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Entretien avec Psychologies.com

LA MÉTHODE VITTOZ
Pour retrouver un équilibre corps, cœur et esprit

Entretien in PSYCHOLOGIES.COM
Avec Valérie Maillot, par Lucien Fauvernier – Mis à jour le 30 Juillet 2019 à 14:21

La méthode Vittoz pour retrouver un équilibre corps, cœur et esprit

La méthode Vittoz, du nom de son créateur le docteur Roger Vittoz, est une thérapie dite psychosensorielle qui propose de renouer avec nos cinq sens pour nous relier avec notre être tout entier: tête, corps et cœur. En thérapie, elle peut aider enfants et adolescents à mieux se concentrer, et les adultes à gagner en liberté intérieure. Explications.

LA MÉTHODE VITTOZ

Roger Vittoz publie en 1911 l’ouvrage Traitement des psychonévroses par la rééducation du contrôle cérébral qui établit les bases théoriques de la méthode Vittoz. « Le docteur Vittoz s’est rendu compte que, bien souvent, l’origine de nos troubles comportementaux venaient d’un manque de ce qu’il appelait contrôle cérébral, indique  Valérie Maillot, praticienne certifiée de la psychothérapie Vittoz de l’IRDC (Institut de Recherche et de Développement du Contrôle cérébral). C’est-à-dire notre difficulté à équilibrer nos fonctions émissives (raisonnement, imagination, émotions…) et nos fonctions réceptives (cinq sens, proprioception), ce qui peut générer vagabondage cérébral, insomnies, difficultés relationnelles, angoisses, burn-out… Par le biais de différents exercices, la méthode se propose alors de rééquilibrer ces deux fonctions pour retrouver de l’harmonie au sein de notre être physique et psychique.

DÉROULEMENT D’UNE SÉANCE

Comme pour de nombreuses thérapies, la toute première séance est une mise en relation, où thérapeute et patient échangent sur les raisons de la consultation, ce qui permet d’établir un lien de confiance. « Ensuite, toutes les autres séances commencent par une installation en Vittoz, explique Valérie Maillot. C’est une mise en contact avec le corps, d’une dizaine de minute, où le patient s’interroge sur l’état dans lequel il est. Il s’ensuit un accueil des points d’appuis et de la respiration. Cela donne lieu à un accueil très précis de chacune des parties du corps avec une écoute des messages que celui-ci lui apporte: une démangeaison, des picotements, une raideur… Tout tend à être expérimenté et exprimé. » A la suite de ce scan corporel, un état des lieux est alors dressé afin de voir ce que les sensations corporelles ont à dire de conscient et d’inconscient, notamment par les émotions qu’elles peuvent manifester.

« Ensuite vient la parole, indique Valérie Maillot. Le thérapeute et le patient échangent sur ce qui s’est passé lors de l’installation en Vittoz. L’idée est que les sensations corporelles vont évoquer quelque chose qui s’est passé dans la vie du patient et cela peut aller jusqu’à l’émergence de clichés de sa vie passée, le corps ne mentant jamais. Un dialogue s’instaure alors qui peut durer plus ou moins longtemps en fonction de la personne qui consulte et de ses besoins. A l’issue de ce temps de parole, une expérimentation est définie, cela peut être une concentration, un exercice de réceptivité, la traversée d’une émotion ou encore un acte volontaire qui permettra au patient d’avancer dans la connaissance de soi. Au fil des séances et des expérimentations, un travail est alors réalisé pour analyser ce que ces expériences concrètes révèlent de ses conditionnements inconscients et ont changé dans sa perception, sa façon de vivre, d’appréhender les choses. La force de la méthode Vittoz repose sur ces expérimentations qui rendent la thérapie très concrète et permettent au patient de l’utiliser au quotidien dans sa vie courante. »

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS

La méthode Vittoz peut être utilisée tant dans une optique d’art de vivre que dans un objectif de thérapie plus profonde. « En fonction de l’orientation de la thérapie, l’utilisation de la parole sera plus ou moins importante, précise Valérie Maillot. » La consultation en Vittoz peut ainsi se faire à tout âge et pour des motifs aussi variés qu’une prise en charge des difficultés de concentration chez l’enfant, un mal-être adolescent, mais aussi des troubles de l’anxiété, du sommeil, l’accompagnement d’un deuil ou d’une dépression chez l’adulte. « La méthode est très efficace chez les plus jeunes pour développer l’attention, la mémoire et la concentration. Chez les adolescents qui souffrent d’un mal-être lié à un passage à l’âge adulte délicat, le travail de reconnexion aux trois centres tête, corps, cœur, permet généralement de les accompagner rapidement vers du mieux être. Pour les patients qui viennent trouver de l’aide dans leur deuil ou une dépression, la thérapie sera plus profonde et longue. »

Si des patients atteints de schizophrénie ou de bipolarité peuvent suivre la méthode Vittoz, celle-ci est utilisée moins en tant que thérapie que « dans une optique fonctionnelle pour soulager les symptômes sans les masquer », précise Valérie Maillot. Ainsi dans le cas de patients souffrant de TOCs, le thérapeute doit s’assurer que les exercices ne deviennent pas obsessionnels.

PRIX ET DURÉE

Le tarif d’une séance de 50 minutes varie de 65 euros en moyenne en région parisienne à 45 en province. « Pour ce qui est de la durée de la thérapie, tout dépend de l’orientation de celle-ci. En fonctionnel, une dizaine de séances peut suffire, tout ne sera pas exploré mais le patient aura compris l’essentiel de la méthode Vittoz et disposera de quelques expérimentations qui lui permettront de mieux vivre. Dans le cadre d’un accompagnement thérapeutique plus profond, lors d’un deuil ou d’une dépression, cela sera nécessairement plus long: deux ans, parfois plus, à raison d’une séance par semaine donne une bonne idée de la durée nécessaire à un suivi sérieux et efficace. Ainsi la méthode Vittoz ne peut être considérée comme une thérapie brève, c’est une vraie thérapie des profondeurs. »

DÉCOUVRIR
Des preuves scientifiques pour Vittoz
En 2013 a été initié sous la direction de Rébecca Shankland, maître de conférence en psychologie, le programme FoVea® (Formation Vittoz à l’Expérience Attentive) afin d’étudier et mesurer l’efficacité de la méthode Vittoz. Les conclusions initiales de l’étude montrent que le programme mis en place :
• Diminue les effets du stress, de l’anxiété et des états dépressifs perçus.
• Accroît les capacités d’attention, de concentration et de mémorisation.
• Augmente le bien-être subjectif (émotions positives) et psychologique (sens de la vie, relations positives, optimisme, vitalité, intérêt)
• Améliore les compétences émotionnelles pour soi (surtout expression et régulation des émotions) et en lien avec autrui (climat de classe amélioré)
• Accroît la bienveillance envers soi-même

Daphné : métaphore de la base 6

DAPHNE
par Quitterie
de base 6

Le danger rôde autour de moi… La peur, comme une flamme, consume mon âme. Telle Daphné, dotée du don de viser juste, je t’observe avec prudence, je tente de comprendre ton cœur. Je vais alors te tester. Te tester jusqu’à ce que je sois sûre de me sentir bien avec toi.

La plupart du temps, je serais tentée de venir te titiller. Et oui, je vais donc inconsciemment provoquer ce qui me fait mal… Si tu réagis bien, tant mieux, c’est bon signe, je vais continuer pour toujours me rassurer. Car malheureusement j’ai toujours besoin de me sentir en sécurité, j’ai toujours peur que tout s’écroule, toujours peur de perdre les rares personnes avec qui je me sens bien.

Si, par malheur, tu m’apparais telle une personne nocive je vais alors chercher à me protéger à tout prix. Si tu ne réussis pas le test, je vais me sentir soit humiliée soit agressée et là: ciao! Ce sont deux choses qui me font peur et qui me blessent profondément: être humiliée et la colère des autres.

La violence est ma pire ennemie. Elle atteint ma sensibilité à un tel degré que mon cœur ne s’y habitue jamais et la peur du mal que projettent certaines personnes me tiraille les entrailles. Par conséquent tout ce qui relève du faux m’effraie et me dégoûte. Le mensonge, les faux-semblants, la manipulation… Je suis en constante recherche de vérité. Si tu n’es pas vrai avec moi tu n’auras aucune chance de découvrir la jeune Daphné qui se cache en moi.

Si tu t’attaques à moi, tu vas te prendre un mur! Je ferai tout pour te déstabiliser ou te dissuader de m’approcher. Telle Daphné, je me métamorphose et je m’adapte pour qu’aucun mal ne puisse m’atteindre. Daphné s’est transformée en laurier pour échapper à Apollon, elle préféra perdre sa beauté de nymphe pour se protéger.

De même, je crée un rempart autour de moi, toute trace de souffrance et de douleur disparaît et ne paraît qu’un visage serein et souriant, il n’en n’est pas moins sincère mais la Daphné en moi, lorsqu’elle se sent en danger, ne peut s’empêcher de se protéger.

Je voudrais bien être transparente, que chacun puisse voir le fond de mon âme mais c’est trop dur, trop dangereux. Rares sont ceux à qui j’ai permis de dépasser les frontières de mes protections. Pour que je les laisse atteindre les profondeurs de mon âme je dois avoir une véritable et parfaite confiance en eux et cette confiance doit être réciproque et sans faille.

Si je ne me sens pas en sécurité, je vais tout de suite me renfermer et ce sera fini, la nymphe se sera transformée en arbre et tu devras déployer tout un brillant attirail pour me faire changer de position. Mais si tu fais partie de ces rares personnes avec qui je me sens en sécurité, je n’aurais plus aucun secret pour toi et tu pourras alors entrer dans les méandres de mon âme.

Je serai, pour toi, capable de tout! Lorsque je t’ai choisi, c’est pour moi à la vie-à la mort. Il s’établit entre nous une douce tendresse qui me permettra de m’épanouir, comme une fleur, entre tes mains. Ton bien-être, ton bonheur sera pour moi essentiel. Même si je suis toujours prudente, lorsqu’il s’agit de ton intérêt, je suis prête à m’oublier moi-même… Par conséquent, si tu es en danger, je deviendrai comme une louve envers ses petits. Quiconque ose s’approcher de ceux que j’aime verra ma colère à l’œuvre. Je te défendrai coûte que coûte!

Tu l’auras compris, ma peur est l’essence de mes actions. Ma détermination est devenue, au fil du temps, de plus en plus forte. Ma peur, à un moment critique de ma vie, le moment peut-être le plus douloureux et le plus beau de ma vie, m’a permis d’affronter les événements avec courage!

Du burn out au petit prince

DU BURN OUT AU PETIT PRINCE
par Yves
de base 3 en survie

Une adolescence perturbée pendant de longues années par un cyclone relationnel. Il faut se relever à 20 ans, se pencher pour ramasser son cœur en miette et son âme en lambeau car la vie est devant moi. Et la vie renaît comme un printemps permanent et en accéléré, mariage, enfants, armée de l’air… Je décolle donc. Mais pas à n’importe quelle place: dans le cockpit s’il vous plait! De projets en projets, rien ne pouvait plus me stopper à présent. En avant, il faut suivre! Et le plus beau, c’est que mes réalisations dans lesquelles je mettais toute mon énergie réussissaient, et j’aimais en montrer les succès. C’était le kérosène de mon réacteur intérieur qui paraissait ne jamais craindre la panne sèche! A vive allure donc, trop vite, trop longtemps, jusqu’au mur du burn-out à 50 ans!

Dans ce désert, soudain, comme mon frère d’arme Saint-Exupéry, l’avion construit de cuirasses en cuirasses de l’oubli du passé se brisa en rencontrant la réalité du sol. C’est alors que je découvris mon premier stage ennéagramme qui me permis de voir dans le chapeau, un serpent qui avait mangé un boa!

Moment inoubliable de découverte de la planète 3! Une grosse planète (la plus grosse, enfin, c’est ce que je crois!) Il y fait un grand soleil pour qu’on la voit mieux. Un tas de gens bien habillés vont et viennent, avec, bien sûr, le business man. Je m’approche de l’un d’eux:

« – Holà, pourquoi avez-vous une si grosse montre au poignet?

Ici, les gens ont besoin de vous prouver que leur montre est signe extérieur de richesse et le temps est précieux chez nous. Excusez-moi, j’ai des projets qui m’attendent, à moins que votre présence soit efficace! »

J’y ai passé deux jours de stage M1 pour découvrir que cet apparat, ces réussites magnifiées, masquaient des fragilités dont je prenais conscience désormais et l’histoire de ma jeunesse pouvait enfin être revisitée par ces questionnements salvateurs!

Cette énergie d’entrainement, de réussites, qui m’a toujours habitée, je pouvais désormais l’ajuster sans rendre aveugle celui qui me regarderait par un éclat immodéré! Sur ma planète 3, j’avais le droit d’être désormais moi-même, vu avec mes fragilités. Quel élan d’inaction j’ai découvert! Je peux être aimé sans être obligé d’en mettre plein la vue et de m’épuiser. Quelle libération! Mon être profond et ma conscience, comme le renard et son petit prince ont décidé de se rapprocher pas après pas  pour s’apprivoiser.

C’est alors que mon voyage a pu reprendre vers d’autres planètes devenues amies et complémentaires, de rivales qu’elles avaient été pour moi autrefois. J’ai trouvé très sympathique l’allumeur de réverbère en 7, le roi en 8 et tant d’autres. Ma planète n’est plus la meilleure à mes yeux, mais placée dans un bel équilibre harmonieux.

De stages en stages, j’ai reconstruit mon avion. Il est devenu plus léger et j’ai retrouvé des ailes portées par le vent de la liberté intérieure…

Bon voyage à ceux et celles qui veulent tenter l’expérience, vous ne reviendrez plus comme avant!

 

Travailler ou danser ?

TRAVAILLER OU DANSER ? 
par Sophie
de base 1

Toute perfectionniste que je suis, j’avais écrit, immédiatement après le stage, un texte métaphorique: je suis un brouillon. Trois mois plus tard… il n’est toujours pas envoyé évidemment. Parce que je considère tout ce que je fais comme un brouillon, j’ai souvent renoncé à finir mes projets, ne voulant jamais qu’ils soient figés dans une forme imparfaite. Et bien sûr… acte manqué… aujourd’hui, je ne retrouve plus mon texte!

Quand je préparais mon mémoire de recherche, un jour, j’avais plusieurs semaines de retard pour rendre une fiche de lecture analytique. À tel point que la directrice de mémoire se demandait si je savais bien lire et écrire! Ma fiche s’allongeait et se réorganisait sans cesse, je n’y voyais que brouillon à reprendre. L’outil numérique aidant à effacer, couper, coller à l’envi, je ne voyais plus la trace des heures de travail passées à faire et défaire. Je n’aimais pas relire mes brouillons alors souvent je recommençais, repartais d’une nouvelle feuille blanche.

Si bien qu’au bout du compte, je m’enlisais, estimant que le résultat n’était pas à la hauteur d’autant de travail. Et de fait, j’étais tombée dans une spirale vicieuse: je n’y voyais plus clair et mon travail était arrivé à un point de qualité au-delà duquel mes prétendues améliorations n’apportaient aucun nouvel élément substantiel. Il fallait que j’arrête, ne me sentais pourtant toujours pas prête à l’envoi. Je stagnais, découragée, incapable d’y mettre un point final. Jusqu’au jour où une amie chercheuse universitaire m’a dit: « ce que tu appelles brouillon, c’est sans doute ce que l’on attend de toi ». Déclic. Pour l’anecdote, deux ans plus tard, quand j’ai rendu mon mémoire en entier, j’ai choisi une mise en page sobre et sans illustration, même en première page, signifiant ainsi que le travail n’était pas achevé… Je me suis même aperçu après coup qu’il y restait plusieurs coquilles. Paradoxe du perfectionniste qui rend un travail qui pourrait à certains égards sembler bâclé.

Le remède pour soigner mon perfectionnisme aigu? Me forcer à finir tout projet entrepris, quitte à me frustrer en ne commençant pas un projet tant que le désir et la volonté de le finir ne sont pas au rendez-vous. Je sais alors que je dois aussi veiller à ne pas tomber dans la facilité de la procrastination: tout est pensé cent fois, rien n’est commencé concrètement, rien n’est réalisé. Et l’antidote aux maintes idées de dernière minute? M’engager à respecter une échéance pour terminer un projet, dans un temps imparti, et y être fidèle.

Mais encore faut-il aller jusqu’au bout du geste. Reste ensuite à se détacher de l’artefact et à l’offrir au monde pour qu’il fasse sa vie. Ne pas succomber à l’ultime tentation: garder pour soi. J’aime travailler, seuls les moments présents comptent, dès lors, quand un projet fini, je m’en désintéresse. Quelle joie à se détacher d’un projet que l’on n’aura plus l’occasion de retravailler? Il ne me restera plus qu’à le relire, plus rien à faire. Or, j’ai besoin d’agir sur la matière, pas seulement de la contempler.

Par conséquent, lorsque j’envoie un travail fini, ce n’est pas parce que je l’estime terminé puisque j’y vois toujours des modifications possibles à essayer… mais bien parce que le temps fixé est révolu et que j’ai fait preuve d’un courage héroïque (oui :-)) en osant prendre le risque de livrer une part de moi-même si imparfaite soit elle. Si vous lisez ce texte, je m’en félicite, en même temps que je transforme progressivement la douleur de la séparation qui me ronge en soulagement, libérée de mes propres habitudes stériles et répétitives. Oui, entreprendre et mener à bien est une véritable ascèse au quotidien pour moi, tâcher de ne pas dévier: ne pas procrastiner et ne pas non plus produire des quantités astronomiques de brouillons pour assouvir mon besoin vital de créer. Mieux vaut pour un perfectionniste vivre dans une culture de tradition orale! Ou danser?

Est-ce la raison pour laquelle la danse est venue me chercher? Comme tout art vivant, elle contraint le danseur à mobiliser toutes ses ressources au moment de la représentation, pas de brouillon possible, pas de reprise… L’autre avantage de la danse est qu’elle n’est jamais figée, aussitôt un geste terminé, transition et l’on passe au suivant. À la fin de la danse, il ne reste une trace que dans la mémoire des corps, de ceux qui l’ont vécue, de ceux qui l’ont regardée. Il faut danser à nouveau pour que la danse existe, éternellement… Parfois dispose-t-on d’une photo mais il n’y a aucune ambiguïté sur le fait qu’elle n’est qu’un aperçu imparfait de la réalité vivante. Une vidéo? Idem. Donc la perfectionniste que je suis est en paix quand elle danse, car son travail n’est jamais fini.

Comme Ariane tisse inlassablement le même ouvrage, la danseuse aime à reprendre l’ouvrage de son corps qu’elle arrache à sa finitude par l’énergie vitale du travail, devenant lui-même prière, une expérience spirituelle et mystique de l’instant présent. Une éternité. Une grâce extatique.

 

de la responsabilité de la paix

DE LA RESPONSABILITÉ DE LA PAIX

« Notre unique obligation morale, c’est de défricher en nous-mêmes de vastes clairières de paix et de les étendre de proche en proche, jusqu’à ce que cette paix irradie vers les autres.

Et plus il y aura de paix dans les êtres, plus il y en aura aussi dans ce monde en ébullition. »

Etty Hillesum

Kaléidoscope

KALEIDOSCOPE
Par Sœur Louise
De base 3 en tête-à-tête

Je me sens parfois comme un cheval un peu sauvage, qui s’emballe facilement, prêt à se lancer dans une grande aventure, une traversée, avec tous ceux qui sont prêts à s’embarquer, sûr qu’il aura la force nécessaire pour atteindre son but, que rien ne pourra l’arrêter ou les empêcher. Il faudra peut-être parfois un peu ruer ou faire quelques écarts à gauche et à droite, voire même bousculer l’un ou l’autre en passant…

S’arrêter, prendre le temps d’une pause sera toujours difficile… seulement s’il faut! Mais pas trop longtemps! Il faut avancer!

Étonnamment le soir, à l’étage, notre cheval laissera peut-être la place au petit oiseau, une mésange, qui sera heureuse de partager un repas au coin du feu, avec d’autres, connus ou de préférence inconnus, et même peu considérés. Ecouter, chanter, prendre du bon temps ensemble et se rappeler d’où nous venons : tout cela sera très bon.

Régulièrement c’est aussi la petite ermite qui montre le bout de son nez: elle a un besoin farouche de se retrouver face à elle-même et à son Dieu qu’elle aime et dont elle se sait aimée depuis toujours. Maître de ce silence qui la refait, reprendre un contact prolongé avec notre mère Nature, qui l’engendre et l’enseigne, l’accueille toujours les bras grands ouverts, avec ses arbres si solides et uniques, la nourrit par sa pâque permanente, sa vie foisonnante et silencieuse, son chant gracieux et virevoltant, sa danse délicate et enivrante.

Ces différentes facettes, me demanderez-vous peut-être, peuvent-elles être amies et se conjuguer dans la tendresse?  Avec le temps et l’enracinement, la tempérance et le respect, un peu de sagesse, qui ne peut naître que de la brisure dé-couverte, cela peut donner naissance à une belle symphonie! C’est accepter d’être simplement un petit vase d’argile qui se laisse façonner, creuser, vider… et finalement trouver par la divine lumière.

Ou… un gruyère, après en avoir patiemment et douloureusement vidé les trous, qui se rend au Père dont il reçoit son si bon goût. Et finalement, les petits trous, ce n’est pas laid du tout ! La place est de nouveau libre pour recevoir, faire fructifier et rendre grâce: une nouvelle dynamique s’enclenche peu à peu.

La vie qui s’était un moment affaiblie… jusqu’à trembler de peur et frôler la mort et son pouvoir destructeur… la vie peut de nouveau dévaler mais maintenant doucement canalisée, comme un ruisseau qui bondit joyeusement dans son lit, comme une agnelle toute confiante dans le troupeau près de sa mère. Le mouvement des saisons continue, dans une nouveauté qui surprend toujours: c’est la bonté de notre Dieu, qui fait toute chose nouvelle, quand elles sont remises dans ses mains paternelles, par l’enfant caché en nous qui s’éveille… jusqu’au jour du Face-à-face éternel.

Le couple comme forêt vivante

L’ARBRE ET LE ROCHER
Métaphore d’un couple
par Florence de base 6 et Benoît de base 3

La forêt de Fontainebleau respire la nature et la vie! Merveille des merveilles… On s’y ressource, on s’y promène, on y discute, on y court, on y aime. Déjà vingt ans qu’ils se sont installés à sa lisière…

Elle, de son côté, doit être un de ces rochers de grès qui surplombent la forêt. Quel point d’observation formidable, offrant une vue inégalée sur tout type d’obstacle qui pourrait survenir… On n’est jamais trop prudent. Allons en haut du rocher pour voir au loin; et si un cerf bramant surgissait? Et si une biche nous offrait ses bonds les plus splendides? Surplomber et voir au loin: voilà la mission du rocher vigie, qui a besoin de se rassurer pour ne pas risquer d’être trahi par son environnement. A travers ses formes tout autant surprenantes qu’impressionnantes, le rocher s’émerveille chaque jour de son ancrage improbable dans le sable blanc, illustration de sa force apparente. Solide et fidèle, ils’intègre harmonieusement à la forêt qui l’entoure.

Et lui est cet arbre, vivant et robuste au milieu des rochers. Il se bat au cœur de la vie. Il veut être fort, il veut être remarqué parmi tous ses congénères! C’est le genre de défi qu’il affectionne particulièrement: s’adapter à son environnement pour réussir, et quoi de plus difficile que de s’épanouir au milieu des rochers, planté dans du sable… Cette énergie lui donne du courage, pour persévérer dans sa recherche de soleil et de ciel bleu, et grandir, ainsi, encore et toujours. Son objectif: pouvoir parler à ses voisins et leur dire j’y étais, et je l’ai fait ! Il fera face à la tempête et ploiera tant et plus, au risque de se mentir à lui-même sur sa force de résistance. Sa quête de la vérité est intacte; rompre lui est interdit !

C’est là, au sommet de cette belle forêt, que l’arbre et le rocher se sont rejoints, unis par le même désir, celui de partager une même aventure ensemble.

Un escargot : métaphore de la base 5

UN ESCARGOT CURIEUX
par Erika
de base 5 en tête-à-tête

Un escargot curieux de l’autre mais électrisé par lui.

Je suis de base 5 (c’est d’ailleurs une des excuses que je trouve pour rendre ma copie à Valérie avec des semaines de retard… parce qu’un 5 ne fait jamais les choses à chaud… et Valérie a la gentillesse de me trouver des circonstances atténuantes !).

Une base 5, tiraillée. Pas mal dans sa peau ; juste tiraillée entre deux forces contraires. Jamais contente. Qui voudrait être là plutôt qu’ici, qui se rêve la tête dans les nuages mais constate qu’elle a les pieds sur terre. Qui rêve de grandes fêtes folles à la Grande Bellezza mais qui tremble des genoux devant cinq personnes dans une salle d’attente.

Une base 5 en tête-à-tête, qui appelle l’autre de ses vœux… pour mieux le fuir.  

L’image qui m’est venue est celle d’un escargot. Je ne suis pas spécialiste des gastéropodes (que personnellement je préfère presque cuits avec un hachis d’ail et de persil) mais voici ce qu’il dit de moi.

Je suis donc cet escargot.

Protégé par sa coquille, son antre, son foyer, dans lequel il est seul, l’escargot est bien. Il réfléchit, contemple les rayons du soleil à travers sa coquille, hume l’odeur qui remonte de la pelouse dans la spirale qu’il habite si complaisamment. Seulement voilà, l’escargot a, de temps à autre, une furieuse envie de partir à l’aventure du monde et, plein d’allant, après avoir mûrement réfléchi, il se lance et sort ses antennes, joyeux à l’idée de rencontrer cet autre, si semblable et si différent. L’idée est plaisante, l’envie furieuse.

Mais voilà que l’autre se présente à lui, en chair et en os (si l’on peut parler ainsi d’un escargot…). L’autre est content de voir l’escargot, si souvent enfermé dans sa coquille, toutes ses antennes dehors, prêt apparemment à la rencontre. Seulement, autrui n’est pas qu’une idée… il en impose. Et notre escargot, lui habituellement si lent, rentre précipitamment au moindre contact avec lui dans sa coquille, comme électrisé par ce qu’il appelait pourtant de tous ses vœux, à la fois déçu de n’avoir pas affronté le monde, triste de se retrouver seul alors qu’il désirait ce contact… mais terriblement soulagé de n’être plus en prise avec le danger.

Une fois la peur passée, l’envie de la rencontre, la curiosité renaissent de plus belle. Et l’escargot retente sa chance. Prudemment. Il finit par trouver dans la multitude (et très vite, de peur de se faire agresser par elle) un autre à sa mesure : ni trop bavard (il finirait très vite par ne plus l’écouter), ni trop silencieux (quitte à trouver le silence, l’escargot le préfère seul dans sa coquille).

Alors l’escargot se met à parler (mais souvent à faire parler !), à tisser des liens, ses antennes plongées dans les yeux de l’autre, intensément. Le monde n’existe plus. Seuls comptent les yeux de l’autre dans lesquels il se plonge comme il se plongerait dans sa propre coquille. L’autre devient une coquille de substitution. Les yeux de l’autre sont pour quelque temps son refuge, ses œillères. Il ne l’écoute pas, il comprend déjà ce que dit son être, il ne le regarde pas, il le sonde au plus profond de lui. Mais il est tellement impliqué dans ce tête à tête qu’il en oublierait presque sa propre coquille. Presque.

Parce que rapidement, quand même, abreuvé de l’autre qu’il a essoré, il aspire à reprendre son souffle. Et il ne peut le reprendre que loin des yeux qui l’ont nourri durant ces instants. Alors plein de cet autre, il rentre dans sa coquille… et attend  que resurgisse le désir de la rencontre.

Vers le pardon

VERS LE PARDON
Par Pierrick
de base 1

Perfectionniste ? Je me reconnais en effet assez bien dans ce terme, même si bien sûr, comme pour chacune des bases de l’énneagramme, un mot seul est forcément très insuffisant pour bien définir telle ou telle base.

Oui, j’ai l’amour du travail bien fait… voire très bien fait ! C’est le cas au travail bien sûr, mais aussi à la maison ou en famille pour des choses plus futiles. Un discours de mariage par exemple? Pourquoi se contenter d’un bon discours… alors qu’en travaillant bien et en soignant les détails, notre discours pourrait devenir excellent ?

La conséquence ? Une très forte exigence, pour moi d’abord, pour les autres ensuite… Je supporte difficilement que les choses soient faites de manière moyenne, alors que nous pouvons (ou que nous devons, tout dépend du contexte) très bien les faire.

Cet amour du travail bien fait s’accompagne d’une attention très forte à l’éthique et à la vérité: bien faire les choses, ce n’est pas seulement être efficace, c’est aussi les faire dans les règles. Malheureusement, les choses ne se passent pas toujours comme on le souhaiterait…

C’est là que la connaissance de sa base se révèle utile : lorsqu’un perfectionniste est
confronté à des choses mal faites, la colère monte… C’est déjà, me semble-t-il, le premier intérêt de la connaissance de sa base : mettre des mots sur ce que l’on vit. Comprendre d’où vient cette colère… Comprendre que la colère est liée à son mode de fonctionnement. Comprendre que c’est normal de réagir comme cela quand on est de base 1… C’est très éclairant !

Il faut alors apprendre à accueillir cette colère… Pour les personnes de base 1, c’est un véritable défi: soit on contient cette colère… mais c’est difficile à vivre (surtout pour soi-même). Pour moi, le risque, c’est la tentation de passer mon temps et mon énergie à médire… Soit on fait sortir cette colère qui explose… mais souvent de manière forte et maladroite.

Les pistes? En ce qui me concerne, la première fut avant tout d’apprendre à dire les choses! C’est ce que j’ai appris à faire. Quelle libération lorsque j’ai découvert cela! Les choses ne sont pas faites comme elles le devraient? J’ai appris à le dire, et non pas à le garder pour moi, tout en essayant de faire paraître le moins possible la colère qui m’habite. Maintenant, je dis les choses : quelle libération quand les choses sont dites!

Seconde piste: apprendre à repérer les feux verts et les feux rouges. A quoi cela sert-il en effet de s’évertuer à vouloir absolument changer et améliorer les choses, si ce n’est pas possible? Tout ne dépend pas de nous, tout ne peut pas être amélioré… Apprendre à discerner les feux rouges, cela permet d’éviter de perdre son temps et son énergie sur ce qui n’en vaut pas le coup, pour se concentrer au contraire sur ce qui peut être changé et amélioré.

La troisième piste est commune à toutes les bases me semble-t-il: celle du pardon. Pardon à soi-même d’abord, par l’accueil de notre nature telle qu’elle est, avec ses imperfections. Pardon à ceux qui nous blessent ou nous ont blessé, considérant ce qu’ils sont et leur manière de vivre les choses différemment de nous. Même si avec le pardon nous entrons dans une autre dimension, celle de la vie de foi, l’ennéagramme y conduit comme naturellement. J’ai personnellement la conviction que ce pardon n’est possible qu’avec l’aide de Dieu, pour un chemin de lumière, de paix et de joie !

Étonnant !

JmETONNANT !
Par Jacques et Martine

Deux jours passés près de vous à Fontainebleau… étonnants !

A notre âge, nous pensions avoir à peu près tout expérimenté, mais notre fille nous ayant parlé avec tant d’enthousiasme et de persuasion de sa propre expérience avec vous, a réussi à nous convaincre de faire le déplacement, en ce qui me concerne, par simple curiosité… en ce qui concerne mon époux, par affection pour sa femme et sa fille, lui-même venant avec des pieds de plomb!

D’emblée, nous avons été pris par l’intérêt du sujet, la clarté de l’enseignement, comprenant très vite que nous avions à faire à un jeune ménage expérimenté et compétent, se complétant merveilleusement, sachant nous transmettre un vrai savoir avec sérieux et humour à la fois. Attentifs à chacun, nous aidant à cheminer sur la découverte passionnante de la connaissance de soi et des autres… nous nous sommes laissés guider en toute confiance. Nous sommes rentrés un peu fatigués, je dois l’avouer, la somme de connaissances à enregistrer étant assez dense, en dépit de joyeux moments de détente, mais vraiment heureux de ce que nous venions de vivre et de partager avec d’autres!

Personnellement, cela m’a apporté une grande paix. J’ai réalisé dans mes relations les plus proches (mari, enfants..) que je me battais bien souvent en vain! Notre caractère, notre personnalité, dépendent en grande partie du type auquel nous appartenons, avec des nuances et des cheminements différents suivant les acquis et l’éducation reçue, bien évidemment. Quand on découvre tout cela, notre regard change. Nous passons d’un regard critique à un regard de bienveillance, j’ose presque dire de miséricorde, et cela change tout dans nos relations!

Je ne sais comment vous en remercier, sinon en vous disant que nous ferons certainement une autre session d’approfondissement dès que nous le pourrons et que nous essaierons de persuader des plus jeunes de faire cette expérience, soit au moment des grands choix de vie, soit après des épreuves douloureuses, car c’est un excellent moyen de renaître à la vie!