Combattre sans souci des blessures

COMBATTRE SANS SOUCI DES BLESSURES
Itinéraire intérieur, de l’enfance à l’âge adulte
par Marie, de base 8

1) JOUER POUR GAGNER….
Ce n’est pas si simple!
– « Dis, Maman, on fait un Monopoly? »
Oh la rage de perdre… je la sens cette chaleur qui monte, qui bouillonne, qui va exploser… Si je pouvais détruire ce plateau de jeu…
– « Dis, Maman on fait la revanche? »
Et la revoilà, la chaleur, elle remonte, ça y est je pleure, et pourtant, cette fois je gagne… Mais c’est intolérable de voir sa mère perdre, ruinée… Comme j’ai envie
de lui sauter au cou!
– « Tiens Maman, prends tout mon argent, mes maisons… Et arrêtons ce jeu stupide… »
Encore un qui va rejoindre le tas d’objets, livres, films… à brûler! Ah oui, cela fera un bel autodafé.

2) QUELLE BATAILLE POSSIBLE POUR UNE PETITE FILLE?
– « Vive Jeanne! Vive la France! »
Oui, merci sainte Jeanne d’ Arc… Mon cœur d’enfant lui est tellement reconnaissant de pouvoir être fille et chevalier, féminine et guerrière… Grâce à Jeanne je peux laisser vibrer en mon cœur l’idéal chevaleresque, jouer et rejouer les croisades, les épopées des grands explorateurs, les batailles historiques où l’héroïsme français me fait pleurer de fierté et d’admiration.

3) CHARITÉ BIEN ORDONNÉE
Depuis la petite enfance, la tendresse envers les plus faibles se manifeste par une
attirance irrésistible vers les pauvres, les personnes âgées ou handicapées, les
tout-petits bébés. Un fort ancrage dans le présent donne lieu à des élans du cœur
souvent peu mesurés. Pourquoi ne pas accueillir tous les pauvres de la ville à la
maison, donner tous mes jeux aux enfants pauvres au moment de Noël, laisser
mon manteau à cet homme qui a froid? Il a fallu une bienveillante éducation à la
charité bien ordonnée, mais cet élan demeure un moteur de don de soi. Enfant et
adolescente, j’ai fondé en imagination une dizaine d’ordres religieux pour m’occuper
des petits de la société. Cet ancrage dans le présent amène une confiance aveugle
en la Providence « qui pourvoira », ce qui a donné de nombreux cheveux blancs à
mes parents et encore maintenant à mon pauvre mari! Mais la Providence a
toujours pourvu…

3) VIVE LE SCOUTISME!
– « Semper parati »!
Joie profonde dans le scoutisme où l’on se donne sans compter, où dans le signe même de la Promesse, le plus fort protège le plus faible, où la franchise et la pureté sont des vertus exaltées. Joie de cette pédagogie qui appelle au dépassement de soi, à puiser le meilleur de soi-même au service de Dieu et du prochain. Et joie profonde de pouvoir si jeune entraîner les autres, apprendre ensemble à dépasser nos faiblesses.
– « Debout les gars réveillez-vous, il va falloir en mettre un coup, on va au bout du monde!! ».

4) QUELQUES ANNÉES PLUS TARD…
– « Allez mon chéri, ce soir je regarde le débat politique avec toi, et promis j’essaye de rester et de ne pas intervenir »
… 27,28, 29 30!!! 30 secondes! Record battu, j’ai tenu 30 secondes avant d’avoir envie de casser l’écran et d’aller régler leur compte à tous ces républicains!
– « Bon, si on faisait plutôt une crapette rapide, que je te mette une bonne raclée? »

LE FEU DE LA DOUCEUR ET DE L’AMOUR
« Et moi je me glorifie de mes faiblesses » St Paul.
Et si cette parole était un appel à porter un regard de vérité et de miséricorde sur soi-même, à se laisser aimer et regarder avec amour par le Christ, à aimer profondément nos faiblesses qui sont le lieu de la toute-puissance de Dieu en nous, le lieu de notre Rédemption, le lieu de Son Amour? Que le Seigneur nous donne son regard d’amour sur le prochain, lui qui est « doux et humble de cœur ». Prendre le temps de l’écouter, de regarder sa faiblesse, de l’offrir avec lui. De l’aimer pleinement pour ce qu’il est. Respecter profondément le fonctionnement de l’autre amène douceur et délicatesse.

« Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites. »
Voilà tout le sens de cet élan intérieur de tendresse et de protection. Le service du
Christ dans les plus faibles. Et par là, s’unir profondément à leur souffrance, les
amenant à s’unir à celles du Calvaire. C’est le sens du combat de Mère Térésa, qui
souffrait en son âme les tourments de rejet, de solitude, de ténèbres, de manque
d’amour. Son combat spirituel, vécu en profonde union avec le Christ en Croix, l’a
amenée au plus près de la souffrance de ses pauvres, afin de les mener à Dieu.
La parole est d’argent et le silence est d’or.

Lorsque les nuages s’amoncellent, que le tonnerre s’approche et commence à gronder, on sait que la pluie n’est pas loin. Qui n’a jamais été surpris de la violence et de la rapidité d’une averse orageuse? Avec son lot de dégâts collatéraux. Si en 8 j’aime la force, c’est peut être au moment de l’orage que la vertu de force et le vrai courage peuvent s’exprimer… par la fuite. Si l’injustice ressentie si violemment est réelle, et si la colère est légitime, il est souvent bien plus profitable d’attendre la fin de l’orage pour l’exprimer, si cela est nécessaire et juste. C’est là aussi que peut intervenir la vertu d’humilité, d’accepter de se taire, d’offrir ce silence, si mortifiant mais certainement bien plus salutaire qu’un flot de paroles non maîtrisé. L’humble silence peut également être l’occasion d’une offrande plus intérieure qui mène à l’abandon. L’abandon ne nie pas la volonté, bien au contraire. « Je VEUX dire OUI à tout ce que Dieu veut » disait sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Ou encore Mère Térésa aimait à répéter « JE VEUX lui laisser les mains libres ». Ainsi l’énergie accueillie de cette colère, offerte en un grand OUI peut mener du refus à l’action de grâces, de l’aversion à la contemplation.

Que ce feu intérieur qui nous anime devienne toujours plus le feu de l’amour divin, afin d’accomplir la belle devise de saint François de Sales: « Rien par force, tout par amour »!

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