Article mis en avant

Chaque chose en son temps

CHAQUE CHOSE EN SON TEMPS
par Nicolas
de base 6

Cela fait longtemps que je voulais m’inscrire au M1, j’ai découvert ennéagramme grâce à mes
parents puis l’une de mes sœurs. Ma curiosité était piquée depuis des années mais je n’avais pas passé le pas malgré tout, je repoussais le moment car je ne me sentais pas prêt.

Après un Noël en famille, accompagné de nombreuses discussions sur l’ennéagramme, je me suis inscrit à mon retour de vacances car j’avais senti que le moment était venu.

Lors du stage et après quelques hésitations je me suis identifié à la base 6. Cette découverte m’a permis de mieux me comprendre et comprendre mon rapport aux autres.

Récemment un copain m’a dit que selon lui je me dévoilais en fonction du degré d’amitié que j’ai avec mon interlocuteur. J’ai trouvé cette analyse très juste.

Ce stage était très intense et m’a beaucoup plu, j’ai hâte de découvrir les autres modules et en
apprendre plus. Merci beaucoup !

Vers l’équilibre

VERS L’EQUILIBRE
par Corinne

Ce M1 à Fontainebleau fut un moment important pour moi.

En me permettant de cerner ma personnalité et de découvrir les huit autres bases, Valérie et François m’ont permis de comprendre l’incompréhension des autres  dans certaines situations.

J’ai également découvert la vertu qui me fait défaut et qui me permettra d’obtenir un équilibre parfois difficile à atteindre et à conserver.

Depuis huit jours, je pratique et je prends conscience du bien que cela me procure.

J’ai hâte de revenir pour les prochains modules, je suis très curieuse de découvrir tout ce que l’ennéagramme transmet, ce qui est très difficile à trouver seul.

Bien à vous, tous !

Comme un puzzle

COMME UN PUZZLE
Par Renée Michèle
de base 8

L’ennéagramme, j’y suis arrivée par une amie qui m’a chaudement recommandé de suivre cette formation. Je n’ai rien lu sur le sujet.

J’ai fait beaucoup d’ateliers par le passé. J’y allais sans attente, en imaginant que ce serait pour moi un énième outil. J’étais loin de m’imaginer ce qui m’attendais.

Avec Valérie et François, j’ai découvert qui j’étais ou plutôt j’ai accepté de reconnaître qui je suis. Le déroulement de ces deux jours s’apparente pour moi un puzzle qui se construit pas à pas d’une manière naturelle. J’ai eu l’impression que ça n’allait pas assez vite (peut être ma base 8 qui a parlé au début), mais au final toutes les informations sont arrivées au moment où nous en avions besoin.

Ce puzzle s’est fait dans la bienveillance, la chaleur et une écoute comme j’en ai rarement vu. Comme si chaque mot avait son importance, comme si tout notre être était écouté. Durant ces deux jours, je me suis trouvée et j’ai commencé à comprendre les autres.

J’ai particulièrement apprécié deux choses: tout d’abord, cette volonté perpétuelle de nous laisser nous connaître par nous-même, sans jamais le faire à notre place. Puis, la liberté que nous donne cet enseignement: loin de nous enfermer dans une case, cela nous offre une multitude de possibilités pour le futur.

Je suis sortie de ces deux jours fatiguée mais une bonne fatigue; je dirais une fatigue libératrice. Qu’est-ce que ça fait du bien de laisser notre moi intérieur se révéler et de se sentir plus fort ! Merci infiniment, Merci.

Martin Luther King et la base 8

MARTIN LUTHER KING
Un archétype de base 8 en social*
par Pascal

Né le 15 janvier 1929, Mickaël (rebaptisé Martin Luther par son père à la suite d’un voyage en Allemagne) est fils et petit-fils de pasteurs. Etudiant doué et brillant (il sautera deux classes de lycée), il obtient d’abord une licence de sociologie avant d’obtenir un doctorat de théologie en 1954. Passionné de philosophie, ses maîtres furent Platon, Aristote, Saint-Augustin, Saint Thomas et surtout Hegel. Il sera aussi influencé par Marx, Gandhi et Reinhold Niebuhr pour le christianisme social. Il aurait voulu être enseignant (il sera finalement pasteur cinq ans à l’Église Baptiste de Montgomery en Alabama): il avait de rares capacités d’analyse et de synthèse, de logique, de rhétorique et de dialectique que l’on retrouve dans ses écrits et ses discours (autobiographie par Clayborne Carson ou dans La Force d’Aimer): bel investissement de sa flèche 5.

S’il n’a pas fait vœu de pauvreté, il n’a pas un goût immodéré pour le luxe, en revanche il est un tantinet coquet, toujours tiré à quatre épingles. Il ne renonce pas aux plaisirs naturels, à aucun plaisir. Il aime séduire les femmes, il n’est pas un ascète: grande sensorialité caractéristique de la base 8. Il n’a pas la rigueur voire la rigidité morale d’un Gandhi (sans doute de base 1) auquel il emprunte la philosophie de la non-violence, il est un américain de la middle-class noire.

En 1955 à Montgomery, sa ville, une femme noire Rosa Parks, est arrêtée pour avoir refusé sa place de bus à un blanc. C’est le début du combat de Martin Luther King. Tout au long de sa lutte pendant 13 ans, de Montgomery à Albanie (Géorgie), de Sainte Augustine à Selma (1965), de Chicago à Washington, il organise des boycotts, des sit-in avec occupation des locaux, des marches pacifiques contre la ségrégation raciale: c’est un homme de combat. La jeunesse des campus se rallie à sa cause, la Cour Suprême aussi, et dans son fameux discours I have a dream du 28 août 1963 rassemblant 250 000 personnes à Washington, il prône l’intégration raciale pour ses enfants et pour tous les noirs. En juin 1964, le nouveau Président Lyndon Johnson, certes homme du sud, mais de caractère intègre, prononce le Civil Rights. Martin Luther King se retrouve parmi les grands guides de son siècle: il fait partie des personnes qui, par leur charisme, enthousiasment leur entourage et motivent les individus à s’engager à leur suite.  Les gens le suivent parce qu’ils voient qu’il accomplit ce qu’il dit. King est l’exemple d’une personne de base 8 qui a su transcender sa colère par la non-violence. Il n’a pas besoin d’employer la force physique pour se protéger et il peut se mettre au service des vraies causes: son sens de l’action et son leadership font merveille. Il est assertif et sincère, sensible à l’altérité. Auprès de lui ses amis se sentent en sécurité, par l’investissement de sa flèche 2.

Il fut donc un leader incontestable: ainsi en 1957 il joua un rôle capital dans la fondation de la SCLC (Southern Leadership Conference), Conférence des Chrétiens du Sud, dont il fût le président jusqu’à sa mort. En 1955 à 26 ans, à l’unanimité, il devient président de la MIA (Montgomery Improvement Association). Il dira : « Je veux que nous sachions que nous sommes un peuple chrétien, nous croyons à la religion chrétienne, aux enseignements de Jésus. La seule arme que nous ayons dans les mains, c’est l’arme de la protestation. Ce n’est pas suffisant de parler l’amour, l’amour est un pivot de la foi chrétienne, il y en a un autre qui s’appelle justice« . Héraut de la non-violence, de la justice, Martin Luther King est un homme de grande foi et de prière qui a néanmoins connu des doutes, des angoisses et des luttes intérieures. Un jour, sa conscience prenant la voix de Dieu s’adresse ainsi à Martin : « Lève-toi, Martin, lève-toi pour les droits, lève-toi pour la justice, lève-toi pour la vérité, je serai avec toi jusqu’à la fin du monde ».

La personne de base 8 déteste l’injustice et pour le sous-type social, le bien du groupe est primordial. On reconnait volontiers Martin Luther King dans cette articulation type/sous-type: protecteur par excellence, sorte de patriarche malgré sa jeunesse; il sait s’entourer pour que son action ait un rayonnement large: Rosa Parks, Rufus Lewis, et surtout Ralph Albernaty (l’ami de toujours au visage rayonnant) sans oublier Jesse Jackson qu’il aime comme un fils, son digne successeur, doué, vif, intelligent. Les stars sont présentes d’Henri Bellafonte à Sidney Poitier, en passant par John Baez et Bob Dylan, sans oublier Mahalia Jackson, James Baldwyn ou encore Paul Newman.  Il fut proche des Présidents Nixon, JFK, Lyndon Johnson et aussi de Robert Kennedy: il a voyagé en Afrique (Nigeria), en Inde, en Europe (France), il a donc une dimension internationale toujours accompagné de son épouse. Il est un compagnon agréable habituellement serein, prompt à sourire, accessible à l’humour, en un mot, un bon camarade (aile 7). C’était aussi un homme de paix: il reçut d’ailleurs le Prix Nobel de la Paix à Oslo le 10 décembre 1964. Il en fût le plus jeune Lauréat. Le chanteur Ben Harper qu’il l’a bien connu écrira: « Nous avons une grande admiration pour lui » et il dit à son sujet : « le plus étonnant chez Martin Luther King, c’est qu’il respirait la paix, elle émanait de lui, de tout son être, du moindre regard au moindre geste. C’est le grand homme, un des êtres le plus pacifique que le monde ait connu, tout était prière pour lui et c’est exactement la voie à suivre. » (aile 9 vraisemblablement dominante).

En 1963 dans sa célèbre lettre de la prison de Birmingham, qui a peut-être une importance aussi capitale que son discours de Washington, il écrira : « Il existe deux catégories de lois: celles qui sont justes et celles qui sont injustes; je suis le premier à prêcher l’obéissance à des lois justes. L’obéissance aux lois justes n’est pas seulement un devoir juridique, c’est aussi un devoir moral. Inversement, chacun est moralement tenu de désobéir aux lois injustes. J’abonderai dans le sens de Saint-Augustin pour qui une loi injuste n’est pas une loi« . Et plus loin il continue : « Jésus n’était-il pas un extrémiste de l’amour : aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous persécutent, priez pour ceux qui vous maltraitent . Amos n’était-il pas un extrémiste de la justice: Que le droit jaillisse comme des eaux et la justice comme un torrent intarissable. Et enfin Abraham Lincoln n’était-il pas un extrémiste de la liberté? Une nation ne peut vire mi libre, mi esclave« . Martin Luther King est entier.

En 1964 à Chicago il s’en prend à la guerre du Vietnam et à la pauvreté : « Une nation qui continue à dépenser davantage pour ses moyens militaires que pour ses programmes de promotion sociale s’approche de la mort spirituelle« . Il incite les jeunes américains à être objecteurs de conscience en incluant les amérindiens, les mexicains et les blancs pauvres. Mettre sa force au service du petit, du faible, du pauvre: la priorité de la personne de base 8.

Il fut suspecté de communisme comme Dorothy Day, Oscar Romero et tant d’autres chrétiens qui avaient une lecture politique de l’Evangile. A sa gauche on le trouvait trop mou, trop faible: Malcom X, figure montante des Blacks Panthers séduisait de plus en plus de gens et mettait en cause sa philosophie de la non-violence. Martin Luther King, sans les approuver, les comprenait et d’ailleurs il rendit hommage à Malcom X lorsqu’il fût abattu à Harlem le 21 février 1965. A sa droite, des hommes comme Connaly, Wallace et surtout Hoover le haïssaient: ils étaient ses ennemis eux qui avaient fait abattre John Fitzgerald Kennedy. Lui, savait qu’il ne verrait pas ses 40 ans. Cela ne l’a pas arrêté, c’est un jusque boutiste qui se soucie peu des fatigues et des oppositions, qui y trouve même son énergie.

Le plus dur, Hoover (sans doute 6 contre-phobique), patron du FBI, essaya de le discréditer en mettant en cause sa fidélité conjugale, mais ce n’était que des rumeurs infondées: même si King aimait séduire, il aimait profondément sa femme Coretta et leurs quatre enfants qu’il ne vit pas beaucoup, eux qui poursuivirent son œuvre à leur façon. Il sourit des années plus tard à la manière dont il s’y était pris pour demander Coretta en mariage : « Bonjour Coretta, je suis Martin Luther King, étudiant en théologie, tu sais tout. Napoléon a eu son Waterloo, j’ai mon Waterloo aujourd’hui et je suis à tes genoux ».  C’était en janvier 1953, il avait 23 ans, elle en avait deux de plus, elle étudiait la musique et le chant.

Le 3 avril 1968, à Memphis (Tennessee), il est venu soutenir les éboueurs noirs en grève. Dans son dernier discours, il dira « I have been to the moutain-shop  [j’ai été au sommet de la montagne]. La longévité est importante, j’aimerais avoir une longue vie, mais je ne suis pas concerné par cela, je veux juste accomplir la volonté de Dieu. » Il est assassiné le lendemain, le 4 avril à 18h01, au balcon du Lorraine Motel par James Earl Grey, ségrégationniste blanc: on a parlé d’une conspiration mafia-FBI. D’après le biographe Taylor Branch, l’autopsie de Martin Luther King révéla que bien qu’il n’ait que 39 ans, son cœur paraissait celui d’un homme de 60 ans montrant physiquement l’effet du stress, de la fatigue, de nuits sans sommeil ou en prison.

Entre 1957 et 1968 Martin Luther King avait voyagé plus de 9,6 millions de km tout autour du monde, a parlé plus de  2500 fois en public, a été arrêté par la police plus de 20 fois avec des dizaines de jours passés en prison et agressé physiquement au moins quatre fois. Johnson déclara un jour de deuil national le premier pour un afro-américain; 300 000 personnes assistèrent à ses funérailles. Mahalia Jackson chanta son hymne favori: Takemy hard precious Lord. Martin Luther King a été élu personne de l’année par le magazine Time en 1963. Il a reçu le prix Pacem in terris basé sur l’encyclique de Jean XXIII. Le 2 novembre 1983, Ronald Reagan signa une loi créant un jour en février l’honorant: le Martin Luther King Day. King est considéré comme l’auteur des plus grands discours historiques des USA aux côtés d’Abraham Lincoln et John Fitzgerald Kennedy. Neuf cent villes ont une rue Martin Luther King en 2018 et vingt universités l’ont fait Docteur Honoris Causa. En base 8, rien ne se fait dans la demi-mesure.

Jesse Jackson, compagnon de toujours, déclare qu’il aurait aimé qu’il soit le témoin de la victoire de Barak Obama, premier Président noir des USA. Ce dernier a rempli sa campagne de références à Martin Luther King lui rendant hommage, a placé son buste dans le bureau ovale de la Maison Blanche et le 16 octobre 2011, inaugurera le mémorial Martin Luther King à quelques mètres du Lincoln memorial où il prononça son fameux I have a dream. Sans être un surhomme ni un saint, Martin Luther King fut un homme de grande foi, un leader charismatique, un combattant infatigable de l’amour et de la justice par la non-violence: un bel archétype de base 8 qui a su mettre son talent de force vitale au service du monde, en se gardant de son excès de passion – la luxure, par la vertu de douceur.

 

Jean Calvin et la base 1

Jean Calvin par Holbein

JEAN CALVIN 
Un archétype de base 1 en social*
par Pascal

Jean Calvin (de son vrai nom Jean Cauvin), né à Noyon en Picardie le 10 juillet 1509, évoque le type même du réformateur intègre, droit et rigoureux, autrement dit la base 1. Il est avec Martin Luther (vraisemblablement de base 1 aussi), un des pères de la Réforme en Europe. Destiné à la prêtrise, il sera juriste (comme Tertullien, père de l’Eglise), humaniste très doué (il a appris le latin, le grec auprès d’André Alciat et l’hébreu). Il fut un temps condisciple d’Ignace de Loyola (archétype de base 3 du catholicisme et fondateur de la Compagnie de Jésus) au Lycée Montaigu à Paris. Après donc avoir étudié le droit à Orléans et à Bourges, il revient à Paris, fréquente les milieux humanistes (Marguerite de Navarre), lit intensément la Bible dans de nouvelles éditions (Saint Augustin, Erasme et Lefebvre d’Etaples). A Paris, il éprouva une conversion subite : « Dieu dompta mon cœur à docilité qu’en l’égard à l’âge était trop endurci en de telles choses ».

Rappelons que la personne de base 1 éprouve la peur d’être mauvais, corrompu et imparfait. La colère est sous-jacente, toujours là mais jamais exprimée (cela ne se fait pas). C’est un discipliné, un amoureux de l’ordre, de l’obéissance à la loi. Pour Calvin comme pour Luther, le monde est imparfait, il faut donc l’améliorer, le réformer, le changer. Le père de l’Institution Chrétienne, son œuvre majeure, est celle d’un idéaliste recherchant la perfection, le meilleur en tout, le plus juste et le plus vertueux.

Son image est celle d’un homme sévère jusqu’à l’austérité (flèche 7 peu actionnée), froid jusqu’à la rudesse, sec jusqu’à la tristesse (flèche en 4). S’il est vrai qu’il n’a pas le profil ni la silhouette d’un Martin Luther, presque Rabelaisien (sans doute un type 1 de sous-type tête-à-tête, vu ses propos sur le mariage et la sexualité; ses Propos de table, écrits à la fin de sa vie, où il confine parfois à l’outrance contre les juifs ou les paysans révoltés), Jean Calvin est pourtant un homme qui a suscité de nombreuses amitiés fidèles, galvanisé des foules et séduit nombre d’intellectuels de son siècle: c’était un passionné, un passionné à sang froid mais un passionné tout de même.

Les personnes de base 1 et de sous-type social sont épris de justice, de moralité et de vérité. Ce sont souvent des animateurs et des enseignants talentueux qui ont à cœur de donner l’exemple et qui acceptent difficilement les imperfections chez eux comme chez les autres (on ne plaisante pas). Poursuivi en France parce que favorable aux thèses luthériennes et suite à l’Affaire des Placards, Calvin se réfugie en Suisse puis à Strasbourg avant de revenir à Genève en 1541. Il entreprend alors d’en faire une ville exemplaire (la Rome protestante), un modèle de la nouvelle manière de croire et de vivre. Il impose une sévère discipline morale aux habitants et rend obligatoire la fréquentation du culte. Lui, le théologien laïc, détermine jusque dans les moindres détails la vie religieuse, civile et morale de la cité. Les citoyens sont surveillés dans leur vie publique comme dans leur vie privée. Cela n’est pas sans faire penser aux travers de la base 1: rigidité, manque parfois de tolérance: pourquoi tolérerais-je un tel comportement alors que moi-même je fais tout pour l’éviter (son code de valeur et de morale sont inflexibles).

Deux exemples illustrent cela : l’affaire Michel Servet, du nom d’un médecin espagnol qui avait échappé à un procès d’inquisition à Vienne qui fût arrêté à Genève et accusé par Calvin d’hérésie (il niait la Trinité de Dieu) et fût brûlé vif. Par ailleurs, Calvin s’opposa farouchement à l’attitude de Sébastien Castellion qui plaidait pour la tolérance envers les hérétiques et pour les libertins prônant en cela une vie libre (concubinage). Toute sa vie, Jean Calvin a beaucoup travaillé, étudié, a brûlé sa vie non dans le plaisir (comme pourrait le faire une personne de base 7) mais dans le travail acharné les nuits passées en labeur. A Genève, de 1541 à 1564, il fut un véritable réformateur: il réalisa plus de 2000 sermons, prêchant deux fois le dimanche et trois fois durant la semaine, sermons qui duraient plus d’une heure et donnés sans notes. La personne de base 1 en mode social est un discipliné, non seulement il adhère aux règles et aux coutumes sociales, mais il les épouse et les respecte avec vigueur, les imposant aussi aux autres: c’est l’image du croisé (Calvin a d’ailleurs beaucoup de points communs avec Saint Louis).

Calvin était favorable au mariage: en 1540 ses amis lui présentèrent Idelette de Bure, veuve d’un anabaptiste converti. En 1542 elle donna naissance à un garçon Jacques, qui mourut rapidement. En 1549 ce fut à son tour de mourir: Calvin fut effondré.  Il écrira à son ami Pierre Viret : « J’ai été privé de la meilleure amie de ma vie et de mon ministère » (flèche 4 activée qui explique aussi son amour pour la musique).

Calvin le puritain a su s’entourer de part son sous-type social. Au début de sa carrière: Marguerite de Navarre, puis à Bâle et à Genève de Guillaume Farel, de Martin Bucer à Strasbourg et enfin Théodore de Bèze à la fin de sa vie. Il fut un propagateur actif, un logicien, un systématicien absolu en même temps qu’un organisateur né. Dans son œuvre principale L’Institution Chrétienne, il cherche à faire un résumé de ses vues sur la théologie chrétienne en parallèle à ses commentaires. En 1536, la première édition comportait 6 chapitres, la dernière en 1559, 80. Il rédigea par ailleurs des commentaires de tous les livres de la Bible, une nouvelle liturgie, un catéchisme pour les enfants et des ordonnances ecclésiastiques, favorisa la création d’un consistoire et d’un tribunal ecclésiastique. Il accueillit les protestants anglais et écossais comme John Knox. Calvin est sincèrement soucieux d’améliorer le sort de l’humanité, prêt à aller dans les tranchées pour obtenir le changement qu’il demande. Il est persuasif et prêt à se mettre en quatre pour que les autres rejoignent les causes et les croyances qu’il défend (aile 2).

En 1555, il fonda l’Académie (établissement supérieur qui devint l’université de Genève avec Théodore de Bèze qui en fut le recteur): on y forma des ministres du culte, notamment ceux qui furent envoyés en France au risque de leur vie suite à l’Edit d’Henri II. Il insiste comme Luther sur la Bible, la parole de Dieu: pour parvenir à Dieu le créateur, il faut que les écritures saintes soient guides et maîtresses. Il se distingue de Luther, qu’il ne rencontra d’ailleurs jamais, en insistant sur la corruption absolue de l’homme et sa prédestination. Il supprime par ailleurs les autels, les anges et les bougies dans l’église. A l’automne 1558, Calvin est atteint de fièvre, il a gravement souffert de l’estomac et des intestins plus des migraines: ce n’était pas un sous-type survie, sa santé et son confort matériel passaient après sa mission, son ministère. Son dernier sermon a lieu à la cathédrale Saint-Pierre le 6 février 1564. Il mourut le 27 mai de la même année à 54 ans. Il s’est infligé beaucoup de privations (sommeil, nourriture), a énormément travaillé, étudié pendant de longues heures le jour et la nuit. Il voulut que sa tombe soit anonyme pour que personne ne vienne s’y recueillir.

Farel fut son héritier. Le calvinisme se développa en Allemagne, aux Pays-Bas, en Ecosse, en Angleterre et en France. Lors de la Révolution Anglaise, les puritains rédigèrent la confession de foi de Westminster. Le mouvement s’étendit en Amérique du Nord, en Afrique du Sud et en Corée. Max Weber, en 1904-1905, le sociologue a montré par ailleurs le rôle du calvinisme dans la formation et l’esprit capitaliste moderne (renoncement au monde, sens de l’effort, frugalité, sobriété et esprit d’économie). S’il ne fut pas une personne facile, Jean Calvin a été un grand systématicien, un excellent organisateur et un grand propagateur de la foi. Il est l’un des réformateurs majeur du XVIè siècle avec l’allemand Martin Luther et le suisse Ulrich Zwingli. Goethe, autre archétype de base 1 célèbre, n’a-t-il pas dit : « à celui qui s’efforce sans relâche, on peut accorder le salut ».

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

En famille

EN FAMILLE
par Ann
avec Jean-Marie, Elise, François, Cécile et Noémie

C’est l’histoire improbable d’un voyage familial inattendu à Fontainebleau.
Une histoire née et jalonnée de confiance.
Confiance en la personne qui nous avait parlé de l’Ennéagramme et de la bienveillante manière dont la formation était donnée là-bas.

Confiance en la vie que chaque enfant, à l’étape où il en était arrivé aujourd’hui, aurait la capacité de prendre assez de recul que pour accueillir ce temps comme un éclairage pour sa vie, sur son fonctionnement, ses aspirations, ses peurs, ses joies, ses désirs.
Confiance des enfants de suivre cette proposition sans la connaître vraiment et de jouer le jeu de l’investissement minute après minute…
Confiance de Valérie et François d’accepter ce challenge inédit et délicat..
Oui, c’était un peu une folie !
Non ce n’était pas gagné d’avance.
Confiance lève-toi ! Confiance levons-nous…

Nous sommes rentrés le cœur paisible, un peu plus  humanisés après ces deux jours d’invitation à l’écoute et à la parole.
A l’écoute de ce qui se disait en nous, et de ce que l’autre disait de nous.
Se laisser révéler, enfants, parents par la parole respectueuse de l’autre, son enfant, son frère, sa sœur, son papa, sa maman, son conjoint. Revisiter, parfois avec humour, des moments partagés, des anecdotes familiales…
Accepter de lâcher prise, de retoucher à l’histoire joyeuse ou nouée de l’enfance, essayer d’accompagner l’autre, s’il en a le désir, dans les réalités joyeuses ou douloureuses de sa plus ou moins longue vie.

Merci tellement à Valérie et François d’avoir accueilli chacun dans sa différence et sa spécificité. Merci pour la complémentarité et la perspicacité dans l’animation et de nous avoir fait découvrir autrement de grands visages de l’Evangile et de la spiritualité.

Merci enfin de nous avoir permis d’être je et nous en toute liberté et sécurité,  de nous avoir permis de vivre cette étape en famille. Chacun maintenant peut, à son rythme, cœur, corps, esprit laisser mûrir en lui les fruits de l’ensemencement…

Ann

En guise de réponse, je vous redis encore à chacun à quel point nous avons été émus et heureux, François et moi, de ces deux jours. Simplicité, humilité, vérité: il en faut en effet de la confiance… et du courage aussi. C’est très beau à contempler.

Je me suis sentie petite au début et un peu gênée d’être accueillie ainsi dans l’intimité d’une famille.
Puis très vite, quelque chose de très naturel s’est installé, il n’y avait plus qu’à… vous laisser faire.

Les instants que je garde? Les petits flashs-backs joyeux sur des moments qui vous sont propres et qui disent quelque chose de ce qui vous unit. Celui où toute la famille a éclairé, tout en délicatesse, pudeur et douceur, l’expression de la colère de Jean-Marie qu’il ne pouvait pas voir de lui-même. Les douces provocations de François – sa manière à lui d’ouvrir une brèche sur l’essentiel (en vérité, il a largement contribué à la profondeur de ces deux jours), l’affection entre frère et sœurs et leur complicité dans le scoutisme; les petites joutes taquines aussi, tellement vivantes; l’ancrage tranquille de Noémie, l’énergie souriante de Cécile, l’attention (et les attentions) d’Elise. Et cette sacrée maman qui embarque les siens par instinct, par amour profond et qui passe avec eux la porte étroite de ce pari un peu fou. Et puis ce qui circule entre vous d’ardeur, de vie, de foi partagée dans une grande liberté. Quel cocktail… Une expérience unique, que je ne suis pas prête d’oublier.

Alors un très grand merci en retour, sans oublier la Petite sœur ermite qui a été notre trait d’union, ingénu et orant.
Belle route à chacun !
Bien amicalement,
Valérie

 

 

 

Simon Pierre et la base 6

SIMON PIERRE
Un archétype de la base 6 en social*
par Pascal

Les larmes de Saint Pierre, Le Greco

L’histoire de Simon Pierre pourrait être celle d’une personne de base 6 qui accepte de grandir au contact d’un plus grand que lui. Monseigneur Rémi de Roo dans son livre, Bible et Ennéagramme en dresse un portrait en ce sens. Pierre est lui-même une figure d’autorité: « Soyez soumis à cause du Seigneur, à toute institution humaine: soit au roi comme souverain, soit au gouverneur comme envoyés par lui pour punir ceux qui font le mal et féliciter ceux qui font le bien. » 1P 2,13. Le groupe est le lieu privilégié du sous-type social: Pierre deviendra chef de l’Eglise et se révèle au sein de l’assemblée des disciples. Les quatre évangiles témoignent de son statut d’autorité lorsqu’il déclare que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, le Messie annoncé par les prophètes (Mat 16,16; Mc 8, 29. Luc 9, 20. Jn 6, 69). Son importance est à nouveau mise en valeur lorsqu’il assure le rôle de guide des apôtres après la résurrection de Jésus: « Repentez-vous et que chacun se fasse baptiser pour la rémission de ses péchés et vous recevrez le don du Saint-Esprit. » Actes 2.38

Plusieurs textes ou situations permettent de découvrir la force intérieure, les motivations, les paroles encore plus que les actes révélant sa personnalité. Ainsi, lors de l’épisode de la pêche miraculeuse (Luc 5, 4 à 11) est l’occasion de mettre le couple doute/suspicion, peur/courage en exergue. Le dialogue entre Simon et Jésus est révélateur: dès le début de la péricope, nous voyons un Simon qui exprime une suspicion lorsqu’il entend l’ordre de Jésus: « Maître nous avons péché toute la nuit sans rien prendre »; comme une manière de dire: voudrais-tu m’apprendre mon métier? Pierre exprimera plus tard ce genre de suspicion quand il suspectera l’identité de celui qui marche sur les eaux du lac de Galilée: « Si c’est bien toi, ordonne-moi de venir sur les eaux. » (Mt 14, 28). Jésus sait à qui il avait affaire: il sait que la foi de Pierre a besoin d’être soutenue. Il répond à son besoin et lui ordonne: « Viens ». Jésus s’était pourtant identifié en s’approchant du bateau: « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur. » (Mt 14, 27). Mais cela n’a pas suffi: Simon Pierre doute, cette attitude ressemble à celle de Thomas (possiblement de base 6 également) qui cherche des garanties au soir de Pâques.

Mais Simon Pierre est aussi capable de confiance: il dit avant la pêche miraculeuse: « Sur ton ordre, je jetterai les filets. » (Luc 5, 5)… et un peu plus tard, il va dire: « A qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle. » (Jn 6, 68) Tout au long de sa formation de disciple, Simon va osciller entre le doute et la confiance: elle va lui permettre de passer de la peur au courage. C’est le courage de celui qui aime, qui accepte de faire face aux difficultés, aux risques, à cause de l’amour car en effet, « l’amour parfait bannit la crainte ».1 Jn 4, 18

Dans la découverte de sa nouvelle identité (l’évangile de Jean aime l’appeler Simon Pierre) et tout au long de son cheminement avec Jésus, Pierre exprimera beaucoup de questions. Ne s’agit-il pas ici de la manifestation d’une aile 5? En tous cas d’un centre mental privilégié: vouloir savoir, connaître, avoir des informations, être curieux: « Eh bien nous avons tout laissé et nous t’avons suivi: qu’en sera-t-il de nous? » (Mt 19, 27). Nous pouvons comprendre ces questions comme celles de quelqu’un qui veut récolter des informations pour diminuer ses peurs, son inquiétude face à un avenir qui lui semble imprévisible et périlleux. Par ces questions, finalement, Simon Pierre cherche à découvrir si celui qu’il suit est digne de confiance, si son projet tient la route, si cela c’est du solide.

Le récit de la didrachme, de l’impôt à payer au temple (Mt 17, 24 à 27) révèle deux aspects intéressants de la personnalité de Pierre: la projection et le respect de la loi. Au début du texte, Simon Pierre répond à une question qui ne le concerne pas, elle concerne son maître. En répondant à la place de Jésus, Simon Pierre est victime d’un automatisme typique de la base 6: la projection. Pour Pierre, Jésus doit payer l’impôt du temple, c’est quelque chose d’évident, c’est la meilleure façon d’éviter les problèmes, d’être un bon citoyen. Plus tard, à Gethsémané, au moment de l’arrestation de Jésus, Pierre est à nouveau confronté à ses vieux démons de la peur. Il réagit de deux façons: en quête d’approbation, il risque de faire et dire tout ce qui pourrait lui permettre de nouer une amitié ou de la sympathie: le meilleur moyen de déminer d’éventuelles hostilités. D’abord, il veut exorciser sa peur par la violence (Jn 18, 11). De fait, il la nie dans un premier temps en frappant l’agresseur de Jésus par l’épée (Malchus). Mais au moment où ce moyen lui est interdit par Jésus, la peur se révèle et Simon Pierre s’enfuit avec tous les disciples. Dès l’instant où le premier moyen pour dominer sa peur n’est plus possible, il ne lui reste plus que la seconde, la fuite. Ces deux attitudes sont connues en base 6 comme les versants contrephobique et phobique d’un même moteur intérieur: la peur.

Néanmoins, nous voyons Pierre suivre Jésus au prétoire: il est profondément humain, tiraillé entre sa loyauté envers Jésus et la peur d’être aussi arrêté. Pierre n’a-t-il pas fait preuve de fanfaronnade, de vantardise (flèche 3?) en affirmant qu’il ne trahirait jamais Jésus: pourtant il le renia trois fois avant que coq ne chanta deux fois. Pierre pleure amèrement et disparaît. On peut imaginer la douleur d’une personne de base 6 dont la loyauté est prise à défaut et qui aime profondément son Seigneur. D’ailleurs, après sa résurrection, Jésus va réhabiliter Pierre au bord du lac de Tibériade (Jn 21,15 à 19). Avant ce dialogue, nous savons que Pierre est parti pêcher avec d’autres disciples (flèche 9 ?): il est dans son élément, la mer, la pêche, la réunion entre amis: un environnement sécurisé. Quand le disciple que Jésus aimait a reconnu Jésus au bord de l’eau, Simon Pierre s’est jeté à l’eau depuis la barque: sa loyauté, radicale et entière, est retrouvée.

Jésus connaît la peur et l’anxiété de la personne de base 6, il retrouve Pierre dans ses angoisses et le tire doucement vers un affermissement de sa foi et de son courage. Ce dialogue inaugure un nouveau commencement dans la vie de Pierre, grâce aux trois questions que Jésus lui pose, le centre émotionnel, longtemps délaissé s’exprime enfin positivement, ses doutes, ses craintes, ses peurs sont vaincues. A la suite de l’exhortation du Maître de paître ses brebis, Pierre va grandir dans le rôle d’un guide fort et courageux; sa foi est renouvelée. C’est un vrai berger, probablement en social: un homme de devoir, qui devient avec Paul un des chefs de l’Eglise naissante. Pierre n’est plus un lâche: lorsque le Sanhédrin lui interdit de continuer à enseigner au nom de Jésus, il dit : « Jugez plutôt vous même s’il est juste de vous obéir plutôt qu’à Dieu. » (Actes 4, 12).

Lors de son martyre sous Néron en 64, Pierre fait preuve d’un grand courage en demandant, selon la tradition, à être crucifié la tête en bas. Pierre se souvient alors de la parole de Jésus: « J’ai prié pour toi pour que ta foi ne défaille pas. » (Luc 23, 32); celui qui veut me suivre, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. » Selon le mot du père Fabre, Pierre, au soir de sa vie a fait l’expérience qu’être disciple de Jésus c’est avoir fait l’expérience irrévocable de son incapacité à l’être, en lâchant le contrôle: « Amen, amen, je te le dis: quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. » Jn, 21, 18

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

 

Barbapapa

BARBAPAPA
par Marc
de base 9

En fait, je vous avoue que ce type de présentation a fait que pendant des années, je n’ai même pas envisagé la possibilité d’être en base 9.

Caméléon pourquoi pas, mais à condition de préciser qu’il ne s’agit pas d’adopter passivement la couleur du milieu pour s’y fondre et y passer inaperçu, ce dont l’idée me semble répugnante. Il me semble que cette capacité de s’adapter doit être comprise non comme une paresse mais comme la révélation d’une formidable énergie que les personnes de base 9 possèdent mais qu’elles savent cacher, ignorer elles-mêmes, voire mettre en hibernation.

Cette énergie il ne la tire pas de lui-même mais de son rapport aux autres. Un autre à aider? Des relations à établir entre des personnes? Des gens à rendre heureux? Et voilà que la personne de base 9 révèle ce qui bouillonne en elle. Et c’est si puissant qu’elle peut se transformer en n’importe quoi pourvu qu’elle arrive à son but: rendre l’autre heureux, lui redonner la paix – et à lui-même par la même occasion.

Quand je dis qu’il peut se transformer en n’importe quoi, je pèse mes mots: il peut devenir autoritaire comme un 8 si nécessaire, bouffon comme un 7 si c’est ce qu’il faut aux autres.
Bien entendu, cela n’est qu’une apparence et la personne de base 9 qui joue au 8 commande avec autorité mais se demande tout le temps s’il n’est pas allé trop loin et s’il n’a pas fait de peine aux autres. S’il fait le 7 extérieurement, il est en fait pleinement maître de lui et vérifie sans cesse l’effet de son comportement: est-ce que cela rend les autres heureux?

Plutôt que caméléon, la personne de base 9 peut donc être comparé à un super héros qui n’a l’air de rien dans la vie ordinaire, il est même plutôt miteux. Mais il se transforme quand l’autre est là devant lui: une sorte de Batman ou de Spiderman, voire de Zorro, ma culture en ce domaine est lacunaire… On pourrait prendre l’exemple des Barbapapas qui se transforment en tout selon les besoins de chacun à condition de préciser que cette transformation peut être risquée et courageuse. Bref la personne de base 9 sait être autre chose qu’un Bisounours. J’ajoute cependant qu’elle n’arrive pas à croire que tout le monde n’est pas foncièrement gentil et qu’il y a des gens dont la haine est un moteur. Cela est trop étranger à son propre logiciel psychologique.

Par ailleurs, son amour de l’autre, des autres, de ceux qui souffrent, en particulier de ceux qui n’ont pas la paix n’est pas une vertu. Il souffre plus qu’eux de leur souffrance. Il faut donc bien l’apaiser, sous peine de mourir. Sinon il reste la solution de fuir, car si la souffrance de l’autre n’est pas là devant moi, je ne la ressens pas, elle ne m’atteint pas. D’où le fait que parfois, il cherche à disparaître, il ne répond pas au téléphone… L’autre quand il est loin est un danger, un conflit potentiel. L’autre quand il est là me révèle l’énergie que je porte en moi… pour lui.

Combattre sans souci des blessures

COMBATTRE SANS SOUCI DES BLESSURES
Itinéraire intérieur, de l’enfance à l’âge adulte
par Marie, de base 8

1) JOUER POUR GAGNER….
Ce n’est pas si simple!
– « Dis, Maman, on fait un Monopoly? »
Oh la rage de perdre… je la sens cette chaleur qui monte, qui bouillonne, qui va exploser… Si je pouvais détruire ce plateau de jeu…
– « Dis, Maman on fait la revanche? »
Et la revoilà, la chaleur, elle remonte, ça y est je pleure, et pourtant, cette fois je gagne… Mais c’est intolérable de voir sa mère perdre, ruinée… Comme j’ai envie
de lui sauter au cou!
– « Tiens Maman, prends tout mon argent, mes maisons… Et arrêtons ce jeu stupide… »
Encore un qui va rejoindre le tas d’objets, livres, films… à brûler! Ah oui, cela fera un bel autodafé.

2) QUELLE BATAILLE POSSIBLE POUR UNE PETITE FILLE?
– « Vive Jeanne! Vive la France! »
Oui, merci sainte Jeanne d’ Arc… Mon cœur d’enfant lui est tellement reconnaissant de pouvoir être fille et chevalier, féminine et guerrière… Grâce à Jeanne je peux laisser vibrer en mon cœur l’idéal chevaleresque, jouer et rejouer les croisades, les épopées des grands explorateurs, les batailles historiques où l’héroïsme français me fait pleurer de fierté et d’admiration.

3) CHARITÉ BIEN ORDONNÉE
Depuis la petite enfance, la tendresse envers les plus faibles se manifeste par une
attirance irrésistible vers les pauvres, les personnes âgées ou handicapées, les
tout-petits bébés. Un fort ancrage dans le présent donne lieu à des élans du cœur
souvent peu mesurés. Pourquoi ne pas accueillir tous les pauvres de la ville à la
maison, donner tous mes jeux aux enfants pauvres au moment de Noël, laisser
mon manteau à cet homme qui a froid? Il a fallu une bienveillante éducation à la
charité bien ordonnée, mais cet élan demeure un moteur de don de soi. Enfant et
adolescente, j’ai fondé en imagination une dizaine d’ordres religieux pour m’occuper
des petits de la société. Cet ancrage dans le présent amène une confiance aveugle
en la Providence « qui pourvoira », ce qui a donné de nombreux cheveux blancs à
mes parents et encore maintenant à mon pauvre mari! Mais la Providence a
toujours pourvu…

3) VIVE LE SCOUTISME!
– « Semper parati »!
Joie profonde dans le scoutisme où l’on se donne sans compter, où dans le signe même de la Promesse, le plus fort protège le plus faible, où la franchise et la pureté sont des vertus exaltées. Joie de cette pédagogie qui appelle au dépassement de soi, à puiser le meilleur de soi-même au service de Dieu et du prochain. Et joie profonde de pouvoir si jeune entraîner les autres, apprendre ensemble à dépasser nos faiblesses.
– « Debout les gars réveillez-vous, il va falloir en mettre un coup, on va au bout du monde!! ».

4) QUELQUES ANNÉES PLUS TARD…
– « Allez mon chéri, ce soir je regarde le débat politique avec toi, et promis j’essaye de rester et de ne pas intervenir »
… 27,28, 29 30!!! 30 secondes! Record battu, j’ai tenu 30 secondes avant d’avoir envie de casser l’écran et d’aller régler leur compte à tous ces républicains!
– « Bon, si on faisait plutôt une crapette rapide, que je te mette une bonne raclée? »

LE FEU DE LA DOUCEUR ET DE L’AMOUR
« Et moi je me glorifie de mes faiblesses » St Paul.
Et si cette parole était un appel à porter un regard de vérité et de miséricorde sur soi-même, à se laisser aimer et regarder avec amour par le Christ, à aimer profondément nos faiblesses qui sont le lieu de la toute-puissance de Dieu en nous, le lieu de notre Rédemption, le lieu de Son Amour? Que le Seigneur nous donne son regard d’amour sur le prochain, lui qui est « doux et humble de cœur ». Prendre le temps de l’écouter, de regarder sa faiblesse, de l’offrir avec lui. De l’aimer pleinement pour ce qu’il est. Respecter profondément le fonctionnement de l’autre amène douceur et délicatesse.

« Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites. »
Voilà tout le sens de cet élan intérieur de tendresse et de protection. Le service du
Christ dans les plus faibles. Et par là, s’unir profondément à leur souffrance, les
amenant à s’unir à celles du Calvaire. C’est le sens du combat de Mère Térésa, qui
souffrait en son âme les tourments de rejet, de solitude, de ténèbres, de manque
d’amour. Son combat spirituel, vécu en profonde union avec le Christ en Croix, l’a
amenée au plus près de la souffrance de ses pauvres, afin de les mener à Dieu.
La parole est d’argent et le silence est d’or.

Lorsque les nuages s’amoncellent, que le tonnerre s’approche et commence à gronder, on sait que la pluie n’est pas loin. Qui n’a jamais été surpris de la violence et de la rapidité d’une averse orageuse? Avec son lot de dégâts collatéraux. Si en 8 j’aime la force, c’est peut être au moment de l’orage que la vertu de force et le vrai courage peuvent s’exprimer… par la fuite. Si l’injustice ressentie si violemment est réelle, et si la colère est légitime, il est souvent bien plus profitable d’attendre la fin de l’orage pour l’exprimer, si cela est nécessaire et juste. C’est là aussi que peut intervenir la vertu d’humilité, d’accepter de se taire, d’offrir ce silence, si mortifiant mais certainement bien plus salutaire qu’un flot de paroles non maîtrisé. L’humble silence peut également être l’occasion d’une offrande plus intérieure qui mène à l’abandon. L’abandon ne nie pas la volonté, bien au contraire. « Je VEUX dire OUI à tout ce que Dieu veut » disait sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Ou encore Mère Térésa aimait à répéter « JE VEUX lui laisser les mains libres ». Ainsi l’énergie accueillie de cette colère, offerte en un grand OUI peut mener du refus à l’action de grâces, de l’aversion à la contemplation.

Que ce feu intérieur qui nous anime devienne toujours plus le feu de l’amour divin, afin d’accomplir la belle devise de saint François de Sales: « Rien par force, tout par amour »!

Jeanne d’Arc et la base 6

Joan of Arc, Albert Lynch, 1903

SAINTE JEANNE D’ARC
un archétype de base 6 en tête-à-tête*

S’il est un personnage historique sur lequel la documentation est fiable, c’est paradoxalement Jeanne d’Arc. Car si beaucoup ont glosé sur les voix qu’elle avait entendues ou même sur des troubles psychiques impossibles à documenter, nous possédons une source très fiable avec ses propres paroles, à savoir les minutes de son procès. Ses réparties, qui viennent éclairer toute son existence, sont précieuses pour dessiner l’hypothèse du profil de Jeanne.

Jeanne a une mission et elle ira jusqu’au bout. Sa mission est de faire couronner le gentil dauphin Charles VII à Reims afin qu’il retrouve son royaume confisqué par l’envahisseur. Et pour cela, il faut « bouter les Anglais hors de France ». Une mission donc qu’elle va poursuivre avec une loyauté absolue. Un premier indice de la base 6…

Et voilà donc cette jeune fille sans expérience qui s’habille en homme, prend la tête d’une armée de soldats, les précède étendard au vent, ne craint pas d’être blessée. Cette facette de la base 6 est bien connue sous le nom de contrephobique. Face à la peur la personne de base 6 a deux stratégies entre lesquelles elle oscille en fonction des circonstances. La fuite (réaction phobique) ou l’attaque (réaction contrephobique). Jeanne est très largement dans le second registre: à la guerre, mais aussi face à ses juges. Seule contre les clercs et docteurs de l’Université, elle fait face et ne se laisse pas démonter. C’est qu’elle a le sens du Verbe la Jeannette, qui fera l’admiration de Péguy, Bernanos ou aujourd’hui François Cheng, pour son sens de la répartie et la beauté de sa langue.

Le centre d’intelligence préféré des personnes de base 6 est le centre mental, il en est même virtuose. Dans le procès à charge, chaque question est un piège. « Savez-vous si vous êtes en la grâce de Dieu? » lui demande-t-on. Si Jeanne répond oui, elle est coupable de présomption, voire d’orgueil. Si elle dit non, elle avoue son crime. La réponse de Jeanne fuse, déjouant magistralement le piège, une réponse qui fait penser à celles de Jésus face aux pharisiens: « Si je n’y suis, Dieu m’y mette; et, si j’y suis, Dieu m’y garde! ».

Et pourtant, Jeanne a peur. Sous la pression de ses juges, elle doute et finit par abjurer. La peur a pris le dessus et l’excès de passion de lâcheté l’a saisie. Deux jours après, elle se ressaisit. Elle reprend ses vêtements d’homme, sans doute aussi pour se protéger, déclare que sa mission n’est pas terminée car Paris n’est pas délivré et revient sur son abjuration, la considérant comme une trahison de Dieu. La trahison, le cœur de l’évitement de la base 6, nous y sommes: au même endroit se trouve le talent (ici la loyauté) et la tentation. A vrai dire cette volte-face n’est pas raisonnable. Son centre mental préféré, sous le coup de la panique, est réprimé. Son attitude manque de logique, mais son âme demeure droite comme une épée.

Cette radicalité de Jeanne, ce côté flamboyant, pourrait émaner d’un sous-type tête-à-tête, conjonction appelée « force et beauté » dans le monde de l’ennéagramme. Qui d’autre qu’elle porte mieux ces mots associés à cet archétype de 6 en tête-à-tête? Jeanne entretient un dialogue privilégié avec ses voix. Devant le dauphin, alors qu’il a volontairement laissé les insignes royaux à un de ses compagnons, elle ne se trompe pas. Elle sait que c’est lui, et va le voir directement. L’intuition mentale fulgurante des personnes de base 6… Ce qu’elle lui dira demeure mystérieux, mais en quelques minutes elle l’a convaincu seule-à-seul de reconquérir son royaume. De même face à ses juges, elle est dans un combat en tête-à- tête avec le tribunal.

S’il est un mot qui caractérise Jeanne c’est le courage, qu’elle manifestera au terme de son procès, sur le bûcher. Le courage qui est la vertu de traverser la passion de la peur sans excès (lâcheté) ni défaut (témérité): la vertu de la base 6. Où l’on voit que la grâce passe par l’incarnation des saints.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre.