Archives de catégorie : Base 7

Père et fils

PÈRE ET FILS
par Xavier
de base 7

Emile Friant

J’ai commencé le parcours ennéagramme il y a trois ans en ayant fait le module 1 dans un cadre professionnel et le module 2 avec vous. Cela m’a permis de comprendre un certain nombre de mécanismes et de modes de fonctionnement/approches du réel. Pour autant mes relations avec mon père concernant un sujet sensible – une maison de famille – étaient toujours compliquées.

En effet mon type 7 est plutôt porté sur la projection/vision et aime anticiper, organiser, prévoir. Or de nombreux sujets concernant cette propriété nécessitaient, à mon sens, un minimum de projections. A chaque fois que l’échange avec mon père portait sur le sujet, je le voyais fuir l’exercice et m’avouer à l’issue de nos échanges ressentir une forme de pression, de panique. Il avait l’impression d’être contraint par le temps, la situation. Dans mon esprit c’était tout l’inverse qui devait se produire: c’était justement en définissant une vision puis en planifiant et anticipant les différentes étapes d’un projet que mon père devait pouvoir être rassuré et ne pas être pris à la gorge en cas d’urgence!

Malgré l’ennéagramme, je ne comprenais pas mon père et le trouvais inconséquent et incapable de décider. Je trouvais qu’il subissait la situation. De son côté il me trouvait rouleau compresseur et un peu perché dans mes visions conceptuelles (quel rôle doit jouer une maison de famille? Quelle est sa vision de la retraite? …). C’est à l’issue du module 2 en écoutant le panel des bases 9 qu’un déclic s’est produit! J’ai émis l’hypothèse de ce profil chez mon père et j’ai commencé à aborder nos échanges de façon différente en lui faisant part de mes découvertes. Cela l’a vivement intéressé et après plusieurs discussions au sujet de l’ennéagramme, il a décidé de s’inscrire au dernier module 1 et… s’est assez vite reconnu dans le profil 9.

Il continue son parcours d’introspection et de progression comme moi le mien. On ne se comprend toujours pas au sujet de la maison (et d’autres sujets d’ailleurs) mais désormais on sait pourquoi. Les grands fruits de ces évolutions parallèles sont une meilleure compréhension de l’autre, une meilleure écoute, l’arrêt du jugement de valeur et surtout le lâcher prise! J’ai désormais pleinement conscience que nous avons chacun notre rythme propre et qu’il fera son chemin selon son tempo, avec ses propres prises de conscience et surtout ses propres objectifs, probablement assez éloignés des miens.

Sans enlever les difficultés/situations douloureuses … nos échanges, éclairés de la sagesse de l’ennéagramme, ont au moins permis un apaisement !

Si c’est pas beau ça !

Le coq : métaphore de la base 7

LE COQ

par Léonard
de base 7

Le Chœur: Pourquoi pleures-tu, pauvre Coq? Pourquoi grincer dans l’air du soir?

Le Coq: Personne ne m’écoute, personne ne me guette. Des pires maux l’on m’accable: je suis une girouette.

Le Chœur: Quelle misère on t’a fait! Rien qu’à te voir, notre cœur nous fait mal! Sans plus attendre, ô Coq, déballe!

Le Coq: Du soir au matin, je change d’avis. Et parfois aussi, au cœur même de la nuit! Tantôt à l’ouest, tantôt à l’est. Une fois au sud, et l’autre au nord. Tout m’intéresse! Pourtant, on me dit que je suis fatiguant, et même exaspérant, que le monde a besoin de stabilité, et point de tourbillons. De régularité et pas de feu-follets!

Le Chœur (à part) : D’une injustice bien grande, il a subi l’outrage. Sans plus attendre mes frères allons la réparer!

Le Chœur: Que tu es belle girouette ! Et précieuse qui plus est. C’est pour un usage précis que les dieux t’ont créé. Sans toi, qui saurait d’où vient le vent ?

Les marins te scrutent pour ajuster leurs voiles, les anciens t’observent pour dire le temps qui vient.

Et tu annonces clairement, à qui veut bien l’entendre, ce qui dans l’air du temps, souffle, mais ne se voit pas.

Le Coq : Merci, ô Chœur, pour cette apologie. Et si je change souvent d’avis, c’est par obéissance. Ne mentirais-je pas un peu, si au cyclone je présentais ma queue? Le vent tourne et je n’y suis pour rien.

Épilogue :

Le Coq, tout heureux, remonta au clocher, et tutoie depuis ce jour zéphyrs et alizés.

A chacun sa vertu

Vertu ou Sibylle Agrippa, 1480-1503

A CHACUN SA VERTU

A la fin du premier module de l’ennéagramme, chaque participant repart avec une vertu propre selon le principe thomasien de la connexion des vertus: de même qu’il y a plusieurs versants pour l’ascension d’une montagne, un seul suffit pour arriver au sommet; de même si nous repérons notre vertu principale, toutes les autres viendront avec elle.  Ainsi, en cultivant l’unique vertu de courage, les personnes de base 6 deviendront plus sereines (vertu de la base 1), humbles (vertu de la base 2), vraies (vertu de la base 3), équanimes (vertu de la base 4), généreuses (vertu de la base 5), sobres (vertu de la base 7), douces (vertu de la base 8) et capables d’action juste (vertu de la base 9).

La tradition orale de l’ennéagramme depuis Ichazo attribue aussi à chaque base une vertu propre, lui faisant correspondre une passion, autrement dit un défaut. Certains auteurs y ajoutent judicieusement une contre-passion, qui est comme la singerie de la vertu par l’anesthésie de la passion. Fidèles à une anthropologie classique, nous lui préférons la tradition de l’Ethique d’Aristote, notamment par le biais du travail de Norbert Mallet, Devenir soi-même avec l’ennéagramme. Ces deux traditions ne sont pas contradictoires mais diffèrent par leurs définitions de la passion et de la vertu, et partant par leur mode d’application.

Pour Aristote et saint Thomas, l’homme est naturellement attiré par le bien. Cependant, créature finie, il ne peut appréhender totalement l’ensemble des facettes du bien. Une des caractéristiques de cette finitude est un tempérament spécifique, qui donna lieu depuis Evagre le Pontique à de nombreuses typologies. En fonction de ce caractère, l’homme est attiré par tel ou tel aspect du bien, qui est sa voie propre vers le bien. Ainsi les personnes de base 5 sont particulièrement attirées par la clarté, celles de base 4 par l’absolu, celles de base 3 par la réalisation etc.

A cette orientation positive correspond une passion, un moteur, une énergie, un appétit, un désir primordial; qui la met en mouvement. C’est la connaissance en 5, l’intensité en 4, l’action en 3. Elle est, pour Aristote, éthiquement neutre.

Dans un monde idéal, chaque voie vers le bien conduirait de la même manière chacun au bien universel. Mais force est de constater que chacun reproduit aussi les mêmes travers, rencontre les mêmes écueils, manifeste les mêmes manques, reproduit les mêmes comportements excessifs qui peuvent blesser et nuire tant à soi-même qu’aux autres. C’est comme si l’endroit de notre attirance vers le bien était aussi celui de notre fragilité: celui qui est fort (base 8) a tendance à abuser de sa force et être brutal; celui qui est attiré par la perfection peut devenir perfectionniste (base 1), celui qui aide les autres peut utiliser son talent pour se rendre indispensable (base 2), celui qui apporte paix et harmonie peut en perdre son opinion propre (base 9) etc…

Il y a donc entrave, dysfonctionnement à l’accomplissement de cette orientation positive. La foi chrétienne en donne une raison: le péché originel, qui détourne l’homme de la réalisation de son bien propre. La psychologie, toutes écoles confondues, en rejoint le constat: l’homme se développe autour d’une blessure, qui engendre une cristallisation de ses comportements pour un plus jamais ça: un mécanisme de défense. En se cristallisant, ce mécanisme de défense devient omniprésent même quand il n’est pas utile, réduit le champ de vision, se transforme en excès de passion. Pour fuir la souffrance, la personne de base 7 multiplie les plaisirs, jusqu’à la gloutonnerie; pour fuir la banalité, la personne de base 4 recherche l’intensité, jusqu’à se mettre en danger, etc.

Parfois, face aux dommages engendrés par ces excès, la personne peut se réfugier dans une posture opposée, de défaut de passion (qui correspond à la contre-passion de la tradition orale): les personnes de base 8 vont anesthésier leur force vitale, celles de base 7 verser dans l’austérité, celles de base 3 vont se mettre excessivement en retrait; jusqu’à risquer de perdre la passion qui les meut.

Pourtant la vertu du type n’est pas négation de ce vers quoi le porte sa nature, mais toujours selon Aristote, médiété entre l’excès et le défaut de la passion. Ainsi face au danger et à la peur qu’il engendre, le courage en base 6 est le juste milieu entre la couardise et la témérité. Elle va nécessiter volonté et répétition pour devenir habitus selon l’expression aristotélicienne; avec deux bonnes nouvelles : le signe d’une vertu acquise pour Aristote est le plaisir et la vertu propre d’une base correspond à sa petite mission dans le monde. Ainsi personne mieux que la base 6, ne peut être activer la vertu de courage, qui ne peut exister sans peur.

Car l’enjeu du développement de la vertu propre n’est rien d’autre que le talent, à mettre au service du monde, et que l’excès et le défaut de passion stérilisent. C’est ainsi que pour rendre le monde plus beau, la personne de base 1 ne devra ni se rigidifier ni tout laisser tomber mais activer sa vertu de sérénité. Pour prendre soin, la personne de base 2 devra passer par l’humilité et la gratuité du don. Pour apporter la joie au monde, la personne de base 7 ne devra ni s’empiffrer ni devenir austère, mais goûter et partager les plaisirs de la vie (c’est d’ailleurs dans cette mesure qu’ils seront vraiment des plaisirs) etc.

Comment tendre vers sa vertu propre? En soi, l’ennéagramme n’est qu’une cartographie qui donne une carte et une boussole pour repérer son talent et reconnaître la vertu afférente. Il ne donne pas les moyens de s’y exercer. C’est là qu’intervient la méthode Vittoz, à double titre: par le biais du corps, prendre conscience d’où se porte mon attention, repérer quand je suis enferré dans mon mécanisme de défense; et mettre en place librement le juste positionnement en fonction des circonstances.

Et si l’unité de la personne était un chemin possible, entre les désirs de son cœur, les raisons de sa tête, les manifestations de son corps et… sa vie spirituelle ? Car si la distinction de ces plans est vitale; ils s’interpénètrent au quotidien, l’homme ne peut les séparer en lui-même. Et selon Jacques Philippe dans Appelés à la vie:  « Le propre de l’Esprit est d’éduquer le désir. […] Il y a de fait une coïncidence entre l’appel de Dieu et le désir le plus profond du cœur de l’homme. Dieu nous invite au don de nous-mêmes par amour, mais cela correspond aussi au désir secret qui nous habite. »

Un verre de vin : métaphore de la base 7

UN VERRE DE VIN
par Jacques-Olivier
de base 7

C’est un verre de vin rouge. À moitié plein. Inimaginable qu’il puisse être à moitié vide.

Il offre bien des choix possibles. Un Bourgogne en souvenir du berceau natal ? Un Bordeaux et ses différents cépages ? Un Beaujolais qui n’aura rien de nouveau ?

Lors de ses phases exubérantes, la main qui le saisit obéit à un coude. Il est alors toujours à moitié plein. Il est vide ? Et hop, la seconde d’après il ne l’est plus, mais rempli d’un autre vin. Et c’est reparti comme pour des gammes.

Il lui arrive de se discipliner. Avec le temps, le coude cède protocolairement la place au nez.

D’abord, l’esthétisme le fait passer d’un vulgaire verre de cantine à un ballon en cristal. Saint-Louis ou Arc, au choix, il en profitera pour se faire une petite expertise sur le sujet le temps de quelques dîners.

L’esthétisme lui suggère ensuite de se comparer au verre de vin qui peut se boire seul comme le Bacchus du Caravage, ou se partage lors du déjeuner des canotiers de Renoir. Il n’a que l’embarras du choix dans la teinte. Brique, grenat, rubis, vermeil, écarlate, cerise, …

Arômes. Bouquets. Discernement des arômes primaires, ceux du raisin. Secondaires, ceux de la vinification. Tertiaire, ceux de l’élevage en fûts de chêne. Quelle joie de découvrir plein de nouveaux amis pour les papilles, phénols, tanins, vanilline et autres whisky-lactones !

Tout cela incite à aller sur Internet de très intéressants articles « Que choisir avec »…

La sobriété incarnée. Cliton, le personnage caricatural du glouton dans le livre Les Caractères de La Bruyère, a bien grandi !

En fin de compte, un verre vin ne se boit (presque) pas, il se hume, pour déceler ce qu’il a de fin, de distingué, de complexe. Quel emballement, quelle excitation de chercher dans le labyrinthe des notes fruitées, florales, boisées, et tant d’autres encore…

L’esprit divague de curiosité vers d’autres images, par exemple les orgues des nez, ou encore les belles apothicaireries, en bois nobles. Association d’idées avec les fûts de chêne ? À creuser…

En tout cas, quel programme enthousiasmant !

L’harmonie, l’apaisement viennent de la lectio divina. « Tout le monde sert le bon vin en premier, et lorsque les gens on bien bu, on apporte le moins bon. Mai toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. »

 

Enneagram rhapsody

ENNEAGRAM RHAPSODY
par Marie
de base 8

 « Je suis submergé par toutes ces personnalités! » Les Rivers Crossing, dans une reprise de BohemianRapsody de Queen, s’essaient à une autre manière d’aborder la typologie de l’ennéagramme. Outil au service d’une meilleure connaissance de soi et d’une meilleure compréhension des autres, il nous aide à voir plus profondément en nous, au niveau des motivations souvent inconscientes qui nous habitent. Pour prendre de la distance avec nos automatismes et avancer vers plus de liberté intérieure.

« Ouvrez les yeux », demandent-ils. C’est bien le cœur du sujet. Le principe de l’ennégramme est que nous avons une manière de voir le monde qui correspond à un neuvième de la réalité. Elle est tout notre monde, mais elle n’est pas le monde entier. Le chemin auquel il nous invite est d’élargir l’espace de notre tente, voir plus loin et plus large que ce qui nous est familier, sortir de notre zone de confort, ouvrir les yeux.

Le spectacle commence au piano, dans un style lyrique et doux. Il est accompagné du chœur de l’introduction et de légères lumières. Quoi de mieux pour introduire le type 4? La voix pleine d’émotions, il déclare avoir « besoin de plus de sympathie ». Besoin d’attention du 4, peur de ne pas être vu, faible estime de soi. Mes sentiments vont et viennent, au gré du regard de l’autre, tels un yoyo qui le fait se sentir vivant. Puis, une envolée lyrique nous ouvre à l’originalité, la profondeur et le sens de l’absolu des personnes de base 4. Car au même endroit se trouve en lui, comme en chaque base, la faille et la lumière, le travers et le talent.

Avec la base 7 qui lui succède, le ton reste étonnamment mélancolique, au regard de l’image de joyeux drille que cette base peut donner. La souffrance est au cœur de sa problématique, en creux. Les personnes de base 7 passent souvent leur vie à fuir contrainte, enfermement, souffrances, au risque de d’un jour être submergé par elles. Leur voie d’évolution sera la sobriété pour ne pas céder à l’étourdissement et oser avancer en eau profonde. Ce qui ne changera pas leur nature, le couplet s’achevant sur une invitation à partir en soirée, où une place nous sera gardée… par une personne de base 2. Jolie transition.

« Drama ou ouou! », s’exclame le 9, « Pouvons-nous juste tous bien nous entendre? » Cette soif d’harmonie se mêle à une poussée de voix puissante, révélation de la force du 9 qui, quand il s’agit de paix, peut sortir les crocs, « parce que la paix est tout ce qui compte ». S’il se laisse entraîner par sa peur du conflit et de l’affrontement, il ne pourra pas activer sa vertu, l’action juste. Le travail des personnes de base 9 va donc être de contacter cette colère qui les habite et qu’ils se cachent à eux-mêmes par peur des conséquences, pour faire confiance à leur corps et se positionner quand cela est nécessaire.

Après un interlude musical qui annonce très bien le besoin de solitude et de silence des personnes de base 5, le chanteur quitte son piano pour dire: « Au-revoir tout le monde, je dois partir, j’ai encore trop de choses à penser ». Sobre, clair, efficace. Donner de soi, de son temps, de son savoir, est un chemin long et ardu, avec comme fruit un moment de musique bref sans doute, mais tout en délicatesse et profondeur. Car la générosité est bien ce que les personnes de base 5 ont à apporter au monde, de manière privilégiée.

« Mama ou ouou ! » Le 4 revient sur le devant de la scène (parce que c’est sa forme !), se jette à genoux devant le public et reprend son refrain lyrique: « Quelquefois je ne sais même plus qui je suis! » s’effondre-t-il. Batterie au rythme d’un cœur et solo de guitare électrique…

Puis la musique prend un tournant léger et joyeux, un rythme enjoué et presque drôle pour introduire la base 2. Avec un peu d’ironie, le chœur refuse son aide et le ton prend des accents dramatiques, presque agressifs : « Laissez-moi faire quelque chose, que tout le monde m’aime, je vous en prie! » Car la personne de base 2 est taillée pour le service, le care of, mais se rend rarement compte que son moteur, le besoin d’amour et de reconnaissance peut devenir envahissant: explosion de lumières sur scène qui peut figurer la lumière qui jaillit quand par la vertu d’humilité, les personnes de base 2 peuvent apprendre la gratuité du don.

Changement radical d’atmosphère avec la base 6 : le chanteur se cache dernière son piano, inquiet. L’agressivité demeure mais ce n’est plus celle qui veut agir pour l’autre mais qui veut s’en protéger. Les dangers sont multiples face à cette multiplicité de caractères dont on ne peut prévoir à tous les coups les réactions. Il lui en faudra du courage pour affronter sa peur et développer la loyauté et la droiture qui caractérisent les personnes de base 6.

Le 1 « ne lâchera jamais l’affaire, jamais ! – Lâche l’affaire » répète encore et encore le chœur dans un martèlement régulier. Une réponse : « Non, non, non, non, je ne lâcherai pas l’affaire! » Car si je la lâchais, la beauté du monde serait en danger. L’action de chacun est requise et le travail toujours inachevé pour mettre de l’ordre dans le chaos avec rigueur, précision et détermination. Le challenge pour cette base sera pourtant bien de lâcher le contrôle, oser prendre du repos et laisser courir la vie dont l’imperfection peut révéler la beauté.

Sunlights et feux d’artifice sur scène ! C’est l’entrée de la base 3. La lumière obéit à l’injonction de celui pour qui l’image, l’efficacité et la performance sont au cœur. Mais ne nous y trompons pas, ce n’est pas un arriviste, un opportuniste, mais bien plutôt un amoureux de l’amour dont la croyance est que pour être aimé, il est important de réaliser. Et pour que ses talents d’entrepreneur puissent donner leur fruit, son chemin passera par l’accueil de ce cœur dont il n’écoute pas les informations, par peur d’être ralenti.

En apothéose, un long morceau de rock nous fait entrer dans l’univers de la base 8 : force, élan de vie, énergie considérable qui prend tout l’espace, voix roque et puissante. « Si tu me gênes, tu vas mourir » : la vie est une jungle où le plus fort gagne pour protéger le plus faible. « Si tu ne peux pas le faire, tu ferais mieux de t’éloigner de moi ». Justicier, ennemi de la mollesse et de la paresse, il fuit la faiblesse, et la sienne d’abord. Pourtant, l’interlude à la guitare électrique qui se prolonge au piano dans un registre plus doux révèle le défi de la base 8 : la douceur, dont il est le hérault. N’est-elle pas le signe de la vertu de force ?

« Tout le monde compte de manière égale », c’est le mot de fin qui aurait pu être prononcé par une personne de base 9, dans une atmosphère englobante et douce. A l’instar du personne n’est indispensable, il envoie un chacun est précieux. Le monde a besoin d’amélioration constante (1), de care of (2), de réalisation (3), de connexion émotionnelle (4), de science (5), de vigilance (6), d’enthousiasme (7), de force vitale (8) et d’harmonie (9). Ôter une manière de voir le monde, il perd son équilibre. Reconnaître humblement quelle est sa petite mission pour la mettre au service, est un des enjeux de l’ennéagramme.

Petit bémol à cette tentative de mise en forme : cette idée de « faire le test » à la fin de la chanson. On ne peut demander à une machine de nous dire qui nous sommes et chacun est le seul à connaitre ce qui le meut, à son rythme. C’est le cœur de la déontologie de la tradition orale de l’ennéagramme. C’est toute la beauté, la délicatesse et la complexité de cet outil qui engage autonomie et responsabilité. Deux jours en groupe ne sont pas trop pour passer du 2D au 3D et se laisser émerveiller par les richesses des vies intérieures, à commencer par la sienne. Et si vous tentiez l’expérience ?

 

Un huis-clos de tête-à-tête

imagesMADEMOISELLE DE JONCQUIERES
Un film d’Emmanuel Mouret, 2018

Un huis-clos de tête-à-tête et une illustration du triangle de Karpman

Tout est beau, délicat: les costumes, la langue, les paysages, la musique. Un régal esthétique. Tiré d’un épisode de Jacques le Fataliste de Diderot, le dixième film d’Emmanuel Mouret est remarquable pour la qualité de sa mise en scène et la subtilité des caractères qui ne jugent jamais aucun des personnages embarqués dans une vertigineuse histoire de séduction. Pas de manichéisme ni de moralisme, le secret des cœurs et des destinées reste entier, sans enfermer l’un ou l’autre des personnages dans un message à faire passer. Tout reste ouvert.

Cette liberté laissée au spectateur permet une lecture passionnante à trois niveaux : les profils de l’ennéagramme, les sous-types et ce phénomène psychologique, bien plus répandu que l’on ne croit dans les relations, du triangle relationnel de Karpman – sur lequel on attend d’ailleurs avec impatience la sortie du nouveau livre du Père Pascal Ide le 5 novembre aux Editions de l’Emmanuel.

mademoiselle-de-joncquieres-678x381L’histoire est simple et vieille comme le monde: le marquis des Arcis, libertin notoire, mène une cour incessante à madame de la Pommeraye, jeune et belle veuve, retirée du monde qui finit par s’abandonner à lui. Mais bientôt le butineur se lasse et la veuve blessée ourdit alors une vengeance terrible.

L’hypothèse typologique nous incline à pencher vers une histoire entre deux types mentaux dont la merveilleuse langue de Diderot met en relief la célérité cérébrale et le goût du mot juste et souvent assassin. Base 5 pour madame de La Pommeraye interprétée par la sublime Cécile de France: détachée du monde et des regards, observant le monde et les frasques de son ami avec amusement; elle est distante, presque froide; cultive un côté inaccessible et pratique une aisance du verbe fin et piquant qui ne fait qu’exacerber le désir du marquis. La base 7 pour le marquis semble bien plus simple encore à envisager: papillonnant de conquête en conquête, à la recherche constante du plaisir à tous les niveaux, léger et drôle, il se lasse vite et sa quête de nouveau semble ne pas avoir de fin.

x1080-mxkMais plus encore que les types, ce sont les sous-types qui apparaissent, dans un formidable jeu de tête-à-tête. Tout se passe dans les regards et dans les cœurs, pour le meilleur et pour le pire. La scène près du lac ou rien n’est montré et tout est dit de la communion des cœurs par le truchement de la nature, en est la plus belle expression.  Experts en séduction, focalisés sur la relation (ami, amant ou même passion professionnelle, artistique etc.), les personnes en tête-à-tête sont douées d’une intensité du regard intérieur et extérieur, d’une capacité de concentration et de présence à l’autre, mais aussi d’un sens aigu de la rivalité et de la compétition…

maxresdefaultLe duo de ce film pourrait en être une illustration magistrale, avec deux combinaisons différentes. Le sous-type exacerbe le type chez le marquis: l’intensité de l’un vient renforcer l’enthousiasme et l’excitabilité de l’autre. On attribue au 7 en tête-à-tête les mots de fascination-suggestion superbement mis en mouvement par la cour patiente et régulière qu’il mène auprès de la belle veuve. Fasciné par les femmes, au point d’en devenir littéralement hors de lui, il est capable d’une force suggestive prodigieuse. Tout est mis en œuvre au service de la jouissance d’un tête-à-tête prometteur: car bien souvent, en 7, c’est le plaisir anticipé qui est la quête, plus que celui du moment, qui bien souvent lui échappe.

3101158Pour madame de la Pommeray, les choses sont plus complexes. Son sous-type (dont l’urgence est de rentrer en relation) et son type (dont l’urgence est de se retrancher du monde pour l’observer) sont en contradiction. C’est peut-être la raison pour laquelle, après s’être livrée au séducteur et donc l’avoir introduit dans une intimité protégée, elle supportera d’autant moins d’être ensuite trahie et déploiera un piège d’une finesse et d’une froideur terribles.

68ba53e_4QcayNVxbGf9VHSGQcFbCfYlC’est au cœur de ces paysages intérieurs, que le jeu psychologique mis au jour par Karpman trouve son incarnation. Le Triangle dramatique  consiste en un jeu pervers et inconscient dont le but est de maintenir une excitation relationnelle où chaque protagoniste joue alternativement les rôles de bourreau, victime et sauveur, tournant au gré des situations, jusqu’à la manipulation. Chaque personnage y participe, jusqu’aux secondaires mais il serait trop long de nous y attarder. Les personnes en tête-à-tête en sont probablement les champions – et les jouets, car c’est un piège sans fin et une vrille infernale où même celui qui semble subir est complice. Le seul moyen d’y échapper est de sortir de la triangulation, au risque de perdre la relation par manque d’excitation.*

3248335.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxC’est là qu’intervient mademoiselle de Joncquières, dont les intentions ne sont peut-être pas aussi pures qu’il n’y paraît… Dans la vengeance qui est au cœur de l’intrigue, il serait facile d’enfermer les trois protagonistes dans un rôle: le bourreau pour Madame de la Pommeraye, la victime dans celui de mademoiselle de Joncquières et le sauveur dans celui du marquis. A y regarder de plus près, les trois personnages tournent alternativement : la belle veuve joue aussi à la perfection la victime en amante délaissée, et passe même un temps à se mettre dans la peau du sauveur de la jeune fille. Le marquis, victime du complot, après avoir été bourreau des cœurs, semble terminer en sauveur. Et la jeune fille, prototype de la victime, semble devenir sauveur du courtisan invétéré en le libérant de son papillonnage.

Est-ce si simple ? Rien ne laisse penser que la conversion du marquis volage n’est pas une pirouette pour se sortir du guêpier et qu’il va rester fidèle à mademoiselle de Joncquières. Sa dernière réflexion, sur ton de joute revancharde, montre bien qu’il n’est pas sorti du triangle. Dans cette même scène finale, le regard de la nouvelle marquise des Arcis a des relents de conquête et interroge sur ses intentions des scènes précédentes. Rien ne dit que les rôles ne vont pas continuer à tourner: madame de la Pommeraye en nouvelle victime, la toute neuve marquise en nouveau bourreau… comme rien ne dit que chacun ne va pas trouver en lui les ressources pour oser sortir du triangle, en son temps, pour reconquérir sa liberté intérieure.

* Pour en savoir plus sur le Triangle de KarpmanVictime, bourreau ou sauveur, comment sortir du piège de Christelle Petitcollin, en Poche.

Accords parfaits

unnamedACCORDS PARFAITS
Métaphore du couple
par Anne-Claire, de base 7
et Marc, de base 5

C’est une belle mélodie qui émane et retentit dans ce salon XVIIIème.

En s’approchant doucement, on peut percevoir deux sons bien distincts et leurs accords parfaits.

Ces deux instruments à cordes s’accordent. Ils jouent parfois ensemble, parfois à contre-temps ou encore l’un après l’autre ; l’un laissant la place à l’autre le temps de l’écouter, d’admirer ses arpèges et d’essayer à son tour d’élever ses notes, plus hautes encore, pour finalement s’élever mutuellement.

violon,-rose-rouge,-piano-219257Le piano, lui, est stable, bien ancré sur le sol, imposant de prestance avec son bois bien poli. Il a belle allure dans ce salon! Mais attention, il ne joue pas pour tout le monde, son clavier est bel et bien verrouillé par une clé. Si vous regardez de plus près, il ne laisse rien paraître, mais sous son couvercle sont contenus tous ses arpèges. C’est assez rare qu’il laisse échapper ses harmoniques, celles qui lui permettraient de s’accorder avec l’extérieur.

Le violon, quant à lui, ne tient pas en place. Tantôt prêt à danser sur des airs celtiques, il aime à varier sans cesse et passer du classique au tzigane, de la complainte mélancolique à joyeuse. Sa table d’harmonie est légère et se laisse porter, amusée, par les consonances que lui fait découvrir son compagnon de pièce.

Voyez donc, ce petit instrument porte une attention toute particulière à tout ce qui peut attiser sa curiosité. Tout, pour ce jeune stradivarius au bois personnalisé, singulier et sculpté, peut être une source d’engouement, d’enthousiasme et d’idées nouvelles à apporter à sa volute. D’ailleurs, ce piano dans le coin de la salle, semble bien mystérieux parfois…

Les airs souffrotants ne sont point ses favoris, loin de là! Son archet préfère de beaucoup faire vibrer ses cordes pour égayer la mansarde qui l’entoure et faire valser son chevalet bien aiguisé. Ce n’est pas bien compliqué pour lui, il a plus d’une corde à son manche! Ses ouïes quant à elles, sont toujours bien ouvertes et recherchent sans cesse le sens profond de chaque vibration qui l’entoure. C’est notamment pour cela qu’il dispose d’une mentonnière, ceux qui l’approchent savent bien qu’ils peuvent se reposer sur lui.

Le piano à queue, pendant ce temps-là, observe. Parfois sans bouger une seule touche de son clavier. Craint-il que le violon ne s’approche trop près? Cherche-t-il à comprendre avec attention chaque mouvement qui l’entoure? Ou, pense-t-il,à ce moment-là,avec méthode, à la partition qu’il a sur son pupitre? Peu importe, mais bien qu’il utilise souvent sa pédale de sourdine, ce n’est pas un hasard qu’il possède une pédale de prolongation, pour sa patience légendaire, et une pédale forte, pour proclamer son désaccord, toutes dièses appuyées, quand cela semble nécessaire.

Mais, lorsque que ces deux instruments se retrouvent enfin, la résonnance ne fait plus qu’un.

 

 

Un rossignol : métaphore de la base 7

identitéUN ROSSIGNOL
par Louis-Marie
de base 7

Comme l’art de la métaphore est pour Proust l’art de l’écriture, je m’y risque.

Tout d’abord, je suis un vivant, pour moi le mouvement compte. Je vole d’une pensée à une autre, changeant de lieu, changeant d’état. Je ne peux m’arrêter, en moi se bouscule sans cesse chiffres, estimations, pensées, réflexions, jugements… Tout se combine et s’imbrique, parfois trop vite. Tout m’attire, je ne connais jamais assez, il y a sans cesse quelque chose de nouveau à découvrir, sans cesse des cieux inexplorées.
Je suis incompris, prix de la vitesse, peut être aussi de la superficialité.

rossignol3Si je suis vivant, je suis oiseau. Mieux que quiconque, celui-ci s’affranchit des lois de la pesanteur. Il sait virevolter, se jouer des plus dangereuses tempêtes, dépasser les nuages pour briller au soleil.
Si je suis oiseau, je suis rossignol. La joie est sûrement ce qui lui est le plus naturel, il chante pour qui l’écoute, offre son frêle talent à qui le demande. C’est sa manière de dépasser le mal trop souvent purulent.

Rossignol, rossignol, si tu voles, où te poses tu ?
Je comprends sûrement mieux que quiconque que « le Fils de l’Homme n’a nul endroit ou reposer la tête ».
En effet, par mon vol effréné, par ma course sans fin, se manifeste en creux la soif d’un roc, le désir de trouver la branche tant désirée.
Mais l’arrêt fait peur. L’immobilité dérange. Pourquoi donc petit rossignol ?
Crains-tu de découvrir ce que tu es réellement ?

Mais si je suis rossignol, je suis avant tout créature. Désiré dès avant mon premier souffle, aimé avant ma première faute, la liberté ne prend sens qu’avec la découverte d’un Dieu qui la donne. Et celui que la vérité a rendu libre, la charité le rendra esclave : joie!

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Plaisir et sacrifice

3230364.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxLA RÉVOLUTION SILENCIEUSE
Un film de Lars Kraume, 2018

Théo, un archétype de la base 7 en social*

Le très beau film de Lars Kraume, La Révolution silencieuse présente une histoire tirée d’un fait réel: en 1956, une classe de lycéens allemands d’une petite ville de RDA organise une minute de silence pour protester contre l’écrasement de l’insurrection hongroise par les soviétiques. Cela devient une affaire d’état. Saluons la présentation de l’horreur du communisme, faite avec la subtilité nécessaire pour rendre compte des inextricables conflits de loyauté qui ont laminé les populations au-delà du rideau de fer: famille, nation, idée de liberté bien sûr, croyance à un socialisme à visage humain aussi. C’est dire que le film est largement traversé par une thématique 6, autour de la fidélité et la trahison, mais met aussi en lumière l’opposition des préoccupations des sous-types de la survie et du social.

downloadIl est difficile de trouver beaucoup d’archétypes clairs dans ce film car d’une part la plupart des héros sont jeunes et leur motivation n’est pas très explicite, et d’autre part la terreur totalitaire infuse partout des réflexes de peur, de contrôle de sa parole et de discours préfabriqués qui contaminent les personnages. Pourtant, un des lycéens, qu’on peut considérer comme le héros du film, Theo, par sa fraîcheur et une décontraction surprenante, conjuguées à un paradoxal sens du devoir, pourrait offrir un superbe et lumineux portrait du 7 en social.

Car Theo est un joueur. C’est lui pousse son ami Kurt à des escapades à Berlin-Ouest, officiellement pour aller fleurir la tombe du grand-père de ce dernier, de fait pour aller au cinéma! C’est lui aussi qui, dans un bar, lance une noisette sur la tête d’un soldat russe, dans un geste aussi inconscient que provocateur. Il s’amuse et d’ailleurs travaille assez modérément, plus préoccupé d’embrasser la belle Lena que de préparer son bac. Lorsque la bande des lycéens apprennent par la radio de l’Ouest (RIAS) que les Hongrois ont été massacrés par les troupes soviétiques et que le footballeur hongrois Ferenc Puskas a été assassiné (ce qui s’avèrera une fake news), Kurt décide de faire une minute de silence. Theo embraye avec enthousiasme et fait voter la classe qui, à la majorité, décide de suivre cette initiative.

Ce qui nous intéresse ici est bien la manière dont Theo réagit aux divers événements qui transforment cette bravade en affaire d’État. En accord avec la base 7, Theo n’est pas très rigide avec les principes. Quand l’affaire se gâte, il a l’idée ingénieuse de dire à l’enquêtrice que cette minute a été célébrée pour Puskas et est apolitique. Alors que Kurt et Lena (plus 6, 1 ou 4?) veulent assumer la portée politique de leur acte, Theo montre sa capacité à passer à travers les mailles du filet… L’essentiel est de ne pas souffrir, quitte à transiger avec la vérité. Dans l’ordre privé, quand Lena choisira de le laisser tomber pour Kurt, plus en phase avec ses propres principes, il aura la réponse du 7 : ce n’est pas grave, j’en ai déjà trouvé une autre…

Mais la stratégie d’évitement va échouer. L’étau se referme sur les lycéens. Le père de Théo lui met la pression pour qu’il dénonce Kurt comme meneur. Il va même jusqu’à l’emmener travailler avec lui dans son usine de métallurgie où il est ouvrier afin de lui faire comprendre qu’il doit tout faire, même dénoncer son ami, pour ne pas être exclu de l’examen. Dans la fournaise insupportable, Theo lance à son père : c’est chouette ici! Le soir pourtant, il n’arrive plus à saisir sa fourchette tant cette journée d’enfer l’a laminé. L’essentiel en 7 est d’éviter la souffrance et si elle est là, il s’agit de la nier. L’accueillir sera le défi de Theo.

Face au défi ultime – avouer que Kurt (qui a déjà fui à l’Ouest) est le meneur, ce qui clôturerait une enquête qui finit par embarrasser le pouvoir, Theo est à sa première heure de vérité. Enjoliver la réalité pour éviter les ennuis, ou affirmer sa solidarité. C’est là que le sous-type social vient éclairer son geste. On sent dans une scène d’une immense intensité que Theo est en proie à une tension extrême: entre son 7 qui le pousse à penser à son intérêt, à chercher coûte que coûte une voie de sortie à ce guêpier; et son sous-type social qui pense au groupe, qui ne veut pas nier la formidable aventure collective que fut cette protestation lycéenne, et qui peut sacrifier son propre intérêt pour la cause de la liberté. Theo choisit la voie du sacrifice en gardant la version officielle du groupe : c’est une idée commune. Et j’étais pour. Il est inconcevable pour un 7 en social de vivre son plaisir et sa joie hors de la communion au cercle social.

La sanction est terrible : interdiction de passer son bac en RDA, comme pour toute la classe d’ailleurs, dont la solidarité jusqu’au-boutiste est un immense moment d’émotion pour les spectateurs en social.  Mais ensuite : que faire? lui demandent ses amis. Chacun fait comme il le décide, rétorque-t-il, le 7 volontiers individualiste reprenant le dessus. Rester et se mettre à bosser à l’usine ou fuir pour passer son bac à l’Ouest. Le 7 respecte la liberté de l’autre car il ne supporte pas qu’on limite la sienne. Ce sera pour chacun, et notamment pour Theo, le dernier choix. Theo décidera de quitter le confort et l’amour d’une famille aimante. Parce qu’en définitive, son sous-type social lui fera choisir la posture de l’aventure collective en dépit des incertitudes qu’elle comporte plutôt que celle de son confort personnel. Mais cela passera par une intense souffrance, celle du départ, de l’ultime au revoir à ses parents et à des frères, celle du choix et du renoncement, toujours difficile en 7.

Theo a découvert que la liberté chère au 7, et notamment au 7 en social (Theo est le vrai chef du groupe, même s’il conçoit son pouvoir de manière non autoritaire et collégiale), ne se conquiert que par le courage de s’exposer à la grande vulnérabilité du 7: la peur d’une souffrance dont il croit qu’elle peut le détruire. Grâce au sous-type social sacrifice, Theo verra que cette souffrance n’est pas le dernier mot. Dans le train de la liberté, il retrouvera ses amis et son visage s’éclairera de la lumière du vrai bonheur : celui d’être ensemble et libres. La joie du 7 en social est la communion à un idéal dont le défi est qu’il ne reste pas un plan mais devienne réalité.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

Augustin ou la base 7 en social

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SAINT AUGUSTIN
Un archétype* de base 7 en social

Nous sommes nombreux à penser que saint Augustin pourrait être un bel archétype de la base 7. On connaît sa vie: jeune homme brillant, il fréquente les rhéteurs et mène une vie dissolue, au désespoir de sa mère, sainte Monique. Et puis, après un détour par le manichéisme, ce fut la rencontre avec saint Ambroise et la conversion qui va le mener à l’épiscopat d’Hippone en Afrique du Nord, et à produire une des œuvres les plus magistrales de l’humanité : théologien, philosophe, prosateur, mystique… Augustin est au sommet de ce que l’humanité a produit de plus génial.

Je ne m’attarderai pas ici à dire en quoi Augustin pourrait être un archétype de 7, mais plutôt à voir en quoi il constitue un modèle d’évolution pour les 7 d’aujourd’hui. Ce n’est pas tant qu’il ait mené une vie dissolue. Elle le fut sans doute moins que ce qu’il en a dit: comme saint Paul, il manie bien la rhétorique et sait accentuer ses turpitudes pour mettre en valeur sa conversion (on a là un joli signe de son sous-type social que sa capacité à sacrifier son plaisir propre pour exercer sa charge d’évêque confirmera).

C’est plutôt cette quête insatiable de nouveauté, cette fuite de l’ennui, cette recherche permanente de nouveau, d’excitation intellectuelle, et cet évitement de la souffrance qui nous orientent vers le 7. Combien de fois a-t-il ouvert la Bible et l’a-t-il refermée car cela l’ennuyait? Tout cela, au service d’un centre mental préféré (et d’autant plus impressionnant que nous sommes en présence d’un génie) qui lui rend difficile l’accès à ses émotions. Jusqu’à ce que le cœur s’ouvre, enfin.

Ce qui est admirable dans le chemin d’Augustin, c’est que les mots de plaisir et de désir demeurent des notions clef du début à la fin. Mais Augustin est passé de l’excès de passion de la base 7, la gloutonnerie (intellectuelle au moins autant que charnelle) à la sobriété (vertu de la base 7); de la dispersion à l’unification. Non pas que le désir ait été éteint, que la passion du plaisir (qui constitue, comme toute passion neutre moralement, un moteur) ait été étouffée: Augustin ne sombre pas dans le défaut de passion du 7 qui serait l’austérité. Pour une personne de base 7, il est plus facile de s’abstenir de boire que de boire modérément. Or, son chemin n’est pas l’abstinence, mais la tempérance: en goûtant et partageant le plaisir plutôt que de l’engloutir. Jusqu’au bout, Augustin n’aimera rien tant que ces soirées d’été où l’on parle avec des amis autour d’un verre de vin que le soleil a rendu aromatique et généreux. Il le dira dans les Confessions (4.8) : « Causer et rire en commun, lire ensemble de bons livres, être ensemble plaisants et sérieux. » Mais son désir est purifié, réorienté vers le seul objet de désir qui puisse étancher sa soif : Dieu.

C’est ce que l’on trouve dans ce magnifique extrait tiré du Commentaire de l’Évangile de Jean, une conception renouvelée du plaisir: « Être attiré par le plaisir, qu’est-ce que c’est? Mets ta joie dans le Seigneur, il comblera les désirs de ton cœur. Il y a un certain plaisir du cœur, lorsqu’il trouve délicieux le pain céleste. Si le poète a pu dire : Chacun est attiré par son plaisir  — non pas la nécessité mais le plaisir, non pas l’obligation mais la délectation — à combien plus forte raison nous-mêmes devons-nous dire que l’homme est attiré vers le Christ : l’homme qui prend sa joie dans la vérité, sa joie dans la béatitude, sa joie dans la justice, sa joie dans la vie éternelle. Or, le Christ est tout cela. » Commentaire de l’Évangile de Jean

Tout cela est bien joli me direz-vous. Mais qu’est-ce qui fait que moi, pauvre 7 en 2017, je peux espérer atteindre cette liberté dans le plaisir, liberté que je recherche au plus profond de moi-même alors que je fais le mal que je ne voudrais pas et que je peux devenir esclave de mes plaisirs, jusqu’à l’idolâtrie? À mon sens, l’ennéagramme comme tel ne donne pas de réponse à la question: il donne juste une boussole qui permet à chacun de trouver son propre cap en fonction de ses finalités propres.

Celui que propose Augustin est le plus sûr, le plus passionnant, mais aussi le plus difficile pour une personne de base 7 connue pour son côté généraliste, son génie du zapping et, à son pire, pour sa superficialité: celui de la plongée en lui-même, celui de l’intériorité. Car à force de chercher, de chercher jusqu’à en pleurer de rage, un jour, son cœur s’est brisé et il s’est ouvert: c’est le bouleversant texte des Confessions au chapitre 27 :

« Tard je t’ai aimée, beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t’ai aimée.
C’est que tu étais au-dedans de moi, et moi, j’étais en dehors de moi !
Et c’est là que je te cherchais ;
ma laideur se jetait sur tout ce que tu as fait de beau.
Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi.
Ce qui loin de toi me retenait, c’étaient ces choses qui ne seraient pas, si elles n’étaient pas en toi.
Tu m’as appelé, tu as crié, et tu es venu à bout de ma surdité ;
tu as étincelé, et ta splendeur a mis en fuite ma cécité ;
tu as répandu ton parfum, je l’ai respiré et je soupire après toi ;
je t’ai goûtée et j’ai faim et soif de toi ;
tu m’as touché, et je brûle du désir de ta paix. »

Au bout du chemin se trouve pour la personne de base l’objet de sa quête, ce pour quoi il est fait et son talent propre à mettre au service du monde : la joie. Mais cette joie ne repose plus sur le sable des plaisirs, souvent bons et légitimes, mais éphémères et qui portent dans leurs délices la promesse amère de leur inéluctable disparition. Cette joie repose sur le roc de Dieu, celui de sa parole, celui de son eucharistie, celui du cœur à cœur de l’oraison, celui du corps de l’Église. Alors cette joie peut être sans voile, parce qu’elle est aussi solide que la promesse de Dieu.

« Donc, mes frères, soyez joyeux dans le Seigneur, non selon le monde. C’est-à-dire : soyez joyeux dans la vérité, non dans l’iniquité ; soyez joyeux dans l’espérance de l’éternité, non dans l’éclat fragile de la vanité. C’est ainsi qu’il vous faut être joyeux: en tout lieu et en tout temps où vous serez ainsi, le Seigneur est proche, ne soyez inquiets de rien. » Sermon 171

Augustin, par son évolution, montre qu’au cœur de la personne de base 7, se trouve tapie une immense soif d’absolu (certains parlent d’une flèche cachée – mystique – entre le 7 et le 4) que la plupart du temps, il ne s’autorise pas à accueillir par peur de lâcher les plaisirs éphémères dont il a fait des remèdes illusoires contre la souffrance. Car au fond, il a peur de cette plongée en eaux profondes qui, inévitablement, va le faire traverser ces ténèbres qu’il fuit, parfois depuis la petite enfance. Mais c’est le chemin nécessaire, celui de la Samaritaine – autre archétype de base 7 évoquée par Monseigneur de Roo –  symbolisé par la profondeur du puits de Jacob, pour arriver à trouver au-dedans de lui Celui qui l’attend pour lui donner la joie qui ne passe pas.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son œuvre.