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Saint Louis et la base 1

saint-louisSAINT LOUIS
Un archétype* de base 1

Il est le modèle du monarque saint et droit et l’image d’Epinal nous le montre rendant la justice sous un chêne à Vincennes. Saint Louis, roi à la morale rigoureuse, sobre jusqu’à l’austérité, appelle assez naturellement l’hypothèse de cette base 1 de l’ennéagramme qui, ne l’oublions pas, forme avec la base 4 et la base 7 la triade des idéalistes.

Rien n’est jamais trop bien fait ni trop élevé pour une personne de base 1 qui poursuit un idéal de perfection, comme celles de bases 4 recherchent l’absolu et celles de base 7 le plaisir : de manière insatiable et, du coup, toujours insatisfaite. Un exemple : sa volonté de rendre à l’Angleterre certaines terres qu’il aurait pu garder suite à ses victoires guerrières. Par son attitude, saint Louis se veut toujours exemplaire.

Il dérange dans l’univers de la cour. Il mange sobrement, ne boit presque pas, s’habille de manière simple et s’il n’y avait un rang royal à tenir pour l’honneur de la couronne, il vivrait pauvrement à la manière franciscaine. Il y a là une ascèse familière à la base 1, un respect aussi des règles de l’Eglise : il jeûne, peut assister à trois messes par jour, récite la liturgie des heures avec les moines. Parfois, cela peut l’amener jusqu’au scrupule : quand il visite un monastère, il demande à genoux aux moines de prier pour le salut de son âme. Comme s’il n’en faisait jamais assez.

Et pourtant, il ne se contente pas d’être un parfait chrétien : il gouverne et il réforme. Notamment les mœurs de son temps. Il interdit que ses représentants s’enrichissent dans l’exercice de leur mission. Il y a chez lui une intransigeance qui va jusqu’à l’excès. Il est terrible avec les blasphémateurs qu’il punit avec une sévérité extrême. On lui doit aussi le tristement célèbre port de la rouelle par les Juifs : d’ailleurs, en cela il n’innove pas mais il suit les consignes du concile de Latran. En base 1, on applique les règles à la lettre, et souvent de manière maximaliste.

Cette hypothèse de la base 1 ferait de saint Louis un représentant de la triade instinctive, avec la base 8 et la base 9 : le corps est premier. Ce qui ne signifie pas qu’il fût dépourvu de cœur et de raison, loin s’en faut, mais c’est par le corps d’abord et à travers des gestes concrets qu’il entend agir sur le monde. Il lave les pieds des pauvres à genoux, à l’exemple du Christ. Il aime s’asseoir à même le sol pour écouter une méditation et vénère les reliques. Il porte un morceau de silice en carême, bien que, sur ordre de son confesseur auquel il obéit, il se limite car ce n’est pas l’usage pour un roi. L’action est première chez lui. Pour preuve les Croisades : il y passe la moitié de son règne, ce qui pour un roi est peu sensé (il est vrai cependant qu’il trouve en sa mère Blanche de Castille une régente parfaitement fiable). Saint Louis agit et il agit de la manière la plus parfaite qui soit.

C’est de cette intelligence corporelle que pourraient venir son apparence souvent paisible et cette puissance tranquille. Pourtant, tapie au cœur de la base 1, le secret de l’énergie est bien la même colère qu’en base 8. Regardons comme il sait s’opposer aux tentatives d’ingérence de la papauté dans ses affaires temporelles : il s’y oppose avec force. La grande différence avec la base 8, c’est que chez saint Louis cette colère est rentrée, elle ne s’exprime que très rarement car se mettre en colère ne se fait pas… d’où une indignation permanente qui lui fait vomir blasphémateurs, voleurs et surtout ceux qui oppriment les faibles. La plupart du temps, rien n’apparaît et il pourrait manquer de spontanéité car il a une totale maîtrise de lui, qui fera d’ailleurs dire à son compagnon Joinville qu’il ne sait pas témoigner assez d’affection à sa femme.

Homme de devoir, amoureux de la simplicité et de la tâche quotidienne, sobre et humble, le cœur de la quête de Saint Louis est de participer – à sa mesure – à l’amélioration du monde, au risque de l’intransigeance et jusqu’à y laisser sa vie. Chaque personne de base 1 peut trouver en lui un modèle et un frère, avec les mêmes combats et les mêmes talents, dans leur ordre : c’est en cela que les archétypes peuvent être une lumière et un soutien. L’Eglise demande à tendre à toutes les vertus mais à ne pas imiter les saints. Serait-ce aussi qu’à prendre pour modèle un saint ou une sainte qui n’aurait pas les mêmes ressorts que nous, nous prendrions le risque du découragement ?

Vous pouvez retrouver le portrait développé de Saint Louis et d’autres figures archétypales dans Les grandes figures catholiques de la France de François Huguenin, chez Perrin, 2016.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

Métaphore de la base 1

Paris - mai 2014

LA NEIGE

par Géraud, de base 1

C’est l’hiver. Le ciel et la terre sont sales. Tout m’apparaît en désordre : ces feuilles éparses, ces branches nues et tordues, ce vent qui siffle, ces fumées de cheminée qui s’agitent comme des folles… Moi, la neige, je dois corriger ces teintes tristes, répandre le silence, geler les mouvements : je serai intraitable, je tomberai dru jusqu’à ce que tout soit recouvert de mon épais manteau blanc !

Je lâche donc avec une régularité de métronome mes flocons silencieux en bataillons disciplinés, toujours plus nombreux et lourds, afin de tout remettre en ordre, atténuer les caprices des courbes du terrain et ensevelir toute saillie un peu trop orgueilleuse. Je veux que tout soit parfait : toute trace sur l’immaculée surface est rapidement recouverte, avec une sorte de mépris têtu qui exaspère. Je suis si tenace que bientôt, plus rien ne bouge, c’est le grand silence blanc de la neige. Gare à celui qui viendrait troubler l’ordre ainsi établi : il m’irrite tant que je suis capable de le recouvrir d’une avalanche furieuse !house-covered-with-snow-in-the-mountains-in-the-forest_1600x900

Lorsque je laisse éclater ma colère trop longtemps maîtrisée dans une tempête cinglante et inattendue, le vent me saisit et m’emmène là où je ne veux pas aller : alors, quand tout retombe, c’est le chaos, tout est à recommencer. Au contraire, lorsque je me laisse conduire par le vent serein, quelle élégance dans les courbes et les ondes blanches que je dépose ! Mais cette tension de toutes mes ressources pour maintenir cette virginité recréée m’a épuisée. Et je ne suis pas satisfaite : cette perfection manque de vie…

Alors, je frappe doucement au carreau des chaumières, d’où émane la chaleur du foyer : là, je suscite le plaisir d’être ensemble, autour de l’âtre rougeoyant et d’un bon repas. On se rencontre, on se confie et on s’entraide. Il faut dire qu’ils ont le temps : sous la neige toute vie est ralentie. J’invite à la contemplation, à l’harmonie et aux discussions feutrées et douces.

Généralement, j’ai plutôt peur du soleil : il détruit mon travail et surtout, il met la pleine lumière sur les imperfections qui subsistent. Mais je vois aussi que lorsqu’il paraît, je suis toute étincelante et pare les collines d’une belle robe d’argent. Les joues sont roses, on a envie de courir les sommets, d’emplir ses poumons d’air frais et de se rouler sur mon matelas moelleux ! Je fonds d’émotion… Et si je me laisse surprendre par la légère chaleur du printemps, je m’étourdis à force d’humer les effluves de la terre, d’admirer les couleurs de la vie et d’écouter le bourdonnement des abeilles…

Au fait, l’abeille ferait aussi une belle métaphore de la base 1, non ?

Downton Abbey à la lumière de l’ennéagramme

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Il y aurait bien à dire sur cette série déjà culte, et notamment sur la finesse de sa qualité de reconstruction historique et sociale, sa réussite esthétique : décors, costumes, scénario, dialogues, réalisation, mais surtout photo et qualité du jeu des acteurs. Nous choisissons ici d’aborder Downton Abbey par le versant de l’ennéagramme. Une telle palette de caractères suivis dans la durée et au gré de circonstances diverses est pain béni pour qui s’intéresse aux ressorts de la personne, sans interprétation ni jugement

Pain béni parce que la délicatesse de l’ennéagramme vient du fait que, selon la déontologie de la tradition orale, seule la personne peut attester de sa base car elle seule connait ses motivations propres. Prétendre les connaitre mieux qu’elle-même peut être non seulement blessant mais surtout servir de prétexte de toute puissance à notre ego. Or, aucun risque de ce genre n’est pris avec un personnage de fiction : toute liberté nous est donnée de le prendre comme objet d’étude afin d’affiner notre connaissance des caractères humains. Bien plus, il peut nous permettre de nous remettre nous-mêmes en question en nous interrogeant sur la raison qui nous fait réagir à tel ou tel personnage : si Lady Mary ou Isobel me sont tellement antipathiques, que cela veut-il dire de moi ? Qu’est-ce qui fait que je comprends si bien Lord Grantham ou Branson ? Pourquoi suis-je tellement touché(e) par Lady Sybil ou Lady Violet ?

En guise de préambule, nous voudrions prendre quelques précautions :
Toutes nos hypothèses sont… des hypothèses : elles sont le fruit de notre expérience mais aussi de ce que nous sommes. Personne n’est à l’abri d’un prisme trop étroit ! Et nous évoquerons seulement les types des personnages qui nous seront apparus avec une relative clarté.
– Nous tacherons de nous appuyer principalement sur les deux premières saisons afin d’éviter de révéler à ceux qui n’ont pas encore vu les saisons 3 et 4 la mauvaise expérience des spoilers.
– Toute la série est colorée de l’esprit de la société anglaise des années 1910-1920. On y retrouve le côté distant, réprimant ses émotions de la culture anglaise qui a souvent fait typer l’Angleterre comme une société de base 5. C’est donc une sorte de sur-couche 5 qui vient colorer chaque caractère et sans doute tempérer les plus extravertis. Par ailleurs, l’enjeu de la série étant la pérennité du titre et du domaine de Dowton, cette responsabilité rejaillit avec une teinte de base 6 sur les personnages principaux, que ce soit au sein de la famille Crawley ou même chez les domestiques.

19Lord Grantham, Robert Crawley, semble un assez bel exemple de type 9. Il n’aime pas être bousculé, apprécie plus que tout son confort et l’atmosphère – normalement – paisible du château. Sa présence à elle seule apaise et rassure. Plus que tout, il recherche l’harmonie et la paix. Il déteste les conflits et a du mal à s’opposer. Alors que la solution du mariage de Lady Mary avec Matthew apparaît comme la plus évidente, il ne fera rien pour influencer le choix de sa fille. C’est un rassembleur, un homme de consensus comme le montre son accueil paisible du nouvel héritier du nom. Mais l’on pointe en même temps le défaut du 9, dans une tendance à procrastiner au lieu d’agir : alors que son entourage le pousse à étudier une possibilité légale pour contester l’héritage de Matthew, il ne bouge pas. Sa force d’inertie est patente, mais s’il est bousculé (par exemple par l’attitude de sa benjamine Lady Sybil), ses colères peuvent être redoutables, quoique légèrement décalées. Une aile 8 et un sous-type en survie ne seraient pas impossibles.

8Son épouse Lady Cora pourrait être un bel exemple de type 4, dans un monde où l’expression de l’émotionnel est bridé. Bien que jouant admirablement son rôle de comtesse (en activant une flèche 1 tellement utile aux 4 en responsabilité), elle garde sa spécificité et son indépendance d’esprit. Elle n’oublie pas qu’elle est américaine et cultive cette différence avec tact. Même si elle joue le jeu de la haute société et de ses traditions corsetées, si elle met tout en place pour ne pas laisser paraître ses up and down (notamment au moment de la perte de son bébé), son regard ne trompe pas : tour à tour ému, tendre, bienveillant, il peut se faire cinglant et indigné. Beaucoup de choses passent chez elle par le non verbal car il ne s’agit pas ici de mentaliser comme en 5/6/7, la communication se fait par le cœur.

3Autre planète, celle des personnes de base 6, avec un personnage légendaire, la comtesse douairière, Violet Crawley, magistralement interprétée par Maggie Smith. Humour à couper au couteau, réparties assassines, elle défend le clan Crawley avec une fidélité sans faille et un sens du devoir inoxydable. Les rapports de Lady Violet et Lady Cora pourraient bien être emblématiques des relations 4-6 : là où l’une parle d’amitié et dialogue du regard, l’autre répond stratégie et envoie des piques en guise de manifestation d’affection.

16Dans les filles Crawley, laquelle préférez-vous ? Lady Mary est un des personnages les plus complexes de la série. Du feu sous la glace. Il se pourrait bien qu’elle constitue un bel archétype de base 3. Elle se dit « sans cœur », elle agit en pragmatique, mais on la sent à plusieurs reprises touchée au cœur. Ses aventures tournent autour de la problématique du mensonge et de la vérité, et d’abord vis-à-vis d’elle-même. On est en plein dans la tension intérieure de la base 3 qui, au cœur de la triade émotionnelle, évite ses émotions pour ne pas nuire à ses objectifs. Le mot challenge allume des étincelles dans ses yeux et son apparence est importante, plus précisément l’image que l’on peut avoir d’elle. Elle s’adapte à ce qu’elle croit que l’on attend d’elle avec parfois une innocence déconcertante. D’où le séisme que constitue son aventure avec M. Pamuk. Elle pourrait avoir une forte flèche 6 qui peut la conduire, pour le meilleur à refuser un certain conformisme 3, ou pour le moins bon à être bien indécise dans ses affaires de cœur.

6Lady Sybil, la benjamine, pourrait être une belle représentante de la base 7. Elle étouffe dans le cadre contraignant de Downton et elle a besoin de s’en évader. Tout est bon pour cela : apprendre à cuisiner, chercher du nouveau dans l’excitation des mouvements politiques, devenir infirmière pendant la guerre, faire sauter les cadres avec Branson… Elle met ainsi en lueur cette curieuse mais récurrente confusion possible entre les personnes de base 7 et 2 : même dynamisme, même souci de faire plaisir, même goût de l’occupation (pour ne pas s’ennuyer en 7, pour aider en 2) ; avec cette spécificité en 7  de vaquer dans le monde de la souffrance des hôpitaux sans en paraître affecté. Un besoin de liberté conjugué à une légèreté qui pourrait parfois être superficielle. Sa fugue avec Branson est emblématique : elle accepte de revenir pour quelques jours chez elle afin de ne pas trop peiner ses parents et par conséquent de ne pas trop souffrir… tout en garantissant sa porte de sortie !

29 (2)Branson… idéaliste, homme du tout ou rien, il ne vit que par sa passion pour ses idées puis par sa passion pour Sybil : leurs points communs ? La fuite de la routine et du figé, la recherche du nouveau, le combat pour des causes belles mais un peu utopistes. La suite de la série ouvrira sur la possibilité d’un sous-type social du type 4 : tiraillé entre son désir de singularité et son aspiration à être reconnu à Dowton, il est en permanence habité par la honte de n’être pas de ce monde-là tout en désirant en être et en travaillant à sa pérennité.

5Venons-en à notre héros, Matthew, vraisemblablement de type 5 – comme le pays à l’origine de la série, tiens, tiens… Son arrivée à Downton est assez symptomatique. Il manifeste son souci d’indépendance de manière nette : besoins matériels minimalistes, jalousie de son intimité, il a du mal à dépendre des soins d’un valet et n’y consentira que par délicatesse pour Lord Grantham. Sa visite de l’église avec Lady Edith est délicieuse : alors que la jeune fille cherche à établir du lien, Matthew est là pour échanger informations et connaissances culturelles… Discret et sensible, un sous-type en tête-à-tête pourrait expliquer son cœur passionné mais ne va pas jusqu’à lui permettre de déclarer sa flamme. Pas étonnant que les relations amoureuses entre Lady Mary et lui mettent du temps à se mettre en place avec deux bases, 3 et 5, qui ont pour souci premier de se protéger des manifestations émotionnelles…

20Le monde des domestiques est dirigé par deux magnifiques personnes de type 1 : Carson et Madame Hughes ! Rien n’est laissé au hasard par l’un ni par l’autre : véritables chefs d’orchestre d’un monde qu’ils voudraient toujours plus parfait, ils assurent le bien être et la bonne place de chacun jusque dans les moindres détails. Le travail est la valeur suprême et la colère intérieure est là, dans le regard ou dans l’expression quand les personnes ou les choses ne sont pas à leur place, mais elle ne sort que de manière maîtrisée. Le sens du devoir les pousse à sans cesse se sacrifier, jusqu’à pour Madame Hughes renoncer au mariage et pour Carson jusqu’à s’éreinter à la tache et n’écouter la fatigue de son corps que quand celui-ci le lâche. Au fur et à mesure des saisons, nous les voyons évoluer grâce aux ressources additionnelles de leurs flèches 4 et 7, vers moins de rigidité et plus de légèreté. On se prend à espérer que lors des saisons suivantes, ils puissent faire preuve de la même tendresse vis-à-vis d’eux-mêmes que celle qu’ils manifestent l’une à Ethel, l’autre à Lady Mary…

7Bates est un personnage énigmatique. D’une loyauté infaillible (jusqu’à laisser croire au comte qu’il le trahit pour ne pas le mettre en difficulté), son regard est d’une grande douceur et il ne tarde pas à attirer la compassion et l’amitié de – presque -tous. Pourtant, tout un pan de sa vie échappe et le peu qui affleure laisse envisager une violence latente. C’est comme s’il gardait jalousement un jardin secret, comme s’il craignait une lumière dont il ne pourrait pas maîtriser les effets. « Je suis un inquiet et les inquiets s’inquiètent » laisse-t-il échapper. Nous pourrions être face à l’ambivalence bien caractéristique de la base 6. La suite nous en dira sans doute davantage…

30Anna sa bien-aimée, attentionnée et compréhensive, pourrait être de type 2. Mais c’est Isobel, la mère de Matthew, qui remporte la palme dans ce domaine, avec vraisemblablement une aile 3. Incapable de retenir sa pulsion d’aider les autres jusqu’à prévenir leurs besoins avant qu’ils n’en aient eux-mêmes conscience, son incroyable énergie fait sa force et sa faiblesse. Sa force, car elle sait d’instinct ce qui peut sauver tel malade, transforme Dowton en hôpital de campagne pendant la guerre, sait repérer les talents et les mettre en valeur. Sa faiblesse, car elle a du mal à se donner des limites, finit par étouffer son entourage et succombe à la tentation de se vouloir indispensable. « Vous comprendrez que j’ai besoin d’un minimum de reconnaissance pour rester », dit-elle à Lady Cora. Il ne sera pas difficile à cette dernière de trouver le moyen de lui faire développer ses talents loin de Dowton Abbey…

4Thomas et O’Brien sont les âmes damnées de Downton. Thomas semble illustrer un type 3 sans scrupule : manipulateur et fourbe, il met tout en oeuvre pour la réussite de sa promotion. O’Brien, beaucoup plus mentale, pourrait être de type 6, à aile 5. Calculatrice froide, elle anticipe avec virtuosité, mais elle est parfois victime de ses projections abusives. Le scénario catastrophe qu’elle construit à l’encontre de Lady Cora et qui lui fait croire que celle-ci veut se débarrasser d’elle, est typique.  A la différence de Thomas, le remord a de la prise sur elle et elle mettra d’autant plus d’énergie à être loyale à Lady Cora qu’elle aura été coupable du pire vis-à-vis d’elle.

imagesEt pour finir, comment ne pas voir en base 8 l’inénarrable cuisinière Mrs Patmore ? Colérique, d’une énergie incroyable, elle œuvre à masquer ses faiblesses et protège, à sa manière, sa petite équipe. Dans un autre univers, sir Richard, puissant patron de presse et fiancé de Lady Mary, serait un 8 dominant, ne respectant aucune règle, à la finesse discutable et qui envisage toutes les relations à l’aune des rapports de force.

6Que nous dit aujourd’hui cette grande fresque des personnalités en matière de connaissance de soi et de compréhension des autres ? La première évidence, c’est que toutes les bases sont belles : il n’y en a pas de bonne ou de mauvaise. Chacune a sa part d’ombre et de lumière, contribue à la beauté du monde et lui apporte sa vision et ses compétences. Quelle qu’elle soit, nous restons libres d’en user pour le meilleur ou pour le pire.

9De la même manière, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise alliance des bases : le secret d’une alliance réussie passe par la reconnaissance de ses propres talents et failles et l’accueil de l’autre tel qu’il est. Comment ne pas penser que plusieurs des situations de blocage de la série auraient pu être évitées si les protagonistes avaient eu conscience de ce qui les animait l’un l’autre ? C’eut peut-être été dommage en l’occurrence : on ne fait pas de bonnes séries sans bons imbroglios !

Mais dans la vraie vie, mieux se connaître soi-même permet de développer ses talents propres en se gardant des dommages afférents et mieux comprendre l’autre aide à la miséricorde et pourquoi pas, à la compassion. On aime encore mieux les personnages sympathiques quand on connait leurs ressorts. Et même les plus antipathiques, lorsque leur lutte intérieure est entraperçue, n’ont plus le même visage à nos yeux.