Comme des oies sauvages

COMME DES OIES SAUVAGES
Témoignage de confinement /24
par Adeline, de base 9 en survie

L’esprit d’équipe des oies sauvages a pris tout son sens dès le début du confinement. Pour traverser d’immenses territoires lors de leur migration, elles se réunissent et forment un vol en forme de V. Cette façon de faire augmente leur efficacité de 71 % par rapport au vol d’une oie solitaire. Quand une oie quitte la formation en V, elle ressent plus fortement la résistance de l’air et la difficulté de voler toute seule. Elle essaye alors de rejoindre rapidement le groupe pour tirer avantage du pouvoir de la volée.

Pourquoi sauvage? Parce que le magma du volcan qui est en moi a atteint ma carapace! J’explose ma colère refoulée face aux incohérences, aux délires, aux supplices que  le gouvernement nous inflige. J’attends de rejoindre avec ma bannière ceux qui suivront le Seul qui nous garanti la vraie vie. Je suis armée, je suis prête, je n’ai pas peur! Mon instinct de survie est à vif.

Mise en perspective: je rends visite quotidiennement à mes parents, Maman a déclaré un Azheimer depuis quelques temps et Papa, le chef de la volée, bien fatigué, continue bravement, s’obligeant à tenir malgré les souffrances physiques et psychologiques imposées par les mesures gouvernementales en cette période d’épidémie. Je jongle entre chez moi et chez eux. Je veux que tout le monde soit bien! Chez les oies sauvages, lorsque le chef de la volée se sent fatigué, il quitte sa place pour se mettre à la fin de la formation en V, et une autre oie prend le commandement: Je vous présente mon aile 8!

Ma sœur cadette handicapée, sort le premier jour du confinement de l’hôpital, où elle était depuis quinze jours. Le foyer me demande de la prendre avec moi par précaution. Chez les oies sauvages, lorsqu’une oie est blessée, malade ou trop fatiguée, et qu’elle doit quitter la formation, d’autres oies quittent aussi le groupe pour l’accompagner dans son vol. Elles la protègent, l’aident à voler et restent avec elle jusqu’à ce que l’oie malade meure ou soit capable de rejoindre le groupe. Elles retournent alors à leur groupe ou créent une nouvelle formation en V. Après une heure de panique totale, j’accepte et évidemment je l’accueille avec moi, petite oie fragile et blessée. Mais qu’il est difficile de m’éloigner du groupe pour l’aider…

Les oies caquettent pour encourager celles qui sont en première ligne et ainsi gardent la même vitesse de vol. Je prends alors conscience que tous les manifestations d’amitié qui m’entourent de près ou de loin depuis toujours, me rassurent et m’annoncent que mes amis sont là et que je dois compter sur eux. Et tout commence. Nous étions trois, ma dernière fille, ma sœur et moi. Ça va aller! Mon fils et sa fiancée m’annoncent alors qu’ils prennent la route le jour même pour se confiner avec nous. Ok! L’aile 1 se déclenche: Organisation. Je donne des directives pour les horaires, pour les rangements, pour le ménage, pour les petits travaux de maison et de jardinage. Moi qui remets tout au lendemain, tout va être impeccable. Je peux vous dire qu’aujourd’hui, je découvre un champs de pissenlits à la place d’un beau gazon. Des natures mortes sont posées dans multiples endroits de la maison… ici un tas de vêtements, ici des livres, ici des chaussures, des boutures de plantes ou encore un vélo.

Le chef de la volée, mon père, est parti dans la Vie Éternelle. Il eut la grâce de recevoir les derniers sacrements, le rapatriement de son corps auprès de Maman et de toute sa volée, entouré jusqu’au cimetière de ses enfants, de quinze de ses petits-enfants et sept de ses arrières-petits-enfants qui avaient pu rejoindre le vol, sans compter des amis si proches, véritables franges d’or dans ces nuages noirs. Le bruissement de nos ailes réunies nous a porté et soutenu lorsque l’un se sentait faiblir. De l’instant où il partit à l’hôpital pour déficience cardiaque (il n’y a pas de hasard…) et jusqu’à son inhumation, toutes les oies ont prit chacune sans exception la fonction et la position qui leur étaient attribuées. De près ou de loin, toujours dans la même direction et dans le même but.

Aujourd’hui, il y a des choix et des décisions à prendre, pas facile pour mon 9… Mais à travers ces événements douloureux, j’ai accueilli mes émotions en remerciant Dieu des qualités d’harmonie dont il m’a dotée. J’ai également appris à accepter mes défauts et à travailler sur le fait que décharger n’est pas abandonner, et qu’il fallait savoir compter sur chacun d’entre nous.

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