Quand les neurosciences confirment

 

David Daniels

David Daniels

Neurobiologie, dynamique relationnelle et Ennéagramme : LES TROIS CENTRES D’INTELLIGENCE

Traduit par le CEE avec permission du site drdaviddaniels.com

David Daniels, Professeur en médecine, a longtemps dirigé le département sciences comportementales de l’université de Stanford. Il est également  co-fondateur de la Tradition Orale de l’Ennéagramme et auteur du best-seller Trouvez rapidement son profil Ennéagramme… et savoir qu’en faire. Il a également enseigné l’Ennéagramme à l’Université de Stanford, aux Etats-Unis et à l’international pendant plus de vingt ans.

Comment nos relations –et donc nos vies- sont-elles reliées à notre neurobiologie ? 

L’envie d’écrire cet article provient des énormes travaux de recherche accomplis depuis plusieurs années et qui donnent une crédibilité nouvelle à l’Ennéagramme. En effet, la science commence à reconnaître que l’homme, comme tous les mammifères, partage trois centres d’intelligence. Centres à partir desquels nous faisons l’expérience, percevons et discernons ce qui se passe dans le champ à tout moment. Nous avons été tellement habitués à penser que notre intelligence résidait seulement dans notre cerveau, cette matière grise située au-dessus de nos épaules, que c’est déjà une surprise d’apprendre qu’il y a en fait trois endroits à partir desquels nous pouvons ressentir et évaluer le monde extérieur.

Depuis le départ, le système de l’ennéagramme a évoqué ces trois centres d’intelligence ou trois champs d’expérience. Je suis toujours stupéfait qu’un tel savoir était connu depuis longtemps, bien avant que les microscopes, les scanners et autres progrès technologiques du siècle dernier aient pu, de leur côté, prouver que ces trois centres étaient une réalité. Le système de l’ennéagramme, en effet, est subdivisé en trois parties, chacune étant en correspondance directe avec ce qui est maintenant considéré comme les trois centres d’intelligence des humains/mammifères. Les trois centres se présentent comme suit :
. le centre de la tête, également appelé centre mental ou centre de la pensée
. le centre du cœur, également appelé centre émotionnel
. le centre corporel, également appelé centre physique ou centre moteur

Le système de l’ennéagramme est donc validé par ce que ces trois centres démontrent quant à tous les comportements des mammifères. Les neurosciences montrent, en effet, que tous les mammifères ont trois réactions aversives lorsque leurs trois besoins fondamentaux ne sont pas comblés :
La détresse ou la panique survient lorsque nous faisons l’expérience d’une perte ou d’une connexion vitale avec les autres. La détresse est reliée au centre d’intelligence du cœur, qui concerne ce qui touche au lien et à l’amour. Dans la théorie de l’attachement, l’expérience que fait l’enfant d’une connexion saine crée un lien sécurisé et pose les fondations d’une vie émotionnelle et psychologique saine.
La peur ou la terreur survient lorsque nous faisons l’expérience d’une menace, d’un danger, d’une insécurité ou d’une incertitude. La peur est reliée au centre d’intelligence mental, qui essaye de comprendre ce qui nous rend la vie prévisible et sécurisée. Dans la théorie de l’attachement, un attachement sécurisé permet à l’enfant d’être vu et par-delà sécurisé.
La colère ou la rage survient lorsque nous faisons l’expérience de n’être pas traités correctement ou que nous ne sommes pas pourvus de ce dont nous avons besoin ou désirons. La colère est reliée avec le centre d’intelligence corporelle ou des tripes, qui ressent ce qui ne va pas dans le monde et ce qui n’est pas satisfaisant. Dans la théorie de l’attachement, le lien sécurisé amène l’enfant à faire l’expérience de la protection, dont tous les enfants ont besoin et qui est également relié directement à ce centre.

C’est trois réactions fondamentales sont très puissantes parce qu’elles sont des réactions d’alerte et qu’elles sont douloureuses. Elles sont en relation directement avec le centre de notre être et, par là, au sentiment de plénitude du tout dans l’unité. Aussi, il y a un sentiment de bien-être ultime incrusté dans chacune de ces émotions que nous nous efforçons de ne pas ressentir. La colère essaye d’éviter la rupture avec notre besoin essentiel de bien-être et d’estime de soi, la détresse essaie d’éviter la rupture avec notre besoin d’amour inconditionnel et de connexion vitale, et la peur essaye de nous éviter la rupture avec le savoir de nous priver de ce qui rend la vie prospère et sécurisée.

Alors que chacune de ces réactions est critique à comment nous survivons, nous développons et grandissons, nous ne pouvons pas faire face aux vicissitudes de la vie, si ces réactions sont constamment sous pression. Notre capacité à adapter, ajuster et gérer ces réactions devient partie prenante de notre chemin de développement. Donc, même avec si elles sont par nature aversives, ces réactions existent pour de bonnes raisons et sont fondamentalement « bien intentionnées ». Elles sont immédiatement présentes lorsque nous percevons que les trois besoins fondamentaux de sécurité/certitude, amour/connexion, et valeur/besoins sont menacés ou ne sont pas remplis. La figure ci-dessous montre les trois besoins fondamentaux, les trois réactions aversives correspondant à chacun de ces besoins, et le centre d’intelligence auquel chacune est reliée.

Figure : Les émotions aversives de base et les trois centres d’intelligence

émotions-aversives

Au fil des siècles, la psychologie et l’éducation occidentales ont porté l’intelligence mentale au pinacle et l’ont vénéré comme le centre de l’intelligence. Aujourd’hui, la science démontre sans le moindre doute l’existence des deux autres formes d’intelligence, tout aussi puissantes : l’intelligence du cœur (intelligence des émotions) et l’intelligence du corps (intelligence des sensations et du mouvement). L’ennéagramme prend en compte ces trois centres, reconnaît que chacun d’eux existe en nous, et que chacun d’eux peut être entraîné. Si nous sommes en connexion avec chacun des ces centres, chaque type de l’ennéagramme s’appuie plus fortement sur l’un d’entre eux.

La capacité à reconnaître et à évaluer lequel de ces trois centres vous privilégiez le plus souvent est un merveilleux premier pas vers une meilleure conscience de soi. Alors, reconnaître, valoriser, et intégrer ces trois centres en tant que «forces également compétentes» est crucial pour tendre vers une vie équilibrée et développer des relations harmonieuses. Il est essentiel de parvenir à équilibrer ces trois forces à l’intérieur de nous, afin de pouvoir ensuite les mettre en œuvre dans nos relations.

LE CENTRE-TÊTE DOMINANT : types 5, 6, 7
Si le centre -tête est dominant, je tends à filtrer le monde à travers mes facultés mentales.
– Les buts de cette stratégie sont de minimiser la peur, anticiper les possibles situations douloureuses et maximiser la certitude en utilisant les processus mentaux que sont l’analyse, la vision et la planification. Si nous pouvons décoder le monde extérieur, comprendre et anticiper ses sollicitations, alors, nous gagnons en sécurité et en évaluation des risques.
– Cela demande d’anticiper le futur, à la fois positivement et en envisageant les manifestations potentiellement dangereuses, afin de développer des stratégies ad hoc avant le possible événement.
– Tous les types dépendent de l’intelligence mentale pour développer les qualités supérieures du centre mental comme la prévenance, le discernement, et la sagesse.
– Mots clé : sécurité, certitude, protection, assurance, prévisibilité, pensée.
– Lorsque nous ne nous sentons pas à l’aise dans ces mots clé, nous réagissons par la peur/terreur, comme tous les mammifères, avec des variations de peur chez les humains parmi lesquels l’anxiété, le souci, le doute et l’appréhension.

Le CENTRE-CŒUR DOMINANT : types 2, 3, 4
Si le centre cœur est dominant, je tends à ressentir le monde via le filtre de l’intelligence émotionnelle.
– Je suis sensible et je m’ajuste à l’humeur et à l’état émotionnel des autres, afin de combler mes propres besoins d’être accepté, d’être en lien, de recevoir de l’affection et d’être reconnu. Plus que les autres profils de l’ennéagramme, je suis dépendant de la reconnaissance et de l’admiration des autres. J’en ai besoin pour établir une bonne estime de moi-même et créer une identité que je perçois comme aimable. L’idée, c’est de m’assurer que je vais combler mon besoin d’amour et de lien.
– Pour m’assurer de recevoir approbation et reconnaissance, je tends à me créer une image qui va amener les autres à me valoriser, à m’accepter et à me considérer comme spécial. Par ailleurs, le pouvoir de ce centre est amplifié par l’émotion positive du prendre soin de, ce bon sentiment qui émerge des liens que nous ressentons dans une relation. Cette émotion est partagée par tous les mammifères. La relation mère-enfant illustre cette histoire de lien. Toute notre vie, nous avons besoin de ressentir un tel sentiment.
– Tous les profils Ennéagramme s’appuient sur leur intelligence émotionnelle pour ressentir et développer les qualités supérieures du centre du cœur, comme l’empathie, l’écoute de l’autre, la compassion, la gentillesse.
– Mots clé : amour, connexion, affection, lien, sentiment et reconnaissance.
– Lorsque nous ne nous sentons pas à l’aise dans ces mots clé, nous réagissons par la détresse/panique, comme tous les mammifères, avec des variations de détresse chez l’homme parmi lesquelles la tristesse, la mélancolie et la honte.

Le Centre Corps dominant : Types 8, 9, 1
Si le centre corps est dominant, je tends à filtrer le monde par mon intelligence kinesthésique: le mouvement dans l’espace, les sensations physiques et une connaissance sensorielle.
– Je vais utiliser ma situation et mon pouvoir pour rendre la vie conforme à ce que je veux qu’elle soit, obtenir ce que je veux et sortir du champ ce qui m’empêche d’obtenir ce que je veux. Je vais tendre vers des stratégies qui assurent ma place dans le monde, obtenir ce que je veux, et maximiser mon confort.
– Tous les profils dépendent de l’intelligence corporelle pour développer les qualités supérieures de ce centre : évaluer intérieurement l’énergie requise pour l’action, discerner quelle puissance utiliser pour accomplir cette action le plus justement possible, et développer la sensation « d’être ancré », d’exister là, dans le monde.
– Dans l’enfance, sans distinguer clairement la plupart des situations, nous sommes naturellement ancrés dans le moment présent. Toute notre vie, c’est notre centre corporel qui nous ramène dans le moment présent, ce que nous pouvons faire consciemment en nous recentrant sur nos sensations. Lorsque nous sommes vraiment ancrés (quand nous savons exactement qui et où nous sommes dans le temps et dans l’espace), nous ressentons les frontières de notre individualité dans le monde, nous nous sentons « incarnés » et, à partir de là, nous pouvons avancer dans notre vie, et nous relier sainement aux autres.
– Mots clé : puissance, valeur, respect, protection, confort, entreprendre l’action, harmoniser, appartenance.
– Lorsque nous ne nous sentons pas à l’aise dans ces mots clé, nous réagissons par la colère/rage, comme tous les mammifères, avec des variations chez l’Homme parmi lesquelles l’irritation, le ressentiment et l’impatience.

1 réflexion sur « Quand les neurosciences confirment »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.