Archives de catégorie : Enquête de confinement

Mariage reporté

MARIAGE REPORTÉ
Témoignage de confinement /34
Bénédicte, de base 6

Le 16 mars, c’est le jour de ma fête. Cette année 2020, le 16 mars se situe aussi un mois avant la date fixée pour mon mariage. On parle de confinement généralisé depuis quelques jours, mais à la fois je ne veux pas en entendre parler, et à la fois je sais bien qu’on n’y échappera pas, et qu’il faut que je me prépare. Je fais donc tout pour me préparer, comme ça, l’air de rien. Par exemple, j’ai acheté du Doliprane, en
plusieurs boîtes. J’ai remis à niveau les stocks de mes placards, qui ne sont jamais bien vides!
Et même si je ne voulais pas entendre parler de reporter le mariage, j’avais quand même contacté avec mon fiancé le prêtre qui nous marie, et les prestataires pour convenir d’une date de back up.

Le 16 mars, il n’y avait donc plus qu’à activer cette date de back-up. Je ne vous parle pas des autres stocks que j’ai pu faire: je ne me suis pas trouvée dépourvue. J’étais parée pour le cas (évidemment certain) où je serai malade. Mon fiancé a été malade, lui, pendant plusieurs semaines. Il a pu être testé, on est donc sûr que c’est ce méchant virus qui l’a rendu malade. Et moi, j’ai côtoyé mon fiancé pendant tout le confinement… mais je n’ai rien attrapé… Les premières semaines de confinement se sont plutôt bien déroulées dans ce contexte. Tout ce qui pouvait être sous contrôle l’était: entre l’organisation soutenue de mon travail et les temps avec mon fiancé, cette période m’a permis d’appuyer sur pause. Après les quelques mois de préparation au mariage magnifiques, et intenses, et en réussissant à mettre de côté le fait que c’est arrivé pile au moment où nous allions appuyer sur play pour notre vie à deux… j’ai trouvé qu’il était agréable d’avoir un rythme de vie sain et régulier, sans temps de trajet, et avec des moments de qualité à deux. Cela a été très doux.

Et puis, les choses se sont compliquées étant donné ma base 6. En effet, les annonces
successives du gouvernement nous ont vite fait comprendre que la date de report que nous avions trouvée était également compromise, car trop proche de la fin attendue du confinement. Il allait nous falloir reporter à nouveau. L’incertitude, ma pire ennemie, était là. Et le doute, lui n’était pas loin. Après tout, nous ne sommes que fiancés, le grand oui se dit le jour du mariage, et les fiancés restent libres jusqu’à ce jour… Quand reporter? Comment? Et le fameux mariage en petit comité, dont tout le monde dit rêver, mais qui n’est pas si facile que ça à décider? Et si on est obligé de faire le tri, même dans nos tous proches? Où? Et puis, comment s’empêcher de penser que ce n’était pas un signe contre nous? Nous étions bien, et solides ensemble, et compte tenu du nombre de couples dans notre cas, nous avons bien sûr compris que les événements n’étaient contre personne en particulier…

La traversée de cette épreuve était chahutée. Nous nous sommes relayés à la barre de notre
bateau, pour laisser le temps à chacun de nous deux d’accueillir les émotions intenses et parfois contraires qui nous arrivaient. La gestion de crise dans mon travail m’a par ailleurs bien occupée. Les réunions téléphoniques se multipliaient: assurer la distribution de l’eau potable, et la collecte des eaux usées sont des activités essentielles, qui ne se sont pas arrêtées le 17 mars. Dans cette gestion de crise, la valeur de l’autorité des patrons se révèle. Vous me voyez venir… cette fameuse autorité illégitime insupportable pour les personnes de bases 6… Ah, elle m’a donné du fil à retordre!

J’aimerais terminer en utilisant une métaphore, chère à Valérie, pour décrire ma base. Celle que
j’ai choisie est celle de la montagne, une en particulier: la barre des Ecrins. La barre des Ecrins, si vous la regardez bien, a une petite voisine: le dôme du même nom. Les Ecrins, c’est en fait
une montagne à deux sommets. La barre et le dôme. Ce n’est qu’au pied des deux, quasiment au sommet de la montagne, que vous bifurquez vers l’un ou vers l’autre. Vous visez un des deux, mais vous décidez de monter l’un ou l’autre, l’un puis l’autre environ 1h30 avant le sommet. En montagne, vous partez en cordée. Vous ne partez jamais sans vous être assurés de la météo, vérifié vos vivres, l’état de votre matériel, votre forme et celle de votre compagnon de cordée. L’incertitude et le risque inhérents à la montagne sont déjà grands, alors autant avoir contrôlé tout ce qu’il est nécessaire de contrôler. En montagne, le guide doit être expérimenté, solide. On le suit, parce qu’on a confiance, il ouvre la voie et il connaît. Et le guide sait pouvoir s’appuyer sur son compagnon: il en a aussi besoin pour être assuré. C’est le principe de la cordée. En haute montagne, on sait quand on part, mais on sait qu’il est possible qu’on ne revienne pas. En haute montagne, la peur n’est jamais très loin, mais c’est en l’apprivoisant que vous allez réussir à grimper. En haute montagne, on est porté par la beauté et la grandeur des paysages à la hauteur de l’effort réalisé, on fait l’apprentissage du courage et de la vulnérabilité des grimpeurs, on éprouve la confiance qui se crée dans la cordée.

A l’issue de ces semaines imprévisibles, l’incertitude est toujours là: j’attends toujours d’épouser celui à qui je désire dire oui pour la vie. Mais je le ferai avec le cœur plus large encore, celui que l’on a encore, celui que l’on a en arrivant au premier col, et que l’on découvre la beauté et la grandeur du sommet qui nous attend.

Ennéagramme & Vittoz

ENNEAGRAMME & VITTOZ

A l’occasion de l’enquête Ennéagramme et confinement *
Quatrième et dernier volet

« Veuillez ce qui vous arrive » Roger Vittoz

Quatrième et dernière série de  huit témoignages pour mieux comprendre les enjeux de l’Ennéagramme.
En guise de rappel pour les anciens, de découverte pour les nouveaux.
Vingt-cinq femmes et huit hommes qui font un arrêt sur image en période de confinement.
Neuf profils qui nous dévoilent un peu de leurs ressorts intérieurs, leurs combats, leurs ressources, leurs talents et leur liberté de les mettre au service.

Au terme de cette enquête, quelques jalons:

LA CRISE COMME OCCASION

Au gré des témoignages, le confinement forcé apparaît comme un creuset et un révélateur des points faibles et des ressources, des parts d’ombre et de lumière. Comme si l’espace réduit permettait de voir à la loupe les enjeux parfois occultés par l’action. Comme si le stop, la pause imposée mettait en lumière ce qui se joue en nous et nous donnait l’occasion de faire le tri dans les maisons et dans les cœurs, l’opportunité de faire des choix. Comme si les automatismes de la vie courante pouvaient être plus aisément remis en question. Certaines réactions sont étonnantes: en base 6, le plus inquiet des tempéraments, c’est comme un soulagement: l’anticipation n’étant plus possible, le contrôle lâche chez Alexandra, Mathilde et  Benoît. A rebours en base 7 chez François et Perrine, devant l’impossibilité de zapper les situations difficiles, la souffrance affleure et l’approfondissement devient possible. C’est aussi l’occasion de puiser en des ressources parfois méconnues: Adeline à l’heure du deuil de son père, se voit dans l’action juste et découvre sa capacité à fédérer et harmoniser, Magali développe sa créativité au service des soignants.

L’ENNEAGRAMME COMME PRAXIS

La lecture d’un livre et a fortiori un test ne peut remplacer l’expérience partagée. C’est par les témoignages, spécificité de la tradition orale, qu’il est possible d’entrer dans la finesse et la vérité des motivations intérieures; sans verser dans la théorisation, les simplifications, les caricatures. Chaque témoignage, chaque itinéraire, chaque personne est unique. Pour autant, de grandes lignes convergent et laissent émerger des points communs, comme une fraternité. Pour Nathan, Barbara, Nathalie et Bénédicte en base 3, la même tentation de confondre le faire et l’être, et une même voie d’évolution dans le ralentissement; quand pour Maguelonne, Katie et Adeline en base 9, le mouvement serait bien différent, voire inverse: de l’oubli de soi au positionnement juste. Le reconnaître en soi et chez l’autre peut être l’occasion d’un soulagement et d’échanges sur ce qu’il est possible de mettre en place.

L’ENNEAGRAMME POUR QUI ?

Vie privée, professionnelle, vie de couple, familiale, communautaire, à tout âge, outil de discernement, l’ennéagramme s’adresse à toute personne désireuse de se remettre en question et de développer ses talents par une meilleure connaissance de soi et une meilleure compréhension des autres. Il met en lumière la beauté de chaque profil et le fait que chacun est précieux pour l’harmonie du monde, dans la mesure où l’on se garde des travers pour mettre en commun le meilleur: l’enthousiasme de la base 7 pour François, la réalisation de la base 3 pour Nathan, la connaissance objective de la base 5 comme Pierre, prendre soin de la base 2 pour Raphaëlle etc.

DISPOSITIONS 

La déontologie de la tradition orale de l’ennéagramme développe des dispositions que l’on retrouve dans chaque témoignage et qui sont reconnues en stage:
Autonomie/liberté/responsabilité: chacun est le seul  savoir quel est son profil et le découvre à son rythme, pour développer ses talents et les mettre au service.
Humilité/simplicité/humour: les témoignages parlent d’eux-mêmes 🙂
Ecoute/bienveillance/respect: c’est un leitmotiv.

L’ENNEAGRAMME POURQUOI ?

L’ennéagramme est une cartographie de la psyché qui précise les motivations et permet de trouver des axes d’évolution: cela passe par des prises de conscience et des remises en question: Raphaëlle réalise sur le terrain que son talent de prendre soin ne peut être fécond que par la vertu d’humilité, Bénédicte se prend en flagrant délit d’activisme, Maguelonne d’oubli de soi. Cela peut passer par de petits combats intérieurs, comme le montrent les témoignages de Dominique ou Eléonor. Pour chacun apparaît le choix de continuer en automatique, ou de faire un pas de côté et d’oser changer. 

LA METHODE VITTOZ

J’ai choisi la méthode Vittoz, démarche à médiation corporelle, pour mettre ces découvertes en mouvement. Des trois dimensions de la personne, tête, corps et cœur, seul le corps habite le présent et il permet l’arrêt sur image qui permet le changement. Avec trois étapes: accueillir nos ressorts intérieurs, oser y demeurer le temps nécessaire à la conscience, y consentir: vouloir ce qui est au dedans et au dehors, pour ne plus lutter contre le réel et gagner en liberté intérieure. C’est en ouvrant la porte de leurs cinq sens que Nathalie et Bénédicte peuvent prendre conscience de leur rapport à l’efficacité et en quoi elles peuvent perdre de vue l’essentiel. Avec de vrais pistes pour l’après-confinement: garder les moyens de la paix contactée, choisir de garder ce que je veux vraiment et ce que je peux mettre en place, pour ne pas rester au balcon de soi-même.

« Que nous le voulions ou non, nous avons dans le monde une influence bonne ou mauvaise, du seul fait de notre état rayonnant autour de nous la paix, l’énergie, la joie, la bonté si nous les possédons; ou inversement, le trouble, le découragement, la tristesse, la malveillance. De là pour nous une nécessité de conscience de nous mettre et de nous maintenir dans ces états d’âme bienfaisants pour les autres comme pour nous. Nous le devons au prochain parce que nous sommes des êtres sociaux et que nous avons, qui que nous soyons, une tâche à remplir en ce monde et une part de responsabilité dans le bien qui se fait ou ne se fait pas et dans le mal qui se commet. Qui connaîtra jamais exactement les conséquences nuisibles ou bienfaisantes d’un acte, d’une parole, et ses répercussions lointaines dans le monde ? » Roger Vittoz, Notes et pensées, Angoisse ou contrôle

L’Ennéagramme est une méthode de connaissance de soi et de compréhension des autres qui se transmet en groupe, par tradition orale. Il ne peut se réduire à une étude mentale qui en figerait les manifestations et  sa fécondité se trouve dans le mouvement, l’expérience, les échanges. C’est par eux que quelque chose de moi peut se révéler, qu’une prise de conscience peut jaillir.
En ce sens, le confinement est une frustration – les échanges humains qui sont au cœur de la méthode ne sont plus possible pour le moment. Mais il peut aussi se révéler une opportunité car la situation particulière peut-être un révélateur: ma réaction première et son développement dans le temps peuvent me surprendre moi-même. En tous cas, ils parlent de moi, de mon intérieur, de mes ressorts, de mes motivations profondes, parfois inconscientes.
C’est pourquoi l’idée d’un panel virtuel a germé et nos stagiaires y ont trouvé l’occasion de témoigner de leurs découvertes, un grand merci à eux! Le panel est la spécificité de la tradition orale et consiste à témoigner concrètement de ce qui se passe au-dedans et qui ne correspond pas toujours à ce que l’on voit au-dehors. Repérer ses points de blocage, ses ressources inutilisées en temps normal, ses voies de progression, ses talents. 
Sans doute ces témoignages peuvent présenter certaines parts d’incompréhensions pour qui n’a pas entrepris la démarche, qui ne saurait se faire sans le groupe hic et nunc. Cependant, la diversité des témoignages peut faire émerger quelque chose de cette démarche et c’est l’objectif de cette enquête.

 

Une époque unique

UNE ÉPOQUE UNIQUE
Témoignage de confinement /33
par Clotilde, de base 4 en survie

L’annonce du confinement ne m’a pas surprise ni inquiétée, je m’y suis adaptée sans difficulté; je me suis sentie très privilégiée, et donc un peu coupable de le vivre si bien. Le fait de ne rien faire pour la collectivité m’a gênée et puis que faire? Bien sûr, j’applaudis le soir à 20 h mais cela me semble si dérisoire…

J’oscille souvent entre le positif et le négatif. Je crois fermement que les relations humaines vont changer en mieux , que les égoïsmes vont diminuer, que l’être humain va prendre encore plus conscience de sa responsabilité dans le fonctionnement du monde. Et voici une image qui m’apparaît: au niveau mondial , nous sommes tous sur un quai de gare. L’arrêt a été obligatoire, nous avons dû descendre de notre train TGV; et ce quai de gare – ce confinement – nous oblige à réfléchir sur la direction à prendre: vais-je reprendre mon rythme en sautant dans le premier TGV venu, ou bien vais-je préférer un TER pour une introspection et pour conduire ma vie autrement? Mes pensées vont aussi surtout vers les souffrances humaines: particulièrement les enfants maltraités, les violences conjugales, les sans-abris et tous les trafics qui continuent dans l’ombre avec des personnes encore plus en danger: prostitution, drogues… Ce mal fait tellement aussi partie de l’homme.

Je suis consciente que je me protège en créant une bulle de bien-être. Avec ce confinement, j’ai très vite repéré l’opportunité de pouvoir m’adonner au plaisir de jardiner, trifouiller la terre, désherber… en fait surtout d’embellir le jardin. Comble de chance: le soleil est déjà bien généreux dans le Sud! Donc régal des yeux et des couleurs, je passe du temps à regarder toutes les variétés de vert dans la nature; des roses avec leurs teintes si délicates… et j’ai plaisir à faire de belles photos, de beaux bouquets et à les transmettre aux proches: cultiver le beau c’est essentiel! Partager pour faire plaisir et embellir aussi leur journée m’importe aussi.

Je me régale de silence, il me nourrit et me permet de rêver et de ressentir plus profondément mes émotions. Le silence est une grande composante du beau . J’en profite – avec mon mari – pour écouter nos disques de musique classique, cela apporte aussi de l’apaisement, de la sérénité; nous ne prenions pas le temps de les écouter, je sens qu’il y a un créneau à développer dans ce domaine.

Je ne suis pas que contemplative, loin de là. J’aime et j’ai besoin d’action aussi, mon mari aussi. Nous avons toujours beaucoup voyagé et son métier de pilote long-courrier nous a grandement facilité ces évasions. Le confinement est double pour lui comme pour moi, car il a pris sa retraite il y a tout juste deux mois… Nous voici donc confrontés à l’enfermement et au face-à-face quotidien. Comme si on nous avait coupé les ailes de notre soif de découvertes du monde. Nous avons eu besoin d’un temps d’adaptation mais globalement nous vivons bien cet arrêt forcé.

Je ressens que mon besoin d’être seule (une aile 5 bien présente) n’est pas toujours comblé. Mes temps de prières et d’intériorisation ont leur place, particulièrement en cette période de Pâques; les messages et homélies de François me rejoignent car c’est un Pape avec un accès simple, humain et très incarné dans notre époque.

Dans ma partie active, je fais beaucoup de rangements en tout genre, bien sûr pour faire de la place, mais surtout pour élaguer la maison car cela m’apporte aussi de la liberté intérieure, me permet de me détacher de choses qui n’ont plus de sens aujourd’hui.

A 60 ans , je ressens aussi le besoin d’être plus dans l’essentiel, de me recentrer sur mes proches, mes frères et sœurs, sur les personnes qui comptent vraiment pour moi car la vie file (trop) vite et que certains sont décédés prématurément; le sentiment de ne pas leur avoir assez montré mon attachement est là aussi; la fragilité de la vie en fait aussi toute sa force (en l’écrivant les larmes me montent aux yeux et cela me fait du bien! Ah cette base 4…

Mon besoin de relations authentiques m’incitent à téléphoner plus, à prendre plus de nouvelles… pour consolider les liens mais je constate amèrement que ce n’est pas aussi fort chez les autres, et que le téléphone sonne bien moins que je le souhaiterais (cette crainte de l’abandon?) ce qui remplirait un peu plus ma soif de relations waouah…

Mon sous-type survie se plaît bien dans ce confinement: repas équilibrés, variés, plaisir de cuisiner, de bien manger, de faire une belle table. Plaisir d’une maison rangée, esthétique, accueillante – même si personne ne rentre. Les temps de lecture sont bien présents et cela me nourrit aussi. Je ne m’ennuie pas; je me nourris de tout ce qui est à ma portée: lecture, échanges avec Alain, émissions hors virus, musiques, jeux et nature…

Je suis rassurée de constater que nos enfants respectent les consignes de sécurité tout en étant créatifs dans leurs confinement et je veux croire qu’ils sauront créer une vie plus tournée vers l’humain et toutes ses richesses et moins obnubilée sur le rendement à tout prix.

A fond les ballons !

A FOND LES BALLONS !
Témoignage de confinement /32
par Bénédicte, de base 3 en tête-à-tête

A quelques jours de la fin du confinement total, je ris toute seule de mon cas en regardant mon comportement de ces dernières semaines… J’ai fait le choix de rester chez moi à Paris pour différentes raisons qui sont tellement 3 et tellement tête-à-tête! Ça en devient drôle!

La perspective de six à huit semaines chez moi me donnait à la fois le vertige et à la fois une excitation de challenge. J’allais enfin pouvoir faire tout ce que je n’ai jamais le temps de faire dans mon quotidien déjà très (trop !) chargé. Je me suis donc fixée des objectifs via une liste (on ne change pas les bonnes habitudes) dans différents domaines: spirituel, professionnel, développement personnel, finances, cuisine, santé, sport,
divertissements! Oui je suis obligée de lister les moments de détente, sinon j’oublie…

Et je suis partie à fond les ballons! Ça fonctionnait pas mal sauf que j’avais encore plus de tâches qu’avant et tout en continuant à travailler beaucoup en télétravail… Je mangeais en écoutant une vidéo, je lisais en réceptionnant mes mails et messages sur mon téléphone, je
préparais à manger en étant au téléphone. Tout était calculé pour être efficace et tenir mon
planning. Alors l’avantage c’est que je vis maintenant dans un appartement témoin: tout a été trié, rangé, jeté. Chaque chose a sa place. Je me suis formée et j’ai avancé sur le plan personnel. Et puis sur le plan humain, après l’inondation de messages, visios et autres partages d’écran (très chouette au demeurant), est apparu le manque des autres, des contacts physiques, de la présence…

Alors je me suis mise en retrait… Je n’étais que dans ma tête, j’avais quitté le cœur, trompée par mon désir de vouloir tout faire. Je manquais d’ancrage. Alors je suis revenue à la base. Vittoz… J’ai fait de vraies pauses repas en mangeant en conscience. Je suis allée marcher tous les jours au moins trente minutes sans musique, sans téléphone et en ressentant les mouvements, l’air, le soleil… Bon je cogitais aussi… Et pour rester ancrée je me suis mis trois alertes dans mon téléphone, m’obligeant à faire des pauses de dix minutes dans la journée. Juste dix minutes pour respirer ou boire en conscience mais pour reposer mon cerveau. Alors la liste de tâches m’est apparue beaucoup plus facile car je me suis autorisée à ne pas tout faire, à être libre de faire ce qui est bon pour moi au moment présent et peu importe si tout n’est pas fait. J’aurais fait ce qui est bon pour moi à ce moment là…

Je suis heureuse de ces avancées, de ces prises de conscience qui me permettent de réajuster en permanence mon tempérament et ma recherche d’efficacité qui viennent au détriment de la qualité et de ma santé. Vittoz, une fois de plus, me remet au cœur de mes émotions et de mon ressenti et me permet d’accueillir qui je suis et d’être bienveillante envers moi-même. Et même si je n’ai pas trop souffert de la solitude car je ne m’ennuie jamais, il est grand temps pour moi de retrouver mes proches, mes amis et mes collaborateurs. J’ai tellement besoin de présences et de partages!

L’âme de Jeanne

L’ÂME DE JEANNE
Témoignage de confinement /31
par Anne, de base 4 en tête-à-tête

Comme le million de franciliens ayant fui la capitale et sa banlieue pour être confinée dans un lieu plus agréable et moins peuplé, je me suis empressée de partir avant midi le 17 mars, jour et heure qui signifiait la fin provisoire de notre liberté d’aller et venir, de rencontrer qui nous voulions, de poursuivre nos activités professionnelles et de loisirs et d’être face à soi-même quand on vit seul. Impossible pour moi qui ne supporte pas plus d’une journée cet unique tête-à-tête. J’aurais bien relevé ce défi mais n’était-ce pas trop me demander? Heureusement je n’ai pas eu à hésiter longtemps, grâce à l’invitation à passer ce temps de confinement en famille à la campagne.

Insatisfaite au début, je regrettais de n’être pas chez moi et en même temps j’étais rassurée d’être en si bonne compagnie dans un environnement agréable. Mais l’insatisfaction a vite laissé place à la certitude d’avoir choisi ce qui était meilleur pour moi et la situation la plus apaisante. Envieuse aussi les premières semaines, je l’avoue. Je ne pouvais, comme beaucoup d’autres, pensai-je, profiter de ce temps de confinement avec un conjoint, passer ces moments avec cette âme sœur que j’avais longtemps espérée, puis trouvée, et avec qui j’aurais aimé vivre un tête-à-tête sur cette terre pendant encore de longues années s’il n’était parti trop tôt. Mais cette communion parfaite et intense qui n’est plus n’est-elle pas idéalisée ?

Je me suis longtemps demandé en quoi le beau, l’esthétique que recherchent les personnes de base 4 pouvait me correspondre. Mais si l’écoute de la musique, la pratique d’un instrument et le chant me font vibrer et nourrissent, bien sûr, ma soif d’émotions, celles-ci n’ont jamais atteint une intensité si forte qu’elles me satisfassent entièrement.  Et où était la création dans tout ça?

Et c’est là que Jeanne entre en scène.

Mais qui est Jeanne, me direz-vous ?

Jeanne était la sœur de mon arrière-grand-mère, morte le 4 mai 1897, dans l’incendie du Bazar de la Charité, retournant dans le brasier alors qu’elle en était déjà sortie pour sauver sa mère prisonnière des flammes. Son portrait était accroché dans le salon des maisons familiales successives, de génération en génération, jusqu’à ce qu’il atterrisse chez moi. Mais nous ne connaissions d’elle que son funeste destin auquel, pour nous, elle était réduite.

Inspirées par son histoire, nous, ses quatre arrière-petites nièces, profitant de ce temps libre, avons cherché à la faire revivre sous les traits d’une jeune fille vivant dans le Paris de la fin du XIXème siècle dans un roman historico-familial écrit à quatre mains.

Paradoxalement les haut et les bas, les trop qui finissent toujours par lasser mon entourage familial passaient beaucoup mieux et étaient même encouragés s’ils n’étaient plus miens mais ceux de mon héroïne. On louait alors ma capacité à mettre en mots des émotions que les autres ne savaient pas exprimer. J’ai trouvé un plaisir immense à faire vivre des personnages, à ressentir leurs émotions, d’autant plus que dans l’écriture tout est possible, elles ne sont pas assujetties à une situation, un événement extérieur à soi-même, elles sont intérieures et infinies.

A la fin du M5 j’ai remis en question ma base 4 pour aller peut-être vers la 9. Entre une mer agitée et une mer d’huile, j’ai besoin que mon bateau navigue parfois sur l’une, parfois sur l’autre. Faire face aux tempêtes de la première m’épuise, mais être seulement tranquille sur la deuxième m’ennuierait à la longue. Pendant ce temps de confinement j’ai essayé de trouver le juste équilibre entre le calme apporté par l’environnement, la marche et les activités quotidiennes et l’intensité émotionnelle vécue dans ce projet de livre.

Et le déconfinement est déjà là. Ce temps a passé si vite.  Il ne tient qu’à moi maintenant, avec la retraite à l’horizon, dégagée très bientôt d’obligations professionnelles, de garder cette harmonie.

Une page blanche

UNE PAGE BLANCHE
Témoignage de confinement /30
par Pierre, de base 5 en tête-à-tête

L’autre soir, j’ai ouvert ma Bible au hasard et je suis tombé sur une page blanche. Étrange oracle pour ces temps troublés! Comme si face à l’impensable que nous vivons durant ces semaines, le Verbe lui-même en restait coi…  Et si cette angoisse de la page blanche nous renvoyait d’abord à nos propres responsabilités, nous appelant à tout repenser, à commencer par notre  propre vulnérabilité?  Beau sujet de dissertation. Vous avez 4 heures! Et bien plus s’il le faut et peut-être même autant que vous voudrez dans ce moment de dilatation de nos existences.

Alors ce confinement me direz vous, que de bonheur en perspective pour la base 5!
Le temps suspendu, les contacts limités, les gestes barrière, la distanciation sociale…,
finalement presque la routine….  C’est un peu comme si le lexique de la base 5 était devenu
soudainement le référentiel commun. Des semaines entières d’isolement, loin du monde,
des mondanités, des superficialités… Avoir enfin du temps, beaucoup de temps pour
simplement rentrer en soi.  Profite à fond, mon Pierrot, ce confinement-là, il est pour toi…!
Oui c’est peut-être ce qu’imaginent ceux pour qui la base 5 de l’Ennéagramme reste un
mystère, à commencer par celle qui partage ma vie: « le confinement c’est trop facile pour
toi… ».  Je ne voudrais pas parler à sa place, mais il semblerait en effet que vivre avec  5
confiné ne soit  pas franchement une sinécure… même quand on a en commun un sous-
type tête-à-tête.

Peut-être que cette expérience de confinement imposée permettra au moins aux personnes
de base 5 de se sentir un peu moins seuls, ou en tout cas mieux compris, notamment si
chacun peut  ressentir un tout petit peu ce que qui est en jeu dans ce  besoin de
distanciation qui nous caractérise.  Il ne nous rend nullement plus heureux, ce n’est ni un
choix, ni une fuite, et ce n’est surtout pas l’exercice d’une liberté. C’est simplement une
assignation.  Est-ce que maintenant vous comprenez ?

Mais pour moi ce confinement ne ressemble pas du tout à la  retraite intérieure paisible que certains pourraient  imaginer. D’abord parce que le traumatisme que nous vivons pose trop de questions à la fois. Ma réflexion est intense mais la machine tourne à vide. Le GPS
s’affole, sa cartographie n’est plus à jour, plus aucun itinéraire ne se profile. Bien que
surinformé, j’ai besoin de toujours plus d’informations… mais l’information a disparu dans le
bruit et la fureur: il n’y a plus que des injonctions ou des imprécations. D’ailleurs on nous l’a dit et répété : « nous sommes en guerre » et comme chacun sait, « la  première victime d’une
guerre, c’est la vérité » (Kipling). Alors oui, je me perds à réfléchir à ce qui nous arrive, à ce
que nous avons fait ou manqué de faire pour en arriver là (au passage, vous ne trouvez pas
étrange  que les pays plus touchés soient justement  les plus riches de la planète ?). Et comme tout le monde ou presque, je me lance dans ce grand jeu intellectuel consistant à
imaginer le monde d’après, débat  légitime et nécessaire, mais dans lequel chacun tend
à projeter son idéologie, ses phobies ou ses attachements. D’un côté, ceux qui
s’impatientent que tout redevienne très vite comme avant. L’histoire des grandes crises leur
donnera peut-être  raison, et on peut compter  sur les puissantes cordes de rappel de
l’économie financiarisée (j’en suis un modeste machiniste…), pour qu’elle se répète à
nouveau. De l’autre, ceux qui voient dans cette période une épreuve purificatrice ainsi que
les adeptes de la décroissance qui se frottent les mains en croyant  l’heure de la sobriété
heureuse enfin arrivée, sans se rendre compte que la débâcle économique qui vient va jeter
des millions de gens dans la misère. A l’arrivée, peut faudra-t-il seulement, comme dans Le Guépard, que tout change pour que rien ne change…

Mais il y a une autre raison pour laquelle je n’ai pas du tout le sentiment de vivre ce
confinement à la façon base 5, c’est que je suis totalement débordé.  Je vois ici ou là que
certains cherchent à occuper leurs journées et à tromper l’ennui par tous les moyens, et on
me dit que ce confinement serait une occasion unique pour vivre  de nouvelles expériences
(pratiquer le yoga, apprendre le mandarin, relire Guerre et paix…). Tu parles!  Dès  le
début, mon métier de banquier et les impératifs  de la gestion de crise m’ont  plongé au cœur
de cette incroyable tempête qui est en train de ruiner nos entreprises (mes clients !).
Devenu forçat du télétravail (un truc ultra-performant mais qui va achever de détruire, si on
n’y prend pas garde, la dimension du lien social attachée jusqu’ici à la valeur travail), mes
journées ne sont plus qu’un interminable chapelet de téléconférences.

C’est pour moi le grand paradoxe de cette période, car  se retrouver ainsi plongé dans
l’action, mu par un sentiment d’extrême urgence qui oblige à agir et agir vite, sans pouvoir
prendre le recul et le temps nécessaire de la réflexion, est une sensation bien étrange et
largement inconnue. On prend en 24 heures des décisions qui normalement demanderaient
des semaines d’études et d’analyses. Mais il n’y a pas le choix: face à la catastrophe qui
s’annonce, une seule solution: ouvrir à fond les robinets du crédit, et s’il le faut attaquer à la
hache la canalisation pour accélérer le débit, sans même savoir si cela sera suffisant,  si le
remède ne sera pas pire que le mal, et si je ne serai pas tôt ou tard  emporté moi aussi avec
mon entreprise dans la tourmente. C’est une expérience à la fois déstabilisante et grisante:
ressentir une exaltation secrète, une jubilation sourde (ben oui, sourde évidemment, on reste
dans la base 5 quand même, donc il faut rester calme…) en jouant le tout pour le tout, et puis découvrir enfin, de façon inattendue, que le sens peut jaillir autant de l’action que de la
réflexion.

Pour finir, je ne sais pas comment ni dans quel état nous allons sortir de cette période. C’est
évidemment angoissant mais je reste persuadé que la seule façon spirituellement
ajustée de vivre ce moment est de rester ouvert à l’inattendu. Voici le temps du
dépouillement, du fameux lâcher prise et de l’accueil de la nouveauté. « Car voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5). Et à ce propos, l’autre soir, en ouvrant ma Bible, je suis tombé sur une page blanche…

Kibboutz

KIBBOUTZ
Témoignage de confinement /29
par Mireille, de base 9 en tête-à-tête

Le démarrage du confinement m’a vue, je crois, dans l’action juste, comme si les états d’urgence me permettaient de rassembler toutes les informations et de me positionner facilement et rapidement. Ma flèche 6 a anticipé le pire: la possibilité que ma fille seule soit malade dans ses 14 m² parisiens, nos jeunes mariés ne se supportant plus après plusieurs semaines d’isolement, la mort de l’un d’entre eux pourquoi pas. Tout cela sans peur, sans réflexion, c’était une évidence: il fallait que nous nous réunissions tous, afin de nous porter assistance mutuellement en cas de bug. Et tranquillement, ils sont tous rentrés at home.

Si l’on ajoute qu’un ami prêtre était déjà chez nous depuis un mois, pour cause de travaux chez lui, vous comprendrez qu’un petit monde idéal venait de naître: notre maison permet à chacun d’y avoir sa place, de pouvoir y être seul, travailler, étudier; les petits mariés refont leur nid à eux, et tous se retrouvent pour des moments de joyeuse convivialité, à son rythme: repas à thèmes, film choisi par l’un pour tous alternativement, parties de ping-pong et jeux de société; le tout sous un soleil radieux et au cœur d’un grand jardin qui s’éveille et s’épanouit jour après jour. Avec en point d’orgue, le chant du dimanche Regarde l’étoile, où nos neuf voix se mêlent: la grave et la fluette, l’aiguë et la profonde, la pure et l’éraillée: moment d’unité par les voix et par les présences, où personne ne se cache, où l’âme affleure en une communion qui fait céder les digues de mes larmes.  Chacun donne le meilleur de lui-même, une place pour chacun et chacun à sa place.

J’essaie d’élargir mon regard à plus grand que notre petite troupe, avec cette folle espérance que le monde va enfin pouvoir changer, gagner en intériorité, bon sens et souci du bien commun, car tout est lié. Je lis, j’écoute, j’observe, guettant les signes d’un renouveau par-delà les réactivités, les peurs et les colères. Avec cette secrète inquiétude que cela ne dure pas assez longtemps pour que ce soit le cas.

Tout était bien à sa place, sauf que… les jours ont passé, le temps s’est épaissi. J’avais oublié un détail dans ma prévision: l’intendance pour neuf adultes, conjuguée au télétravail… Mon corps me donne des alertes que je reçois plus ou moins, et que je ne sais pas trop dire. Jour après jour, l’un après l’autre a ses hauts et ses bas, baisse la garde, retrouve ses petits travers (moi la première). J’essaie de lâcher l’aile 1 , d’accepter les imperfections et les rêves d’un monde parfaitement harmonieux. Je me débats comme je peux avec les incidences intérieures que quelques petites tensions induisent en moi, l’envahissement de la baisse de forme de l’un ou de l’autre, la lassitude de l’organisation de la maisonnée, un certain engourdissement pour mieux ne pas voir. Et puis, je manque de challenges, de nouveau, de leviers pour me mettre en mouvement; bref, ma flèche 3 est en berne…

Je sens bien que ce temps creuse, qu’il nous révèle à nous-mêmes, qu’il émonde et qu’il sera fécond. Éternelle confiance en la vie, amour inconditionnel, capacité à voir le beau en tout et en tous, volonté de concilier et d’harmoniser les différences: je suis reconnaissante de cette nature reçue mais… quelque chose manque, quelque chose gratte… Jusqu’à ce que je prenne conscience il y a quelques jours que cet abandon qui m’est si facile peut aussi se révéler un piège. A me dire que Dieu fait tout, je pourrais ne rien faire et attendre que ça passe, m’endormir. Et cela dans bien des domaines… Je crois qu’il est temps pour moi de développer ma pauvre aile 8 délaissée… Dieu sait pourtant que la négliger m’a souvent joué des tours, par peur de trancher ou de dire non. Du travail en perspective pour le déconfinement…

Confi-né

CONFI-NÉ
Témoignage de confinement /28

par Benoît, de base 4 en survie

Pour le confinement du 4, mon cas est un peu spécial, puisque j’ai la chance d’habiter une maison avec terrasse et jardinet, et en bonus: le chant des oiseaux, la douceur de la solitude et le sentiment – que je tiens de mon mysticisme et de mon catholicisme – d’appartenir à l’éternité, à moins que ce ne soit le contraire.

Bien que séparé de ma compagne et de mes enfants, et nonobstant ce privilège immobilier – oserais-je dire malgré lui? qui ne me confine pas comme les autres, j’avoue que j’y ai pris un grand plaisir, en somme, le contraire de la déconfiture.

Pour petite part parce que j’y ai eu l’occasion de remettre ma maison à neuf – et que mes aboulies procrastineuses se sont finalement laissé prendre au piège du temps, mais surtout, oui, surtout, parce qu’une situation exceptionnelle, personnelle ou sociale, heureuse ou malheureuse, fait monter le 4 au plafond, peut-être au quatrième ciel (à défaut du 7, qui s’y connaît en 7ème ciel)!

Et qu’accessoirement, le 4 n’hésite pas à enfreindre la loi, qui lui va comme des bottes de cuir à un flamand rose, et qui est principalement bonne pour les autres.

Serais-je, avec mon sous-type moi&moi, un confi-né?

Puissance de l’amour

PUISSANCE DE L’AMOUR
Témoignage de confinement /27
par Raphaëlle, de base 2 

Si l’on interrogeait mon mari (sans trahir de secret, il est de base 9) sur son ressenti en début de
confinement, peut-être évoquerait-il une forme d’effroi. Son ouragan d’épouse n’allait plus avoir
d’autre victime que lui pour déverser les flots de son amour, de son attention et de son temps…
– Dans les faits ça n’a pas eu trop l’air de le gêner d’être l’unique centre de mes attentions… :).  Au presque terme de cette situation imposée, quelques réflexions sur la force puissante de canalisation du 2 qu’est l’amour conjugal.

Il faut dire en premier lieu que notre confinement ne fut absolument pas total. Mon mari continuait de travailler à l’entreprise, et la cohabitation complète n’eut lieu que pendant une semaine de congé, choisie, et qui nous a fait découvrir, pour la première fois, la joie des vacances à la maison. À la 2 que je suis, certes persuadée qu’elle est merveilleuse et qu’elle a les solutions à tous les problèmes d’autrui, reste comme un étonnement permanent: celui d’être autant aimée. Car cette soif d’amour qui m’habite et me meut est toujours augmentée par l’idée de ne pas être aimable. Aussi les déclarations, les mots d’amour, les preuves d’amour sont-elles toujours d’une force inouïe pour combler un cœur qui en est assoiffé et qui les méconnaît souvent.

Et face à la tyrannie que peut imposer une personne de base 2 qui se respecte comme moi, tyrannie d’ailleurs toute en services et en excellentes dispositions, mon 9 de mari a su imposer un bouclier formidable: profondément, sincèrement, entièrement, il s’est mis à mon service: il a tout donné, sa vie, son temps, ses forces, ses efforts, ses faiblesses même, juste pour moi. Et il me l’a dit. Et redit. Et montré. Et devant cette disponibilité totale, et dont j’étais l’unique objet en ce temps de confinement, me voici totalement démunie. Car ce qui était mon privilège devient mon miroir. En réalité, rien ne canalise plus une personne de base 2 que cet amour qui se donne, que ce don complet. Car il lui impose de définir ses propres besoins, ses propres attentes, ses propres limites. Il l’installe dans cet émerveillement de la conscience d’être aimé. Il le plonge dans une confiance progressive de sa vraie valeur aimable, qui n’est pas dans le faire mais dans l’être même.

Et alors, rien n’est plus simple au 2 que de donner à l’autre le temps et l’espace dont il a besoin. Je dirais même plus ce temps personnel à chacun est un cadeau qui permet de goûter toute l’intensité de l’amour que l’autre nous a porté. En somme, si vous voulez qu’une personne de base 2 arrête de vous rendre service… n’y aurait-il pas moyen plus désarmant que de vous mettre à son service?

Révélation

RÉVÉLATION 
Témoignage de confinement/26
par Sophie, de base 5 en tête-à-tête

J – 2

Je suis en week-end avec des amis. Le gouvernement vient d’annoncer la fermeture des écoles. Des rumeurs de confinement planent… Nous écoutons les informations, inquiets; les messes vont-elles être interdites? Autour de moi, l’ambiance est électrique: peur, colère, tristesse, doute… les émotions explosent tel un feu d’artifice! Je sens beaucoup de tension autour de moi. Ma flèche vers le 7 s’active instinctivement: je me transforme en clown déchaîné! Je déploie des talents insoupçonnés pour que chacun retrouve le sourire.

Au fond de moi, je suis meurtrie, bouleversée, abandonnée devant l’église vide mais je me garde bien de prononcer un mot à ce sujet…

Lundi 16 mars

Je suis étonnée de l’effervescence qui règne au boulot. Je mets la journée à comprendre que je vais devoir rester chez moi 45 jours, enfermée, seule, sans pouvoir profiter du printemps. Je prends alors le temps d’emplir mes yeux de la beauté de la nature avant de rentrer.
Je n’ai rien anticipé, rien! et je m’efforce de ne pas écouter la seule question qui me vient comment vais-je supporter la solitude? Le reste m’importe peu: des solutions, il y en a toujours.

Une amie m’appelle: Nous partons à la campagne, tu viens avec nous? Sans prendre le temps de réfléchir, j’accepte! Je suis fière de ne pas écouter mon instinct de 5 qui s’inquiète de quitter son refuge. Mon aile 6 entre en action; en une heure, je suis prête à partir. Je n’oublie pas de prendre le bon chocolat que j’ai en réserve prévoyant que nous ne serons pas encore libérés à Pâques.

J + 45

Mon cerveau est au repos puisque je ne peux rien prévoir, rien changer. Je suis davantage en centre corps. Je sens toute l’énergie de ma flèche 8. Dès que je le peux, je vais dans le jardin: tailler les arbres, planter des légumes, ramasser du bois, scier, tondre… Je m’émerveille, je prends le temps de voir les fleurs pousser, les arbres se couvrir de feuilles… Tout est si beau! Le sol tapissé de bleu par les jacinthes sauvages, le chant du rossignol, la mésange qui arrive pour les Rameaux, les clochettes du muguet qui s’ouvrent pour Pâques… Tous les matins, j’enfourche mon vélo pour aller acheter du pain frais. Ça me fait du bien d’être levée avant tout le monde, de profiter du calme, de la fraîcheur matinale, de pédaler dans la campagne (mon côté 5 en a bien besoin).

La cohabitation se passe bien. J’essaie d’alléger le quotidien de chacun en rendant de menus services et en veillant qu’il n’y ait pas de tension. J’écris, je chante, je sème des dessins humoristiques dans la maison, je téléphone pour rester connectée au monde, je joue du piano… Je suis heureuse, tellement heureuse d’être confinée avec des amis! Je découvre que je déteste la solitude. J’ai tellement plus d’enthousiasme et de volonté quand je ne suis pas seule… Moi qui me croyais associable; je recherche la compagnie!

Un soir, nous parlons tempéraments, ennéagramme. Mes colocs pensent que je dois être de type 7 ou 8 ou même 3 tant j’ai d’enthousiasme (je chante, je danse, je ris toute la journée) !!!
C’est une belle victoire pour moi. Il me reste pourtant bien des progrès à faire comme oser discuter de mes besoins, de mes sentiments. Alors que j’écris ces mots, on me demande ce que je fais, j’esquive, je n’ose pas leur montrer mon témoignage…