de la neuroplascité

DE LA NEUROPLASTICITE
ou le cerveau comme forêt

Un des grands principes vittozien est la neuroplasticité, cette capacité du cerveau à créer de nouveaux circuits, et ainsi de nouvelles habitudes ou, pour employer un vocabulaire aristotélicien, de nouveaux habitus, comme une seconde nature.

La neuroplasticité – ou plasticité neuronale – peut se définir comme la capacité des neurones à se modifier et se remodeler tout au long de la vie. Ces mécanismes contribuent à une adaptation des neurones à un environnement moléculaire, cellulaire et fonctionnel changeant et ainsi à des modifications fonctionnelles. Chaque seconde, notre cerveau se modifie en fonction des expériences affectives, psychiques, cognitives que nous vivons. C’est un processus physiologique d’adaptation du système soumis à l’influence de facteurs environnementaux, génétiques ou épigénétiques.

Ainsi, le cerveau est comme une forêt: si on emprunte plusieurs fois dans le même sentier, un chemin va progressivement se créer. Dans le cerveau de la même manière, les connexions neuronales deviennent de plus en plus efficaces par la répétition et mènent à l’automatisation des processus liés à une certaine tâche et donc à leur exécution plus facile. C’est ainsi que nous apprenons à lire, à conduire, à jouer de la musique etc. Déchiffrage lent, calages intempestifs et gammes interminables deviennent des habitudes intégrées. Selon le même principe, la méthode Vittoz propose  l’expérimentation d’exercices visant à installer de nouvelles habitudes: accueil de l’instant présent, conscience de son état intérieur, ajustement de la volonté aux événements… Véritable rééducation du contrôle cérébral, elle permet, par le biais du corps, de développer une véritable liberté intérieure par le développement de l’attention et de la concentration.

Cependant, si on ne marche pas pendant un certain temps dans les sentiers créés dans la forêt, la végétation reprend sa place. De même, les réseaux de neurones non utilisés finissent par se déconnecter progressivement. C’est pourquoi les neurones doivent être activés à de nombreuses reprises pour se connecter et renforcer leur connexion. La répétition est nécessaire, non seulement au moment de l’apprentissage mais dans la durée. Le cerveau oublie vite les éléments appris s’ils ne sont pas remobilisés régulièrement. Chassez la nature, elle revient au galop, selon l’adage. Les habitudes sont longues à prendre et rapides à perdre…

Mais si les neurones sont activés à plusieurs reprises, ils peuvent consolider leurs inter-relations et favoriser l’acquisition de nouvelles habitudes, jusqu’à générer un habitus, dont le signe selon Aristote, est la plaisir. En Vittoz, le processus est le même: une certaine discipline répétitive – un peu ascétique et qui peut paraître ingrate, est nécessaire dans les premiers temps. Mais la persévérance et la régularité portent rapidement leurs fruits, jusqu’à générer un habitus, dont le signe est… le plaisir. Plaisir de goûter le quotidien, plaisir de vivre ce qui est sans être envahi par la rumination ou la projection, plaisir d’une unité intérieure retrouvée.

Par ailleurs, pour générer de nouveaux circuits neuronaux, il est plus efficace de répartir les temps de pratique sur plusieurs courtes périodes réparties elles-mêmes sur plusieurs jours, plutôt que les concentrer sur une demie-journée voire une journée. Lors des périodes de sommeil, les neurones liés aux expérimentations dans la journée se réactivent, consolidant ainsi les apprentissages. C’est une des raisons pour lesquelles la méthode Vittoz est dite intégrative: plutôt de consacrer 40 minutes par jour à la pratique, il est proposé de l’intégrer à son quotidien: se lever, ouvrir ses volets, se laver les mains, prendre son petit-déjeuner… consciemment. Distillé dans le temps, ces petits actes conscients peuvent transformer une journée et devenir une véritable seconde nature, sans efforts de pratique mais vers lequel le cerveau se porte naturellement pour en avoir reconnu les bienfaits.

Nous voyons qu’ainsi la méthode Vittoz peut se mettre au service d’un certain art de vivre, prévenant le burn out, la dépression, l’insomnie etc. Mais ce n’est pas tout: ce principe s’applique aussi à une dimension thérapeutique. Certains traumatismes anciens génèrent des mécanismes de défenses inconscients, qui enclenchent eux-mêmes des comportements automatiques: c’est plus fort que moi. En rendant ces mécanismes plus conscients par le biais du corps, la méthode Vittoz permet d’activer de nouveaux circuits pour ne plus se défendre contre un passé fantôme et se libérer de ses entraves. Le passé ne sera pas effacé, mais visité, accueilli et mis à sa juste place.

Le processus est bien sûr d’autant plus long que le trauma est ancien, et les circuits ancrés plus profondément. Comme le dit encore Aristote, si la cire du cerveau est molle chez l’enfant et ce qui y est imprimé y laisse une empreinte profonde; celle du cerveau de l’adulte est moins malléable avec le temps. Les nouvelles habitudes intérieures seront donc plus longues à acquérir, mais – sauf en cas de lésions cérébrales irréversibles – la neurogenèse et le dynamisme des connexions sont possibles jusqu’à au moins… 97 ans, selon une étude de mars 2019. Une condition: la motivation.

Petite démonstration toute simple en vidéo:

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