Apprivoiser la souffrance

APPRIVOISER LA SOUFFRANCE
Témoignage de confinement /23
par Perrine, de base 7 en survie

Quand le confinement a commencé, j’ai tout de suite réagi positivement« Le changement, pas de problème. On va s’adapter, créer. Je vais proposer des accompagnements en ligne, faire des ateliers, organiser des Skype, des apéros, trouver des moyens de garder tout le monde connectés et ensemble, apporter de la joie et de l’optimisme… »

J’ai rapidement mis en place une organisation, des règles, vérifié l’état des stocks pour faire la liste des approvisionnements nécessaires, réuni mon équipe pour leur donner des conseils et instituer un rendez-vous café virtuel et convivial tous les jours… J’étais connectée 10h/jour, débordante d’énergie, de projets, d’envies… Je jonglais sans problème entre mes deux métiers, la préparation de bons petits plats pour ma famille, les rendez-vous Skype le soir, les cours de yoga et la marche, cinq livres différents commencés…

Je n’étais pas très inquiète. Ce n’était qu’une période un peu différente à passer, une de plus car je vis au Liban où j’ai appris à manœuvrer avec une instabilité fréquente, mais tout irait bien. Et puis, je me considère très privilégiée en étant en couple et pas toute seule, en vivant dans un agréable appartement que nous avons aménagé comme un cocon, avec une belle terrasse fleurie…

Et puis, un jour, j’ai tout d’un coup compris que ce n’était pas si simple et que j’avais volontairement occulté ce qui pouvait être enfermant et douloureux. Quand j’ai réalisé le travail, sans moyens, des personnels hospitaliers dépassés, dont des amis, des membres de ma famille; la souffrance et l’isolement des malades qui mourraient seuls, et que cela pouvait arriver à mes parents, les gens que j’aime; que j’ai pensé à ma chère grand-mère en Ephad confinée dans sa chambre du haut de ses 99 ans… j’ai littéralement craqué. Les larmes ont coulé à flot, une tristesse immense m’a envahie et j’ai réalisé non pas dans ma tête, mais dans mon cœur, la réalité de la situation ou, du moins, certaines réalités liées à la situation…

L’angoisse aussi est arrivée, de me savoir enfermée dans ce pays que j’aime, qui m’a adoptée, que je considère comme mien, mais si loin de ma famille et de mes amis d’enfance… Les frontières fermées représentent une atteinte à ma liberté physique très douloureuse et anxiogène.

Je suis dans la gratitude d’avoir eu ce réveil, cette prise de conscience qui m’a permis de sortir de mes mécanismes de défense pour tendre vers plus de mesure, de stabilité et de sérénité. Depuis, et grâce à l’ennéagramme, j’accueille mes émotions et les jours sans. J’ai accepté d’avoir peur, d’être parfois triste. Et comme j’ose le dire, je sens comme un soulagement autour de moi. Sans doute mon entourage se sent plus accueilli aussi dans ses émotions. « Ah, même toi? Alors… C’est normal ? » Ces cœur-à-cœur sont puissants et doux, et tellement plus authentiques que cet éternel sourire qui peut être parfois un masque inconscient.

J’ai, à la fois, fait des choix au milieu des multiples options offertes (conférences, apéros, rendez-vous, cours en tout genre, films, livres…) en gardant un cours de yoga tous les jours, à la même heure, même si j’avais d’autres propositions alléchantes… Et j’ai aussi appris à lâcher-prise en ne mettant pas de réveil, en acceptant de travailler plus certains jours que d’autres, à refréner ma quête de plaisir et de zapping pour être là, pleinement, lors d’un Skype, d’un appel, même d’une heure. J’ai enfin réalisé que la liberté dont j’ai le plus besoin est celle de l’esprit et de l’âme. J’ai besoin de temps et d’espace calmes pour rêver, penser, imaginer, créer, méditer et prier. Et je suis d’autant plus disponible aux autres quand ils m’autorisent ces temps solitaires.

Et vous savez quoi? Que c’est bon de prendre le temps, de goûter aux plaisirs uniques et simples, d’avoir le cœur grand ouvert, d’être en lien, d’être à l’écoute des autres même dans la tristesse et la peur, de lâcher un peu la tête, les projections, les idées et de vivre maintenant, là, tout de suite, dans l’Espérance et la sérénité!

 

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