Métaphore du chemin

5JEAN GIONOQue ma joie demeure
Le livre de poche, pp. 435-436

« Quand on est sur le sommet d’une colline et que l’aube n’est pas encore arrivée. Et votre chemin s’en va devant vous, et vous ne pouvez l’imaginer tout plat parce que devant vous c’est la nuit où tout peut s’inscrire.

Mais, peu à peu, le jour monte, et voilà que maintenant vous voyez d’abord devant vous un vallon qui s’approfondit, puis, de l’autre côté, la terre qui remonte et derrière cette terre d’autres vallons, puis des montagnes, et des sommets et des sommets jusque par-delà le ciel.

Je ne manque pas de courage. Les hommes ne manquent pas de courage. Je pense que je vais descendre le vallon, remonter la terre de l’autre côté et peu à peu avec mon courage, avec ma force, et mon espoir, je monterai mon chemin sur les plus hautes montagnes.

Mais, maintenant, de plus en plus il y a le jour ; et de plus en plus sous moi le vallon s’approfondit. Le premier vallon, celui qui est tout près de moi, celui qui tout à l’heure était plein de nuit et qui portait le chemin que je m’imaginais raide comme une tringle à travers l’air, voilà qu’il se creuse et qu’il se creuse. Ce que je croyais tout à l’heure être le fond n’était qu’une nappe de brumes ; le fond c’est encore bien plus profond par en bas dessous.

Et voilà que maintenant dans la lumière qui est plus claire vous voyez sur les parois de cette pente les buissons et les taillis, et les forêts et les épines, et la course des bêtes, et la traverse des ravins, et les murailles de rochers, et de plus en plus la lumière devient claire, et quelque chose vous dit qu’elle peut continuer à s’éclaircir de moment en moment jusqu’au fond de l’éternité sans jamais s’arrêter de vous faire découvrir de plus en plus des épines et des murailles, et des obstacles, et des attaques, et des traverses, et des empêchements.

DSC07324Voilà que vous ne pensez plus à monter sur les cimes, là-bas loin où la lumière étincelle pourtant comme les bonds d’une chèvre blanche. Voilà que vous ne pensez même plus que votre force, et votre courage, et votre espoir vous permettront seulement de descendre dans le premier vallon qui d’instant en instant s’approfondit, mais voilà que maintenant vous criez en vous-même comme un désespéré : « Que je fasse seulement un pas devant moi. C’est tout ce que ma force me permet.

Et toujours la lumière augmente !… »

 

 

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