Archives pour la catégorie Base 3

La chenille et le papillon

unnamedLA CHENILLE ET LE PAPILLON
par Dorothée
de base 3 en social

Avez-vous déjà vu le dessin-animé 1001 pattes ?

Un des personnages principaux est une énorme chenille qui tout au long de l’histoire se lamente de ne pas encore être un papillon.

Finalement, le temps (ou la volonté !) fait son œuvre et elle peut enfin s’exclamer : « Je suis devenue un magnifique papillon ! ». Sauf que son corps n’a vécu aucune transformation et seulement deux ailes minuscules, incapables de soulever ce poids, sont apparues.

Quel lien avec l’ennéagramme ?

J’y viens. Mais parce que c’est un outil de connaissance de soi, il faut bien que je vous parle de moi… parce que cette chenille, c’est moi !

14344321_1506706142688178_2284939190376479121_nOui, je sens en moi cette âme qui désire si fort s’envoler, qui se sent appelée à goûter aux joies du ciel et à n’aimer que Dieu…

Sauf que je veux le faire sans voir ou accepter mes limites, sans l’humilité de la transformation lente et qui dépend de la grâce.

Quelle étrange situation que de désirer être maintenant ce que l’on sera un jour…

Je veux, je peux ! J’ai le désir d’être, alors il faut que je le fasse…

Vous commencez à voir la base 3 ?

Ouais, la volonté c’est bien, mais il manque l’abandon, l’humilité et le lâcher-prise ou plutôt le laisser-faire !

Et le sous-type social alors ?

C’est la partie la plus délicate à vous livrer de moi…

Ce sont les 3 modules suivis de manière rapprochée qui ont permis l’affleurement de cette découverte et c’est au cours de la messe du lendemain du dernier stage que j’ai fini par comprendre…

Difficile de vous en faire part car j’en éprouve une grande honte, mais je pense que cela peut m’aider à avancer, à évoluer…

Au cours des deux jours du module 3, le mot prestige de la base 3 sous-type social ne me parlait évidemment pas !

Être reconnue dans les multiples groupes auxquels j’appartiens, oui ! J’aime pouvoir rendre ce que je reçois en étant utile à ceux qui me donnent là où je suis compétente, logique ! :) Mais pas besoin de paillettes, de titres et de médailles…

Mais finalement, et c’est là où c’est dérisoire, c’est bien au sein de la communauté qui me paraît la plus essentielle que je cherche ce prestige.

Allez, je prends ma respiration : Je-désire-être-sainte-mais-pas-n’importe-laquelle:une-grande-sainte-qui-puisse-rayonner-de-l’amour-de-Dieu-pour-le-monde-entier!

Voilà c’est dit ! Ah ! elle est belle cette chenille, n’est-ce pas ?

Je préfère en rire qu’en pleurer parce que je connais votre bienveillance et la miséricorde de Dieu, mais bon, le Seigneur a du boulot !

Et puis, au fond, je l’aime cette chenille qui un jour deviendra papillon.

 

Louis XIV et la base 3

louis-xivLOUIS XIV
un archétype* de base 3

La plupart des spécialistes de l’ennéagramme le situent en base 8, faute de connaître sa vie. Pourtant, il me semble que le Roi-Soleil est bien loin de cet archétype. En dépit de sa responsabilité dans certaines guerres qui ont épuisé la France et de son robuste appétit sexuel, il me paraît beaucoup moins correspondre à la simplicité et à la colère qui émanent de la base 8 que de la complexité des personnes de base 3.

D’ailleurs, il le dit lui-même : l’amour ni la guerre ne sont les grandes affaires de sa vie : « L’amour de la gloire va assurément devant toutes les autres [passions] de mon âme ». Nous sommes au cœur de la thématique de la base 3 pour laquelle il est question d’image et de réussite.

Louis XIV est bien sûr un homme d’image. C’est un des premiers souverains à se mettre en scène avec une maestria rare : parfait danseur, excellent cavalier, bon musicien, il est l’immense mécène que l’on sait, le bâtisseur de Versailles, le protecteur de Lully, l’homme qui met en spectacle la royauté du lever au coucher avec un tel éclat qu’on l’appellera le Roi-Soleil ! Les fêtes du début du règne magnifient la fonction royale, les opéras et les victoires sur les champs de bataille célèbrent la gloire du roi.

C’est le deuxième grand thème de la base 3 : la réussite. Louis XIV qui a enduré l’humiliation de la Fronde alors qu’il était enfant, n’aura de cesse de grandir la couronne et d’assurer la suprématie royale. Il veut être un grand roi, le plus grand des rois, et il le sera. Aujourd’hui encore, pour nommer la France de son époque, on parle du Grand Siècle….

Ce souci d’image et de réussite peut faire apparaître la personne de base 3 comme coupée de ses émotions, ce qu’elle est souvent alors qu’elle est au cœur de la triade émotionnelle. Louis XIV ne cille pas sous la douleur physique ou morale, il apparaît distant et majestueux en public (mais sait être cordial en petit comité). Rien de ce qui est à l’intérieur ne transparaît : cela risquerait de nuire à l’efficacité et à l’image glorieuse du monarque.

Contrairement à la base 8, la personne de base 3 fait preuve d’une immense faculté d’adaptation et d’une grande souplesse. Contrairement aux idées préconçues, c’est le cas de Louis XIV : il joue l’équilibre entre les clans rivaux (Colbert et Louvois), oscille entre le modernisme du premier et le conservatisme du second. Louis XIV n’impose rien par la force. Il est au contraire en osmose avec la société de son temps. Cela explique d’ailleurs certaines de ses erreurs les plus graves, notamment la révocation de l’Edit de Nantes : il suit en cela l’opinion publique. Il ne tranche brutalement que lorsque l’autorité et prestige de la couronne sont menacés : avec Fouquet, ou avec les jansénistes. Parfaitement en phase avec son temps, Louis XIV aura somme toute manqué de génie visionnaire : l’absolutisme qu’il a mené à son acmé n’a pas su anticiper sur les nécessaires réformes du pays et a joué un rôle dans l’émergence quelques décennies plus tard du mouvement révolutionnaire.

ob_539489df1dc81542dc59a9f9547f24db_symbole-roi-soleilQuand on étudie le personnage de Louis XIV on constate une totale confusion entre l’être et le paraître, une sorte d’engloutissement de la personnalité dans la fonction. Ainsi dans ses relations amoureuses : au terme d’un rude combat intérieur, il sacrifie son amour pour Marie Mancini à sa fonction royale. Ce sera ensuite l’enchaînement des maîtresses dont on peut dire qu’elles participent au prestige de la couronne. Et puis, avec Madame de Maintenon, le roi s’assagira durablement, conscient du fait que ses errements affectent l’image du roi. Au cœur de la base 3, il y a l’angoisse de ne pas être reconnu, et la croyance qu’il est aimé pour ce qu’il fait et qu’il montre et non pour ce qu’il est. Le Roi-Soleil aura couru derrière cette reconnaissance avec une remarquable efficacité…

Vous pouvez retrouver le portrait développé de Louis XIV et d’autres figures archétypales dans Les grandes figures catholiques de la France de François Huguenin, chez Perrin, 2016.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

Émouvant et éclairant

13493310_10154280074684886_222483372_oÉMOUVANT ET ÉCLAIRANT

par Mirana
de base 3

Un stage émouvant et éclairant.
Entre acceptation et prises de conscience troublantes, je suis repartie avec une paix profonde et sincère.

J’ai aimé l’accompagnement doux et bienveillant de Valérie et François, leurs éclairages bibliques inspirants et alléchants.

J’attendais de tels éclairages depuis si longtemps… C’était une réponse à mes prières murmurées.

Comprendre l’intervention de Dieu dans ma vie et celles des autres.

Comprendre le défi spirituel pour chaque type, le mien et celui des autres.

Depuis ce stage, j’aime m’entraîner à me présenter à moi-même la vérité, ressentir l’échec, vivre ce que cela me fait vivre en moi, m’accompagner avec amour, sentir une liberté nouvelle grandir en moi !

Faire un pas de plus dans la connaissance de moi-même et des autres est toujours pour moi une porte qui s’ouvre, une lumière qui s’allume

Savoir que chaque type est une voie qui mène à Dieu, qu’il y a même des saints de type 3 est une source d’espoir éternel ! Merci…

Métaphore de la base 3

unnamedL’ABEILLE
ou comment en deux jours, je suis passée du bulldozer à l’abeille

par Clémence, de base 3

Le bulldozer ne contourne pas les obstacles, il les prend de front, en fonçant bien dans le tas, en escaladant même s’il le faut. Il avance, coûte que coûte en continuant son chemin. Il est impressionnant et dominant. Peu de barrages lui résistent. Mais le bulldozer n’est pas vivant car il n’a pas de cœur.

Abeille_CoolAlors que l’abeille, surnommée la petite reine, vit. C’est une ouvrière qui travaille de tout son cœur et sans relâche car elle est consciencieuse, et souhaite un travail qui fonctionne. Elle vit en société organisée et a besoin des autres abeilles pour que le travail soit abouti même si elle est indépendante et qu’elle butine seule. Par son labeur, l’abeille produit du miel. C’est le fruit de son acharnement. On ne le sait pas car l’abeille est mystérieuse, mais elle doit certainement tirer grandes satisfactions lorsqu’on aime son miel, si bon pour la santé. Elle est efficace car elle transforme aussi sa récolte en cire, propolis ou gelée royale.

L’abeille est polyvalente et a même un grand rôle dans l’écosystème, la pollinisation. Elle rayonne en transportant le pollen qui permet la reproduction des plantes. Quand elle apparaît, elle attire toute l’attention. On la remarque par son vol qui fredonne. Il se peut que certains la redoutent, mais c’est une fausse idée car l’abeille ne gêne pas. Elle continue ce pour quoi elle est faite. Si on la dérange, elle ira butiner sur une autre rose.

En revanche, c’est une ménagère qui défend son territoire, si on l’attaque, elle pique mais ce n’est pas par plaisir, et la douleur peut être un électrochoc. Besoin de lumière, de soleil, de chaleur, l’abeille ne résiste pas au gel. L’abeille n’a pas une taille de guêpe car elle a toujours de bonnes victuailles dans ses pattes dans le souci de nourrir l’autre. Elle vole, elle butine, elle vit pour sa mission. Dommage que l’humain la craigne, car l’abeille aimerait peut être qu’on l’aime pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle produit.

Thérèse d’Avila et la base 3

11096655_10200649175309165_1924476258487615069_n

 

 

THERESE D’AVILA 
Un archétype* de base 3

Cinq cents ans après sa naissance, sainte Thérèse d’Avila n’en finit pas d’être actuelle. Comme l’a magistralement montré Christiane Rancé dans une biographie qui fera date, La Passion de Thérèse d’Avila, celle qui fut la première femme docteur de l’Église, aura été à la fois une des plus grandes mystiques de tous les temps et une femme d’action au talent exceptionnel.

Thérèse est pétrie de l’âme castillane et parfois il est difficile de faire le tri entre ce qui relève de sa personnalité et de sa culture. Néanmoins, certains traits de caractère affleurent. Enfant, elle rêvait à la lecture des romans de chevalerie et se voyait bien octroyer la palme du martyr. Jeune fille, elle s’avère être d’un charme et d’une capacité de séduction qui ne se démentiront jamais. Au point de risquer perdre son âme. Quand on analyse les raisons pour lesquelles Thérèse rentre au couvent, on en trouve deux : en plein, le désir de faire son salut, en creux, celui de faire de grandes choses, ce que la condition de la femme mariée rend à peu près impossible en Castille à cette époque-là. Or, au couvent, Thérèse va se trouver en échec : elle n’arrive pas à prier. Elle se lance dans une gigantesque bataille contre elle-même, s’imposant de rudes mortifications et se ruant dans les travaux domestiques les plus pénibles pour briser sa résistance. En même temps, elle laisse cours, comme dans les couvents de son époque à une activité mondaine, et une relation platonique mais flatteuse à ses yeux. On perçoit là les grands traits de caractère de Thérèse : une énergie considérable, une capacité de séduction, et surtout une volonté farouche de réussir et un souci aigu de son image. Et peut-être aussi une difficulté à habiter ses profondeurs, une manière aussi de s’accommoder avec la réalité. Chaque soir elle quitte son amoureux platonique en se jurant de ne plus le voir ; le lendemain elle retourne se laisser admirer. Comme le dit Christiane Rancé, elle se ment à elle-même (p. 100). Nous sommes ici avec les symptômes classiques de la base 3 : goût du challenge et de la réussite, nécessité d’être admiré et reconnu ; refus de voir son échec qui va jusqu’au mensonge à soi-même.

Un jour, à l’aube de ses trente-neuf ans, Thérèse aperçoit dans l’oratoire une statue du Christ souffrant. Elle est renversée, tombe en larmes et le supplie de lui donner la force de ne plus l’offenser. Ce retournement arrive au moment même où Thérèse s’avoue vaincue et reconnaît son impuissance : « C’est qu’alors je n’espérais plus rien de moi-même, j’attendais tout de Dieu » (p. 109). Pour que Thérèse devienne Thérèse, il a fallu qu’elle reconnaisse son échec et son impuissance. Il lui a fallu vingt ans.

Désormais Thérèse se laisse toucher par Dieu et elle va devenir cette mystique particulièrement comblée. Mais ce n’est plus sa réussite. C’est Dieu qui agit et qu’elle laisse agir. De là, toute l’énergie de la base 3 va se mettre en action pour opérer cette réforme du Carmel si nécessaire et pour fonder monastère sur monastère. Thérèse s’avère être un leader au charisme indéniable, entraînant derrière elle ses moniales, mais aussi ses confesseurs, jusqu’à saint Jean de La Croix. Toujours enthousiaste, elle déploie une activité inégalable. N’oublions pas qu’elle est une femme, et une femme suspectée par la redoutable Inquisition. Face aux résistances qu’elle rencontre, elle ne lâche jamais, mais agit avec souplesse et un grand sens de l’efficacité. Thérèse est un stratège : elle va convaincre les unes après les autres les personnes influentes qui pourront permettre à son projet de se réaliser. Rien ne l’arrêtera. Et elle réussira son grand œuvre de réforme et de fondation en contournant les obstacles au lieu de les affronter. Elle jouera de tout son pouvoir de séduction, saura battre en retraite quand il faut, évitera les points de rupture, gagnera chaque bataille. Une sorte de Napoléon de la vie spirituelle !

Comme Ignace de Loyola avec ses Exercices, Thérèse laisse avec Le Château de l’âme, un manuel de combat spirituel, un guide de l’oraison qui a bien pour but de progresser dans cette voie royale. Il y a une efficacité exceptionnelle dans la méthode d’oraison qu’elle a mise au point. Mais, la Thérèse mystique se permet de contacter toutes ses émotions. Elle traduit bien combien la base 3 est au cœur de la triade émotionnelle. Les personnes de base 3 répriment leur centre préféré qui est le centre cœur. Pendant vingt ans Thérèse a fonctionné ainsi. Après sa conversion, elle ouvre les vannes de ses émotions sans que cela ne ralentisse son efficacité. Bien au contraire, s’en remettant totalement à Dieu à qui elle se voue corps, cœur et intelligence, elle réalise le programme tracé par saint Paul, un autre représentant possible de la base 3 : ce n’est plus elle qui vit, mais Dieu en elle. N’est-ce pas le couronnement d’une volonté d’agir et de réussir, totalement purifiée de ses scories ?

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

Du rire et des larmes

le-prenom-affiche-4f67102b326b6LE PRÉNOM
Un film de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, 2012

Le succès du film Le Prénom est sans doute dû à la remarquable étude de caractères qui en fait la force. On ne jaugera pas ici des qualités cinématographiques de ce qui relève du genre du théâtre filmé si cher au cinéma français, avec toutes les limites que cela comporte, sauf à relever tout de même la très belle performance du quatuor d’acteurs principaux. Ce qui me paraît avéré est la stupéfiante cohérence des personnages, beaucoup moins caricaturaux qu’une lecture superficielle pourrait le laisser entendre. Cohérence qui peut s’analyser de façon convaincante avec l’ennéagramme.

3327124-7Commençons avec le personnage de  Vincent, superbement campé par Patrick Bruel, qui donne l’impulsion de l’histoire en annonçant à un dîner où il est invité par sa sœur et son beau-frère qu’il va appeler son fils Adolphe. Nous pourrions être en face d’un archétype de base 3, agent immobilier fier de montrer sa réussite, qui roule en grosse berline allemande et apporte une bouteille de Cheval-Blanc 1985. Bien trop occupé pour penser à autre chose qu’à son travail et à l’image qu’il donne, il ne sait à peu près rien de celui de sa compagne. Mais il y a plus que ces traits parfois un peu trop caricaturaux du 3. Il y a cette capacité à s’engager à corps perdu dans une joute verbale avec son beau-frère, joute où la question de la vérité n’a aucune importance, mais dont il faut être vainqueur. Et c’est là où Vincent bascule, empêtré dans un mensonge dont il ne sait plus sortir car cela l’amènerait à reconnaître une défaite, un échec. Pour gagner un challenge dérisoire, il met de côté toute émotion, peut paraître cynique ; mais quand il croit être trompé par sa femme – ce qui constitue l’échec du lien par excellence si redouté en base 3 – il ne sait pas prendre le recul nécessaire et se laisse submerger par sa propre émotion. Comme l’apprend l’ennéagramme, le 3 est un émotionnel qui s’ignore, et le personnage incarné par Bruel le montre à merveille.

3327124-9Prenons les autres personnages dans l’ordre de rentrée en lice dans ce jeu de massacre comique et tragique. Pierre, le beau-frère, joué à la perfection par Charles Berling est le prototype du bobo intello de gauche, très certain de son appareil mental. On n’a pas de mal à reconnaître une base 5, par ce côté intello en retrait, comme détaché de la vraie vie, aimant à parler avec des références plus qu’à se mettre lui-même en danger. Le défaut que lui renvoie son entourage, et dont il est parfaitement dupe, est celui de l’avarice qui n’est pas seulement une difficulté à dépenser son argent, mais surtout à donner de lui-même, à dépenser une énergie assez faible : on voit Charles Berling, épuisé par la joute, quasiment disparaître en deuxième partie de film. Vraisemblablement, l’impact émotionnel (dont il n’a pas conscience) de la question politique, l’importance de son rôle de professeur d’université, une manière d’avoir soin à sa manière sobre et signifiante de son image, évoqueraient un sous-type social.

3327124-11Claude, l’ami d’enfance de Vincent et de sa sœur, joué par Guillaume de Tonquédec, pourrait être un bel archétype de base 9. C’est ce que lui renvoient avec cruauté ses comparses : difficulté à se positionner, incapacité à entrer en conflit, un côté qui peut aller jusqu’à une certaine transparence. Même lorsque ses amis l’étiquettent à tort, et avec une consternante légèreté comme homosexuel, il ne se met pas en colère.  Mais ces facettes sombres sont l’envers d’une étonnante qualité d’empathie et d’écoute, d’une propension à la paix et à l’harmonie étonnante. Or cet homme qui par souci d’éviter un conflit a caché un lourd secret à ses amis durant des années, va du coup être à l’origine de l’explosion finale, faute d’avoir à temps affronté le problème. On en dira pas plus, mais il paraît probable que cet homme aimanté par une femme de façon tout à fait singulière, soit en sous-type tête-à-tête.

3327124-3Elisabeth, sœur de Vincent et femme de Pierre, est un personnage dont il n’est pas si facile de chercher la base car son rôle de mère de famille débordée et peu reconnue pour ce qu’elle fait vient parasiter l’analyse. On pourrait la voir en 2 à certains aspects, mais elle n’en n’a ni le côté  structurellement envahissant, ni la part conjoncturellement agressive. Il se pourrait qu’elle soit de base 4 dans une version assez sobre, comme le sont une bonne partie des personnes de base 4, contrairement à ce que disent les livres. Valérie Benguigui incarne une femme de cœur, dont le ressort profond est émotionnel (comme on le voit pour son travail de professeur de français), qui se sent profondément incomprise et qui peut parfois manquer de logique. C’est surtout dans la seconde partie du film, et notamment à la fin, que se dévoile une femme qui souffre de manque de lien avec un mari en retrait et un frère autocentré, et surtout qui vit très mal le manque d’authenticité de celui qui avait le statut de son meilleur ami, confident de cœur. Se révèle alors le rejet du 4 de tout ce qui est superficiel, notamment des rapports avec sa belle-sœur, mais aussi une présence émotionnelle qui désarçonne les protagonistes. Lorsqu’elle s’adresse à chacun apparaît aussi un sous-type tête-à-tête  pour lequel la rivalité (avec son frère ou sa belle-sœur) est très présente, avec à sa manière une indéniable séduction.

3327124-8Finissons avec Anna, femme de Vincent qui arrive un peu tard dans la soirée et dont le rôle est moins important, incarné par Judith El Zein. Celle que son mari appelle « la bombe » pourrait bien être de base 6, avec une violence verbale très ajustée, mais très destructrice au fur et à mesure que l’action se tend. Loyale avec la famille de son mari dans le choix du prénom de l’enfant, elle se sent trahie dans sa fidélité lors du quiproquo et se défend en attaquant. Le personnage gagne de l’épaisseur quand est dévoilé le lien qui la lie à Claude et à Françoise, la mère de Vincent et Elisabeth. Une problématique complexe apparaît autour de la confiance et de la trahison, avec un mélange d’humour et d’agressivité, de volonté d’apaisement et de saillies imprévisibles. Un sous-type tête-à-tête en 6 dit force et beauté est assez plausible.

Reste Françoise, que l’on ne fait qu’entendre ou plutôt deviner au téléphone et voir dans un flash-back éloquent. Intrusive, ultra-présente, on pourrait évoquer du 8 ou du 2, mais les éléments d’analyse sont trop minces pour se risquer aux hypothèses. En revanche un sous-type tête-à-tête n’est pas improbable pour cette étonnante séductrice !

Au cinéma comme dans la vie, le rire peut être un joli mécanisme de défense mais aussi un moyen de mise à distance qui permet l’approfondissement : ainsi la comédie peut révéler le fond de l’être parfois mieux qu’une tragédie. Voir ou revoir ce film à la lumière des caractères de l’ennéagramme donne de nouvelles raisons de rire mais surtout nous fait aimer davantage les personnages parce que l’on s’approche un peu plus ainsi de leurs ressorts profonds.

New-York : métaphore de la base 3

578556_648496545195621_1130813277_N_cropNEW YORK
Par Jean-Luc, de base 3

Le 3 ? New York, la grande ville qui brille et scintille. Ses gratte-ciels, ses ponts immenses, Central Park, son activité trépidante jour et nuit, son pragmatisme, son quartier des affaires, sa statue de la Liberté, ses espaces bohèmes comme Greenwich village… Le 3 vit d’émotions comme New York de pulsations. Les deux se confondent. Ce qui compte c’est le rythme dense, parfois dément. Nous pouvons tout. Nous voulons tout. Nous avons tout. Réussir ou mourir. Pas d’alternative.

En apparence… hélas.

New York est visible de partout, désirée de tous, connue universellement. Elle est le phare qui illumine – étonnamment – le monde. Sa réussite a nourri le rêve de millions de migrants. Little Italy, China Town… hommes et femmes sont venus s’installer chez nous fuyant la misère, la maladie… Car chez nous, ils avaient plus de chance de réussir qu’ailleurs. Nous étions le refuge, la chance renouvelée, le nouveau matin et la compréhension, la force du don, la volonté absolue. Car New York derrière sa dureté est tendre et amoureuse.

new-york-cityA New York, tout le monde a sa chance à condition de travailler dur. Tout est pensé pour aller vite, pour être efficace, fonctionnel, organisé. Et si cette belle ville attire, c’est parce qu’elle a réussi et gagner tous les défis qui se présentaient à elle. Elle a absorbé toutes les contraintes et sublimé les solutions. Elle a su nourrir la réflexion et aussi été capable de souder les poutrelles d’acier des gratte-ciels. Très pratique New York ! Cette belle énergie se ressent partout. La veine est sous pression. Dans les parcs les gens courent le matin. Il faut rester en forme, solide, pour croquer la vie à pleine dent dans Big Apple.

Avec quand même une crainte… petite mais terrible : l’échec.

Il y a des échecs. Un pont mal étudié, lancé trop vite et qui n’a jamais atteint l’autre berge. New York en a abandonné la construction pour rebâtir à côté un pont plus important, bien pensé, avec ses différents tabliers où passent les voitures, les camions, les trains. Il y a ces quartiers où des immeubles entiers, vétustes, lépreux sont abandonnés. Pas rasés. Pas démolis. Quel intérêt ? On reconstruit à côté : plus grand, plus beau, plus haut. Et on oublie ces échecs architecturaux devenus des ghettos. Très vite. Nous ne les voyons même plus : voilà qui serait bien trop douloureux. Nous nous mentons à nous-mêmes avant de mentir aux autres. La douleur…

mPourtant notre ville n’est-elle quand même pas la plus belle ? La plus puissante ? La mieux en vue ? Dans l’activité de Wall Street, l’argent, le succès, les prises de bénéfices nous intéressent moins que le pari, que le défi, que le jeu à condition de gagner. L’enjeu est de posséder le monde et ses ressources. La conquête est notre maître mot. Mais en fait ce jeu, nous le savons (devenus lucides), est sans fin et vain. Une fois gagné un défi, nous nous sentons vide, dépouillé, dépossédé. Finalement c’était si facile. Était-ce un vrai défi ? Mais là nous nous mettons à nu. Insupportable. Vite un nouveau projet !

New York est une ville de l’énergie, de la puissance, de l’inlassable recommencement. Avons-nous élevé un nouveau gratte-ciel que nous en avons déjà projeté trois ou quatre, dix, cent autres. Tout le monde à sa chance, oui. Artistes, chercheurs, hommes d’affaires, Noirs, Blancs, Hispanos, Asiatiques à condition d’être le meilleur ou de travailler à l’être. Tout le monde est accueilli avec intérêt, empathie, sincérité à condition de partager la règle commune de l’ambition, de la réussite. Sinon, allez vivre ailleurs.

Pourtant, parfois la désillusion est amère. Notre ville est-elle aimée pour elle-même ou parce que tout lui réussit ? Parfois, la fatigue se fait sentir, les embouteillages culminent avec un ciel qui s’alourdit de menaces. Quel choc lorsque nos deux tours de World Trade Center ont été foudroyées. Ainsi donc, tout le monde ne nous aimait pas ? Quelle stupeur. Quelle incompréhension. Et cependant… au lendemain de cette tragédie, nous avons déblayé les gravats, pleuré nos morts, pansé nos blessures et recommencé à bâtir. Avec pudeur et émotion. Nous n’oublierons pas. Jamais. Et nous ferons justice impitoyablement. Car même à genou, nous nous battons encore, puis nous nous relevons. Et nous savons nous venger.

Sachez-le :
New York est inépuisable. Indestructible.
New York brille.
New York vous aime et vous accueille. Jouez le jeu. Vous serez heureux.
Et aimez-nous ! Alors nous nous abandonnerons dans vos bras pour nous découvrir autrement. Nous avons tellement besoin de vous. Désespérément. Ainsi nous nous retrouverons ailleurs que dans la réussite ou le travail.
Welcome !

 

Downton Abbey à la lumière de l’ennéagramme

1 (2)

Il y aurait bien à dire sur cette série déjà culte, et notamment sur la finesse de sa qualité de reconstruction historique et sociale, sa réussite esthétique : décors, costumes, scénario, dialogues, réalisation, mais surtout photo et qualité du jeu des acteurs. Nous choisissons ici d’aborder Downton Abbey par le versant de l’ennéagramme. Une telle palette de caractères suivis dans la durée et au gré de circonstances diverses est pain béni pour qui s’intéresse aux ressorts de la personne, sans interprétation ni jugement

Pain béni parce que la délicatesse de l’ennéagramme vient du fait que, selon la déontologie de la tradition orale, seule la personne peut attester de sa base car elle seule connait ses motivations propres. Prétendre les connaitre mieux qu’elle-même peut être non seulement blessant mais surtout servir de prétexte de toute puissance à notre ego. Or, aucun risque de ce genre n’est pris avec un personnage de fiction : toute liberté nous est donnée de le prendre comme objet d’étude afin d’affiner notre connaissance des caractères humains. Bien plus, il peut nous permettre de nous remettre nous-mêmes en question en nous interrogeant sur la raison qui nous fait réagir à tel ou tel personnage : si Lady Mary ou Isobel me sont tellement antipathiques, que cela veut-il dire de moi ? Qu’est-ce qui fait que je comprends si bien Lord Grantham ou Branson ? Pourquoi suis-je tellement touché(e) par Lady Sybil ou Lady Violet ?

En guise de préambule, nous voudrions prendre quelques précautions :
Toutes nos hypothèses sont… des hypothèses : elles sont le fruit de notre expérience mais aussi de ce que nous sommes. Personne n’est à l’abri d’un prisme trop étroit ! Et nous évoquerons seulement les types des personnages qui nous seront apparus avec une relative clarté.
– Nous tacherons de nous appuyer principalement sur les deux premières saisons afin d’éviter de révéler à ceux qui n’ont pas encore vu les saisons 3 et 4 la mauvaise expérience des spoilers.
– Toute la série est colorée de l’esprit de la société anglaise des années 1910-1920. On y retrouve le côté distant, réprimant ses émotions de la culture anglaise qui a souvent fait typer l’Angleterre comme une société de base 5. C’est donc une sorte de sur-couche 5 qui vient colorer chaque caractère et sans doute tempérer les plus extravertis. Par ailleurs, l’enjeu de la série étant la pérennité du titre et du domaine de Dowton, cette responsabilité rejaillit avec une teinte de base 6 sur les personnages principaux, que ce soit au sein de la famille Crawley ou même chez les domestiques.

19Lord Grantham, Robert Crawley, semble un assez bel exemple de type 9. Il n’aime pas être bousculé, apprécie plus que tout son confort et l’atmosphère – normalement – paisible du château. Sa présence à elle seule apaise et rassure. Plus que tout, il recherche l’harmonie et la paix. Il déteste les conflits et a du mal à s’opposer. Alors que la solution du mariage de Lady Mary avec Matthew apparaît comme la plus évidente, il ne fera rien pour influencer le choix de sa fille. C’est un rassembleur, un homme de consensus comme le montre son accueil paisible du nouvel héritier du nom. Mais l’on pointe en même temps le défaut du 9, dans une tendance à procrastiner au lieu d’agir : alors que son entourage le pousse à étudier une possibilité légale pour contester l’héritage de Matthew, il ne bouge pas. Sa force d’inertie est patente, mais s’il est bousculé (par exemple par l’attitude de sa benjamine Lady Sybil), ses colères peuvent être redoutables, quoique légèrement décalées. Une aile 8 et un sous-type en survie ne seraient pas impossibles.

8Son épouse Lady Cora pourrait être un bel exemple de type 4, dans un monde où l’expression de l’émotionnel est bridé. Bien que jouant admirablement son rôle de comtesse (en activant une flèche 1 tellement utile aux 4 en responsabilité), elle garde sa spécificité et son indépendance d’esprit. Elle n’oublie pas qu’elle est américaine et cultive cette différence avec tact. Même si elle joue le jeu de la haute société et de ses traditions corsetées, si elle met tout en place pour ne pas laisser paraître ses up and down (notamment au moment de la perte de son bébé), son regard ne trompe pas : tour à tour ému, tendre, bienveillant, il peut se faire cinglant et indigné. Beaucoup de choses passent chez elle par le non verbal car il ne s’agit pas ici de mentaliser comme en 5/6/7, la communication se fait par le cœur.

3Autre planète, celle des personnes de base 6, avec un personnage légendaire, la comtesse douairière, Violet Crawley, magistralement interprétée par Maggie Smith. Humour à couper au couteau, réparties assassines, elle défend le clan Crawley avec une fidélité sans faille et un sens du devoir inoxydable. Les rapports de Lady Violet et Lady Cora pourraient bien être emblématiques des relations 4-6 : là où l’une parle d’amitié et dialogue du regard, l’autre répond stratégie et envoie des piques en guise de manifestation d’affection.

16Dans les filles Crawley, laquelle préférez-vous ? Lady Mary est un des personnages les plus complexes de la série. Du feu sous la glace. Il se pourrait bien qu’elle constitue un bel archétype de base 3. Elle se dit « sans cœur », elle agit en pragmatique, mais on la sent à plusieurs reprises touchée au cœur. Ses aventures tournent autour de la problématique du mensonge et de la vérité, et d’abord vis-à-vis d’elle-même. On est en plein dans la tension intérieure de la base 3 qui, au cœur de la triade émotionnelle, évite ses émotions pour ne pas nuire à ses objectifs. Le mot challenge allume des étincelles dans ses yeux et son apparence est importante, plus précisément l’image que l’on peut avoir d’elle. Elle s’adapte à ce qu’elle croit que l’on attend d’elle avec parfois une innocence déconcertante. D’où le séisme que constitue son aventure avec M. Pamuk. Elle pourrait avoir une forte flèche 6 qui peut la conduire, pour le meilleur à refuser un certain conformisme 3, ou pour le moins bon à être bien indécise dans ses affaires de cœur.

6Lady Sybil, la benjamine, pourrait être une belle représentante de la base 7. Elle étouffe dans le cadre contraignant de Downton et elle a besoin de s’en évader. Tout est bon pour cela : apprendre à cuisiner, chercher du nouveau dans l’excitation des mouvements politiques, devenir infirmière pendant la guerre, faire sauter les cadres avec Branson… Elle met ainsi en lueur cette curieuse mais récurrente confusion possible entre les personnes de base 7 et 2 : même dynamisme, même souci de faire plaisir, même goût de l’occupation (pour ne pas s’ennuyer en 7, pour aider en 2) ; avec cette spécificité en 7  de vaquer dans le monde de la souffrance des hôpitaux sans en paraître affecté. Un besoin de liberté conjugué à une légèreté qui pourrait parfois être superficielle. Sa fugue avec Branson est emblématique : elle accepte de revenir pour quelques jours chez elle afin de ne pas trop peiner ses parents et par conséquent de ne pas trop souffrir… tout en garantissant sa porte de sortie !

29 (2)Branson… idéaliste, homme du tout ou rien, il ne vit que par sa passion pour ses idées puis par sa passion pour Sybil : leurs points communs ? La fuite de la routine et du figé, la recherche du nouveau, le combat pour des causes belles mais un peu utopistes. La suite de la série ouvrira sur la possibilité d’un sous-type social du type 4 : tiraillé entre son désir de singularité et son aspiration à être reconnu à Dowton, il est en permanence habité par la honte de n’être pas de ce monde-là tout en désirant en être et en travaillant à sa pérennité.

5Venons-en à notre héros, Matthew, vraisemblablement de type 5 – comme le pays à l’origine de la série, tiens, tiens… Son arrivée à Downton est assez symptomatique. Il manifeste son souci d’indépendance de manière nette : besoins matériels minimalistes, jalousie de son intimité, il a du mal à dépendre des soins d’un valet et n’y consentira que par délicatesse pour Lord Grantham. Sa visite de l’église avec Lady Edith est délicieuse : alors que la jeune fille cherche à établir du lien, Matthew est là pour échanger informations et connaissances culturelles… Discret et sensible, un sous-type en tête-à-tête pourrait expliquer son cœur passionné mais ne va pas jusqu’à lui permettre de déclarer sa flamme. Pas étonnant que les relations amoureuses entre Lady Mary et lui mettent du temps à se mettre en place avec deux bases, 3 et 5, qui ont pour souci premier de se protéger des manifestations émotionnelles…

20Le monde des domestiques est dirigé par deux magnifiques personnes de type 1 : Carson et Madame Hughes ! Rien n’est laissé au hasard par l’un ni par l’autre : véritables chefs d’orchestre d’un monde qu’ils voudraient toujours plus parfait, ils assurent le bien être et la bonne place de chacun jusque dans les moindres détails. Le travail est la valeur suprême et la colère intérieure est là, dans le regard ou dans l’expression quand les personnes ou les choses ne sont pas à leur place, mais elle ne sort que de manière maîtrisée. Le sens du devoir les pousse à sans cesse se sacrifier, jusqu’à pour Madame Hughes renoncer au mariage et pour Carson jusqu’à s’éreinter à la tache et n’écouter la fatigue de son corps que quand celui-ci le lâche. Au fur et à mesure des saisons, nous les voyons évoluer grâce aux ressources additionnelles de leurs flèches 4 et 7, vers moins de rigidité et plus de légèreté. On se prend à espérer que lors des saisons suivantes, ils puissent faire preuve de la même tendresse vis-à-vis d’eux-mêmes que celle qu’ils manifestent l’une à Ethel, l’autre à Lady Mary…

7Bates est un personnage énigmatique. D’une loyauté infaillible (jusqu’à laisser croire au comte qu’il le trahit pour ne pas le mettre en difficulté), son regard est d’une grande douceur et il ne tarde pas à attirer la compassion et l’amitié de – presque -tous. Pourtant, tout un pan de sa vie échappe et le peu qui affleure laisse envisager une violence latente. C’est comme s’il gardait jalousement un jardin secret, comme s’il craignait une lumière dont il ne pourrait pas maîtriser les effets. « Je suis un inquiet et les inquiets s’inquiètent » laisse-t-il échapper. Nous pourrions être face à l’ambivalence bien caractéristique de la base 6. La suite nous en dira sans doute davantage…

30Anna sa bien-aimée, attentionnée et compréhensive, pourrait être de type 2. Mais c’est Isobel, la mère de Matthew, qui remporte la palme dans ce domaine, avec vraisemblablement une aile 3. Incapable de retenir sa pulsion d’aider les autres jusqu’à prévenir leurs besoins avant qu’ils n’en aient eux-mêmes conscience, son incroyable énergie fait sa force et sa faiblesse. Sa force, car elle sait d’instinct ce qui peut sauver tel malade, transforme Dowton en hôpital de campagne pendant la guerre, sait repérer les talents et les mettre en valeur. Sa faiblesse, car elle a du mal à se donner des limites, finit par étouffer son entourage et succombe à la tentation de se vouloir indispensable. « Vous comprendrez que j’ai besoin d’un minimum de reconnaissance pour rester », dit-elle à Lady Cora. Il ne sera pas difficile à cette dernière de trouver le moyen de lui faire développer ses talents loin de Dowton Abbey…

4Thomas et O’Brien sont les âmes damnées de Downton. Thomas semble illustrer un type 3 sans scrupule : manipulateur et fourbe, il met tout en oeuvre pour la réussite de sa promotion. O’Brien, beaucoup plus mentale, pourrait être de type 6, à aile 5. Calculatrice froide, elle anticipe avec virtuosité, mais elle est parfois victime de ses projections abusives. Le scénario catastrophe qu’elle construit à l’encontre de Lady Cora et qui lui fait croire que celle-ci veut se débarrasser d’elle, est typique.  A la différence de Thomas, le remord a de la prise sur elle et elle mettra d’autant plus d’énergie à être loyale à Lady Cora qu’elle aura été coupable du pire vis-à-vis d’elle.

imagesEt pour finir, comment ne pas voir en base 8 l’inénarrable cuisinière Mrs Patmore ? Colérique, d’une énergie incroyable, elle œuvre à masquer ses faiblesses et protège, à sa manière, sa petite équipe. Dans un autre univers, sir Richard, puissant patron de presse et fiancé de Lady Mary, serait un 8 dominant, ne respectant aucune règle, à la finesse discutable et qui envisage toutes les relations à l’aune des rapports de force.

6Que nous dit aujourd’hui cette grande fresque des personnalités en matière de connaissance de soi et de compréhension des autres ? La première évidence, c’est que toutes les bases sont belles : il n’y en a pas de bonne ou de mauvaise. Chacune a sa part d’ombre et de lumière, contribue à la beauté du monde et lui apporte sa vision et ses compétences. Quelle qu’elle soit, nous restons libres d’en user pour le meilleur ou pour le pire.

9De la même manière, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise alliance des bases : le secret d’une alliance réussie passe par la reconnaissance de ses propres talents et failles et l’accueil de l’autre tel qu’il est. Comment ne pas penser que plusieurs des situations de blocage de la série auraient pu être évitées si les protagonistes avaient eu conscience de ce qui les animait l’un l’autre ? C’eut peut-être été dommage en l’occurrence : on ne fait pas de bonnes séries sans bons imbroglios !

Mais dans la vraie vie, mieux se connaître soi-même permet de développer ses talents propres en se gardant des dommages afférents et mieux comprendre l’autre aide à la miséricorde et pourquoi pas, à la compassion. On aime encore mieux les personnages sympathiques quand on connait leurs ressorts. Et même les plus antipathiques, lorsque leur lutte intérieure est entraperçue, n’ont plus le même visage à nos yeux.