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La paix au quotidien

L’ENNEAGRAMME, SOURCE DE PAIX AU QUOTIDIEN
Mathilde de Robien
Aleteia, 24 mai 2018

WOMAN,SAD,CAFE

Outil de connaissance de soi et des autres, l’ennéagramme nous fait prendre conscience de nos vertus et de nos travers. Il peut avoir de vraies répercussions sur la vie quotidienne. Témoignages.

« Enfin je comprenais certains de mes automatismes, certains traits de caractère qui me faisaient culpabiliser, et pourquoi je ne sais pas dire non ! », s’exclame Marine. Cette femme, mariée et mère de cinq enfants, a récemment suivi une formation à l’ennéagramme auprès d’une psychopraticienne, Dominique Lambert. L’ennéaquoi ? L’ennéagramme est un outil de connaissance de soi et de développement personnel mis à jour dès l’Antiquité. Tombé dans l’oubli, cet outil est réapparu au début des années 1900 et rencontre depuis une cinquantaine d’années un succès grandissant. L’ennéagramme dresse une cartographie de la personnalité, distinguant neuf manières de regarder le monde, appelées bases ou types, correspondant à neuf motivations fondamentales.

Un outil pour se connaître soi-même

L’ennéagramme permet de prendre conscience de son trait de caractère principal, caractérisé par une vertu. Valérie Maillot, formatrice de la tradition orale de l’ennéagramme à Fontainebleau, s’attachant à relier cet outil à une anthropologie chrétienne, se félicite qu’à la fin de chaque stage les participants sachent repérer la vertu qui leur est propre. Les objectifs des formations à l’ennéagramme sont triples : se connaître soi-même, en définissant notamment quelle est sa vertu principale, mieux comprendre les autres et mieux vivre ensemble.

Suite à un deuil douloureux, Marine a ressenti le besoin de redécouvrir sa « mission » en tant qu’épouse, mère et photographe professionnelle. C’est pourquoi elle a participé à plusieurs stages d’ennéagramme : « La première formation a pour but de reconnaître son “type“. J’ai lutté pendant deux jours, voulant être type 2, l’altruiste, celui qui est tourné vers l’autre, pour finalement reconnaître, dans des larmes de soulagement et de libération, que j’étais type 3, le battant, tout du moins en apparence. »

Cependant, l’ennéagramme ne se contente pas de coller une étiquette. « Loin de mettre les gens dans des cases, précise Marine, la formatrice nous a présenté cet outil comme une façon de s’ouvrir à soi-même et aux autres. L’effet immédiat de cette découverte a été de me sentir unifiée et en paix.  »

Un atout pour la vie de couple

Outil de connaissance de soi et de l’autre, l’ennéagramme peut se révéler d’une grande aide au sein du couple. Il engage les conjoints à être plus attentifs aux attentes et aux demandes, parfois silencieuses, de l’autre. Valérie Maillot donne l’exemple d’un couple au seuil de la rupture, qui, après le premier jour du stage, ont réalisé que leur discorde prenait racine dans leur différence de rythme. Lui ne supportait pas l’agitation et la pression. Elle ne se sentait vivre que par un agenda surchargé. La simple prise de conscience que l’autre était différent leur a permis de se remettre en question, tout en considérant l’autre avec miséricorde. Résultat, lui a accéléré et elle, a ralenti le rythme.

Pour Valérie Maillot, l’ennéagramme est un outil de compassion. En comprenant les intentions et la logique de l’autre, il est probable que nous serons de moins en moins tentés de le juger ou de le critiquer. Il invite à porter un regard plein de miséricorde.

Un atout pour la vie en entreprise

Les répercussions des formations à l’ennéagramme ne se limitent pas au cadre personnel et familial. Elles sont également bénéfiques en entreprise. Benoît, 44 ans, chef de projet dans le secteur aéroportuaire, ayant effectué quatre formations ces cinq dernières années, témoigne de la confiance que lui a procuré la connaissance de soi, et l’apaisement intérieur qui en a découlé. Prendre conscience que l’autre, et en l’occurrence son patron, ne fonctionnait pas comme lui, lui a permis d’arrêter de se faire des films à scénario catastrophe lorsque ce dernier lui demandait de passer dans son bureau.

En outre, l’ennéagramme est un excellent outil de management dans la mesure où il permet de s’adresser à ses collaborateurs selon la manière la plus adaptée à leur caractère. Tandis que certains ont besoin qu’on leur détaille les tâches à effectuer, d’autres ont besoin de lest afin de faire émerger leur créativité.

Un outil de vérité

S’il est allié avec une vision chrétienne de l’homme, l’ennéagramme, en tant qu’outil de connaissance de soi, peut permettre « d’assouplir ce qui est raide », et de laisser un peu plus de place à la grâce. Mais ce n’est pas un outil de salut, précise Valérie Maillot. Seul Dieu sauve! La remise en question qu’il suppose demande de l’humilité, et le courage d’agir contre la structure et les habitudes de notre personnalité.

Le père Guillaume, après un stage auprès de Valérie Maillot, témoigne que « si l’ennéagramme est utilisé comme un moyen de connaissance de soi, il peut devenir un moyen de connaissance de Dieu. Que je reconnaisse humblement mes carences et parfois mes fêlures ou même mes failles, que je n’hésite pas à les fixer, que je ne cherche pas à m’échapper de ma médiocrité en oubliant qui je suis et que je me laisse à Dieu et à son Esprit. Avec l’ennéagramme, on possède un dessin non seulement de ses qualités mais de ses défauts. Comment changer ? D’abord en acceptant de se regarder tel que l’on est. Sans s’échapper. Sans se chercher des excuses. Sans utiliser l’ennéagramme comme une excuse. Ensuite il faudra faire intervenir l’Esprit saint, il faudra se laisser à cet élan radical qui nous porte hors de nous-mêmes… »

Les 9 types de personnalité

Quel type de personnalité êtes-vous ? Aucun n’est meilleur ni moins bon que l’autre. Chaque type est rattaché à un travers et à une vertu. Voici la définition des 9 types, donnée par Valérie Maillot.

Type 1 : Exigeant vis-à-vis de lui-même et des autres, voyant immédiatement ce qu’il faut faire pour améliorer les choses ; ressent un perpétuel sentiment d’autocritique et un ressentiment qui a du mal à s’exprimer dans une colère contenue.
Type 2 : Devine immédiatement les besoins des autres qu’il aide sans compter avec chaleur et générosité ; cherche l’affection et la reconnaissance de l’autre en ayant du mal à exprimer ses propres besoins.
Type 3 : Est motivé par la réalisation et la réussite et sait relever tous les défis ; s’adapte à l’autre pour se valoriser à ses yeux et pense qu’on l’aime pour ce qu’il fait et non pour ce qu’il est.
Type 4 : Considère que la vie n’a de sens que dans la mesure où elle permet de développer des relations authentiques, belles et intenses. Vit des émotions fortes, souvent mélancoliques et focalise sur ce qui manque à la qualité/l’originalité/la beauté de la relation.
Type 5 : Rationnel, veut comprendre ce qui l’entoure en analysant et accumulant les connaissances ; tendance à s’isoler et à être dans la rétention de soi.
Type 6 : Met son intelligence au service d’une vigilance aiguë face à tous les dangers qu’il repère avec une grande acuité ; cherche la sécurité dans le sentiment d’appartenance et la loyauté.
Type 7 : Enthousiaste, ouvert, rapide et souple, passe d’une idée et d’un univers à l’autre ; obnubilé par la recherche du plaisir et sa planification, a beaucoup de mal à supporter la contrainte et l’enfermement.
Type 8 : Franc, d’un bloc et doué d’une grande capacité d’affirmation qui font de lui un leader ou un protecteur ; veut exercer sa force et son contrôle sur ce(ux) qui l’entoure(nt) en niant sa propre vulnérabilité.
Type 9 : Capable d’apprécier les points de vue des autres et à œuvrer pour l’harmonie ; difficulté à exprimer son point de vue et tendance à multiplier les activités « périphériques » (narcotisation) pour éviter le conflit.

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Auto-Rhino : métaphore de la base 6

unnamedAUTO-RHINO
par Erwan
de base 6

Regardez-moi. Voyez comme je suis ferme, comme je suis stable. Mes courtes pattes, mes larges pieds, ma masse dissuasive, m’ancrent dans la terre. Sur mon nez, une promesse : ne vous y frottez pas.

Je donne tous les gages de l’assurance et de l’aplomb. Par une vague ressemblance, j’emprunte à la vache une placidité apparente. C’est qu’on ne se soucie pas de ce qui se passe sous ce large front, derrière ce regard ? Toujours, toujours, je réfléchis, je pense, j’imagine. Tout, rien, l’utile, le fantasque et l’impossible. Pas une seconde de répit.

Tapie au cœur de ce ventre bien plein, le sac et le ressac de l’angoisse. Jamais la mer ne se retire complètement. Cette sourde angoisse est là, je la sens avant même de savoir ce qui la suscite. Rien, parfois, objectivement rien. Même quand le terrain est dégagé, ou quand je suis bien camouflé, quand je pourrais profiter et m’abandonner, malgré tout je suis en alerte.

Photo by Harshil Gudka on Unsplash

Photo by Harshil Gudka on Unsplash

Quand le danger s’approche, s’il devait s’approcher, je l’écarte, brutalement ou préventivement. L’un et l’autre parfois. Je le vois venir, depuis le temps que je l’attends – quand tant d’autres sont
insouciants, plantés dans leur présent. Ma charge surprend, on ne me croit pas capable de cette vivacité. Elle est puissante, déterminée, frontale, elle est agile et, à la fin de l’envoi, je touche. Si c’était un vrai danger, je le saurai vite.

Je vis souvent seul ou en plus petit troupeau. Peut-être parce que je n’accorde pas si facilement ma confiance ? Mais j’ai un compagnon. Connaissez-vous le piqueboeuf à bec rouge ? Vous le voyez sur mon dos. Et je l’envie. J’envie sa légèreté, j’envie son vol, sa capacité à s’élever et virevolter, son cœur léger, sa douceur aussi. Pour m’élever, je devrais songer à dompter cette angoisse indistincte. Qui peut bien avoir envie de me menacer?

Un rossignol : métaphore de la base 7

identitéUN ROSSIGNOL
par Louis-Marie
de base 7

Comme l’art de la métaphore est pour Proust l’art de l’écriture, je m’y risque.

Tout d’abord, je suis un vivant, pour moi le mouvement compte. Je vole d’une pensée à une autre, changeant de lieu, changeant d’état. Je ne peux m’arrêter, en moi se bouscule sans cesse chiffres, estimations, pensées, réflexions, jugements… Tout se combine et s’imbrique, parfois trop vite. Tout m’attire, je ne connais jamais assez, il y a sans cesse quelque chose de nouveau à découvrir, sans cesse des cieux inexplorées.
Je suis incompris, prix de la vitesse, peut être aussi de la superficialité.

rossignol3Si je suis vivant, je suis oiseau. Mieux que quiconque, celui-ci s’affranchit des lois de la pesanteur. Il sait virevolter, se jouer des plus dangereuses tempêtes, dépasser les nuages pour briller au soleil.
Si je suis oiseau, je suis rossignol. La joie est sûrement ce qui lui est le plus naturel, il chante pour qui l’écoute, offre son frêle talent à qui le demande. C’est sa manière de dépasser le mal trop souvent purulent.

Rossignol, rossignol, si tu voles, où te poses tu ?
Je comprends sûrement mieux que quiconque que « le Fils de l’Homme n’a nul endroit ou reposer la tête ».
En effet, par mon vol effréné, par ma course sans fin, se manifeste en creux la soif d’un roc, le désir de trouver la branche tant désirée.
Mais l’arrêt fait peur. L’immobilité dérange. Pourquoi donc petit rossignol ?
Crains-tu de découvrir ce que tu es réellement ?

Mais si je suis rossignol, je suis avant tout créature. Désiré dès avant mon premier souffle, aimé avant ma première faute, la liberté ne prend sens qu’avec la découverte d’un Dieu qui la donne. Et celui que la vérité a rendu libre, la charité le rendra esclave : joie!

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Psychogénéalogie ?

9791021032729FSPSYCHOGENEALOGIE ?

Dans mes stages, j’insiste beaucoup sur le fait que l’ennéagramme n’est pas une fin en soi et que cet outil de connaissance de soi ne suffit pas pour appréhender la personne dans toutes ses dimensions, il n’est qu’une cartographie de la personnalité. C’est la raison pour laquelle, je le relie intimement à la méthode Vittoz, où la dimension corporelle permet une dynamique de l’outil, une mise en route, un approfondissement. Ennéagramme et Vittoz pourraient donc suffire car le Vittoz, en tant que psychothérapie, prend en compte le milieu socio-culturel, les circonstances familiales et toute l’influence inconsciente que cela peut avoir sur notre personnalité.

59e3ffee469a45b8818b476eCependant, il existe une pratique qui permet d’aller plus loin dans ce domaine, la psychogénéalogie, alliée au psychodrame. Depuis près de vingt ans, Michèle Bromet-Camou psychologue clinicienne auprès de laquelle je me suis formée utilise et transmets cet outil de la psychogénéalogie qu’elle a reçu de Anne Ancelin. Le livre qu’elle en tire, Guérir de sa famille par la psychogénéalogie (Tallandier, 2018), est la somme de ces rencontres et de cette pratique, en individuel ou en groupe.

Car c’est une des singularités de la psychogénéalogie : couplée à l’outil du psychodrame, elle permet de mettre en lumière le fil invisible qui nous relie à nos ancêtres et qui peut nous transmettre de manière inconsciente du bon comme du moins bon. L’intérêt de faire remonter à la conscience cet héritage psychique est de pouvoir consciemment le recevoir pour le faire fructifier ou au contraire de s’en affranchir quand il est source de souffrances, de blocages, d’empêchements. Ainsi peuvent être éclairés et libérés des patients, souvent en souffrance de ce qu’ils n’arrivent pas à nommer et qui se traduit par des comportements répétitifs dont ils voudraient se débarrasser mais qui leur collent à la peau. C’est plus fort que moi : tel est le cri que Michèle a le plus souvent entendu dans son cabinet. Et de fait, bien souvent, c’est plus fort que moi parce que c’est quelque chose qui ne m’appartient pas.

Concrètement, en groupe, des inconnus avec lesquels on partage trois jours de travail intense peuvent, en prenant le rôle du père, de la mère ou de tout autre membre de la famille, aider chacun à faire jaillir à la lumière ce qui était enfoui. L’inconscient du patient rencontre ceux de ses partenaires de groupe et, bien sûr, celui du thérapeute. C’est une des marques de fabrique de ce livre et de la pratique de Michèle Bromet-Camou : en jouant avec le groupe et en s’impliquant elle-même, avec sa propre histoire par son propre inconscient, le thérapeute quitte la posture de toute puissante du psy pour s’aventurer dans une alliance thérapeutique qui bouscule les lignes habituelles et permet d’impressionnants effets de levier.

Nourri d’exemples très fouillés, pris à tous les âges de la vie et à tous les stades de souffrance psychique, ce livre est à la fois un précieux vade mecum pour les psychologues, et une aventure de lecture passionnante pour toute personne engagée dans un travail des profondeurs. Il permet de donner au grand public un éclairage nouveau sur un outil dont la puissance est singulière.

Toujours en toile de fond dans mes stages, j’utilise directement ces deux outils de la psychogénéalogie et du psychodrame en cabinet au service de la liberté intérieure du patient qui peut enfin avoir le choix de garder ce qu’il a reçu au berceau, ou de s’en affranchir afin de libérer aussi sa propre descendance. Car il est assez bouleversant d’observer qu’un travail approfondi en psychogénéalogie pour soi a des répercussions assez rapides sur l’entourage, comme des ronds dans l’eau…

 

D’ombres et de lumière

unnamedD’OMBRES ET DE LUMIERE
Par Maguelonne
de base 9

Durant les deux jours de stage, je me suis sentie confuse face à la somme d’informations que Valérie et François nous délivrent avec tant de générosité. Je me reconnaissais par petits bouts dans chacune des bases. Durant le deuxième jour, cette confusion persistante, m’a agacée… Je me suis demandée pourquoi n’arrivais-je pas à me trouver ? J’ai eu besoin du discernement des organisateurs. Leur aide me fut précieuse. J’effleurerai alors ma colère, cherchant l’information qu’elle pouvait me donner… Dur, dur !

J’avais besoin qu’on m’aide, qu’on m’accompagne, qu’on m’apporte de la clarté… L’hypothèse d’une base 9 revenait régulièrement, par le fait que je dise : « ah non ! Je ne me mets pas en colère » et aussi par mon besoin de prendre mon temps. Ils me l’ont délicatement proposée tout en précisant, comme ils l’ont fait tout au long du stage, que seule la personne elle-même pouvait savoir pour elle et se connaître. Je suis donc repartie du stage avec ces précisions, en m’autorisant à prendre le temps de laisser descendre toute cette somme d’informations.

J’ai compris depuis que ce besoin de prendre mon temps, était une des caractéristiques de la base 9 ! Je me reconnais aussi dans le fait que je vois très vite les besoins des autres, tout en étant souvent en réelle difficulté pour contacter les miens. Mes différents métiers dans l’aide et l’accompagnement, en sont une illustration flagrante ! Je reconnais aussi que le passage à l’action, est enrobé dans une procrastination rassurante pour moi, dans un premier temps… mais que cela m’empêche souvent, d’être actrice dans ma vie, me laissant porter par le bon vouloir de mes proches… Et pourtant lorsque je décide une action, celle-ci est souvent juste pour moi et porteuse de vie !

Aujourd’hui c’est un soulagement pour moi d’avoir trouvé ma base. Quant à la découverte et le respect de mes besoins, l’outil de Communication Non Violente (CNV), est un outil très précieux pour moi. Il me semble complémentaire.

Chemin de découverte de moi qui se poursuit… et je pense que le plus beau cadeau que je puisse me faire, c’est de m’aimer plus et mieux avec mes ombres et mes lumières, et ainsi je peux aimer plus et mieux mes proches et mes moins proches. Mon expérience est que plus je m’offre de temps pour me rencontrer, en stage avec d’autres ou seule dans la nature ou ailleurs, plus je suis une compagne agréable pour moi-même, et les premiers bénéficiaires sont ceux qui me sont proches.

Je suis pleine de gratitude d’avoir rencontré Valérie et François. Leur témoignage et leur accompagnement, avec leur foi forte et chevillée au corps et au cœur, m’ont touchée dans mon aujourd’hui. Merci !

Vous avez dit réactivité ?

imagesVOUS AVEZ DIT REACTIVITE ?
La modélisation du cerveau dans la main de Daniel Siegel

Le neuro-psychiatre Daniel Siegel a modélisé le cerveau dans la main afin de rendre accessible ce qu’il se passe au niveau cérébral en cas de stress ou d’émotion forte: colère, tristesse, peur.

La vidéo ci-dessous en montre le processus.

Disons que notre avant-bras représente notre colonne cérébrale.

Le pouce rabattu sur la paume de la main serait le tronc cérébral ou cerveau moyen, c’est-à-dire le système lymbique qui assure notre survie (processus automatiques vitaux) et régule toutes les fonctions automatiques (respiration, digestion). Il est aussi le siège des émotions et des réactions en cas de stress (attaque, fuite ou immobilisation) et de leur mémorisation.

Enfin, si nous rabattons nos doigts sur notre pouce, nous pouvons représenter notre front, lieu du cerveau supérieur, cortex et cortex pré-frontal (représenté par les ongles). Il est le siège des fonctions supérieures du cerveau: raisonnement, pensée, capacité d’association (5 sens/souvenir), logique, empathie, capacité d’interrelation, flexibilité, capacité à trouver des solutions, capacité d’anticipation, de comprendre l’impact de nos actes… et permet une réponse adaptée à la situation. Ainsi il permet la régulation des émotions, la moralité, le choix et la prise de décision.

imagesLorsque nous vivons une vive émotion, comme la colère ou le stress : nos doigts se désolidarisent de notre pouce, nous sommes déconnectés de notre cortex pré-frontal et en prise directe avec notre cerveau limbique (nos émotions, le souvenir de notre vécu émotionnel) et notre cerveau reptilien qui assure notre comportement de survie (attaque, fuite ou sidération).

Physiologiquement, nous sommes dans l’incapacité à être logique, à prendre des décisions… C’est le c’est plus fort que moi si souvent vécu de manière culpabilisante, le bien que je veux, le mal que je fais paulinien et autres automatismes avec lesquels nous ne savons que faire… Les patients du Docteur Vittoz lui disaient : « Tout ce que vous me dites […] je le veux sincèrement, mais je ne puis le faire ; montrez-moi comment je puis y arriver ! »

L’ennéagramme montre le pourquoi, l’origine historique de la réactivité qui active la mémoire pour un plus jamais ça; et la simple conscience peut aider à la tenir à distance.

Et au service de cette prise de conscience, la méthode Vittoz donne des moyens pour ne plus être esclaves de nos automatismes produits par nos associations cérébrales et arrêter le processus de défense du système neuronal sympathique qui prépare le corps à la défense par la fuite, l’attaque ou la sidération, de manière animale: dilatation des bronches, accélération de l’activité cardiaque et respiratoire, dilatation des pupilles, augmentation de la sécrétion de sueur et de la tension artérielle, via notamment l’adrénaline.

Il s’agit tout simplement, par la respiration (seule fonction vitale sur laquelle nous avons une action possible) ou une sensation (qui permet de couper avec l’emissivité cérébrale associative), d’accélérer l’intervention du système neuronal parasympathique qui ramène le calme dans l’organisme. Ainsi, nous pouvons retrouver une attitude posée et neutre face à l’événement sans réaction instinctive, un usage de la raison qui ne soit plus pollué par notre passé et nos souffrances: « Quand ma réceptivité est claire, ma pensée est claire », dit le docteur Vittoz.

Faire stop pour être libre, car comme le dit le neuropsychiatre autrichien Vicktor Emil Frankl: « Entre un stimulus et une réponse, il y a un espace. Et dans cet espace, il y a notre pouvoir de choisir nos réponses. Notre liberté et notre croissance se logent dans ces réponses. »

 

Pas à pas

IMG_0195PAS A PAS
par Anne-Laure 
de base 4

Module 1
Découverte première, dénivelé émotionnel: honte intergalactique! Un talent! Enfin! Il est aussi là où je me perdais… Un chemin, une vertu à travailler : une seule. Ça c’est bon! Incompréhensible au départ. Mais bon car en m’attachant à une seule, toutes les autres suivent par elles-mêmes:  ce sera un dénivelé en moins…

Six mois pour comprendre comment l’égalité d’humeur peut exister chez moi qui suis d’émotions basculantes, changeantes, opposées aux extrêmes chaque minute de chaque jour… Ma liberté s’est retrouvée à l’interface entre mon humeur et mes émotions…  Oui … le lieu où mon intelligence et mon corps peuvent aussi agir… Je savais que je n’étais pas uniquement ces émotions, mais aujourd’hui l’espace s’est éclairé… une image colorée qui se révèle. Six mois de plus pour trouver comment agir….

et ce Module 2IMG_0057

Vitrail immense qui s’ouvre à mon regard… Les couleurs et les formes : c’est nous. La lumière qui les révèle : le Souffle de mon Seigneur et eux-mêmes, car ils se livrent à mon regard, à mes sens…
Quel cadeau
Quel courage

Je suis une part de cette montagne : je suis hors d’elle, assise, et en elle, reliée par l’émotion paisible immense du mélange de toutes… Et là: autour, les pentes immenses de ces montagnes qu’on a sillonnées, un lac, large, baigné de couleurs que je n’avais encore jamais vues

L’abeille : métaphore de la base 3

unnamedL’ABEILLE
par Lucie
de base 3 en survie

La nature est  resplendissante en cette tendre matinée de printemps. Tous mes sens sont en alerte dans cette campagne verdoyante. Le soleil offre une douce chaleur qui se répand délicatement dans tous mes membres, la légère brise fait chanter les fougères, une délicieuse odeur d’humus envahit l’espace. Je m’approche de la forêt. Le muguet se cache aux yeux des rares promeneurs qui osent sortir à la rencontre du renouveau. Le paysage est d’une beauté à couper le souffle. Nature vertigineuse. Je vagabonde au gré de mes pas quand soudain, au détour d’un chemin mes oreilles captent un timide bruissement. Je m’approche à pas de velours, curieuse de connaître l’origine de ce bourdonnement.

Je perçois alors une activité intense, un mouvement effréné, des va-et-vient incessants.

Mes sens ne m’ont pas trompé dans cette forêt ensommeillée, je découvre un monde virevolté.

Les abeilles s’activent. Inépuisables. Que d’énergie dépensée. Il faut assurer la survie de la colonie. Hyper performante, rapide, efficace, compétente. La reconnaissance de la Reine leur donne des ailes. Toujours plus haut, toujours plus loin, rien ne peut les arrêter. Il faut plaire à Mère Abeille. Il faut briller.

Ton pelage jaune et noir scintille. Tu le sais, tu sais plaire et tu cherches à plaire.

16406920_1753167711661900_2537506853636346636_nO pauvre petite butineuse, arrête-toi, écoute-toi. Que te dit ce corps que tu plies sans cesse à ta volonté, que tu domptes pour qu’il soit le miroir de ton hypothétique toi, toujours en adéquation avec ce que l’on en attend.

Que te disent ces émotions qui parfois t’envahissent ?  Incapable de les maîtriser, elles te submergent. Pour ne pas être ralentie tu les refoules instantanément. Tu leur jettes ton dard…

Arrête-toi, écoute-toi, prends le temps. N’oublie pas ;  cette piqûre te sera fatale.

Petite abeille, je te promets, tu es aimée telle que tu es. Nul besoin d’un rythme effréné, d’un monde émerveillé. Prends le temps de te connaître.

Recherche la vérité. Abandonne toi. Sois libre. Ose vivre.

Plaisir et sacrifice

3230364.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxLA RÉVOLUTION SILENCIEUSE
Un film de Lars Kraume, 2018

Théo, un archétype de la base 7 en social*

Le très beau film de Lars Kraume, La Révolution silencieuse présente une histoire tirée d’un fait réel: en 1956, une classe de lycéens allemands d’une petite ville de RDA organise une minute de silence pour protester contre l’écrasement de l’insurrection hongroise par les soviétiques. Cela devient une affaire d’état. Saluons la présentation de l’horreur du communisme, faite avec la subtilité nécessaire pour rendre compte des inextricables conflits de loyauté qui ont laminé les populations au-delà du rideau de fer: famille, nation, idée de liberté bien sûr, croyance à un socialisme à visage humain aussi. C’est dire que le film est largement traversé par une thématique 6, autour de la fidélité et la trahison, mais met aussi en lumière l’opposition des préoccupations des sous-types de la survie et du social.

downloadIl est difficile de trouver beaucoup d’archétypes clairs dans ce film car d’une part la plupart des héros sont jeunes et leur motivation n’est pas très explicite, et d’autre part la terreur totalitaire infuse partout des réflexes de peur, de contrôle de sa parole et de discours préfabriqués qui contaminent les personnages. Pourtant, un des lycéens, qu’on peut considérer comme le héros du film, Theo, par sa fraîcheur et une décontraction surprenante, conjuguées à un paradoxal sens du devoir, pourrait offrir un superbe et lumineux portrait du 7 en social.

Car Theo est un joueur. C’est lui pousse son ami Kurt à des escapades à Berlin-Ouest, officiellement pour aller fleurir la tombe du grand-père de ce dernier, de fait pour aller au cinéma! C’est lui aussi qui, dans un bar, lance une noisette sur la tête d’un soldat russe, dans un geste aussi inconscient que provocateur. Il s’amuse et d’ailleurs travaille assez modérément, plus préoccupé d’embrasser la belle Lena que de préparer son bac. Lorsque la bande des lycéens apprennent par la radio de l’Ouest (RIAS) que les Hongrois ont été massacrés par les troupes soviétiques et que le footballeur hongrois Ferenc Puskas a été assassiné (ce qui s’avèrera une fake news), Kurt décide de faire une minute de silence. Theo embraye avec enthousiasme et fait voter la classe qui, à la majorité, décide de suivre cette initiative.

Ce qui nous intéresse ici est bien la manière dont Theo réagit aux divers événements qui transforment cette bravade en affaire d’État. En accord avec la base 7, Theo n’est pas très rigide avec les principes. Quand l’affaire se gâte, il a l’idée ingénieuse de dire à l’enquêtrice que cette minute a été célébrée pour Puskas et est apolitique. Alors que Kurt et Lena (plus 6, 1 ou 4?) veulent assumer la portée politique de leur acte, Theo montre sa capacité à passer à travers les mailles du filet… L’essentiel est de ne pas souffrir, quitte à transiger avec la vérité. Dans l’ordre privé, quand Lena choisira de le laisser tomber pour Kurt, plus en phase avec ses propres principes, il aura la réponse du 7 : ce n’est pas grave, j’en ai déjà trouvé une autre…

Mais la stratégie d’évitement va échouer. L’étau se referme sur les lycéens. Le père de Théo lui met la pression pour qu’il dénonce Kurt comme meneur. Il va même jusqu’à l’emmener travailler avec lui dans son usine de métallurgie où il est ouvrier afin de lui faire comprendre qu’il doit tout faire, même dénoncer son ami, pour ne pas être exclu de l’examen. Dans la fournaise insupportable, Theo lance à son père : c’est chouette ici! Le soir pourtant, il n’arrive plus à saisir sa fourchette tant cette journée d’enfer l’a laminé. L’essentiel en 7 est d’éviter la souffrance et si elle est là, il s’agit de la nier. L’accueillir sera le défi de Theo.

Face au défi ultime – avouer que Kurt (qui a déjà fui à l’Ouest) est le meneur, ce qui clôturerait une enquête qui finit par embarrasser le pouvoir, Theo est à sa première heure de vérité. Enjoliver la réalité pour éviter les ennuis, ou affirmer sa solidarité. C’est là que le sous-type social vient éclairer son geste. On sent dans une scène d’une immense intensité que Theo est en proie à une tension extrême: entre son 7 qui le pousse à penser à son intérêt, à chercher coûte que coûte une voie de sortie à ce guêpier; et son sous-type social qui pense au groupe, qui ne veut pas nier la formidable aventure collective que fut cette protestation lycéenne, et qui peut sacrifier son propre intérêt pour la cause de la liberté. Theo choisit la voie du sacrifice en gardant la version officielle du groupe : c’est une idée commune. Et j’étais pour. Il est inconcevable pour un 7 en social de vivre son plaisir et sa joie hors de la communion au cercle social.

La sanction est terrible : interdiction de passer son bac en RDA, comme pour toute la classe d’ailleurs, dont la solidarité jusqu’au-boutiste est un immense moment d’émotion pour les spectateurs en social.  Mais ensuite : que faire? lui demandent ses amis. Chacun fait comme il le décide, rétorque-t-il, le 7 volontiers individualiste reprenant le dessus. Rester et se mettre à bosser à l’usine ou fuir pour passer son bac à l’Ouest. Le 7 respecte la liberté de l’autre car il ne supporte pas qu’on limite la sienne. Ce sera pour chacun, et notamment pour Theo, le dernier choix. Theo décidera de quitter le confort et l’amour d’une famille aimante. Parce qu’en définitive, son sous-type social lui fera choisir la posture de l’aventure collective en dépit des incertitudes qu’elle comporte plutôt que celle de son confort personnel. Mais cela passera par une intense souffrance, celle du départ, de l’ultime au revoir à ses parents et à des frères, celle du choix et du renoncement, toujours difficile en 7.

Theo a découvert que la liberté chère au 7, et notamment au 7 en social (Theo est le vrai chef du groupe, même s’il conçoit son pouvoir de manière non autoritaire et collégiale), ne se conquiert que par le courage de s’exposer à la grande vulnérabilité du 7: la peur d’une souffrance dont il croit qu’elle peut le détruire. Grâce au sous-type social sacrifice, Theo verra que cette souffrance n’est pas le dernier mot. Dans le train de la liberté, il retrouvera ses amis et son visage s’éclairera de la lumière du vrai bonheur : celui d’être ensemble et libres. La joie du 7 en social est la communion à un idéal dont le défi est qu’il ne reste pas un plan mais devienne réalité.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

Le kintsugi ou la valeur de la fêlure

tea_bowl_fixed_in_the_kintsugi_methodL’ART DU KINTSUGI
ou la valeur de la fêlure
Métaphore de la résilience

Le kintsugi, qui signifie littéralement jointure d’or, est l’art japonais de réparer une poterie cassée avec de la laque saupoudrée de poudre d’or. De tsugu: réparer, relier, transmettre et donner de la valeur. 

Il serait apparu lorsque, à la fin du XVème siècle, le Shogun Ashikaga Yoshimasa aurait renvoyé en Chine un bol de thé chinois endommagé pour le faire réparer. Le bol étant revenu réparé avec de vilaines agrafes métalliques, les artisans japonais auraient cherché un moyen de réparation plus digne, avec des jointures d’or. Le bol serait ainsi devenu plus beau qu’avant.

Très appréciée des Chajin japonais (pratiquants de l’art du thé), l’art du kintsugi a permis le développement d’une esthétique nouvelle, en créant l’idée de renaissance de la pièce originelle. Ainsi, loin de perdre sa valeur, les céramiques brisées trouvent une valeur ajoutée à la vente, après avoir été restaurée d’or et finissent par acquérir plus de valeur qu’une pièce intacte pour les collectionneurs.

La métaphore est dès lors facile à filer: la fêlure, loin de rendre caduque devient, par un soin d’or, le lieu de la valeur et du renouveau. L’art prend en compte le passé, l’histoire, les accidents: loin de les cacher et de dissimuler les réparations, il consiste à les mettre en valeur. La cicatrice devient richesse, raconte l’histoire et enseigne que l’épreuve n’est pas le fin mot, mais peut devenir une opportunité de croissance.

Jean Vanier n’écrit-il pas dans La Communauté, lieu du pardon et de la fête: « J’ai appris que, en chinois, le mot crise veut dire : occasion et danger. Toute tension, toute crise, peut devenir une occasion de vie nouvelle si nous l’abordons avec sagesse; sinon, elle peut apporter la mort et la division. »