Le lion : métaphore de la base 8

154953_145397025510588_5476222_nLE MONDE DU LION

par Axelle, de base 8

Au commencement, une affaire de territoires…

Nous les les lions, nous avons chacun un territoire, plus grand que celui des autres et bien défendu. Il est en effet entouré de hauts remparts en granit avec sur le haut des tourelles des catapultes. Au centre de son territoire, le lion règne. Il règne avec dans sa main droite un glaive brandi ou rangé dans son fourreau, c’est selon…

lionEn face, les autres animaux possèdent un territoire rikiki, mal défendu par des barricades en bois vermoulu et eux mêmes sont ridiculement armés d’un couteau à bout rond en plastique. Par conséquent nul ne peut envahir notre territoire mais il nous est aisé d’envahir le territoire d’autrui.

Si quelqu’un nous cherche noise, nous bondissons à la vitesse de l’éclair sur le territoire de l’autre afin de le neutraliser, de le mettre hors d’état de nuire. Sachez bien qu’un lion aussi apaisé et doux soit-il devenu, aussi saint, consacré à la protection des autres, aura toujours, toujours marqué sur son front : « tu ne peux pas envahir mon territoire, en revanche, si tu cherches à me nuire, je peux envahir le tien et te mettre en charpies ». Même quand nous nous promenons tranquillement dans la savane, en pattes de velours, saluant avec chaleur tous ceux que nous rencontrons, nos griffes rétractiles demeurent prêtes à sortir, au cas ou. Le postulat de base est simple et nulle vanité n’est à la source de ce constat : nous les bébés lions, nous naissons comme cela et nous nous sentons rassurés pas ce sentiment jouissif de puissance, cela nous donne l’impression de n’avoir peur de rien et que le monde nous appartient…

Les autres animaux nous reprochent nos fortes colères et nombre de gazelles se plaignent amèrement d’avoir été dévorées… Mais pourquoi aussi nous poussent-elles à bout ? Ce monde est peuplées de gazelles inconséquentes qui nous poussent à bout et viennent ensuite pleurnicher et jouer les victimes et parfois même se lancer dans des représailles d’une lâcheté pitoyable, ah là là !!! (Oui, c’est comme ça qu’un lion pense…)

Sérieusement, je vais vous dire ce qu’est une colère de lion : une colère de lion, c’est un boulet de canon qui part avant même que nous ne puissions l’interrompre. C’est un problème !

Dans un combat contre nous, l’autre est cruellement blessé parce que son territoire a été envahi et qu’il se retrouve griffé, voir dévoré, anéanti. Certains autres animaux en colère, d’une colère aussi forte, ne font que défendre leur territoire, ils se sentent ensuite blessés par le combat car on a attenté à leur intégrité. Ils se sentent justes, dans leur bon droit. Colère offensive contre colère défensive, ce n’est pas la même chose…

Le lion ressort indemne de sa colère car son territoire est demeuré inviolé et il se sent coupable car il sent qu’il a bafoué le territoire d’autrui…. Moi, lionne hypersensible, je ressens alors une forte culpabilité mais un autre lion plus éloigné de sa sensibilité peut juste ressentir un petit malaise… vite masqué par une nouvelle colère : il en veut à l’autre de l’avoir poussé à le blesser ! Car un lion gentil ne veut pas blesser. Si un lion se sent indifférent ou même satisfait après un combat, il faut faire attention : ce lion est en train de devenir dangereux, il risque de devenir un lion méchant, insouciant de sa force de frappe et jouissant de son pouvoir d’écrasement.

Le lion est blessé par les conséquences du combat : certaines gazelles ne veulent plus le revoir !!! Un lion gentil est souvent en train de demander pardon… Et par quoi est provoquée la colère du lion ? Bien souvent par un intolérable sentiment d’impuissance, aussitôt rejeté, toutes griffes dehors.

Nous les lions, nous savons bien qu’il se promène sur la Terre des créatures « armées » et des créatures « désarmées », des animaux qui ont des griffes et des crocs pour se défendre et d’autres qui n’ont que des poils et des plumes ou même qui sont nues !!! (abomination de la désolation…). Ceux qui ne peuvent pas se défendre sont la proie des panthères noires et cela arrive parce que la Terre est peuplée en grand nombre d’un certain animal qui laisse faire les panthères noires au lieu d’intervenir. Nous appelons ces animaux lamentables des « moules cuites ». Nous ne pouvons pas les sentir, nous les vomissons. Nous aimerions en faire de la chair à pâtée et les manger en sauce au poivre. Nous, nous sortons les griffes pour défendre la moindre créature sans défense qui a besoin d’aide devant nous et nous souffrons grandement de penser qu’il existe sur la Terre une si grande quantité de créatures nues qui n’ont pas de défenseurs.

On nous trouve courageux car nous prenons aisément des risques, parfois trop de risques aux yeux des autres mais nous somme très bien guidés par notre flair légendaire : nous sentons à qui nous avons affaire à chaque rencontre, nous sentons ou il y a de l’eau et si cette eau est toxique ou non, nous sentons quel chemin est le plus adéquat dans la savane…

Nous avons une grande faculté de neutraliser une créature féroce également par la douceur, eh oui ! En effet, surtout si nous avons appris à devenir maître de nos griffes et de nos bonds, nous sommes capables d’intervenir tranquillement au cœur d’une mêlée de loups déchaînés et de calmer le jeu. Rien de tel qu’un lion serein et maîtrisé pour imposer un calme souverain. Sauvages, nous savons apprivoiser les animaux sauvages.

Mais la plupart du temps, la vie se déroule en faisant patte de velours, dans la joie de se rencontrer et de vivre des choses fortes avec nos compagnons : aller chasser ensemble, manger, conquérir de nouveaux territoires, jouer, faire des petits et se prélasser au soleil… Oui, nous aimons la vie, nous aimons férocement la vie, nous aimons férocement aimer et tenir l’élu de notre cœur dans nos bras, nous aimons férocement jouir de notre liberté, nous aimons férocement manger, boire, acquérir de nouveaux savoirs, connaître de nouveaux mondes, nous avons faim, nous avons faim de tout. Inutile de dire que lorsque nous avons décidé de manger quelque chose, nous sommes prêts à tous les combats pour l’obtenir mais bien souvent il y a reddition avant même que nous ayons besoin de nous battre… Quant à ceux qui songent à se mettre en travers de notre route, il va sans dire qu’ils risquent gros.

Sommes-nous vraiment courageux ? Si le courage est de surmonter sa peur, bien souvent nous ne le sommes pas malgré les apparences car il est rare que nous sentions la peur à l’extérieur de nous. En effet, l’Ennemi est à l’intérieur. Oui à l’intérieur de nos solides murailles, demeurent une créature cachée qui nous terrifie.

Là se trouve notre peur véritable, celle que personne ne peut voir de l’extérieur et que nous mêmes ne regardons pas. Nous pensons qu’elle est tellement dangereuse que nous avons décidé d’ignorer totalement son existence.

Quant un lion est en quête de vérité, il décide de parcourir enfin son propre et vaste territoire et il découvre qu’il existe au cœur de chez lui une forêt inconnue ou habite une créature terrifiante. Là se pose le choix : pénétrer au cœur de la forêt touffue afin d’affronter cet Ennemi ou se détourner de l’aventure et rester tourné vers l’extérieur, en sécurité. Si le lion relève le défi de pénétrer à l’intérieur de lui-même, il découvre ce que c’est que le vrai courage, chaque pas vers l’Intérieur le terrifie d’avantage et il n’est pas rare qu’à ce stade le lion devienne plus agressif qu’il ne l’est à l’ordinaire ! Peu habitué à la sensation de peur, il réagit contre elle par la colère. C’est le temps du Vrai Combat.

Enfin, il arrive, il sent qu’il arrive au cœur et il se demande qui peut bien être cette créature si abominable qu’elle lui fait perdre toute sa superbe . Nous y sommes : c’est un agneau, un agneau faible et tremblant, transi de froid dans sa solitude et saignant des plaies causées par les coups de griffes du lion lors de ses crises enragées contre lui–même. Oh le regarder enfin, l’apprivoiser, panser ses plaies, le prendre dans ses bras, le lion et l’agneau l’un contre l’autre. Rien ne sera jamais plus comme avant.

Au commencement, un territoire. Au cœur, un Agneau. Nous les lions, nous avons vocation à prendre un agneau dans nos bras.

mardi 19 novembre 2013

 

 

 

Des hommes d’Eglise en parlent



Monseigneur de Roo, évêque émérite du diocèse de Victoria, le Père Pascal Ide, prêtre de l’Emmanuel au diocèse de Paris, docteur en médecine, philosophie et théologie, Norbert Mallet, philosophe, consultant et chrétien convaincu et Etienne Séguier, journaliste à La Vie en charge de la rubrique spiritualité se sont rencontrés  à La Procure le mardi 5 novembre 2013 pour parler du rapport entre l’ennéagramme et la foi chrétienne.

Une soirée d’exception où l’écoute mutuelle fut au centre et les questions de fond creusées. Une salle comble, dont la soif confirme le besoin de repères en matière de connaissance de soi et la fécondité de l’articulation entre connaissance de soi et vie de foi.




Elargis l’espace de ta tente

imagesELARGIS L’ESPACE DE TA TENTE
Etienne Séguier
Empreinte temps présent

On pourrait penser qu’il s’agit d’un énième livre sur l’ennéagramme. Et bien non. Étienne Séguier nous présente l’ennéagramme de manière simple mais il ne s’arrête pas là. Son but est de permettre un lien entre l’outil de connaissance de soi qu’est l’ennéagramme et la foi chrétienne.

 

Etienne Séguier

Etienne Séguier

Sous la houlette du prophète Isaïe, il s’agit avec l’ennéagramme, d’élargir l’espace de sa tente.  Et c’est bien là le but de l’outil : prendre conscience du prisme qui nous enferme pour accueillir d’autres facettes qui en nous ont trop longtemps été délaissées.  Pour chaque base de l’ennéagramme, un chemin spécifique peut conduire vers un élargissement du champ, dans des domaines aussi divers que la connaissance de soi, l’accueil de l’autre ou notre vision de Dieu.

Avec pour but ultime de laisser l’espace suffisant pour le passage de la grâce.

Métaphore du chemin

5JEAN GIONOQue ma joie demeure
Le livre de poche, pp. 435-436

« Quand on est sur le sommet d’une colline et que l’aube n’est pas encore arrivée. Et votre chemin s’en va devant vous, et vous ne pouvez l’imaginer tout plat parce que devant vous c’est la nuit où tout peut s’inscrire.

Mais, peu à peu, le jour monte, et voilà que maintenant vous voyez d’abord devant vous un vallon qui s’approfondit, puis, de l’autre côté, la terre qui remonte et derrière cette terre d’autres vallons, puis des montagnes, et des sommets et des sommets jusque par-delà le ciel.

Je ne manque pas de courage. Les hommes ne manquent pas de courage. Je pense que je vais descendre le vallon, remonter la terre de l’autre côté et peu à peu avec mon courage, avec ma force, et mon espoir, je monterai mon chemin sur les plus hautes montagnes.

Mais, maintenant, de plus en plus il y a le jour ; et de plus en plus sous moi le vallon s’approfondit. Le premier vallon, celui qui est tout près de moi, celui qui tout à l’heure était plein de nuit et qui portait le chemin que je m’imaginais raide comme une tringle à travers l’air, voilà qu’il se creuse et qu’il se creuse. Ce que je croyais tout à l’heure être le fond n’était qu’une nappe de brumes ; le fond c’est encore bien plus profond par en bas dessous.

Et voilà que maintenant dans la lumière qui est plus claire vous voyez sur les parois de cette pente les buissons et les taillis, et les forêts et les épines, et la course des bêtes, et la traverse des ravins, et les murailles de rochers, et de plus en plus la lumière devient claire, et quelque chose vous dit qu’elle peut continuer à s’éclaircir de moment en moment jusqu’au fond de l’éternité sans jamais s’arrêter de vous faire découvrir de plus en plus des épines et des murailles, et des obstacles, et des attaques, et des traverses, et des empêchements.

DSC07324Voilà que vous ne pensez plus à monter sur les cimes, là-bas loin où la lumière étincelle pourtant comme les bonds d’une chèvre blanche. Voilà que vous ne pensez même plus que votre force, et votre courage, et votre espoir vous permettront seulement de descendre dans le premier vallon qui d’instant en instant s’approfondit, mais voilà que maintenant vous criez en vous-même comme un désespéré : « Que je fasse seulement un pas devant moi. C’est tout ce que ma force me permet.

Et toujours la lumière augmente !… »

 

 

Soirée ennéagramme et vie chrétienne

images

Le mardi 5 novembre prochain à 20h, la librairie La Procure organise une soirée exceptionnelle autour du thème :

 

ENNEAGRAMME ET VIE CHRETIENNE
Vers un juste discernement

 

Les participants à cette table ronde ont tous publié des ouvrages de référence sur la question :

Mgr de Roo, évêque émérite de Victoria au Canada : Bible et Ennéagramme
– Pascal Ide, prêtre de l’Emmanuel, docteur en médecine, en philosophie et en théologie : Les 9 portes de l’âme
Norbert Mallet, professeur de philosophie et consultant : Devenir soi-même avec l’Ennéagramme
Etienne Séguier, journaliste à La Vie : Elargis l’espace de ta tente

Qu’est-ce que l’ennéagramme apporte quant à la connaissance de soi ?
Comment peut-il s’articuler à la foi chrétienne ?
Quelle anthropologie peut-elle le soutenir ?

Autant de questions pour une conversation approfondie et un échange fécond avec l’assistance.

L’entrée est gratuite mais n’oubliez pas de vous inscrire au 01 45 48 20 25 ou à laprocure@laprocure.com

Dans la joie de vous y retrouver !

Nathalie et Jean-Baptiste : 25 ans de mariage !

Braun

 

 

 

« Encore une session de psychologie ! me suis-je dit quand on m’a parlé des stages d’initiation à l’ennéagramme… Nous avions déjà fait je ne sais combien de tentatives afin d’améliorer notre relation de couple et avoir une meilleure communication.

Mais nous ne savions pas que ce sont des blessures qui sont à l’origine de nos maux. L’ennéagramme a permis à chacun de mieux se connaitre lui-même et de mieux comprendre l’autre.

Et après 25 ans de mariage et 8 enfants, nous avons eu le sentiment de nous découvrir l’un l’autre !

La description détaillée des bases nous mène vers un chemin de compréhension et de celle-ci dépend un véritable épanouissement qui nous conduit à être enfin nous-mêmes. En fait, c’est tout simple.

L’ennéagramme a été pour nous très libérateur et un véritable tremplin pour grandir. »

 

Le labrador : métaphore de la base 6

10629636_965297323512051_4218197700004247673_nLE LABRADOR

par Catherine, de base 6

Le labrador est un chien fidèle, qui a besoin d’affection et de sécurité de la part de ses maîtres, et qui dès lors, se montre épanoui.

Il aime bien qu’on lui témoigne de la confiance et d’ailleurs on peut compter sur lui car il est prudent et fiable.

C’est pour cela qu’on n’hésite pas à le former comme chien d’aveugle.

Il apprécie l’encouragement.

Il n’aime pas l’agressivité, les brusqueries, les incohérences des ordres, l’injustice, la duplicité. Trop exposé à un tel climat, il perd sa joie de vivre, son poil perd sa brillance et sa douceur. Les oreilles basses, les yeux tristes, il devient craintif, perd confiance en lui, nerveux, voire agressif.

Il n’aime pas les situations conflictuelles mais, si nécessaire, il s’affirmera sans se laisser marcher sur la patte.

Il flaire assez bien quand il doit rester sur ses gardes. En effet, tout le monde n’est pas digne de confiance. Mais une fois engagé envers vous, il est d’une loyauté à toute épreuve.

En général calme, observateur de la situation avant le passage à l’acte, il n’aime pas la pression. Mais il n’hésite pas à réagir promptement en cas de danger ou d’urgence.

Il est plutôt posé, d’un comportement équilibré et docile, avec maîtrise de soi et essaie de s’adapter aux situations et aux personnes.

Il est plutôt accueillant, discret et de bonne humeur, surtout s’il sent autour de lui qu’on ne lui met pas la pression.

Quand on lui confie une responsabilité, il l’assume non sans quelque anxiété, mais fidèlement et sérieusement. Il est plutôt sécurisant pour les autres.

Ainsi, chien guide d’aveugle, il évitera les obstacles et vous mènera à bon port en prenant les bons moyens, vous pouvez compter sur lui.

Il aime les situations claires, sans ambiguïté.

Ainsi, pour traverser un carrefour, il a horreur des ronds-points car il ne sait à qui se fier : les conducteurs étant en général pressés et distraits, il n’est pas sûr, il a des doutes. Il préfère de loin des feux. Là, il sait qu’il peut traverser.

Il est résistant au travail et n’osera pas se détendre tant qu’il sentira le harnais sur son dos car il a le sens des responsabilités.

Il faut penser à le lui retirer pour qu’il comprenne qu’il a « temps libre ». Il aimera alors avoir des moments de calme avec un bel os à ronger.

Il aura aussi besoin de se dépenser dans la nature : il aime à courir après un lapin, les papillons, respirer chaque fleur.

Il aime aussi l’aventure et prendre un sentier de découverte. En récréation, il est plutôt joyeux, joueur et taquin. Attention, si une chose capte fort, très fort son intérêt (style plan d’eau), rien ne l’arrêtera si vous le laissez faire. Si vous vous y opposez, il montrera bien quelque entêtement.

Il est tenace aussi quand il est sûr de son droit et qu’il agit pour son bien ou celui d’autrui.

Il est parfois maladroit, ne se rendant pas toujours compte de sa force ou de son énergie mais il ne fait pas exprès de vous faire mal.

Il saura aussi protéger le plus faible : si un chaton est venu s’endormir dans son giron, il fera tout pour éviter de le réveiller, quitte à renoncer à ce qui lui plaît.

Psychothérapie d’un Indien des plaines

Jimmy P.

 

 

Jimmy P : Psychothérapie d’un Indien des plaines d’Arnaud Desplechin

Ce nouveau film d’Arnaud Desplechin, auteur de Comment je me suis disputé… ma vie sexuelle et d’Ester Kahn, est un régal. Il campe la rencontre d’un Indien, Jimmy Picard (Benicio Del Toro, magistral), revenu du front avec des troubles physiologiques inexpliqués et de l’ethnopsychiatre Georges Devereux (Matthieu Amalric en grande forme), qui va le suivre en thérapie analytique.

AfficheDisons-le d’emblée, la réalisation est intimiste, sobre, parfois un poil étirée comme souvent chez Desplechin, mais d’une grande justesse et d’une belle précision. Les deux acteurs principaux sont formidables, émouvants : Amalric, d’une sensibilité admirablement mise au second plan et qui ressort d’autant ; Del Toro d’une présence à la fois massive et vulnérable qui emporte l’adhésion. Cette rencontre tient ses promesses car elle donne une vision très juste de la relation thérapeutique : loin des catégories de la folie et de la normalité, du médecin et du malade, nous sommes face à une relation où le thérapeute permet au patient de trouver en lui-même les ressources pour guérir, d’identifier ce qui a pu occasionner, dans l’enfance particulièrement, un traumatisme psychique, c’est-à-dire « une maladie de l’âme ».

Rien dans ce film n’édulcore ce qu’est une relation thérapeutique, y compris dans la part qui est réservée à l’exploration des méandres de la sexualité. Rien n’est pour autant forcé ni caricatural. Le transfert est montré de manière assez douce, l’avancée dans les profondeurs est juste et pudique. Certains s’y retrouveront.

En termes d’ennéagramme, on pourrait formuler quelques hypothèses. Jimmy semble être un archétype de base 9. Il dégage une puissance très impressionnante, mais comme empêchée. Il y a chez lui une lenteur, un engourdissement à se connaître qui est typique de la base 9, une force dont il semble lui-même avoir peur. Au bout du chemin, après un chemin dont chaque étape aura compté, Jimmy pose enfin l’action juste qui le fait renouer avec lui-même, et dans le même temps avec le monde.

Pour Devereux, le 5 est assez probable, sans doute en tête-à-tête : observateur méticuleux, rationnel de fonctionnement, sensible à l’extrême sans en avoir l’air. Il maîtrise avec naturel et délicatesse la juste distance avec son patient, interrompant sans difficulté la séance au moment opportun, et pourtant délicat. Obnubilé par Jimmy, son tête-à-tête me semble une vraie piste. Il parle, il communique, il s’attache. Et le 5 en tête-à-tête, comme en social, contrairement aux idées reçues, sait le faire…

 

 

Aristote et l’ennéagramme

 

Norbert Mallet

Norbert Mallet

DEVENIR SOI-MEME AVEC L’ENNEAGRAMME
Norbert Mallet
Salvator

C’est peu de dire que ce livre était attendu par ceux qui connaissent Norbert Mallet et savent que derrière le fin praticien de l’ennéagramme, il y a le philosophe formé à l’IPC et le chrétien convaincu. Ce livre n’est pas un énième livre sur l’ennéagramme, mais un ouvrage de réflexion qui apporte beaucoup sur le discernement quant à cet outil.

Devenir soi-mêmeLa grande idée de Norbert Mallet est de relier l’ennéagramme à une philosophie, afin d’ancrer cet outil de développement personnel (je préfère quant à moi le terme de connaissance de soi) dans une éthique qui puisse lui donner un cadre. Cette éthique est celle d’Aristote, et précisément l’éthique des caractères qu’il développe dans l’Éthique à Eudème, moins lue que l’Éthique à Nicomaque.

Aristote, on le sait, montre que l’homme cherche le bonheur et qu’il le trouve par la vertu. Or, chaque homme a son propre chemin vers le bonheur en fonction de son caractère qui lui fait développer une vertu en particulier qui est sa voie propre vers l’ensemble des vertus qui sont toutes connectées les unes aux autres. Un des apports majeurs du livre de Norbert Mallet est de montrer que l’idée que chacun doit tendre à développer une vertu particulière qui correspond à son caractère n’est pas une invention récente, moins encore ésotérique, mais qu’elle nous vient du plus grand philosophe de tous les temps, dont le christianisme a intégré l’apport éthique et politique. Ce n’est pas rien.

Autre aspect important, le livre rappelle que pour Aristote, la passion est neutre et que la vertu est une médiété entre un excès et un défaut de la passion. Par exemple, la peur est une passion neutre mais qui peut se transformer en lâcheté (par excès) ou en témérité (par défaut). La vertu sera alors le courage qui se situe au juste milieu de ces deux écueils et c’est, vous l’aurez reconnu, toute la problématique du type 6. Ce que l’ennéagramme nomme à tort passion n’est que l’excès de la passion. Le savoir est utile, ne serait que pour éviter de tomber dans le défaut de sa passion en croyant être dans sa vertu.

Dans les stages que j’anime, je reprends le travail de Norbert en tâchant de le faire coller davantage aux passions (donc excès de passion) traditionnellement décrits par l’ennéagramme. Tout un chantier où la douce tutelle du philosophe grec est indispensable…

Bible et ennéagramme

Mgr Rémi de Roo

Mgr Rémi de Roo

BIBLE ET ENNEAGRAMME
Neuf chemins de transformation à travers les figures bibliques
Diane Toloméo
Pearl-Marie Gervais
Rémi J. de Roo
Albin Michel

Décidément cette année est riche en livres sur l’ennéagramme ! Après le livre de Norbert Mallet, faisant dialoguer l’ennéagramme avec Aristote, c’est la parution de l’ouvrage de Mgr Rémi de Roo sur Bible et ennéagramme qui vient enrichir la réflexion sur une anthropologie de l’outil. Non seulement, il vient montrer que l’outil est parfaitement compatible avec la foi chrétienne ; mais en outre, il manifeste que reconnaître dans les figures bibliques des archétypes de l’ennéagramme peut éclairer un cheminement intérieur.

Évêque émérite de Victoria au Canada, Mgr Rémi de Roo a été un des pères du Concile Vatican II. Il est aussi enseignant certifié en ennéagramme. Sa parole s’enracine dans une pratique de l’ennéagramme de plus de trente ans et dans une lecture très originale du texte biblique, à la lueur de ce que nous dit cet outil sur l’homme.

BibleA ceux qui s’interrogent sur les liens entre psychologique et vie chrétienne, le premier chapitre du livre, très substantiel, livre de belles clefs, dans un discours à la fois modeste, précis et exigeant. Il s’agit bien avec l’ennéagramme d’aller dans les profondeurs de l’être humain et, c’est bien dans ces profondeurs que l’on peut trouver Dieu, comme le dit saint Augustin et toute la mystique occidentale. De Roo récuse cette séparation souvent mortifère entre naturel et surnaturel, sans pourtant nier la distinction entre les ordres, entre la nature et la grâce. Il est bien dans l’élan de la théologie d’un Lubac ou d’un Rahner. J’aime la formulation de l’auteur quand il propose que l’ennéagramme « peut nous aider à purifier et amplifier l’expérience à peine audible et souvent déformée de Dieu qui continue nonobstant à être présente dans chaque être humain » (p. 58). Le chemin proposé est celui de l’ouverture du cœur, et il n’est pas innocent que dans sa réflexion spirituelle, Rémi de Roo suive l’auteur anonyme du Nuage de l’inconnaissance (XIVè), un des plus admirables traités mystiques du christianisme occidental.

La mise en perspective de dix-huit figures de la Bible avec les neuf profils de l’ennéagramme (deux par type), est d’une richesse inouïe. D’abord par la sorte d’évidence qui surgit à cette lecture à la fois littérale et spirituelle : ces hommes et ces femmes ne sont pas fait du même bois : Abraham n’est pas comme Salomon, Paul ne réagit pas comme Pierre, Marie-Madeleine n’est pas Marthe (ça on le savait déjà !). Mais, l’aviez-vous pressenti ? Jean-Baptiste a de sérieuses ressemblances avec Paul… Au-delà de ce qui pourrait être un amusant jeu de pistes, ou plus fondamentalement une sorte de validation anthropologique de l’ennéagramme dans les archétypiques du texte biblique, c’est une leçon spirituelle que nous donne cette étonnante confrontation. D’abord en ce qu’il existe neuf types de chemins de conversion extrêmement variés et qui peuvent constituer pour le chrétien de précieux guides dans un propre chemin d’intériorité. Ensuite, dans le fait, tellement touchant, que Jésus s’adapte à chaque type de personnalité et que dans sa réponse même à chaque question il prend en compte cette spécificité-là. Un seul exemple : alors que Jésus est plutôt économe de ses paroles, il délivre un long discours à Nicodème, lequel en représentant de la base 5 a besoin de rationalité et d’explications substantielles…

L’auteur passe en revue les différents types dans un ordre qui pourra dérouter le lecteur français en distinguant les profils conciliants (1, 2, 6), les profils assertifs (7, 8, 3) et les profils en retrait (4, 5, 9) selon la logique de la psychiatre Karen Horney (1885-1952), reprise en ennéagramme, notamment par Kathy Hurley et Theodorre Donson d’une part, Richard Riso et Russ Hudson d’autre part, avec lesquels Rémi de Roo a étudié. Cette grille de lecture est loin d’être inintéressante et ne gêne pas du tout la lecture. Pour ceux qui ne connaissent pas l’ennéagramme, le livre commence par une présentation introductive très claire d’Eric Salmon qui permet d’avancer dans la lecture avec une base solide.

Mgr Rémi de Roo a animé un séminaire sur ce thème en 2011 à Paris, ce qui m’a permis de recueillir son enseignement de manière vivante et de le transmettre à mes stagiaires en l’enrichissant d’exemples de saints. Je peux témoigner de la grande fécondité de cette approche dans un souci de transmettre l’ennéagramme en lien avec la vie chrétienne. Je travaille à livrer la même substance dans le M3 sur les sous-types et les vingt-sept profils peuvent être illustrés avec profit par des personnages bibliques ou des figures de saints. Leur trajectoire de vie est pour chacun de nous source de méditation et un appel à une mise en marche vers le mystérieux plan de Dieu pour chacun d’entre nous.