les passions se présentent et s’engendrent est variable selon les personnes :
« Les huit passions principales font ensemble la guerre au genre humain, mais leurs attaques ne se présentent pas de la même manière chez tous indistinctement. […] Ici c’est l’esprit de luxure qui a le premier rang, là domine la colère. La cénodoxie revendique le sceptre chez celui-ci ; chez celui-là l’orgueil détient la souveraineté. Et bien que chacun de nous ait à subir les assauts de tous, ce n’est pas de la même manière ni selon le même ordre que nous en sommes travaillés. »

sttheophanAprès lui, et à l’instar de Thomas d’Aquin, Théophane le Reclus, dans ses Lettres de direction spirituelle (Editions Syrtes, p. 143-144), parle de cultiver une vertu propre qui entraînerait toutes les autres.

« Il y a en chacun une passion principale autour de laquelle s’enlacent toutes les autres. C’est celle-là qu’il faut vous efforcer avant tout de dénicher. […]

L’ayant détectée, classez les autres par rapport à elle : laquelle est plus près, laquelle est plus loin. Et comprenez comment est structuré votre cœur : c’est une précieuse acquisition! Car, lorsque à la suite de cela vous entreprendrez de vous laver des passions et des mauvais penchants, vous verrez mieux dans quelle direction porter vos efforts : vers votre passion principale.

Lorsque vous l’aurez vaincue, toutes les autres se disperseront d’elles-mêmes. Comme à la guerre : quand le gros des forces de l’ennemi est enfoncé, il ne reste plus qu’à poursuivre le reste des troupes et  à l’abattre. Les actes, c’est facile à corriger. Tu n’as qu’à ne pas faire le mal, et tout est là. Mais transformer le cœur et le corriger n’est pas l’affaire d’un instant, un combat est nécessaire.

Et dans ce combat, quand on ne sait pas où porter les coups, l’on peut s’épuiser, se démener pour rien – et n’arriver à rien. Donc, ajustez vos efforts! »

 

Causerie d’été

Norbert Mallet

Norbert Mallet

UNE PETITE HEURE D’EMISSION SUR RCF AVEC LE PHILOSOPHE NORBERT MALLET sur les rapports entre foi et méthodes de connaissance de soi

Faut-il avoir peur des méthodes de connaissance de soi ? Sont-elles compatibles avec la foi chrétienne ? Pourraient-elles même lui être utile ? C’est autour de ces questions que Norbert Mallet, philosophe et formateur, auteur du livre Le développement personnel du chrétien, a donné un entretien à RCF que je ne peux que vous inciter à écouter.

Norbert Mallet est à la fois rigoureux et bienveillant, à l’écoute et convaincu, savant et pédagogue. Aucune question ne lui fait peur, pas même celle des réticences de l’Eglise face à certains outils. S’il reconnaît l’entière légitimité de la prudence de l’Eglise et de son refus de tout ce qui est lié à un esprit new-age ou gnostique, il convoque la philosophie d’Aristote et la théologie de saint Thomas d’Aquin pour encourager une saine vision du développement personnel.

Je retiendrais de ces propos deux points. Tout d’abord le fait que dans la veine aristotélo-thomiste, il y a toujours eu l’idée qu’il existe une éthique des caractères, fondée sur la reconnaissance de leur différence et qui fait que chacun a, selon son profil de caractère ou sa passion dominante, une voix de progression éthique particulièrement adaptée, une manière propre de concourir au bien commun. Se connaître soi-même, avoir conscience de son caractère, de ce qui le sous-tend est alors bien loin d’un nombrilisme stérile, mais gage de fécondité.

Ensuite, en s’appuyant sur cette idée bien connue et magistralement développée par saint Thomas, que la grâce présuppose et accomplit la nature sans la nier, Norbert Mallet montre comment des outils comme l’ennéagramme ou la méthode Vittoz ont toute leur place dans une démarche humaine complète. S’il ne s’agit pas de confondre les plans, on ne saurait les séparer. Une juste distinction, une harmonieuse articulation entre corporel, psychique, éthique et spirituel est indispensable pour respecter l’unité de la personne humaine.

Si seul Dieu sauve, bien de nos problématiques ne sauraient se régler par le tout spirituel ou par ce que Norbert Mallet appelle la psychologie « hors-sol ». Beaucoup de nos comportements récurrents ont le fruit d’une méconnaissance de soi et la simple conscience peut véritablement opérer un profond changement. Nombreux sont ceux qui parlent d’un avant et d’un après dans la vie personnelle, conjugale, familiale et professionnelle.

Cette émission (accessible via le lien ci-dessous) s’offre sur le ton d’une conversation  simple et profonde et s’écoute avec plaisir en temps de vacances : un joli moyen de faire un point pour, pourquoi pas, prendre un nouveau départ…

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Les deux pieds sur terre

ENNEAGRAMME ET SPIRITUALITÉ CHRETIENNE

Icare, sculpture à Bose

Icare, sculpture à Bose

Cela faisait longtemps que je rêvais d’animer une session dans un cadre monastique où cette méthode de connaissance soi qu’est l’ennéagramme aurait pu être articulée, sans confusion ni séparation, à une démarche spirituelle. Non pas à la façon d’Icare, ce personnage de la mythologie grecque mort d’avoir tenté de se rapprocher du soleil, mais avec les deux pieds bien plantés en terre, dans le réel et le présent. C’est chose faite, grâce à Panorama, car j’ai eu la joie d’animer avec François une session pour les lecteurs du journal au monastère de Bose, près de Turin. Retour sur ce temps fort.

Eglise du Monastère de Bose

Eglise du Monastère de Bose

Le principe était simple : transmettre l’outil de manière neutre, comme nous avons l’habitude de le faire, et proposer aux 57 stagiaires d’approfondir leurs découvertes à travers temps de silence et de prière, accompagnement par des moines et moniales de la Communauté, offices… Ainsi les domaines naturel et surnaturel seraient bien distincts grâce à la distinction des temps, des lieux et des personnes : chacun pourrait à sa guise et à son rythme faire les ponts intérieurs nécessaires.

Enzo Bianchi

Enzo Bianchi

Et c’est de manière très naturelle et harmonieuse que les choses se sont mises en place. Un thème était abordé en session, et la lecture spirituelle proposée à l’office s’en faisait l’écho. L’Évangile était proclamé à la messe et trouvait son incarnation dans l’étude qui suivait. Jusqu’à certaines clés de la pratique de la Lectio divina que nous donna Enzo Bianchi, fondateur de Bose, pour nous faire entrer plus avant dans l’intelligence des Écritures et son rapport avec la vie quotidienne de chacun.

Communauté de Bose

Communauté de Bose

Mais plus encore que les enseignements, c’est sans doute la prière commune avec les près de 80 membres de la Communauté, également répartis entre moines et moniales, qui servit de ciment invisible et de creuset intérieur. La messe quotidienne célébrée par le Père Paul, stagiaire, l’émouvante musicalité des psaumes en italien à deux voix mixtes trois fois par jour ; mais aussi la vie quotidienne partagée avec les frères et sœurs de Bose : repas, conversations, vaisselle, visites des ateliers d’iconographie… ont permis cet équilibre subtil entre les langages du cœur, du corps et de l’esprit dont parle le Pape François.

5_cropEntre nous, la dynamique du stage a fait naître une communion étonnante : trois jours après le début du stage, un groupe était né, des amitiés s’étaient tissées dans l’humilité, la bienveillance et la vérité. Point d’orgue de cette fraternité : la dernière soirée, consacrée à une veillée de prière, où Jean-Baptiste de Fombelle, rédacteur en chef de Panorama eut le génie de laisser à chacun l’initiative. Prières et chants spontanés, louange et intercession, psaumes et lectures de Saint Paul sont montés vers le ciel devant le Christ en majesté de l’Eglise de Bose, dans une communion simple, profonde et joyeuse. Chacun a pu déposer son fardeau, demander les grâces nécessaires et remercier de ce qu’il est, selon le psaume 139 : « C’est Toi qui m’as formé les reins, qui m’as tissé au ventre de ma mère ; je te rends grâce pour tant de mystère : merveille que je suis, merveille de tes œuvres. »

6Le tour de piste final manifesta avec émotion et sobriété les fruits de cette session : joie et paix reçues dans la contemplation du mystère de chacun, à travers une démarche humble et joyeuse de connaissance de soi. Nous sommes redescendus dans la vallée chacun – organisateur, animateurs et participants, différents de ce que nous étions à l’arrivée; avec des clés nouvelles pour mieux nous connaitre nous-mêmes et mieux comprendre les autres, une plus grande liberté intérieure.

« Gloria a te, Cristo risorto ! »

Homère et l’Ennéagramme

 

Homère

Homère

 

LE VOYAGE D’ULYSSE A LA LUMIERE DE L’ENNEAGRAMME

Par Xavier Villette
Consultant en relations humaines

De quand date l’ennéagramme ? Entre ceux qui prétendent que l’ennéagramme est la construction mentale d’un aventurier du XXème siècle, et ceux qui vont rechercher des traces chez les pères de l’Eglise, en passant par les soufis, par les mathématiciens musulmans du moyen âge… la liste des possibles est longue.

imgresCet été, j’ai eu l’occasion de faire un pas de plus sur ce sujet, en étudiant de plus près un des plus grands textes du patrimoine littéraire de l’humanité, l’Odyssée d’Homère. Une amie avait piqué ma curiosité en me parlant d’un coach américain, Michael Golberg, qui a écrit sur ce sujet. Je me suis donc armé d’un exemplaire de l’Odyssée, en français, et de deux ouvrages de Golberg, en anglais cette fois, et j’ai lu. C’est impressionnant. En voici l’histoire, un chapitre à la fois.

Chapitre 1 : Les mangeurs de Lotus ?

Ulysse quitte Troie, commet encore quelques massacres chez les Cicones, puis prend la mer sérieusement pour se rendre à Ithaque et retrouver Pénélope. Un voyage de quelques semaines qui va durer… 10 ans. Il fait une première étape chez les Lotophagesce peuple si gentil, sans conflits, mâcheurs de Loto, cette activité d’apparence anodine par laquelle ils se « narcotisent », au point d’oublier qui ils sont. Ils n’ont d’ailleurs guère de courage pour en sortir (acédie). Ce peuple ne vous rappelle rien ?

Chapitre 2 : Ulysse chez les Cyclopes

Laissant les Lotophages, Ulysse gagne donc le pays des Cyclopes. Changement de décor. Ici la nature est luxuriante et sauvage. Polyphème, puissant géant à œil unique, qui vit en maître de son petit univers, qui ne craint pas plus les dieux que ses adversaires, une sorte de force brutale, tout en excès, fort peu attentif aux dégâts collatéraux de ses colères. Son œil unique voit l’adversaire devant, mais pas sur les côtés. Trop sûr de sa force pour imaginer même qu’Ulysse puisse lui faire du mal, il ne peut être vaincu que par ruse. Une fois affaibli, il crie vengeance. La force brutale, le refus de se voir faible, l’excès, voyons, voyons…

Chapitre 3 : Eole, l’île qui flotte sur la mer

Ulysse reprend la mer et aborde sur les rivages d’Eole, l’île qui flotte au gré des vents, là où les habitants font la fête tous les jours, et vivent dans une attitude de joie apparente, toujours prêts à évoluer selon le vent, à saisir l’opportunité nouvelle. Ils regardent la vie du bon côté : pourquoi ce bonheur ne durerait-il pas toujours ? Leur roi aide Ulysse à partir. Il lui permet même d’avoir en rêve la vision d’Ithaque mais se préoccupe assez peu des modalités pratiques pour y retourner vraiment, par un long voyage. Ulysse est rejeté sur l’île, après une faute de son équipage, qui a transgressé les conseils du roi. Tant pis pour eux. Le roi s’est détourné de ce problème qui commence à le lasser. Ah, si tout le monde pouvait voir la vie du bon côté comme les éoliens !

Chapitre 4 : Méfiance en Lestrygonie

Ulysse repart et arrive en LestrygonieL’entrée du port est plus inquiétante qu’accueillante. On sent que la population vit dans une attitude de doute et de peur, a priori défensive. Elle craint toujours le pire. Le roi est paranoïaque. Il attaque et détruit la flotte d’Ulysse à titre préventif. Ulysse ne sauvera qu’un navire sur douze. Homère a une vision bien noire de ce peuple-là. N’a-t-il pas aussi de bons côtés ?

Chapitre 5 : Circé ou les connaissances de la sorcière

Alors Ulysse arrive chez la sorcière Circé qui vit cachée au cœur d’une forêt, un peu en ermite dans son palais (château-fort ?), entourée de lions et de loups. Mais on n’envahit pas Circé sans risque ! Elle accueille les compagnons d’Ulysse mais c’est pour les ensorceler et les transformer en porcs (dans la mythologie, le porc est un vorace, un glouton qui ne pense qu’à se remplir l’estomac. Il n’en a jamais assez). Circé piège ainsi ceux qui sont obnubilés par leur quête jamais assouvie d’approfondissement d’un champ étroit de connaissances. Ulysse ne se laisse pas prendre. Alors Circé partagera avec lui son savoir, lui révélera des secrets qui lui permettront de se rendre dans le territoire des ombres, puis de traverser le pays des sirènes, puis d’éviter les dangers de Charybde et Scylla. Le savoir de Circé est grand, et quand elle est bien disposée, elle le partage. Encore faut-il parvenir à passer ses défenses et savoir comment l’aborder.

Chapitre 6 : L’Hadès et les sirènes

Circé coache Ulysse. Grâce à ses informations précieuses, il va être capable d’entrer dans le monde terrifiant, noir, des ombres des morts. Il va affronter la mélancolie des morts, leur désir si fort d’être différents de ce qu’ils sont et de ce qu’ils ont été. Il saura se protéger de l’envahissement des émotions. Il parviendra à sortir de là, ayant trié en lui-même les émotions auxquelles il donne droit de cité, et celles auxquelles il renonce.

Ayant fait le tour de ses propres ombres intérieures, Ulysse peut naviguer de nouveau. Il traversera le territoire des sirènes, il saura écouter la beauté suave et insoutenable de leur chant qui lui dit : « nous savons qui tu es profondément ». Lié au mât de son bateau, il ne pourra pas en modifier le cap, et échappera à l’écueil mortel de ne se tourner que vers lui-même.

Chapitre 7 : Charybde et Scylla

De Charybde à Scylla, seul compte de gagner, les pertes sont inévitables. Voilà bien un lieu où le problème n’est pas de méditer sur ses émotions intérieures. Là il faut réussir. Seul le résultat sera vu et apprécié. Il faut aller vite, ne pas s’arrêter, naviguer en évitant les écueils. La trajectoire droite n’est pas forcément la plus efficace. Louvoyer un peu en fonction des dangers est bon, puisque cela réussit. Bien sûr, il y aura des pertes au passage. Mais business is business, Ulysse est prévenu et il devra bien s’y faire malgré ses résistances. Il n’a qu’à se mentir un peu à lui-même : de toute façon il n’y a qu’une seule solution, foncer. La vitesse est primordiale. 

Chapitre 8 : Calypso, prisonnier d’un amour possessif

C’est sur l’île d’Ogigie qu’Ulysse est resté prisonnier 7 années. Malheureux homme : emprisonné dans la douceur de la belle nymphe, de jour comme de nuit. Calypso l’a recueilli mourant. Elle a su ce qu’il lui fallait, elle a répondu à tous ses besoins sans même qu’il ait besoin de les exprimer. Elle l’aime et se donne à lui et pour lui. Une seule chose lui est refusée : partir. Il est prisonnier de cet amour possessif. Elle espère qu’en l’emprisonnant elle en obtiendra son amour en retour. Il faudra l’ordre supérieur de Zeus pour qu’elle le libère, et c’est seulement là qu’il l’aimera et qu’elle sera vraiment heureuse de l’aider gratuitement, en toute liberté. Amour, emprisonnement, liberté, don de soi aux autres…

Chapitre 9 : Les Phéaciens ou « faire les choses comme il faut »

Enfin, Ulysse aborde en naufragé l’île des Phéaciens. Là, les choses qui méritent d’être faites méritent d’être bien faites. Ulysse n’aborde pas en conquérant. Il respecte les usages. Il se conduit correctement et humblement. Secouru par Nausicaa, la fille du roi, il va se rendre au palais de son père. Un palais parfait, comme tout le reste ici. Le roi comprend qu’il est de son devoir moral d’aider Ulysse, et s’y met aussitôt. Avant de partir pour Ithaque, Ulysse devra se résoudre à participer aux Olympiades de ses hôtes, qui sauront le pousser à donner le meilleur de lui-même. Puis les marins du roi, parfaits navigateurs, amèneront Ulysse à Ithaque, malgré l’opposition de Poséidon. Perfection, rigueur morale, idéaux élevés, toujours faire bien ou même mieux…

Conclusion : de quand date l’enneagramme ?

Vous les avez reconnus : de 9 à 1, dans l’ordre inverse, les 9 étapes du voyage d’Ulysse correspondent exactement aux 9 types de l’ennéagramme, et dans l’ordre inverse. Le mot ennéagramme n’est jamais cité. Il n’existait pas d’ailleurs. Et puis nous sommes dans un poème. Mais tout de même, la correspondance ne peut pas laisser indifférent.

Revenons à notre question de départ. De quand date l’ennéagramme ? Je ne le sais toujours pas. Mais Homère, que l’on situe quelque part entre 900 et 700 avant Jésus-Christ, semble nous faire un clin d’œil : quelque chose de cette pensée sur la personne humaine était déjà connu à ce moment-là

Il reste que dans l’ensemble, ces 9 descriptions sont le plus souvent très noires, alors que pour ma part je pense qu’il y a quelque chose d’un talent particulier de chaque type qui est donné comme une grâce au monde. Il fallait peut-être, pour compléter ce regard attendre Jésus-Christ.

 

Traverser l’épreuve

thLA VIE EN BLEU
Martin Steffens
Marabout

Enseignant la philosophie à Metz, Martin Steffens a un nom de sprinteur belge spécialisé dans les classiques flandriennes. On le connaît comme un des jeunes auteurs chrétiens les plus prometteurs, notamment grâce à un savoureux Petit traité de la joie. Avec La Vie en bleu, il nous introduit à une belle réflexion sur le sens de l’épreuve. Sans connaître l’ennéagramme ni Vittoz, il aborde la question en philosophe de manière étonnamment proche de ce que nous livrent ces deux outils sur la question.

thLe titre du livre dit beaucoup de cette éthique du juste milieu, du juste positionnement que l’on aime chez Aristote. On connaît l’expression « la vie en rose » ou celle qui décrit son contraire, « la vie en noir ». A contrario de ces deux postures extrêmes, l’une niant l’épreuve, l’autre s’y laissant engloutir, Martin Steffens choisit le bleu : bleu des coups que nous recevons de la vie, bleu du bleu de travail que l’on doit enfiler pour apprendre à vivre. Car ce que propose Martin Steffens ici est un chemin de vie : accueillir l’épreuve, la traverser, pour en sortir plus vivant.

Ce livre sera d’une grande utilité pour certains types de l’ennéagramme, à commencer bien sûr par le type 7. Les personnes de base 7 sont expertes pour tourner la page de la souffrance, sans se laisser le temps de l’accueillir. Aux 7, Martin Steffens explique que nier l’épreuve, la souffrance, qui peut être de l’ordre du deuil le plus éprouvant mais aussi de la pénibilité la plus anodine, c’est nier une part de vie qui est en nous. Il décrit cette manie de positiver : « ce n’est pas grave », « ça ira mieux demain » qui n’est pas de l’ordre de l’espérance ou de la joie, mais du refus du présent réel pour un présent imaginaire ou un futur hypothétique. En 7, le risque est, en refusant l’émotion négative (tristesse, douleur, ennui), de se nier tout court. En voulant arracher l’ivraie de la vie, déraciner en même temps le bon blé. Cette stratégie qui est à l’origine de la fuite du 7 dans les plaisirs et dans les projets, lui interdit ce à quoi il aspire, la joie, qui ne peut être vécue que dans la conscience du moment présent.

Il me semble que ce livre ne s’adresse pas qu’aux personnes de base 7, mais très particulièrement aux trois bases que Riso et Hudson nomment les « types assertifs » : 3, 7 et 8. Chacun à sa manière évite si ce n’est la souffrance comme en 7, plus généralement l’épreuve. En 3, c’est celle de l’échec qui est niée. On sait que le 3 et le 7 sont les deux types qui ont le plus de mal à vivre les émotions négatives et notamment leurs deuils : en 7 car cela fait souffrir, en 3 car cela est un frein à l’efficacité. Tous les deux sont menacés de prendre d’un coup en boomerang, à l’occasion d’une épreuve parfois minime, tous les deuils non faits pendant leur vie. C’est alors le temps des larmes, ce qui est inconfortable mais sain, ou, plus problématiquement celui de la dépression et du burn-out. Les 3 et les 7 doivent apprendre avant d’en arriver là, à accueillir l’épreuve, mais aussi à ne pas en sortir trop vite. Laisser le temps à la vie de faire son œuvre, de creuser son sillon…

Cette problématique est moins caricaturale en 8 qui, en tant que base privilégiant le centre instinctif, est plus facilement dans le présent et qui n’a pas peur de la souffrance. Mais il y a en 8, un profond déni de sa propre vulnérabilité qui verrouille la porte devant toute expression de faiblesse, ce qui constitue une manière très puissante de nier l’épreuve. Les 8 donnent souvent l’image de personnes fortes qui ne souffrent pas alors qu’elles se violentent profondément en niant la sensibilité et la vulnérabilité qu’elles croient ainsi protéger.

On pourrait dire que l’épreuve est pour chaque base de l’ennéagramme une occasion d’accueil de ce que mon ego a toujours voulu fuir : la possibilité de commettre une erreur en 1, l’éventualité de ne pas être aimé en 2, la confrontation à l’échec en 3, la banalité de la vie ordinaire en 4, l’hypothèse de ne pas tout comprendre en 5, la présence perpétuelle du danger en 6, les occasions de souffrance en 7, ma propre vulnérabilité en 8, l’existence du conflit en 9. Ainsi, l’ennéagramme nous apprend à repérer ce qui, au sein de notre existence, représente l’épreuve majeure et qui, pour une personne d’une autre base que la nôtre pourrait sembler anodin, ou du moins, pourrait être traversé plus facilement. Il nous apprend où se situe le nœud de notre humanité, où le combat spirituel s’engage. Car comme le dit le Père Pascal Ide, ma base de l’ennéagramme est l’endroit où je suis le plus béni, celui de mon talent, mais elle est aussi celui où je suis le plus attaqué, blessé, pécheur.

Apprendre à traverser l’épreuve est un défi de chaque jour, dans les petites et grandes circonstances de l’existence. Si l’ennéagramme nous donne une carte et une boussole pour nous orienter dans les méandres de notre vie intérieure, la méthode Vittoz nous donne les moyens de cette traversée. En apprenant à vivre l’instant présent par le biais du corps et de ses sensations, il devient possible de mettre à distance le mécanisme de notre type qui n’a pour but que d’éviter la confrontation à l’épreuve majeure de notre personnalité. Accueillir ce qui est, y compris ses propres réactions inappropriées, et cela sans jugement, permet à chaque type de vivre l’épreuve qui lui est propre en la mettant à sa juste place : sans la nier ni la dévaluer, mais sans la surjouer non plus. Ce faisant, cette démarche qui spirituellement évoque celle de l’abandon, est le chemin de la vraie joie.