CONNAISSANCE DE SOI ET VIE INTERIEURE
Thérèse d’Avila Le Château intérieur
Dans ses « Demeures », la grande Thérèse nous enseigne que pour accéder à la septième et dernière demeure intérieure, fine pointe de l’âme et temple du Saint-Esprit, il faut passer par les six autres, dont les deux premières sont celles de la connaissance de soi, peuplées de chausse-trappes et d’animaux étranges…
« Revenons donc à notre château aux nombreuses demeures. Vous […] devez […] fixer votre regard au centre ; là se situe la salle, le palais, où réside le roi ; considérez le palmiste : avant qu’on atteigne sa partie comestible, plusieurs écorces entourent tout ce qu’il contient de savoureux.
Ici, de même, de nombreuses salles sont autour de celle-là, et également au-dessus. Les choses de l’âme doivent toujours se considérer dans la plénitude, l’ampleur et la grandeur, on ne le dira jamais assez, elle est capable de beaucoup plus que ce que nous sommes capables de considérer, et le soleil qui est dans ce palais se communique à toutes ses parties. Il est très important que toute âme qui s’adonne à l’oraison, peu ou prou, ne soit ni traquée, ni opprimée. […]
Oh ! s’il s’agit de la connaissance de soi ! Car elle est si nécessaire, (cherchez à me comprendre), même pour celles d’entre vous que le Seigneur a introduites dans la demeure où il se trouve Lui-même, que jamais, malgré votre élévation, vous ne pouvez mieux faire, et vous ne le pourriez pas, même si vous le vouliez ; car l‘humilité travaille toujours à la façon dont l’abeille fait le miel dans la ruche, sinon tout est perdu ; mais considérons que l’abeille ne manque pas de sortir pour rapporter des fleurs ; ainsi fait l’âme, par la connaissance de soi ; […] Cherchez à mieux progresser dans l’humilité ; et, ce me semble, jamais nous n’arriverons à nous connaître si nous ne cherchons pas à connaître Dieu […]. »
Quand je vous vois, il y a tant d’informations qui m’arrivent que je suis incapable de retenir votre prénom.
C’est aussi que je suis un peu perdu derrière ces verres qui foncent sous votre regard.
Le récent guide des bonnes pratiques éditées par Google m’a déprimé. Il faudrait que je renonce à l’attitude Glasshole (s’isoler du monde) pour au contraire « partager mes découvertes avec la communauté » et « interagir avec le monde environnant tout en répondant aux questions des plus curieux avec civilité ».
Ils ne voudraient pas en plus que je me fasse naturiste?
Non vraiment ils ne comprennent rien. Mais je suis sûr qu’ils n’y croient pas eux-mêmes.
Car comment pourrait-on perdre son temps en des discussions futiles alors que les Glass permettent d’approfondir tant d’aspect du monde et des êtres, sans s’exposer le moins du monde.
Lors d’un module des panels, un homme plein de délicatesse m’a demandé comment il fallait nous dire bonjour, à nous les cinq. J’ai bien réfléchi et j’en suis venu à la conclusion qu’il suffisait de dire « bonjour Google Glass ! ».
Car pour celui qui se cache derrière, il faudra revenir…
Voici quelques semaines, j’ai eu l’occasion de travailler la glaise… Alors que je malaxais la matière, mes deux mains se sont arrêtées, emboîtées l’une dans l’autre comme un danseur de flamenco qui fait ses palmas : les doigts de la main gauche coulés dans la paume de la main droite, cette dernière surplombant la première comme pour la protéger, la cacher. Les deux réunies formaient une ligne serpentine, courbe et fragile, fine et friable. J’y ai vu l’enfant 8 gauche et dissimulé dans le géant 8, droit et inflexible. La part douce, la tendresse, les émotions d’intime et de douleur, le silence du cœur et le vide intérieur, cette quête indicible de s’accorder du prix et de la valeur, toutes ces choses me sont alors apparues si belles et pourtant si occultées. La main 8 volontariste, la battante, la déferlante, celle qui a de l’aplomb et refuse de se laisser marcher sur les pieds, la généreuse défenseuse des laissés pour compte prenait toute la place, prenant aussi le risque d’étouffer littéralement sa consœur. Quelle étrangeté que ce moment où je me suis reconnue dans la terre que j’avais façonnée.
La Cathédrale de Rodin
Je ne sais pourquoi mais, presque simultanément, La cathédrale de Rodin m’est apparue. Les deux mains s’y entremêlent, l’une sur l’autre comme réconciliées et unies, ne faisant plus qu’un seul corps. J’ai désiré cette métamorphose de ma statuette qui était née dans la glaise ; j’ai désiré la voir ainsi évoluer et se couler dans le bronze. J’ai désiré donner autant de place et de pouvoir à la tendre gauche qu’à la ferme droite, partager tant l’innocence que la fronderie.
Sur ma table, la glaise avait séché. Alors mes mains nues se sont jointes pour recréer cette cathédrale sculpturale, ma cathédrale vivante. La gauche a regardé la droite dans un air de quasi défi, lui montrant sa force et sa fierté de se reconnaître enfin. Mes deux mains se sont ainsi élevées confiantes, telles un grand enfant et un vieil adulte partis sur le chemin bras dessus bras dessous. J’espère que cette image s’affirmera en moi, y fera sa demeure et s’y épanouira. J’espère que ces deux parts manquantes, appuyées l’une contre l’autre dans une amitié mutuelle, deviendront plus forte qu’une forteresse imprenable, humbles gardiennes du trésor de chacun et du mien.
Dans nos stages, nous avons à cœur de relier la connaissance de soi à une éthique aristotélicienne des vertus afin que chacun puisse repartir avec un chemin d’évolution propre.
L’ennéagramme en effet permet de découvrir sa passion dominante, cultiver sa vertu propre, et ainsi concourir à l’épanouissement de toutes les vertus du diagramme : une bonne nouvelle s’il en est, déjà évoquée par les Pères du désert en leur temps.
Jean Cassien mentionne dans ses Conférences (V, 13) que l’ordre dans lequel les passions se présentent et s’engendrent est variable selon les personnes :
« Les huit passions principales font ensemble la guerre au genre humain, mais leurs attaques ne se présentent pas de la même manière chez tous indistinctement. […] Ici c’est l’esprit de luxure qui a le premier rang, là domine la colère. La cénodoxie revendique le sceptre chez celui-ci ; chez celui-là l’orgueil détient la souveraineté. Et bien que chacun de nous ait à subir les assauts de tous, ce n’est pas de la même manière ni selon le même ordre que nous en sommes travaillés. »
Après lui, et à l’instar de Thomas d’Aquin, Théophane le Reclus, dans ses Lettres de direction spirituelle (Editions Syrtes, p. 143-144), parle de cultiver une vertu propre qui entraînerait toutes les autres.
« Il y a en chacun une passion principale autour de laquelle s’enlacent toutes les autres. C’est celle-là qu’il faut vous efforcer avant tout de dénicher. […]
L’ayant détectée, classez les autres par rapport à elle : laquelle est plus près, laquelle est plus loin. Et comprenez comment est structuré votre cœur : c’est une précieuse acquisition! Car, lorsque à la suite de cela vous entreprendrez de vous laver des passions et des mauvais penchants, vous verrez mieux dans quelle direction porter vos efforts : vers votre passion principale.
Lorsque vous l’aurez vaincue, toutes les autres se disperseront d’elles-mêmes. Comme à la guerre : quand le gros des forces de l’ennemi est enfoncé, il ne reste plus qu’à poursuivre le reste des troupes et à l’abattre. Les actes, c’est facile à corriger. Tu n’as qu’à ne pas faire le mal, et tout est là. Mais transformer le cœur et le corriger n’est pas l’affaire d’un instant, un combat est nécessaire.
Et dans ce combat, quand on ne sait pas où porter les coups, l’on peut s’épuiser, se démener pour rien – et n’arriver à rien. Donc, ajustez vos efforts! »
Lors du module 1 suivi récemment, l’ennéagramme m’est apparu comme un outil de connaissance de soi d’une très grande pertinence sur deux points fondamentaux.
Personne n’est enfermé dans une définition ni dans un jugement de valeur : on voit bien que les nuances et les possibilités sont infinies et modulées par la vie elle-même. D’ailleurs, le terme de « base » est vraiment juste ! En ce sens, la connaissance de soi par l’ennéagramme est profondément libératrice : je me sens unique et je comprends que ma base n’est pas moins favorable qu’une autre à une vie heureuse et épanouie.
La connaissance de soi par l’ennéagramme ouvre des perspectives d’évolution personnelle immenses, comme une meilleure compréhension de notre entourage. Sur ce point, l’ennéagramme est porteur d’espérance et de charité.
Une fois de plus, je ne peux qu’être émerveillé du génie de la création et rendre grâce à Celui qui en est l’artisan. Je remercie François et Valérie, qui ont su être Son instrument avec une grande justesse.
WINTER SLEEP un film de Nuri Bilge Ceylan
Palme d’or 2014
Cette année la palme d’or de Cannes a été décernée à un chef d’œuvre du septième art, Winter Sleep du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan, dont certains ont déjà vu et aimé Uzak ou Les Climats. On ne dissertera pas ici des qualités esthétiques de ce film – photo, direction d’acteurs, science du champ/contrechamp – mais on s’attachera à l’analyse ennéagrammique des trois personnages principaux dont la subtilité est remarquable.
Inspirée de nouvelles de Tchekov, Winter Sleep met en scène dans une intrigue aussi mince que tendue, un personnage principal, Aydin. Acteur de théâtre en retraite, il gère un petit hôtel troglodyte en Cappadoce, écrit quelques papiers pour le journal local et repousse au lendemain l’écriture d’une histoire du théâtre turc… A ses côtés sa jeune épouse Nihal, avec laquelle il ne partage plus grand-chose et qui se dépense sans compter dans les actions caritatives ; et sa sœur Necla, récemment divorcée, qui vit avec eux. Un jet de pierre sur une vitre de voiture, une lettre reçue par Aydin vont déclencher un séisme qui va faire tomber les masques.
Aydin nous apparaît comme un prototype du type 7 avec ses côtés attachants et détestables. Charmeur, débonnaire, sympathique, Aydin se révèle aussi d’un égoïsme forcené, d’une lâcheté pitoyable, et s’avère être un parfait velléitaire, incapable de mener à bien ses projets, tout en étant très arrogant et sûr de son intelligence. On voit bien ici que le 7 appartient à la triade mentale, même si son incapacité à persévérer dans l’effort l’empêche de produire ce qu’il pourrait. On voit aussi combien le 7 est marqué par la peur comme tous les mentaux, et en particulier la peur de souffrir qui est la marque du 7, et dont une des premières scènes est la parfaite illustration : au moment d’un conflit entre son homme à tout faire et un de ses locataires avec lequel il est en procès, Aydin reste à distance, ne s’implique pas, laisse faire, littéralement pétrifié par la scène. Ce 7-là aurait une forte aile 6 qui fait de lui un 7 moins en prise sur le réel que le 7 à aile 8, et plus en proie en doute, mais aussi à la nuance. Une flèche 5 semble également manifeste chez Aydin qui lui fait trouver du plaisir à se réfugier dans son bureau devant son ordinateur, mais sans arriver à aboutir. Sa flèche 5 viendrait ainsi au service de son 7 soucieux de son plaisir. Là où le personnage est magistral c’est qu’il montre dans ce 7 un mélange inouï d’égoïsme individualiste et de dépendance des autres dans la recherche de son plaisir qui peut paradoxalement susciter en lui des attitudes que l’on pourrait prendre pour de l’abnégation.
Nihal, interprétée par la belle Melisa Sözen, pourrait bien être le prototype d’une 4 introvertie, avec une belle aile 5. Toujours en avance sur son mari et sa belle-sœur dans la compréhension des émotions (il suffit de voir la scène terrible dans laquelle le petit garçon qui a brisé la vitre de la voiture présente ses excuses), elle est capable, acculée par l’arrogance d’Aydin, de l’exécuter en quelques mots, avec une profondeur de jugement magistrale. Mais son aile 5 tempère son 4 qui, on le comprend au fur et à mesure du film, bouillonne à l’intérieur et s’extériorise de manière déroutée grâce à uneforte flèche 2 qui la pousse à vouloir sauver la planète, en tous cas la Cappadoce. On voit clairement combien son engagement humanitaire est avant tout une manière pour elle d’exister à travers les émotions fortes que son mariage ne lui donne plus. Mais cet altruisme est un leurre. Nihal est centrée sur elle-même et Aydin n’a pas tout à fait tort de lui reprocher une forme d’ingratitude. Nous entrons ici au cœur des difficultés et de la souffrance d’un couple 4/7 qui peut parfois tourner à la lutte de deux narcissismes.
Quant à Necla, elle nous apparaît comme un archétype de base 6. Prise entre sa loyauté vis-à-vis de sa famille et la suspicion envers elle, Necla joue une partition bien connue des 6, passant d’une sorte de soumission (elle n’est ici que la pièce rapportée) à une agressivité sans pareille. La manière dont elle crache son venin à sa belle-sœur et à son frère, avec un art de la parole stupéfiant, illustre cette capacité du 6 à exceller dans une forme de violence verbale dont il est maître. Elle flaire l’imposture chez Aydin comme personne : un vrai chien de chasse qui va faire sortir du bois celui qui veut faire illusion ! Elle attaque sa belle-sœur aux endroits qui font mal, avec un grand sourire. Et en même temps, elle est prête à se soumettre à son ex-mari qui l’a bafouée et à s’humilier pour le retrouver. Ce mélange de soumission et de violence est typique de la base 6. Le personnage de Necla en traduit bien toute l’ambivalence.
La richesse des caractères de Winter Sleep, sa plongée dans les eaux profondes de l’homme intérieur, une fin qui ouvre à tous les possibles sont des signes de la qualité de ce film surprenant vers lequel il faut courir tant qu’il demeure sur les écrans. Ce qu’il dit de l’humanité souffrante l’est avec un génie qui évoque irrésistiblement le grand Bergman, qui sait si bien souligner les ombres. La justesse des personnages, leur traitement sans concession peut dérouter, gêner, questionner; il est en tous cas, par quelque bout qu’on le prenne, une occasion de remise en question de soi, qui engage à chercher la lumière.
UNE PETITE HEURE D’EMISSION SUR RCF AVEC LE PHILOSOPHE NORBERT MALLET sur les rapports entre foi et méthodes de connaissance de soi
Faut-il avoir peur des méthodes de connaissance de soi ? Sont-elles compatibles avec la foi chrétienne ? Pourraient-elles même lui être utile ? C’est autour de ces questions que Norbert Mallet, philosophe et formateur, auteur du livre Le développement personnel du chrétien, a donné un entretien à RCF que je ne peux que vous inciter à écouter.
Norbert Mallet est à la fois rigoureux et bienveillant, à l’écoute et convaincu, savant et pédagogue. Aucune question ne lui fait peur, pas même celle des réticences de l’Eglise face à certains outils. S’il reconnaît l’entière légitimité de la prudence de l’Eglise et de son refus de tout ce qui est lié à un esprit new-age ou gnostique, il convoque la philosophie d’Aristote et la théologie de saint Thomas d’Aquin pour encourager une saine vision du développement personnel.
Je retiendrais de ces propos deux points. Tout d’abord le fait que dans la veine aristotélo-thomiste, il y a toujours eu l’idée qu’il existe une éthique des caractères, fondée sur la reconnaissance de leur différence et qui fait que chacun a, selon son profil de caractère ou sa passion dominante, une voix de progression éthique particulièrement adaptée, une manière propre de concourir au bien commun. Se connaître soi-même, avoir conscience de son caractère, de ce qui le sous-tend est alors bien loin d’un nombrilisme stérile, mais gage de fécondité.
Ensuite, en s’appuyant sur cette idée bien connue et magistralement développée par saint Thomas, que la grâce présuppose et accomplit la nature sans la nier, Norbert Mallet montre comment des outils comme l’ennéagramme ou la méthode Vittoz ont toute leur place dans une démarche humaine complète. S’il ne s’agit pas de confondre les plans, on ne saurait les séparer. Une juste distinction, une harmonieuse articulation entre corporel, psychique, éthique et spirituel est indispensable pour respecter l’unité de la personne humaine.
Si seul Dieu sauve, bien de nos problématiques ne sauraient se régler par le tout spirituel ou par ce que Norbert Mallet appelle la psychologie « hors-sol ». Beaucoup de nos comportements récurrents ont le fruit d’une méconnaissance de soi et la simple conscience peut véritablement opérer un profond changement. Nombreux sont ceux qui parlent d’un avant et d’un après dans la vie personnelle, conjugale, familiale et professionnelle.
Cette émission (accessible via le lien ci-dessous) s’offre sur le ton d’une conversation simple et profonde et s’écoute avec plaisir en temps de vacances : un joli moyen de faire un point pour, pourquoi pas, prendre un nouveau départ…
Le Père Jean-Luc Souveton, prêtre du diocèse de Saint-Etienne, anime depuis dix ans des sessions de jeûne et des marches spirituelles en Terre Sainte. Il nous ouvre à un exercice typique de la méthode Vittoz : la marche consciente, pour rompre avec nos pensées et émotions envahissantes et vivre pleinement l’instant présent.
« Le temps des vacances est pour moi l’occasion de marcher. Plus exactement de marcher autrement. Sans courir. Sans avoir les yeux rivés sur ma montre pour arriver à l’heure à la gare, en réunion ou à mes rendez-vous. Sans avoir l’esprit encore encombré de ce que je viens de vivre ou déjà préoccupé de ce qui va suivre. Sans avoir à imposer à mon corps un rythme commandé par les impératifs à tenir. Sans remplir ces temps par la consultation de mon répondeur. Revenir plus consciemment, plus longuement et plus régulièrement dans mes pieds pour être là et m’ouvrir à tout ce qui m’entoure.
Mon attention se porte d’abord sur ma respiration. Je me rends attentif au nombre de pas effectués sur l’expir et sur l’inspir, en adaptant leur nombre en fonction du dénivelé du terrain. J’inspire sur deux, trois ou quatre foulées. J’expire sur un nombre légèrement supérieur à celui de l’inspir. Tout en étant présent au rythme de la respiration et au compte de mes pas, je suis présent au contact de mes pieds avec le sol. Je le sens à travers la semelle de mes chaussures. J’accueille les différentes sensations selon que je marche sur l’herbe, sur des cailloux, sur de la terre, du rocher, des gravillons… Je me rends attentif au mouvement de mes pieds, de mes jambes, de mon corps tout entier, au contact de l’air et à celui des rayons de soleil avec ma peau.. Je reçois les formes, les couleurs, les contrastes… J’écoute les sons qui viennent à mes oreilles…
« Tout instant nous donne Dieu ». Pour cela, il nous faut quitter une vision purement utilitaire de la marche ; marcher non plus pour aller quelque part, faire quelque chose, mais pour habiter le présent et accueillir la vie qui nous est donnée dans l’instant.
« Que chacun examine ses pensées, conseille Blaise Pascal, il les trouveras toutes occupées au passé ou à l’avenir […]. Le présent n’est jamais notre fin. Ainsi, nous ne vivons jamais, mais nous espérons vivre. » La marche est un bon exercice pour nous faire entrer dans la présence, nous ramener à l’accueil de ce qui est là, de ce qui nous est donné et que souvent je ne perçois même plus : la vie.
Christophe André est médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne et précurseur de l’introduction des méthodes de pleine conscience en médecine comme dans la vie de tous les jours. A l’instar de la méthode Vittoz, il propose de voir, entendre, toucher, sentir, goûter la nature pour développer notre capacité de présence, de contemplation et de gratitude.
« En été, des occasions illimitées nous sont offertes de méditer sur et dans cet univers foisonnant qui est le nôtre. Une manière de laisser la Création nous apparaître dans toute sa beauté.
On peut simplement s’allonger et contempler la variété de ce qu’on nomme, par de pauvres termes génériques herbes ou insectes, et découvrir la merveilleuse richesse de ce petit monde. Ne rien penser : juste s’allonger, observer, s’immerger dans cet univers discret, foisonnant d’activité…
On peut aussi prendre le temps d’écouter longuement les bruits des soirs d’été : cris d’oiseaux et d’enfants, bavardages joyeux dans le lointain, moments de paix et de silence…
On peut contempler la nuit et les étoiles, évidemment. Prendre conscience que cette beauté du ciel nocturne ne nous est apparue que parce que la lumière du soleil a disparu. Beau message à méditer pour tout le reste de notre existence, bien au-delà de l’été : parfois, ce qui ressemble à un retrait peut n’être qu’un prélude au dévoilement de merveilles plus grandes encore que celles que nous avons perdues.
On peut enfin, et c’est mon exercice préféré, méditer face au soleil levant, face à qu’Homère appelait « l’aurore aux doigts de rose ». La vie moderne nous éloigne souvent de l’aube : soit nous nous levons trop tard, et il ne nous reste que les crépuscules ; soit nous le faisons, mais pour partir travailler, et nous n’avons alors pas le temps de la contemplation. Mais l’été et les vacances sont une occasion unique de redécouvrir la merveille du lever de soleil. Nous pouvons bien nous lever tôt : il nous restera toujours la sieste, autre plaisir de l’été. Alors, dans le calme de la nuit finissante, nous pourrons contempler l’illumination progressive du ciel : lueurs pâles au levant, arrivée de la lumière, percée des premiers rayons, réchauffement progressif du monde. Un petit remake de la Genèse, où Dieu dissipe les ténèbres. Que nous pouvons savourer en pleine conscience, en nous reliant tranquillement à notre souffle (autre remake, car tout commença quand Dieu souffla en nous « une haleine de vie ».
En prenant conscience de tout notre corps qui respire dans le soleil levant, en nous sentant simplement vivants. Et en réalisant, quoi qu’il nous soit arrivé auparavant, quoi qu’il nous arrive désormais, que c’est une grâce et une merveille d’être là, à cet instant. Gratitude et bonheur infinis… »
« Le bien ne fait pas de bruit, la force de l’amour s’exprime dans la tranquille discrétion du service quotidien. » Ce mot accompagne cette phrase de saint Jean-Paul II. Tout simplement, parce que j’ai à cœur de partager un peu plus après cette session. A nouveau merci pour cette session, pour votre accueil et le chemin parcouru grâce à votre pédagogie.
Je suis revenue heureuse. Le Seigneur m’a rejointe au-delà de ce que je ne pouvais imaginer (il y avait tellement de peurs en moi). Ce fut de l’inattendu. Et j’ai été confirmée sur un chemin d’acceptation de ce que je suis. Que de fois, je me suis dit que j’aurais aimé être d’une autre base, et que ce serait plus facile à vivre. Merci Valérie pour cette belle parole adressée à chacun(e) : «Bienvenue chez vous.» Cette parole est bonne pour moi. Je la garde précieusement.
J’ai pu voir des fruits pendant cette session qui m’ont réconfortée. Cela fait près de quatre ans que je chemine, pour une connaissance de soi, avec l’ennéagramme. La découverte de Vittoz, depuis un an, me permet d’avancer avec détente et simplicité.Deux mois après cette nouvelle session d’ennéagramme, j’avance doucement et autrement. S’apprivoiser, découvrir ses ressources secrètes, acquérir de nouveaux réflexes, cela me demande de la patience… de la confiance… et de la bienveillance…
Cette session avec vous, François et Valérie, et votre témoignage de la fin de session m’ont confirmée que j’étais sur le bon chemin. Je me suis sentie encouragée. Lorsque je suis tentée de baisser les bras, je repense à votre témoignage et je repars. Merci aussi Valérie pour cette autre parole : « C’est le travail de toute une vie », pour les pistes de travail (l’observateur intérieur commence à se mettre en place) et les exercices Vittoz. Merci aussi pour le livre de l’ABC de l’ennéagramme. Il m’aide par sa clarté.
Quel chemin pour laisser se déployer la grâce de Dieu et la vie !