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Un rossignol : métaphore de la base 7

identitéUN ROSSIGNOL
par Louis-Marie
de base 7

Comme l’art de la métaphore est pour Proust l’art de l’écriture, je m’y risque.

Tout d’abord, je suis un vivant, pour moi le mouvement compte. Je vole d’une pensée à une autre, changeant de lieu, changeant d’état. Je ne peux m’arrêter, en moi se bouscule sans cesse chiffres, estimations, pensées, réflexions, jugements… Tout se combine et s’imbrique, parfois trop vite. Tout m’attire, je ne connais jamais assez, il y a sans cesse quelque chose de nouveau à découvrir, sans cesse des cieux inexplorées.
Je suis incompris, prix de la vitesse, peut être aussi de la superficialité.

rossignol3Si je suis vivant, je suis oiseau. Mieux que quiconque, celui-ci s’affranchit des lois de la pesanteur. Il sait virevolter, se jouer des plus dangereuses tempêtes, dépasser les nuages pour briller au soleil.
Si je suis oiseau, je suis rossignol. La joie est sûrement ce qui lui est le plus naturel, il chante pour qui l’écoute, offre son frêle talent à qui le demande. C’est sa manière de dépasser le mal trop souvent purulent.

Rossignol, rossignol, si tu voles, où te poses tu ?
Je comprends sûrement mieux que quiconque que « le Fils de l’Homme n’a nul endroit ou reposer la tête ».
En effet, par mon vol effréné, par ma course sans fin, se manifeste en creux la soif d’un roc, le désir de trouver la branche tant désirée.
Mais l’arrêt fait peur. L’immobilité dérange. Pourquoi donc petit rossignol ?
Crains-tu de découvrir ce que tu es réellement ?

Mais si je suis rossignol, je suis avant tout créature. Désiré dès avant mon premier souffle, aimé avant ma première faute, la liberté ne prend sens qu’avec la découverte d’un Dieu qui la donne. Et celui que la vérité a rendu libre, la charité le rendra esclave : joie!

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Plaisir et sacrifice

3230364.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxLA RÉVOLUTION SILENCIEUSE
Un film de Lars Kraume, 2018

Théo, un archétype de la base 7 en social*

Le très beau film de Lars Kraume, La Révolution silencieuse présente une histoire tirée d’un fait réel: en 1956, une classe de lycéens allemands d’une petite ville de RDA organise une minute de silence pour protester contre l’écrasement de l’insurrection hongroise par les soviétiques. Cela devient une affaire d’état. Saluons la présentation de l’horreur du communisme, faite avec la subtilité nécessaire pour rendre compte des inextricables conflits de loyauté qui ont laminé les populations au-delà du rideau de fer: famille, nation, idée de liberté bien sûr, croyance à un socialisme à visage humain aussi. C’est dire que le film est largement traversé par une thématique 6, autour de la fidélité et la trahison, mais met aussi en lumière l’opposition des préoccupations des sous-types de la survie et du social.

downloadIl est difficile de trouver beaucoup d’archétypes clairs dans ce film car d’une part la plupart des héros sont jeunes et leur motivation n’est pas très explicite, et d’autre part la terreur totalitaire infuse partout des réflexes de peur, de contrôle de sa parole et de discours préfabriqués qui contaminent les personnages. Pourtant, un des lycéens, qu’on peut considérer comme le héros du film, Theo, par sa fraîcheur et une décontraction surprenante, conjuguées à un paradoxal sens du devoir, pourrait offrir un superbe et lumineux portrait du 7 en social.

Car Theo est un joueur. C’est lui pousse son ami Kurt à des escapades à Berlin-Ouest, officiellement pour aller fleurir la tombe du grand-père de ce dernier, de fait pour aller au cinéma! C’est lui aussi qui, dans un bar, lance une noisette sur la tête d’un soldat russe, dans un geste aussi inconscient que provocateur. Il s’amuse et d’ailleurs travaille assez modérément, plus préoccupé d’embrasser la belle Lena que de préparer son bac. Lorsque la bande des lycéens apprennent par la radio de l’Ouest (RIAS) que les Hongrois ont été massacrés par les troupes soviétiques et que le footballeur hongrois Ferenc Puskas a été assassiné (ce qui s’avèrera une fake news), Kurt décide de faire une minute de silence. Theo embraye avec enthousiasme et fait voter la classe qui, à la majorité, décide de suivre cette initiative.

Ce qui nous intéresse ici est bien la manière dont Theo réagit aux divers événements qui transforment cette bravade en affaire d’État. En accord avec la base 7, Theo n’est pas très rigide avec les principes. Quand l’affaire se gâte, il a l’idée ingénieuse de dire à l’enquêtrice que cette minute a été célébrée pour Puskas et est apolitique. Alors que Kurt et Lena (plus 6, 1 ou 4?) veulent assumer la portée politique de leur acte, Theo montre sa capacité à passer à travers les mailles du filet… L’essentiel est de ne pas souffrir, quitte à transiger avec la vérité. Dans l’ordre privé, quand Lena choisira de le laisser tomber pour Kurt, plus en phase avec ses propres principes, il aura la réponse du 7 : ce n’est pas grave, j’en ai déjà trouvé une autre…

Mais la stratégie d’évitement va échouer. L’étau se referme sur les lycéens. Le père de Théo lui met la pression pour qu’il dénonce Kurt comme meneur. Il va même jusqu’à l’emmener travailler avec lui dans son usine de métallurgie où il est ouvrier afin de lui faire comprendre qu’il doit tout faire, même dénoncer son ami, pour ne pas être exclu de l’examen. Dans la fournaise insupportable, Theo lance à son père : c’est chouette ici! Le soir pourtant, il n’arrive plus à saisir sa fourchette tant cette journée d’enfer l’a laminé. L’essentiel en 7 est d’éviter la souffrance et si elle est là, il s’agit de la nier. L’accueillir sera le défi de Theo.

Face au défi ultime – avouer que Kurt (qui a déjà fui à l’Ouest) est le meneur, ce qui clôturerait une enquête qui finit par embarrasser le pouvoir, Theo est à sa première heure de vérité. Enjoliver la réalité pour éviter les ennuis, ou affirmer sa solidarité. C’est là que le sous-type social vient éclairer son geste. On sent dans une scène d’une immense intensité que Theo est en proie à une tension extrême: entre son 7 qui le pousse à penser à son intérêt, à chercher coûte que coûte une voie de sortie à ce guêpier; et son sous-type social qui pense au groupe, qui ne veut pas nier la formidable aventure collective que fut cette protestation lycéenne, et qui peut sacrifier son propre intérêt pour la cause de la liberté. Theo choisit la voie du sacrifice en gardant la version officielle du groupe : c’est une idée commune. Et j’étais pour. Il est inconcevable pour un 7 en social de vivre son plaisir et sa joie hors de la communion au cercle social.

La sanction est terrible : interdiction de passer son bac en RDA, comme pour toute la classe d’ailleurs, dont la solidarité jusqu’au-boutiste est un immense moment d’émotion pour les spectateurs en social.  Mais ensuite : que faire? lui demandent ses amis. Chacun fait comme il le décide, rétorque-t-il, le 7 volontiers individualiste reprenant le dessus. Rester et se mettre à bosser à l’usine ou fuir pour passer son bac à l’Ouest. Le 7 respecte la liberté de l’autre car il ne supporte pas qu’on limite la sienne. Ce sera pour chacun, et notamment pour Theo, le dernier choix. Theo décidera de quitter le confort et l’amour d’une famille aimante. Parce qu’en définitive, son sous-type social lui fera choisir la posture de l’aventure collective en dépit des incertitudes qu’elle comporte plutôt que celle de son confort personnel. Mais cela passera par une intense souffrance, celle du départ, de l’ultime au revoir à ses parents et à des frères, celle du choix et du renoncement, toujours difficile en 7.

Theo a découvert que la liberté chère au 7, et notamment au 7 en social (Theo est le vrai chef du groupe, même s’il conçoit son pouvoir de manière non autoritaire et collégiale), ne se conquiert que par le courage de s’exposer à la grande vulnérabilité du 7: la peur d’une souffrance dont il croit qu’elle peut le détruire. Grâce au sous-type social sacrifice, Theo verra que cette souffrance n’est pas le dernier mot. Dans le train de la liberté, il retrouvera ses amis et son visage s’éclairera de la lumière du vrai bonheur : celui d’être ensemble et libres. La joie du 7 en social est la communion à un idéal dont le défi est qu’il ne reste pas un plan mais devienne réalité.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

Augustin ou la base 7 en social

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SAINT AUGUSTIN
Un archétype* de base 7 en social

Nous sommes nombreux à penser que saint Augustin pourrait être un bel archétype de la base 7. On connaît sa vie: jeune homme brillant, il fréquente les rhéteurs et mène une vie dissolue, au désespoir de sa mère, sainte Monique. Et puis, après un détour par le manichéisme, ce fut la rencontre avec saint Ambroise et la conversion qui va le mener à l’épiscopat d’Hippone en Afrique du Nord, et à produire une des œuvres les plus magistrales de l’humanité : théologien, philosophe, prosateur, mystique… Augustin est au sommet de ce que l’humanité a produit de plus génial.

Je ne m’attarderai pas ici à dire en quoi Augustin pourrait être un archétype de 7, mais plutôt à voir en quoi il constitue un modèle d’évolution pour les 7 d’aujourd’hui. Ce n’est pas tant qu’il ait mené une vie dissolue. Elle le fut sans doute moins que ce qu’il en a dit: comme saint Paul, il manie bien la rhétorique et sait accentuer ses turpitudes pour mettre en valeur sa conversion (on a là un joli signe de son sous-type social que sa capacité à sacrifier son plaisir propre pour exercer sa charge d’évêque confirmera).

C’est plutôt cette quête insatiable de nouveauté, cette fuite de l’ennui, cette recherche permanente de nouveau, d’excitation intellectuelle, et cet évitement de la souffrance qui nous orientent vers le 7. Combien de fois a-t-il ouvert la Bible et l’a-t-il refermée car cela l’ennuyait? Tout cela, au service d’un centre mental préféré (et d’autant plus impressionnant que nous sommes en présence d’un génie) qui lui rend difficile l’accès à ses émotions. Jusqu’à ce que le cœur s’ouvre, enfin.

Ce qui est admirable dans le chemin d’Augustin, c’est que les mots de plaisir et de désir demeurent des notions clef du début à la fin. Mais Augustin est passé de l’excès de passion de la base 7, la gloutonnerie (intellectuelle au moins autant que charnelle) à la sobriété (vertu de la base 7); de la dispersion à l’unification. Non pas que le désir ait été éteint, que la passion du plaisir (qui constitue, comme toute passion neutre moralement, un moteur) ait été étouffée: Augustin ne sombre pas dans le défaut de passion du 7 qui serait l’austérité. Pour une personne de base 7, il est plus facile de s’abstenir de boire que de boire modérément. Or, son chemin n’est pas l’abstinence, mais la tempérance: en goûtant et partageant le plaisir plutôt que de l’engloutir. Jusqu’au bout, Augustin n’aimera rien tant que ces soirées d’été où l’on parle avec des amis autour d’un verre de vin que le soleil a rendu aromatique et généreux. Il le dira dans les Confessions (4.8) : « Causer et rire en commun, lire ensemble de bons livres, être ensemble plaisants et sérieux. » Mais son désir est purifié, réorienté vers le seul objet de désir qui puisse étancher sa soif : Dieu.

C’est ce que l’on trouve dans ce magnifique extrait tiré du Commentaire de l’Évangile de Jean, une conception renouvelée du plaisir: « Être attiré par le plaisir, qu’est-ce que c’est? Mets ta joie dans le Seigneur, il comblera les désirs de ton cœur. Il y a un certain plaisir du cœur, lorsqu’il trouve délicieux le pain céleste. Si le poète a pu dire : Chacun est attiré par son plaisir  — non pas la nécessité mais le plaisir, non pas l’obligation mais la délectation — à combien plus forte raison nous-mêmes devons-nous dire que l’homme est attiré vers le Christ : l’homme qui prend sa joie dans la vérité, sa joie dans la béatitude, sa joie dans la justice, sa joie dans la vie éternelle. Or, le Christ est tout cela. » Commentaire de l’Évangile de Jean

Tout cela est bien joli me direz-vous. Mais qu’est-ce qui fait que moi, pauvre 7 en 2017, je peux espérer atteindre cette liberté dans le plaisir, liberté que je recherche au plus profond de moi-même alors que je fais le mal que je ne voudrais pas et que je peux devenir esclave de mes plaisirs, jusqu’à l’idolâtrie? À mon sens, l’ennéagramme comme tel ne donne pas de réponse à la question: il donne juste une boussole qui permet à chacun de trouver son propre cap en fonction de ses finalités propres.

Celui que propose Augustin est le plus sûr, le plus passionnant, mais aussi le plus difficile pour une personne de base 7 connue pour son côté généraliste, son génie du zapping et, à son pire, pour sa superficialité: celui de la plongée en lui-même, celui de l’intériorité. Car à force de chercher, de chercher jusqu’à en pleurer de rage, un jour, son cœur s’est brisé et il s’est ouvert: c’est le bouleversant texte des Confessions au chapitre 27 :

« Tard je t’ai aimée, beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t’ai aimée.
C’est que tu étais au-dedans de moi, et moi, j’étais en dehors de moi !
Et c’est là que je te cherchais ;
ma laideur se jetait sur tout ce que tu as fait de beau.
Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi.
Ce qui loin de toi me retenait, c’étaient ces choses qui ne seraient pas, si elles n’étaient pas en toi.
Tu m’as appelé, tu as crié, et tu es venu à bout de ma surdité ;
tu as étincelé, et ta splendeur a mis en fuite ma cécité ;
tu as répandu ton parfum, je l’ai respiré et je soupire après toi ;
je t’ai goûtée et j’ai faim et soif de toi ;
tu m’as touché, et je brûle du désir de ta paix. »

Au bout du chemin se trouve pour la personne de base l’objet de sa quête, ce pour quoi il est fait et son talent propre à mettre au service du monde : la joie. Mais cette joie ne repose plus sur le sable des plaisirs, souvent bons et légitimes, mais éphémères et qui portent dans leurs délices la promesse amère de leur inéluctable disparition. Cette joie repose sur le roc de Dieu, celui de sa parole, celui de son eucharistie, celui du cœur à cœur de l’oraison, celui du corps de l’Église. Alors cette joie peut être sans voile, parce qu’elle est aussi solide que la promesse de Dieu.

« Donc, mes frères, soyez joyeux dans le Seigneur, non selon le monde. C’est-à-dire : soyez joyeux dans la vérité, non dans l’iniquité ; soyez joyeux dans l’espérance de l’éternité, non dans l’éclat fragile de la vanité. C’est ainsi qu’il vous faut être joyeux: en tout lieu et en tout temps où vous serez ainsi, le Seigneur est proche, ne soyez inquiets de rien. » Sermon 171

Augustin, par son évolution, montre qu’au cœur de la personne de base 7, se trouve tapie une immense soif d’absolu (certains parlent d’une flèche cachée – mystique – entre le 7 et le 4) que la plupart du temps, il ne s’autorise pas à accueillir par peur de lâcher les plaisirs éphémères dont il a fait des remèdes illusoires contre la souffrance. Car au fond, il a peur de cette plongée en eaux profondes qui, inévitablement, va le faire traverser ces ténèbres qu’il fuit, parfois depuis la petite enfance. Mais c’est le chemin nécessaire, celui de la Samaritaine – autre archétype de base 7 évoquée par Monseigneur de Roo –  symbolisé par la profondeur du puits de Jacob, pour arriver à trouver au-dedans de lui Celui qui l’attend pour lui donner la joie qui ne passe pas.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son œuvre. 

 

 

 

Métaphore de la base 7

unnamedLA LOI DE LA JUNGLE

par Eric
de base 7

J’étais qu’un gamin quand on m’avait donné le sac de graines. Sur l’étiquette, y’avait marqué que ça venait de l’Eden. Mais elle était toute jaunie, l’étiquette, et la date était effacée de toute façon.

On voyait juste un « 7 ».
Alors j’avais commencé à semer.

La terre était pas trop mauvaise et quelques fleurs avaient commencé à pousser un peu partout, de toutes les couleurs. Bon, c’était pas aligné, hein… Mais c’était joli quand même.

Puis dans le lot, une ronce et une ortie s’étaient invitées.

« V’là des mauvaises herbes ! », que j’m’étais dit.

Alors, avec une petite serpette, je m’étais appliqué à couper les malotrues. Tchac ! La ronce ! Tchac ! L’ortie… Ha ! Ha ! Elles faisaient moins les fières.

Mais c’était peine perdue : dans le secret de la terre, les racines se propageaient et perçaient la surface jusqu’à envahir le champ. Impossible de lutter contre ça.

Les pauvres fleurs multicolores, elles n’y voyaient presque plus rien, du coup.

Les passants se disaient : « Quel laisser-aller ! Quel fouillis ! Voilà un champ bien mal entretenu… »

Et moi, je rêvais de tout brûler.

14199498_10209332356121462_2139282636553404509_nEt puis une tige avait poussé plus haut que les autres, avec des feuilles toutes plates, puis des branches. Promis, que j’y étais pour rien ! Mais c’était bien joli quand même, quand ça bougeait comme des drapeaux.

Et puis c’était devenu un arbre. En dessous, les broussailles, elles avaient moins bonne mine. Même qu’elles séchaient et devenaient toutes blanches. Alors c’était plus facile de les casser. Cric ! Crac ! En levant bien haut les pieds, je marchais dessus pour les réduire en poussière.

Et quand d’autres arbres avaient poussé, ben, j’étais bien content, finalement. En moins de deux, je m’étais retrouvé dans une forêt !

Alors, forcément, ça ne ressemblait pas trop au champ du père Marcel — Le père Marcel, c’est celui qu’a un grand champ tout plat et tout jaune avec rien que du blé tout dur sous la dent.

Mais mine de rien, y’avait un équilibre, dans ma forêt. Y’en avait de toutes les tailles, de toutes les formes, et tout le monde s’y retrouvait. Pas besoin de tuteur : les arbres, y poussaient droit aussi haut qu’y pouvaient et ils laissaient un peu de lumière pour ceux du bas. Les ronces et les orties avaient même trouvé leur place.

Et tiens, il y avait des lianes où on pouvait se suspendre comme Tarzan.

Bref, on s’ennuyait pas.

Et les fruits ! Ah ça ! Il y avait de quoi faire. Et puis goûtus ceux-là — nan… parce que sans être méchant, le blé ça va cinq minutes…

Sans parler des animaux qui sont arrivés aussi : mulots, écureuils, lièvres, chouette, renard, martre, sanglier, cerf, ours… (j’y passerais des heures à tous les dire…) et des milliers d’oiseaux de toutes les couleurs.

Alors bon, finalement, j’suis peut-être pas bon pour les champs et les potagers, mais si vous voulez faire un tour dans ma jungle, cherchez pas le plan : prenez juste une boussole et laissez-vous étonner !

Métaphore de la base 7

10250258_10156427349910232_3876265476979868326_nUNE BOUGIE

par Perrine
de base 7

Y siège une flamme, légère, vibrante et éphémère, la flamme réchauffe et dissipe les ténèbres.

Un léger souffle peut m’éteindre, je me garde donc bien de me trouver en milieu hostile.

Ma soif de vivre me consume petit à petit et si je n’accepte parfois de vivre dans l’obscurité, je me consume rapidement tout entière.

Quand ma flamme est éteinte, je suis plongée dans un désarroi profond et douloureux. Alors pour pallier cette peine, je décide de me placer en un lieu sûr et de me nourrir suffisamment pour que ma flamme grandisse et rayonne toujours plus.

Puis soudain, me voir fondre si vite me confronte à mon destin.

bougie_1Ainsi donc je me questionne: à quelle fin suis-je destinée? Etre une éphémère bougie de dîner qui crépite vivement, se consume entièrement en quelques instants de plaisirs, illuminant les visages rieurs et les yeux gourmands? 

Prenant conscience de ma légèreté, le désespoir m’envahit; j’aimerais durer plus longtemps

Cette prise de conscience me peine, mon rythme ralentit, ma flamme devient petite. Balayant lentement l’horizon, j’aperçois au loin un cierge d’autel qui se consume doucement, éclairant un mystère infini et des visages sereins et rayonnants.

Ce cierge-là, n’est-il pas soumis  régulièrement aux ténèbres? Mais comme sa fonction est noble! Il est vivant! Et sa flamme tempérée lui allonge les années!

Je m’apaise enfin, les ténèbres ont un sens.

Je m’approche de l’autel et m’éteins sereinement dans la confiance totale de rayonner bientôt d’un feu nouveau.

Brian Wilson et la base 7

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BRIAN WILSON
Un archétype* de base 7
par François

Je sors du visionnage du très beau film de Bill Pohlad Love & Mercy, consacré à la vie de Brian Wilson, leader des Beach-Boys.

C’est un film sur la création musicale, le mythe californien, la maladie psychique, la figure du père, la perversion d’un gourou, l’enfance perdue, et aussi une très belle histoire d’amour. Pour ceux qui aiment cette musique, c’est l’occasion de voir un film abouti et sensible, avec deux très bons acteurs jouant Brian Wilson. Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette musique, c’est l’occasion de rencontrer le plus grand génie Pop. Mais en ce qui nous intéresse ici, c’est la confirmation pour moi ce que la musique et la vie de Brian Wilson disent de la probabilité d’une base 7.

Les Beach-Boys, c’est une histoire de famille: les trois frères Wilson, Brian, Carl et Denis, leur cousin Mike Love et Al Jardine. Leur musique est cette Surf Pop qui épouse parfaitement la joie et l’ivresse de vivre dans une Californie qui peut prétendre au titre de nouveau paradis terrestre: une sorte de terre de 7 où tout est possible, facile, jouissif, où les espaces sont immenses, où l’on se sent libre, où les notions de souffrance et de contraintes sont repoussées, y compris par l’usage de subterfuges addictifs comme l’alcool et la drogue. Cette Californie est la terre des tubes qui firent la notoriété des Beach-Boys, et dont Brian fut le maître d’oeuvre, comme I Get Around. Chanson euphorique de désir inassouvi, elle est comme un étourdissement recouvrant la part d’ombre par une tension et une excitation à fleur de peau:

Cette part, Brian ose la dévoiler dans la mélancolie de Surfer Girl qu’une bonne partie du public ne reçoit que comme un slow, alors qu’il s’agit pour moi d’une ballade presque enfantine qui révèle une fêlure… Les 7 sont de grands enfants, souvent facétieux, qui ont du mal à accepter l’engagement et les responsabilités, et jouent de leur charme innocent pour recouvrir leurs blessures enfouies.  Ainsi ils n’ont pas à les affronter et peuvent rejouer sans cesse le mythe du paradis perdu.

En 1965, les Beatles sortent Rubber Soul, album magistral d’unité. Brian Wilson est attiré par cette possibilité nouvelle de faire autre chose que des chansons à succès. Il laisse partir ses frères, cousins et ami en tournée au Japon, pour travailler à la musique qu’il porte en lui. Le résultat est un album qui dépasse tout ce que la Pop Music avait pu inventer. Brian crée du nouveau, utilise une multitude d’instruments classiques auxquels il adjoint le son d’un klaxon burlesque, des aboiements de chien, le bruit d’un train qui passe. Tout est occasion de musique, même sa voix qui parle en studio… Ecoutez le poignant Caroline no :

Le résultat est à la hauteur de cette phrase que l’on entend dans la film: « Il faut que ça ressemble à un cri, mais que ce soit positif! » Nous sommes ici au cœur caché de la base 7: ce qu’il vous livrera ne sera jamais profondément triste, ou tout au moins cela ne sera jamais dit ainsi, car entrer en contact avec ses émotions négatives est extrêmement difficile pour lui. S’il approfondit son monde intérieur, il y aura toujours quelque chose qui sonne positivement, même euphoriquement, recouvrant les aspérités du violoncelle et les gouffres de l’orgue, un son magnifié luxuriant, un choix radical de la joie comme rempart contre la tristesse, à l’ennui qui terrasse, à la solitude qui tue. C’est ce que rend palpable le chef d’oeuvre Good vibrations: 

Mais le destin de Brian Wilson est atypique: c’est celui d’un homme qui souffre d’une maladie mentale, jusqu’à l’incapacité. Il ne peut finir le chef d’oeuvre auquel il aspirait, l’album Smile, sombre dans une maladie psychique grave et se retrouve livré aux mains d’un psychiatre gourou qui prend possession de lui. Le film Love & Merci raconte cette histoire et comment Brian s’en est sorti par l’amour et la compassion. Mais en deçà de cette maladie, on peut observer que Brian a voulu explorer ce que sa base 7, dans sa recherche gloutonne de tous les plaisirs, de tous les possibles, ne lui autorisait pas: une quête de profondeur et de sens. Il est marquant de voir Brian Wilson activer si souvent les deux flèches de la base 7, ces deux ressources additionnelles qui permettent de sortir du carcan du type. En l’occurrence, la flèche 1 perfectionniste lui permet de travailler à une réalisation toujours plus exigeante et rigoureuse et la flèche 5 lui fournit la capacité de s’isoler pour mieux assimiler ses émotions pour mieux les retranscrire. Mais pour autant, Brian reste 7: il y a dans sa musique une légèreté aérienne, une joie de vivre foisonnante, ouverte jusqu’à la dispersion, malgré ce que la musique livre d’une part de fêlures, de peurs, d’angoisses de séparation. Le fameux Heroes & Villains de Smile, dans la version reconstituée autour de Brian Wilson en 2004, en est l’illustration:

Tour à tour tendre et burlesque, je la vois comme la musique d’une personne de centre mental comme le laisse apercevoir le film, avec un Brian se tenant la tête entre les mains. Tout se passe dans la tête en 7, le mental crée en permanence un monde de plaisirs ou de sensations fortes qui lui permettent d’échapper à l’ennui du quotidien, à une détresse enfouie et qu’il lui faut parfois des années pour contacter, ce qui est douloureux, mais salvateur.

Brian Wilson a composé ce qui est pour certains la plus belle chanson du monde, Surf’s Up. Mystérieusement, on sent ici le lien qui unit les trois types idéalistes, 1, 4 et 7. Les trois attendent du monde ce qu’il ne peut donner car il n’est pas assez parfait, absolu, heureux. Ma lecture du destin de Brian Wilson est que sa souffrance psychique fut pour lui un moyen inconscient d’échapper au réel et de tenter de garder ce sens de l’enfance et du jeu qui sont la marque de la base 7 et qu’un monde adulte ne permet pas. Ce n’était qu’un leurre, mais qui a fini par lui permettre, par la traversée de ses propres souffrances, à faire de son existence une vie vécue et non survolée, à ne pas rester en surface mais à avancer en eau profonde, à vivre une pâque qui conduit à la résurrection.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

 

 

 

 

L’écureuil : métaphore de la base 7

10171841_10205458306765385_5792206469532640303_nL’ÉCUREUIL
par Marie, de base 7

C’est le printemps et il est tôt, je m’éveille doucement; c’est moi l’écureuil, vous me connaissez…

Toujours en quête de nouveauté, je saute de branche en branche à la recherche de toutes sortes de plaisirs. Je ne pense qu’à m’amuser. Je suis gourmand d’aventures et de projets. Je me maintiens dans cet état pour échapper à la souffrance. Ma curiosité me pousse toujours vers l’inconnu bien plus attrayant que mon quotidien. Pourquoi focaliser sur le présent quand l’avenir nous offre tant de merveilles ?

UNNAMED_cropJe n’aime pas repenser au passé, il est synonyme parfois de souffrance et je me garde bien de faire resurgir en moi ce que j’ai détesté. Je m’échappe donc en quête de réjouissances qui me feront tellement bien oublier le passé que j’aurai du mal à me rappeler des éléments douloureux.

Et le présent ? Je le fuis avec beaucoup d’ardeur, dans le rêve de nouvelles aventures. Même si je m’y sens bien quelquefois, mon cerveau fonctionne tellement vite que je ne peux m’empêcher d’être encore une fois absent de ce présent dans lequel je pourrais pourtant me sentir si bien…

Finalement je ne me sens pas bien ; ni au présent, ni au passé ; et le futur dans lequel je me crois tellement bien, lorsqu’il devient présent ne m’attire plus… Je rejette joyeusement ce que j’ai souhaité !

Et vous me voyez, là, dans les branches, sautant joyeusement ? La nature ne me met aucune limite… si vous saviez comme j’aime cette liberté. Mais finalement cette gaieté n’est que façade, je cherche juste à échapper aux contraintes et à ce présent trop pesant… Et si j’amuse la galerie, c’est mon petit côté gonflé d’orgueil car j’aime que l’on m’admire.

Alors que fait ce petit écureuil pour corriger ses défauts ? Je me mets au travail sérieusement, je récolte précieusement ma nourriture pour l’hiver et la cache à un seul endroit que je n’oublierai pas, au lieu de m’éparpiller en tous lieux. Je n’en suis capable qu’en prenant exemple sur mes deux amis : la fourmi perfectionniste dont je voudrais bien avoir la ténacité et le hibou observateur qui se pose pour analyser les choses et profiter de la vie telle qu’elle est !

La base 7 en chanson

imgresFRIDAY ON MY MIND by The Easybeats : une chanson archétypale de la base 7

par François

« Je me sens mal lundi, mais je le chante avec le sourire. Viendra le mardi, je vais mieux… C’est sûr que le reste de la semaine va trop lentement, mais je n’ai que vendredi en tête! Et là, ce sera fun, j’irai en ville avec ma copine qui est vraiment jolie. Et cette nuit, j’en perdrai la tête! »

Telles sont à peu près les paroles un peu faciles et électriques mais si sympathiques de ce tube de 1966, Friday on my mind, commis par le groupe australien The Easybeats. Tout cela est écrit au présent, mais un présent absolument habité par l’anticipation du futur. Un futur qui ne peut être que meilleur que le présent! Telle est l’obsession de la base 7 : se garantir un futur aimable, amusant, surprenant, afin de s’évader d’un présent dont il craint qu’il ne soit trop morne, ennuyeux, pénible, voire (mais c’est déjà le début de la conscience) douloureux…

Ce morceau est devenu un classique du rock, du fait notamment de son magnifique riff de guitare, tendu et explosif! Avec sa mélodie énergique et joyeuse, ses harmonies simples et insouciantes. Un morceau qui évoque le paradis des côtes australiennes, l’innocence des amours de jeunesse, mais qui porte en lui une tension qui fait toute la sauvagerie voire la violence du morceau : tension qui renvoie à un malaise, celui du refus de ce lundi détesté, ce quotidien triste et fade qu’il veut à toute force oublier. Telle est la problématique de la base 7: se projeter dans un futur rayonnant, pour s’évader d’un aujourd’hui qui a ses faces d’ombre.

Mais à force de jouer cette partition, le 7 risque de n’être jamais présent, même aux bons moments. Le sourire permanent aux lèvres de Stevie Right, le chanteur, même lorsqu’il évoque des choses pénibles, est archétypal. L’excitation du groupe également: « Tonight I loose my head ». En tant que mental, le 7 a un cerveau qui fonctionne en permanence, sans lui laisser de répit. Sa stratégie pour le lâcher est de s’engouffrer dans le plaisir, la fête, l’euphorie, et tâcher de s’en libérer pour vivre une sorte d’ivresse dont il sort épuisé et vide.

Un challenge en base 7? Mettre ce talent de la joie et de la légèreté au service du monde en vivant l’instant présent tel qu’il est, heureux ou douloureux : le chemin de toute une vie… En attendant, goûtez la part de 7 qui est en vous et profitez de ce chef d’œuvre pop pour monter le son de vos enceintes!

Une Palme d’or au cœur du sujet

imgresWINTER SLEEP
un film de Nuri Bilge Ceylan
Palme d’or 2014

Cette année la palme d’or de Cannes a été décernée à un chef d’œuvre du septième art, Winter Sleep du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan, dont certains ont déjà vu et aimé Uzak ou Les Climats. On ne dissertera pas ici des qualités esthétiques de ce film – photo, direction d’acteurs, science du champ/contrechamp – mais on s’attachera à l’analyse ennéagrammique des trois personnages principaux dont la subtilité est remarquable.

1Inspirée de nouvelles de Tchekov, Winter Sleep met en scène dans une intrigue aussi mince que tendue, un personnage principal, Aydin. Acteur de théâtre en retraite, il gère un petit hôtel troglodyte en Cappadoce, écrit quelques papiers pour le journal local et repousse au lendemain l’écriture d’une histoire du théâtre turc… A ses côtés sa jeune épouse Nihal, avec laquelle il ne partage plus grand-chose et qui se dépense sans compter dans les actions caritatives ; et sa sœur Necla, récemment divorcée, qui vit avec eux. Un jet de pierre sur une vitre de voiture, une lettre reçue par Aydin vont déclencher un séisme qui va faire tomber les masques.

2Aydin nous apparaît comme un prototype du type 7 avec ses côtés attachants et détestables. Charmeur, débonnaire, sympathique, Aydin se révèle aussi d’un égoïsme forcené, d’une lâcheté pitoyable, et s’avère être un parfait velléitaire, incapable de mener à bien ses projets, tout en étant très arrogant et sûr de son intelligence. On voit bien ici que le 7 appartient à la triade mentale, même si son incapacité à persévérer dans l’effort l’empêche de produire ce qu’il pourrait. On voit aussi combien le 7 est marqué par la peur comme tous les mentaux, et en particulier la peur de souffrir qui est la marque du 7, et dont une des premières scènes est la parfaite illustration : au moment d’un conflit entre son homme à tout faire et un de ses locataires avec lequel il est en procès, Aydin reste à distance, ne s’implique pas, laisse faire, littéralement pétrifié par la scène. Ce 7-là aurait une forte aile 6 qui fait de lui un 7 moins en prise sur le réel que le 7 à aile 8, et plus en proie en doute, mais aussi à la nuance. Une flèche 5 semble également manifeste chez Aydin qui lui fait trouver du plaisir à se réfugier dans son bureau devant son ordinateur, mais sans arriver à aboutir. Sa flèche 5 viendrait ainsi au service de son 7 soucieux de son plaisir. Là où le personnage est magistral c’est qu’il montre dans ce 7 un mélange inouï d’égoïsme individualiste et de dépendance des autres dans la recherche de son plaisir qui peut paradoxalement susciter en lui des attitudes que l’on pourrait prendre pour de l’abnégation.

imagesNihal, interprétée par la belle Melisa Sözen, pourrait bien être le prototype d’une 4 introvertie, avec une belle aile 5. Toujours en avance sur son mari et sa belle-sœur dans la compréhension des émotions (il suffit de voir la scène terrible dans laquelle le petit garçon qui a brisé la vitre de la voiture présente ses excuses), elle est capable, acculée par l’arrogance d’Aydin, de l’exécuter en quelques mots, avec une profondeur de jugement magistrale. Mais son aile 5 tempère son 4 qui, on le comprend au fur et à mesure du film, bouillonne à l’intérieur et s’extériorise de manière déroutée grâce à une forte flèche 2 qui la pousse à vouloir sauver la planète, en tous cas la Cappadoce. On voit clairement combien son engagement humanitaire est avant tout une manière pour elle d’exister à travers les émotions fortes que son mariage ne lui donne plus. Mais cet altruisme est un leurre. Nihal est centrée sur elle-même et Aydin n’a pas tout à fait tort de lui reprocher une forme d’ingratitude. Nous entrons ici au cœur des difficultés et de la souffrance d’un couple 4/7 qui peut parfois tourner à la lutte de deux narcissismes.

UNNAMED_crop_cropQuant à Necla, elle nous apparaît comme un archétype de base 6. Prise entre sa loyauté vis-à-vis de sa famille et la suspicion envers elle, Necla joue une partition bien connue des 6, passant d’une sorte de soumission (elle n’est ici que la pièce rapportée) à une agressivité sans pareille. La manière dont elle crache son venin à sa belle-sœur et à son frère, avec un art de la parole stupéfiant, illustre cette capacité du 6 à exceller dans une forme de violence verbale dont il est maître. Elle flaire l’imposture chez Aydin comme personne : un vrai chien de chasse qui va faire sortir du bois celui qui veut faire illusion ! Elle attaque sa belle-sœur aux endroits qui font mal, avec un grand sourire. Et en même temps, elle est prête à se soumettre à son ex-mari qui l’a bafouée et à s’humilier pour le retrouver. Ce mélange de soumission et de violence est typique de la base 6. Le personnage de Necla en traduit bien toute l’ambivalence.

La richesse des caractères de Winter Sleep, sa plongée dans les eaux profondes de l’homme intérieur, une fin qui ouvre à tous les possibles sont des signes de la qualité de ce film surprenant vers lequel il faut courir tant qu’il demeure sur les écrans. Ce qu’il dit de l’humanité souffrante l’est avec un génie qui évoque irrésistiblement le grand Bergman, qui sait si bien souligner les ombres. La justesse des personnages, leur traitement sans concession peut dérouter, gêner, questionner; il est en tous cas, par quelque bout qu’on le prenne, une occasion de remise en question de soi, qui engage à chercher la lumière.

Le film : métaphore de la base 7

handsome man

 

 

LE FILM

par Philippe, base 7

Je suis comme un film…

Devant un scénario extrêmement riche, je veux tout, ne choisis pas. Je vois en chaque idée toutes les possibilités : un plan fixe large, un gros plan, un panoramique, un travelling. Entre ces possibilités je ne choisis pas. Je passe de l’une à l’autre avec des transitions habiles. Je rebondis, vais de l’avant, imprime au film un rythme éblouissant.

FilmEt si une scène me résiste, me met mal à l’aise, je la bâcle, ou même la supprime. Au montage, je sacrifie peu, joue de la redondance et imprime un rythme saccadé pour mettre dans le temps imparti tout ce que je peux y loger.

Il en advient un objet assez brillant, mais un peu vain. Où l’on peut prendre conscience, passé le choc de l’esbroufe, d’une tristesse mal assumée remplacée par une violence virtuose mais creuse et repoussante, d’une sensibilité atrophiée, d’un discours narcissique et somme toute contestable car peu audible.

Un 7 qui évolue est un film qui prend son temps. Un film qui regarde. Un film qui s’ouvre à ce qui est là, sans poursuivre une idée de scénario planifiée. Un film où un plan fixe peut durer, afin que, sur la pellicule, au-delà des corps agités, à travers les corps tranquilles, l’âme apparaisse.

Un film qui sacrifie au tournage mille idées brillantes pour ne garder que celles qui, ici et maintenant, s’imposent par leur incarnation dans un acteur ou une actrice. Qui accepte de suivre ce que tel ou tel acteur montrera, et qui n’était pas prévu. Qui se satisfaira de la pluie ce jour où le soleil semblait nécessaire à la prise, car cette goutte de pluie sur la joue de cette femme introduit une fêlure, un soupçon de tristesse qui donne au film sa vie, cette vie là, réelle, inattendue, non désirée mais présente.

Un film qui, au montage, élague, abandonne, coupe dans le vif. Un film qui a accepté de souffrir, ou plus exactement de vivre les difficultés du tournage et du montage sans les nier, ce qui occasionne une souffrance certes réelle, mais tellement moins effrayante que celle qui était fantasmée.

Un film qui respire, qui chante, qui donne à voir. Un film qui vit. Enfin !