La conjugaison du présent

LA CONJUGAISON DU PRÉSENT
Témoignage de confinement / 6
par Catherine, de base 8

Si je tenais un journal pour cet étrange moment, je crois que c’est le titre que je lui aurais donné. Voici plus d’un mois que nous sommes assignés à résidence… Une chose est sûre, j’ai très vite assimilé le fait, de la même manière que j’ai encaissé les quelques coups que la vie m’a déjà donnés. Résilience doit être mon deuxième prénom!

J’ai vite réalisé que mon rapport au temps s’était comme condensé: les journées passent à la fois très vite et très lentement, mais je les prends toutes comme elles viennent, sans revenir sur hier, sans penser à demain.

Le rythme s’est imposé de lui-même; se lever tôt pour être la première à la boulangerie, puis aller marcher dans la campagne , seule ou avec mon mari. Tôt parce qu’on y croise personne (non par souci d’hygiène ou peur du postillon, mais je l’avoue pour ne pas faire comme tout le monde…), et tôt parce que le matin est un festival sensoriel; l’odeur des aubépines mouillées, le chant des oiseaux, la rosée du matin qui trempe les chaussures…

Puis la journée est par alternance soit très active; il faut nettoyer, balayer, astiquer (après tout je suis flamande!) mais la frustration est forte; je ne peux pas faire autant de bruit que d’habitude. Parce que oui, c’est vrai je caricature un peu mais j’adore le bruit de l’aspirateur sur fond de musique poussée au maximum! Et je ne sais pas pourquoi mais mari et enfants préfèrent le silence pour travailler au calme… Soit très active donc (le travail que je fais en télétravail est vite et bien fait ); soit… merveilleusement paresseuse. Mon moment de la journée préféré est celui où je vais m’asseoir sur la terrasse et laisser le soleil me réchauffer, ne pas penser, ne pas réfléchir, juste… être là.

J’essaye de ne pas trop être branchée à l’information, parce que je l’avoue , la colère monte vite. C’est vrai que c’est difficile pour moi qui n’en ai jamais fait qu’à ma tête, de me soumettre à ces autorisations, à ce régime contraignant , parfois ça m’étouffe presque… Mais quand je lis ici ou là par exemple, la relation des abus de quelques représentants de l’ordre, la rage monte et le drapeau noir de l’anarchie n’est pas loin!

Spirituellement, je découvre, sans surprise que décidément je ne suis pas mystique. Plus que la prière, ce qui résume ce en quoi je crois c’est la formule: aime ton prochain, ce n’est pas très facile quand on est enfermé chez soi se dit-on… Et puis finalement, cela peut être sourire à la boulangère grognon, laisser passer une vieille personne devant soi au supermarché, prendre le temps d’appeler ou d’envoyer des SMS à ses amis, appeler les dames de la maison de retraite que je vais d’habitude visiter, faire envoyer des fleurs à nos mamans… Et puis prendre soin de mes enfants, de mon mari, essayer de dompter mon dragon intérieur pour qu’ils ne reçoivent pas une flammèche trop vite partie, faire de la maison un endroit agréable…

Je n’accomplirai aucun exploit pendant cette drôle de guerre, je reste une simple mère de famille, mais ce que je fais c’est moi, libre et indépendante qui le décide et ça ça ne changera pas !

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