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Malick et la base 4 en survie

4ddce54a63c72-terrencemalicknegotiatingtostartshootinginm260x307jpegTERRENCE MALICK
Un archétype de base 4 en survie*
par François

Je ne connais pas personnellement Terrence Malick, mais son cinéma oui ! Depuis longtemps, pour moi, une hypothèse 4 en survie se dégage de ses films. La très belle analyse en images de Frédéric Bas pour Blow-up sur l’histoire du cinéaste (https://www.youtube.com/watch?v=wjLKG8tNtOw), me renforce dans cette hypothèse.

De tous les cinéastes majeurs de notre temps, Malick est peut-être le moins cérébral, le moins rationnel, celui qui défit toutes les logiques, mais aussi un de ceux qui procurent les émotions les plus fortes. Sans doute est-ce un de ceux dont l’œuvre est la plus symbolique, où chaque plan est gorgé de sens, où le montage, par ses ellipses ou ses fulgurants rapprochements, dit ce que la parole ne saurait exprimer et ce que le plan lui-même ne saurait épuiser. Les personnes de base 4 aiment le symbole, sans doute parce qu’il leur permet d’exprimer une profondeur d’émotion que le langage rationnel ne saurait atteindre sans la dégrader.

Autre caractéristique du cinéma de Malick : la beauté formelle. Celui qui ne réalisa que trois films en 25 ans, cinq en 38 ans avant d’accélérer le rythme en 2011, attache plus que tout autre une importance essentielle à la beauté de chaque plan, à celle de la photo, sans parler du rythme du montage et de la musique. Tordons le cou définitivement à une idée reçue : tous les artistes ne sont pas 4 ! Il y a tant de 5 ou de 6 notamment qui sont de formidables écrivains, musiciens ou cinéastes ! Mais, en 4, le sens du beau et de son harmonie ont une place vitale parce qu’il s’agit de sublimer une réalité qui serait autrement invivable. Là où le 5 ira l’expliquer – y compris par l’art, et le 6 la provoquer. Ce sens de la beauté n’a évidemment rien à voir avec la joliesse ou toute sorte de mièvrerie esthétique (même si, pour des raisons éducatives et culturelles, un 4 peut aussi y succomber). Au contraire, il s’agit le plus souvent d’un rapport radical à la beauté du monde, par exemple, ainsi que le montre l’auteur de cette belle analyse, dans l’emploi d’un raccord radical qui fait naître d’un choc extrême, une beauté insoupçonnée, comme dans Tree of life (il y a ici quelque chose qui se passe entre le 4 et le 5, et qu’on retrouve chez Kubrick, vraisemblable représentant de la base 5).

On retrouve chez Malick un rapport très particulier à l’histoire. Non pas d’interrogation entre admiration et soupçon, fidélité et rupture comme en 6, mais dans ce que l’auteur de cette analyse appelle un « rapport mélodique à l’histoire » où « le passé est une matière sensible ». Il y a chez Malick une problématique du temps retrouvé (comme chez Proust), une notion du paradis perdu, une quête d’un retour aux origines qui est consubstantiel à la base 4. Il s’agit de retrouver un idéal impossible à atteindre, dont la quête est le seul moteur qui permet d’avancer, mais dont la certitude de ne jamais l’atteindre crée un manque, une envie. C’est le soldat qui regarde les autochtones dans leur vie simple et joyeuse avec envie au début de La Ligne rouge. Chez Malick, le paradis est la condition première de l’homme, mais il en est expulsé : d’où ce manque existentiel qui n’est ni la peur du 6, ni le vide du 5, mais un manque à la fois destructeur et constructeur, essentiel à la création artistique et pourtant douloureux et tragique. Face à ce manque, il n’y a plus comme possibilité que la catastrophe : la violence, la révolte des éléments, la guerre, le crime, et quand la catastrophe a eu lieu, il reste la mélancolie, basse continue et fixation du centre mental des personnes de base 4.

Les films de Malick nous donnent aussi à voir une problématique en survie. La nature est omniprésente chez lui. Le fleuve est un lieu source dont tout découle ; la forêt est pleine de mystères, menace ou refuge ; l’arbre, qu’il soit planté par le père en symbole de vie, ou qu’il se projette vers le ciel en contre-plongée, est le symbole de la respiration du monde entre le créateur et sa créature. Il semblerait bien que nous soyons ici en sous-type survie, au cœur d’une problématique 4. Les GI’s dans La Ligne rouge font une vraie rencontre avec la jungle. Partout, chez Malick, l’amour prend ses racines dans la nature bienveillante où les corps peuvent être libres dans la nature jusqu’à ce que la civilisation y mette fin.

Le sous-type survie donne au 4 un ancrage et un sens du concret que l’on ne retrouve pas dans les deux autres sous-types. Le mot que l’ennéagramme lui rattache est celui d’intrépidité. Il suffit de connaître un peu l’histoire de Malick pour y rattacher cette manière de filmer des heures de pellicules sans savoir ce qui restera dans le film, de tout réinventer au montage, de recruter des stars qui auront la mauvaise surprise de se retrouver trois petites minutes dans le film abouti… Le sous-type survie donne aussi au 4 émotionnel une qualité corporelle, une incarnation assez rare. Parfois, les images de Malick, sans paroles, donnent à voir le pur langage du corps, mais immédiatement, par le plan, la photo, la musique, le montage, sublimé en émotions.

Qui est l’homme Terrence Malick si discret et caché qu’une aile 5 en cas d’hypothèse 4 serait assez probable ? On ne saurait évidemment le conjecturer. Mais son cinéma mérite d’être archétypal de ce que les 4 en survie apportent au monde, dans un registre émotionnel d’une profondeur qui leur est propre, conjugué à un ancrage très survie dans la nature et dans les corps: une alchimie douce-amère, explosive et unique, qui fait tout son génie et tout son charme…

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

Saint Louis et la base 1

saint-louisSAINT LOUIS
Un archétype* de base 1

Il est le modèle du monarque saint et droit et l’image d’Epinal nous le montre rendant la justice sous un chêne à Vincennes. Saint Louis, roi à la morale rigoureuse, sobre jusqu’à l’austérité, appelle assez naturellement l’hypothèse de cette base 1 de l’ennéagramme qui, ne l’oublions pas, forme avec la base 4 et la base 7 la triade des idéalistes.

Rien n’est jamais trop bien fait ni trop élevé pour une personne de base 1 qui poursuit un idéal de perfection, comme celles de bases 4 recherchent l’absolu et celles de base 7 le plaisir : de manière insatiable et, du coup, toujours insatisfaite. Un exemple : sa volonté de rendre à l’Angleterre certaines terres qu’il aurait pu garder suite à ses victoires guerrières. Par son attitude, saint Louis se veut toujours exemplaire.

Il dérange dans l’univers de la cour. Il mange sobrement, ne boit presque pas, s’habille de manière simple et s’il n’y avait un rang royal à tenir pour l’honneur de la couronne, il vivrait pauvrement à la manière franciscaine. Il y a là une ascèse familière à la base 1, un respect aussi des règles de l’Eglise : il jeûne, peut assister à trois messes par jour, récite la liturgie des heures avec les moines. Parfois, cela peut l’amener jusqu’au scrupule : quand il visite un monastère, il demande à genoux aux moines de prier pour le salut de son âme. Comme s’il n’en faisait jamais assez.

Et pourtant, il ne se contente pas d’être un parfait chrétien : il gouverne et il réforme. Notamment les mœurs de son temps. Il interdit que ses représentants s’enrichissent dans l’exercice de leur mission. Il y a chez lui une intransigeance qui va jusqu’à l’excès. Il est terrible avec les blasphémateurs qu’il punit avec une sévérité extrême. On lui doit aussi le tristement célèbre port de la rouelle par les Juifs : d’ailleurs, en cela il n’innove pas mais il suit les consignes du concile de Latran. En base 1, on applique les règles à la lettre, et souvent de manière maximaliste.

Cette hypothèse de la base 1 ferait de saint Louis un représentant de la triade instinctive, avec la base 8 et la base 9 : le corps est premier. Ce qui ne signifie pas qu’il fût dépourvu de cœur et de raison, loin s’en faut, mais c’est par le corps d’abord et à travers des gestes concrets qu’il entend agir sur le monde. Il lave les pieds des pauvres à genoux, à l’exemple du Christ. Il aime s’asseoir à même le sol pour écouter une méditation et vénère les reliques. Il porte un morceau de silice en carême, bien que, sur ordre de son confesseur auquel il obéit, il se limite car ce n’est pas l’usage pour un roi. L’action est première chez lui. Pour preuve les Croisades : il y passe la moitié de son règne, ce qui pour un roi est peu sensé (il est vrai cependant qu’il trouve en sa mère Blanche de Castille une régente parfaitement fiable). Saint Louis agit et il agit de la manière la plus parfaite qui soit.

C’est de cette intelligence corporelle que pourraient venir son apparence souvent paisible et cette puissance tranquille. Pourtant, tapie au cœur de la base 1, le secret de l’énergie est bien la même colère qu’en base 8. Regardons comme il sait s’opposer aux tentatives d’ingérence de la papauté dans ses affaires temporelles : il s’y oppose avec force. La grande différence avec la base 8, c’est que chez saint Louis cette colère est rentrée, elle ne s’exprime que très rarement car se mettre en colère ne se fait pas… d’où une indignation permanente qui lui fait vomir blasphémateurs, voleurs et surtout ceux qui oppriment les faibles. La plupart du temps, rien n’apparaît et il pourrait manquer de spontanéité car il a une totale maîtrise de lui, qui fera d’ailleurs dire à son compagnon Joinville qu’il ne sait pas témoigner assez d’affection à sa femme.

Homme de devoir, amoureux de la simplicité et de la tâche quotidienne, sobre et humble, le cœur de la quête de Saint Louis est de participer – à sa mesure – à l’amélioration du monde, au risque de l’intransigeance et jusqu’à y laisser sa vie. Chaque personne de base 1 peut trouver en lui un modèle et un frère, avec les mêmes combats et les mêmes talents, dans leur ordre : c’est en cela que les archétypes peuvent être une lumière et un soutien. L’Eglise demande à tendre à toutes les vertus mais à ne pas imiter les saints. Serait-ce aussi qu’à prendre pour modèle un saint ou une sainte qui n’aurait pas les mêmes ressorts que nous, nous prendrions le risque du découragement ?

Vous pouvez retrouver le portrait développé de Saint Louis et d’autres figures archétypales dans Les grandes figures catholiques de la France de François Huguenin, chez Perrin, 2016.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

Louis XIV et la base 3

louis-xivLOUIS XIV
un archétype* de base 3

La plupart des spécialistes de l’ennéagramme le situent en base 8, faute de connaître sa vie. Pourtant, il me semble que le Roi-Soleil est bien loin de cet archétype. En dépit de sa responsabilité dans certaines guerres qui ont épuisé la France et de son robuste appétit sexuel, il me paraît beaucoup moins correspondre à la simplicité et à la colère qui émanent de la base 8 que de la complexité des personnes de base 3.

D’ailleurs, il le dit lui-même : l’amour ni la guerre ne sont les grandes affaires de sa vie : « L’amour de la gloire va assurément devant toutes les autres [passions] de mon âme ». Nous sommes au cœur de la thématique de la base 3 pour laquelle il est question d’image et de réussite.

Louis XIV est bien sûr un homme d’image. C’est un des premiers souverains à se mettre en scène avec une maestria rare : parfait danseur, excellent cavalier, bon musicien, il est l’immense mécène que l’on sait, le bâtisseur de Versailles, le protecteur de Lully, l’homme qui met en spectacle la royauté du lever au coucher avec un tel éclat qu’on l’appellera le Roi-Soleil ! Les fêtes du début du règne magnifient la fonction royale, les opéras et les victoires sur les champs de bataille célèbrent la gloire du roi.

C’est le deuxième grand thème de la base 3 : la réussite. Louis XIV qui a enduré l’humiliation de la Fronde alors qu’il était enfant, n’aura de cesse de grandir la couronne et d’assurer la suprématie royale. Il veut être un grand roi, le plus grand des rois, et il le sera. Aujourd’hui encore, pour nommer la France de son époque, on parle du Grand Siècle….

Ce souci d’image et de réussite peut faire apparaître la personne de base 3 comme coupée de ses émotions, ce qu’elle est souvent alors qu’elle est au cœur de la triade émotionnelle. Louis XIV ne cille pas sous la douleur physique ou morale, il apparaît distant et majestueux en public (mais sait être cordial en petit comité). Rien de ce qui est à l’intérieur ne transparaît : cela risquerait de nuire à l’efficacité et à l’image glorieuse du monarque.

Contrairement à la base 8, la personne de base 3 fait preuve d’une immense faculté d’adaptation et d’une grande souplesse. Contrairement aux idées préconçues, c’est le cas de Louis XIV : il joue l’équilibre entre les clans rivaux (Colbert et Louvois), oscille entre le modernisme du premier et le conservatisme du second. Louis XIV n’impose rien par la force. Il est au contraire en osmose avec la société de son temps. Cela explique d’ailleurs certaines de ses erreurs les plus graves, notamment la révocation de l’Edit de Nantes : il suit en cela l’opinion publique. Il ne tranche brutalement que lorsque l’autorité et prestige de la couronne sont menacés : avec Fouquet, ou avec les jansénistes. Parfaitement en phase avec son temps, Louis XIV aura somme toute manqué de génie visionnaire : l’absolutisme qu’il a mené à son acmé n’a pas su anticiper sur les nécessaires réformes du pays et a joué un rôle dans l’émergence quelques décennies plus tard du mouvement révolutionnaire.

ob_539489df1dc81542dc59a9f9547f24db_symbole-roi-soleilQuand on étudie le personnage de Louis XIV on constate une totale confusion entre l’être et le paraître, une sorte d’engloutissement de la personnalité dans la fonction. Ainsi dans ses relations amoureuses : au terme d’un rude combat intérieur, il sacrifie son amour pour Marie Mancini à sa fonction royale. Ce sera ensuite l’enchaînement des maîtresses dont on peut dire qu’elles participent au prestige de la couronne. Et puis, avec Madame de Maintenon, le roi s’assagira durablement, conscient du fait que ses errements affectent l’image du roi. Au cœur de la base 3, il y a l’angoisse de ne pas être reconnu, et la croyance qu’il est aimé pour ce qu’il fait et qu’il montre et non pour ce qu’il est. Le Roi-Soleil aura couru derrière cette reconnaissance avec une remarquable efficacité…

Vous pouvez retrouver le portrait développé de Louis XIV et d’autres figures archétypales dans Les grandes figures catholiques de la France de François Huguenin, chez Perrin, 2016.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

Ciné de vacances ?

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Un flim de Steven Spielberg, 2015

Un archétype de base 9*
Par François

Faisons-nous plaisir! Le Pont des espions est sans aucun doute un des meilleurs films de Spielberg qui renoue ici avec le grand cinéma classique américain. Pas académique comme dans Lincoln ou La Liste de Schindler (deux bons films au demeurant), mais simplement classique, donc éternel. Un film idéal pour les vacances de Noël!

C’est l’histoire d’un avocat américain, James Donovan, qui se trouve commis d’office pour défendre un espion russe afin qu’il puisse bénéficier d’un procès équitable. Mais il se prend au jeu, défend son client avec ténacité et se voit proposer de jouer le Monsieur bons offices dans l’échange de son ex-client avec un pilote américain capturé par les soviétiques.

LA-BANDE-ANNONCE-DU-JOUR-LE-PONT-DES-ESPIONS_cropTom Hanks qui joue l’avocat incarne à merveille, me semble-t-il, la base 9 dans ce qu’elle a de plus beau. Etre commis d’office est une habitude chez les personnes de base 9, qui ont du mal à faire des choix et à prendre position, mais qui savent mieux que personne se mettre à la place de l’autre. On sent à chaque instant l’énergie corporelle qui culmine dans un des derniers plans du film lorsque Hanks est sur le pont dans la position vittozienne de l’homme debout, ancré au sol, comme insubmersible.

Avec son client, Donovan fait preuve d’une empathie sans pareil. Face à ce petit homme sans goût ni grâce, il est là, présent, et finit par attirer sa sympathie. Au cœur d’une affaire d’espionnage tendue et parfois violente, Donovan/Hanks traîne sa grande carcasse paisible en apportant autour de lui une énergie de sérénité qui tranche avec un entourage anxieux et électrique.

Dans les moments difficiles de la négociation, il n’entre jamais dans le conflit, garde une rondeur qui finit par déstabiliser ses interlocuteurs. Car c’est une des armes secrètes de la base 9 que déploie avec virtuosité Donovan: face à son chef au cabinet d’avocat, à la CIA, aux interlocuteurs communistes, il ne lâche rien. Je ne dévoilerai rien du film, mais je dirai seulement que rien ne l’arrête et qu’il continue sur sa lancée quoiqu’il arrive. Il est absolument sourd aux contradictions et comme il a une sacro-sainte horreur du conflit, il fait comme s’il n’entendait pas.

La tactique est royale ici, mais cette forme de résistance passive peut en d’autres cas jouer des tours aux personnes de base 9, quand l’immobilisme génère chez le protagoniste l’explosion qu’il voulait surtout éviter et le conflit qu’il cherchait absolument à contenir…

Ce qui est magnifique dans ce film d’un point de vue ennéagrammique est que Donovan réalise l’action juste, cette vertu de la base 9. Ce qui pourrait apparaître chez les personnes de base 9 comme une certaine paresse dans l’action peut s’enraciner dans un laisser faire et conduire dans le meilleur des cas à poser la bonne action au bon moment, au bon endroit.  C’est le cas ici: au lieu de défendre son client pour que les usages démocratiques soient saufs, il prend sa mission à cœur et la porte à son terme: sauver littéralement son client. Au lieu de se satisfaire de l’échange demandé par la CIA, il va viser plus, et faire ce que personne ne croit possible. Mais il va le faire à la 9: à son rythme, plutôt lentement, comme un diesel que rien n’arrête.

Et puis, comme beaucoup de personnes de base 9 qui hésitent en stage avec la base 7, il manie volontiers l’humour. Ce qui permet de différencier l’un de l’autre, c’est la motivation profonde, la raison pour laquelle l’un comme l’autre peut lancer de petites blagues à tout bout de champ. En base 7, l’humour est un facteur de plaisir pour soi et pour les autres, qui lui permet de désamorcer sa peur de l’enfermement ou de la contrainte. En base 9, l’humour est une arme de pacification, elle permet de détendre les atmosphères, participe à l’harmonie et, au final, évite à tous prix, le conflit.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

Brian Wilson et la base 7

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BRIAN WILSON
Un archétype* de base 7
par François

Je sors du visionnage du très beau film de Bill Pohlad Love & Mercy, consacré à la vie de Brian Wilson, leader des Beach-Boys.

C’est un film sur la création musicale, le mythe californien, la maladie psychique, la figure du père, la perversion d’un gourou, l’enfance perdue, et aussi une très belle histoire d’amour. Pour ceux qui aiment cette musique, c’est l’occasion de voir un film abouti et sensible, avec deux très bons acteurs jouant Brian Wilson. Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette musique, c’est l’occasion de rencontrer le plus grand génie Pop. Mais en ce qui nous intéresse ici, c’est la confirmation pour moi ce que la musique et la vie de Brian Wilson disent de la probabilité d’une base 7.

Les Beach-Boys, c’est une histoire de famille: les trois frères Wilson, Brian, Carl et Denis, leur cousin Mike Love et Al Jardine. Leur musique est cette Surf Pop qui épouse parfaitement la joie et l’ivresse de vivre dans une Californie qui peut prétendre au titre de nouveau paradis terrestre: une sorte de terre de 7 où tout est possible, facile, jouissif, où les espaces sont immenses, où l’on se sent libre, où les notions de souffrance et de contraintes sont repoussées, y compris par l’usage de subterfuges addictifs comme l’alcool et la drogue. Cette Californie est la terre des tubes qui firent la notoriété des Beach-Boys, et dont Brian fut le maître d’oeuvre, comme I Get Around. Chanson euphorique de désir inassouvi, elle est comme un étourdissement recouvrant la part d’ombre par une tension et une excitation à fleur de peau:

Cette part, Brian ose la dévoiler dans la mélancolie de Surfer Girl qu’une bonne partie du public ne reçoit que comme un slow, alors qu’il s’agit pour moi d’une ballade presque enfantine qui révèle une fêlure… Les 7 sont de grands enfants, souvent facétieux, qui ont du mal à accepter l’engagement et les responsabilités, et jouent de leur charme innocent pour recouvrir leurs blessures enfouies.  Ainsi ils n’ont pas à les affronter et peuvent rejouer sans cesse le mythe du paradis perdu.

En 1965, les Beatles sortent Rubber Soul, album magistral d’unité. Brian Wilson est attiré par cette possibilité nouvelle de faire autre chose que des chansons à succès. Il laisse partir ses frères, cousins et ami en tournée au Japon, pour travailler à la musique qu’il porte en lui. Le résultat est un album qui dépasse tout ce que la Pop Music avait pu inventer. Brian crée du nouveau, utilise une multitude d’instruments classiques auxquels il adjoint le son d’un klaxon burlesque, des aboiements de chien, le bruit d’un train qui passe. Tout est occasion de musique, même sa voix qui parle en studio… Ecoutez le poignant Caroline no :

Le résultat est à la hauteur de cette phrase que l’on entend dans la film: « Il faut que ça ressemble à un cri, mais que ce soit positif! » Nous sommes ici au cœur caché de la base 7: ce qu’il vous livrera ne sera jamais profondément triste, ou tout au moins cela ne sera jamais dit ainsi, car entrer en contact avec ses émotions négatives est extrêmement difficile pour lui. S’il approfondit son monde intérieur, il y aura toujours quelque chose qui sonne positivement, même euphoriquement, recouvrant les aspérités du violoncelle et les gouffres de l’orgue, un son magnifié luxuriant, un choix radical de la joie comme rempart contre la tristesse, à l’ennui qui terrasse, à la solitude qui tue. C’est ce que rend palpable le chef d’oeuvre Good vibrations: 

Mais le destin de Brian Wilson est atypique: c’est celui d’un homme qui souffre d’une maladie mentale, jusqu’à l’incapacité. Il ne peut finir le chef d’oeuvre auquel il aspirait, l’album Smile, sombre dans une maladie psychique grave et se retrouve livré aux mains d’un psychiatre gourou qui prend possession de lui. Le film Love & Merci raconte cette histoire et comment Brian s’en est sorti par l’amour et la compassion. Mais en deçà de cette maladie, on peut observer que Brian a voulu explorer ce que sa base 7, dans sa recherche gloutonne de tous les plaisirs, de tous les possibles, ne lui autorisait pas: une quête de profondeur et de sens. Il est marquant de voir Brian Wilson activer si souvent les deux flèches de la base 7, ces deux ressources additionnelles qui permettent de sortir du carcan du type. En l’occurrence, la flèche 1 perfectionniste lui permet de travailler à une réalisation toujours plus exigeante et rigoureuse et la flèche 5 lui fournit la capacité de s’isoler pour mieux assimiler ses émotions pour mieux les retranscrire. Mais pour autant, Brian reste 7: il y a dans sa musique une légèreté aérienne, une joie de vivre foisonnante, ouverte jusqu’à la dispersion, malgré ce que la musique livre d’une part de fêlures, de peurs, d’angoisses de séparation. Le fameux Heroes & Villains de Smile, dans la version reconstituée autour de Brian Wilson en 2004, en est l’illustration:

Tour à tour tendre et burlesque, je la vois comme la musique d’une personne de centre mental comme le laisse apercevoir le film, avec un Brian se tenant la tête entre les mains. Tout se passe dans la tête en 7, le mental crée en permanence un monde de plaisirs ou de sensations fortes qui lui permettent d’échapper à l’ennui du quotidien, à une détresse enfouie et qu’il lui faut parfois des années pour contacter, ce qui est douloureux, mais salvateur.

Brian Wilson a composé ce qui est pour certains la plus belle chanson du monde, Surf’s Up. Mystérieusement, on sent ici le lien qui unit les trois types idéalistes, 1, 4 et 7. Les trois attendent du monde ce qu’il ne peut donner car il n’est pas assez parfait, absolu, heureux. Ma lecture du destin de Brian Wilson est que sa souffrance psychique fut pour lui un moyen inconscient d’échapper au réel et de tenter de garder ce sens de l’enfance et du jeu qui sont la marque de la base 7 et qu’un monde adulte ne permet pas. Ce n’était qu’un leurre, mais qui a fini par lui permettre, par la traversée de ses propres souffrances, à faire de son existence une vie vécue et non survolée, à ne pas rester en surface mais à avancer en eau profonde, à vivre une pâque qui conduit à la résurrection.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

 

 

 

 

Jacques Brel et la base 4

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Un archétype* de base 4

Dans le regard fiévreux, on lit une passion extrême, un feu ardent mais aussi des voiles de mélancolie ou de détresse, qui prennent toute la place. Et cela, déjà, en dit long sur les tumultes intérieurs dont la parole ne peut livrer qu’une part.

C’est peut-être le secret de la douleur de la personne en base 4 : ne pouvoir exprimer ce qui se passe à l’intérieur, ou alors de façon approximative, dégradée, insuffisante: « je constate que je suis horriblement insuffisant par rapport à ce que j’ai envie de raconter » déclare Brel dans cette extraordinaire conversation de 1966, Comment parler aux gens:

 

D’où cette forme d’insatisfaction qui est un point commun des trois types idéalistes, 1, 4, 7. En 4, je focalise toujours sur ce qui manque: sur le décalage entre ce que je porte, ce à quoi j’aspire et ce que je vis, ce que je peux donner et ce que je veux faire. Mais aussi sur ce que l’autre possède et que je n’ai pas, sur ce qu’il est, que je ne suis pas et que j’idéalise largement.

Et pourtant, il faut dire ce que l’on porte en son cœur, de façon vraie et authentique, et ne pas être lâche et veule. Il faut dire quelque chose de singulier, être comme les autres ont résolu de ne pas être, totalement vivant dans des émotions à la fois plurielles, intenses, profondes et changeantes, jusqu’à la cyclothymie.

Choisir telle voie, tel langage, telle attitude, tel engagement sera souvent chez la personne de base 4 « purement sentimental, un choix arbitraire ». Au cœur de ce centre cœur, il y a la quête d’amour, le don de l’amour aussi. Un amour radical qui peut être perçu comme dur et exigeant pour les autres, à rebours de toute guimauve : « de la tendresse sans sanglots » dit Brel. Des sentiments qui n’ont pas peur de la douleur, de la mélancolie, de la tristesse, qui parfois les recherchent. Une manière de « tenir debout » par des émotions dont il se nourrit, jusqu’à introjeter celles des autres, à deviner « un cri que les gens ne poussent même pas », avec cette conscience d’être à part, singulier, unique. La fameuse contradiction du 4 entre mésestime de soi et conscience de sa différence qui peut parfois s’exprimer comme une arrogance.

Passions dévorantes, logique du cœur et non de la raison, amour du symbole et des images qui permettent d’approcher une réalité indicible, feu qui brûle, eau qui murmure ou qui submerge: en 4 l’urgence vitale est la connexion, le lien, sans lesquels il n’a plus de valeur à ses propres yeux, il n’a plus de raison d’être. Le célèbre Ne me quitte pas de Jacques Brel en est la plus poignante expression.

 

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

Thérèse d’Avila et la base 3

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THERESE D’AVILA 
Un archétype* de base 3

Cinq cents ans après sa naissance, sainte Thérèse d’Avila n’en finit pas d’être actuelle. Comme l’a magistralement montré Christiane Rancé dans une biographie qui fera date, La Passion de Thérèse d’Avila, celle qui fut la première femme docteur de l’Église, aura été à la fois une des plus grandes mystiques de tous les temps et une femme d’action au talent exceptionnel.

Thérèse est pétrie de l’âme castillane et parfois il est difficile de faire le tri entre ce qui relève de sa personnalité et de sa culture. Néanmoins, certains traits de caractère affleurent. Enfant, elle rêvait à la lecture des romans de chevalerie et se voyait bien octroyer la palme du martyr. Jeune fille, elle s’avère être d’un charme et d’une capacité de séduction qui ne se démentiront jamais. Au point de risquer perdre son âme. Quand on analyse les raisons pour lesquelles Thérèse rentre au couvent, on en trouve deux : en plein, le désir de faire son salut, en creux, celui de faire de grandes choses, ce que la condition de la femme mariée rend à peu près impossible en Castille à cette époque-là. Or, au couvent, Thérèse va se trouver en échec : elle n’arrive pas à prier. Elle se lance dans une gigantesque bataille contre elle-même, s’imposant de rudes mortifications et se ruant dans les travaux domestiques les plus pénibles pour briser sa résistance. En même temps, elle laisse cours, comme dans les couvents de son époque à une activité mondaine, et une relation platonique mais flatteuse à ses yeux. On perçoit là les grands traits de caractère de Thérèse : une énergie considérable, une capacité de séduction, et surtout une volonté farouche de réussir et un souci aigu de son image. Et peut-être aussi une difficulté à habiter ses profondeurs, une manière aussi de s’accommoder avec la réalité. Chaque soir elle quitte son amoureux platonique en se jurant de ne plus le voir ; le lendemain elle retourne se laisser admirer. Comme le dit Christiane Rancé, elle se ment à elle-même (p. 100). Nous sommes ici avec les symptômes classiques de la base 3 : goût du challenge et de la réussite, nécessité d’être admiré et reconnu ; refus de voir son échec qui va jusqu’au mensonge à soi-même.

Un jour, à l’aube de ses trente-neuf ans, Thérèse aperçoit dans l’oratoire une statue du Christ souffrant. Elle est renversée, tombe en larmes et le supplie de lui donner la force de ne plus l’offenser. Ce retournement arrive au moment même où Thérèse s’avoue vaincue et reconnaît son impuissance : « C’est qu’alors je n’espérais plus rien de moi-même, j’attendais tout de Dieu » (p. 109). Pour que Thérèse devienne Thérèse, il a fallu qu’elle reconnaisse son échec et son impuissance. Il lui a fallu vingt ans.

Désormais Thérèse se laisse toucher par Dieu et elle va devenir cette mystique particulièrement comblée. Mais ce n’est plus sa réussite. C’est Dieu qui agit et qu’elle laisse agir. De là, toute l’énergie de la base 3 va se mettre en action pour opérer cette réforme du Carmel si nécessaire et pour fonder monastère sur monastère. Thérèse s’avère être un leader au charisme indéniable, entraînant derrière elle ses moniales, mais aussi ses confesseurs, jusqu’à saint Jean de La Croix. Toujours enthousiaste, elle déploie une activité inégalable. N’oublions pas qu’elle est une femme, et une femme suspectée par la redoutable Inquisition. Face aux résistances qu’elle rencontre, elle ne lâche jamais, mais agit avec souplesse et un grand sens de l’efficacité. Thérèse est un stratège : elle va convaincre les unes après les autres les personnes influentes qui pourront permettre à son projet de se réaliser. Rien ne l’arrêtera. Et elle réussira son grand œuvre de réforme et de fondation en contournant les obstacles au lieu de les affronter. Elle jouera de tout son pouvoir de séduction, saura battre en retraite quand il faut, évitera les points de rupture, gagnera chaque bataille. Une sorte de Napoléon de la vie spirituelle !

Comme Ignace de Loyola avec ses Exercices, Thérèse laisse avec Le Château de l’âme, un manuel de combat spirituel, un guide de l’oraison qui a bien pour but de progresser dans cette voie royale. Il y a une efficacité exceptionnelle dans la méthode d’oraison qu’elle a mise au point. Mais, la Thérèse mystique se permet de contacter toutes ses émotions. Elle traduit bien combien la base 3 est au cœur de la triade émotionnelle. Les personnes de base 3 répriment leur centre préféré qui est le centre cœur. Pendant vingt ans Thérèse a fonctionné ainsi. Après sa conversion, elle ouvre les vannes de ses émotions sans que cela ne ralentisse son efficacité. Bien au contraire, s’en remettant totalement à Dieu à qui elle se voue corps, cœur et intelligence, elle réalise le programme tracé par saint Paul, un autre représentant possible de la base 3 : ce n’est plus elle qui vit, mais Dieu en elle. N’est-ce pas le couronnement d’une volonté d’agir et de réussir, totalement purifiée de ses scories ?

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

Serge Gainsbourg et la base 5

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Un archétype* de base 5

Provocateur et tendre, honni ou porté aux nues, Gainsbourg n’a jamais laissé indifférent. L’entretien ci-dessous, réalisé en 1968, alors qu’il a à peine plus de trente ans, est touchant. Il se livre comme jamais. On sent une grande sensibilité, mais jamais dans une expression débridée de l’émotion. Derrière le sourire narquois, on repère vite celui qui évite d’être dépendant des choses matérielles : il abandonne la peinture pour ne pas l’être. Très vite, on pense au centre tête, mais beaucoup trop complexe et tourmenté, pas assez enthousiaste pour être de base 7. Cela se joue entre 6 et 5. Un esprit logique et en même temps elliptique semble faire pencher la balance vers le 5. Gainsbourg parle peu, et surtout, il parle en se gardant bien de lâcher des éléments trop personnels qui permettraient de le percer à jour. Son interlocuteur doit sans cesse aller le chercher (et il le fait avec tact et bienveillance, ce qui nous permet finalement d’avoir pas mal d’éléments) alors que Gainsbourg est en permanence dans une stratégie de rétention de soi. Là où une personne de base 6 expliquerait, lui lâche des bribes et esquive. Le non-verbal est éloquent : il laisse entrevoir une délicatesse extrêmement sensible, typique de la base 5.

Gainsbourg parle une fois de façon très claire et complète : quand il évoque la question du prix des tubes de couleur utilisés dans la peinture. On remarque que sur un point qui n’engage pas son intimité, une personne de base 5 peut être loquace. Et l’on constate que l’argent est un point d’attention (la fameuse avarice du 5). En revanche, quand on l’interroge sur la qualité de ses chansons, sur son statut d’artiste, il fait un pas en arrière. On n’en tire rien, sauf quelques réflexions désabusées sur la place très mineure de la chanson dans l’art. Juste un aveu : entre auteur, compositeur, personnage, « c’est très faux-jeton, je louvoie sans me mouiller ». Aveu d’une stratégie de dissimulation et de protection pour éviter d’être cerné.

La part de l’ironie est fondamentale dans ses chansons. Ironie souvent cruelle que Gainsbourg attribue à un scepticisme dû lui-même à une lucidité. Il faut que le journaliste le pousse dans ses retranchements pour avoir l’essentiel. Cette lucidité est elle-même permise par une froideur. C’est effectivement son style comme le formule remarquablement son interviewer : « Systématiquement vous donnez un coup de ciseau à l’émotion quand elle va apparaître ». La réponse de Gainsbourg est très claire. Il s’agit d’une croyance qui vient de l’enfance et cite cette phrase de Schopenhauer qui l’avait fasciné adolescent : « seules les bêtes à sang-froid ont du venin ». « Je serais plutôt réfrigérant, réfrigéré que passionné et généreux, continue Gainsbourg. Je ne suis pas généreux. Je suis une éponge qui prend mais qui ne rejette pas son eau. » L’hypothèse de la base 6 s’envole et l’on assiste à un magnifique déploiement de la base 5 qui met à distance les émotions pour absorber toutes les informations dont il a besoin pour comprendre le monde. Observateur, le 5 regarde plus qu’il ne participe. Gainsbourg confesse être volontiers voyeur…

Le danger en 5 est d’être envahi. La peur fondamentale est celle de l’intrusion. D’où, parfois, le fait de se cacher derrière des attitudes de froideur ou des masques. « J’ai mis un masque de cynique que je n’arrive plus à retirer. » Cette peur de l’intrusion va de pair avec une pudeur qui va jusqu’à trouver excessive la taille des mini-jupes des filles, alors qu’on est en pleine période de libération sexuelle et qu’il déshabillera volontiers les femmes en scène plus tard… Nul doute que la rigueur qu’il regrette de ne plus voir chez les femmes n’est pas du puritanisme, mais un réflexe de protection. Que ce soit en creux ou en plein, la question du « voir » est centrale chez lui.

Fascinant, se livrant car il est en confiance avec une personne, il se pourrait bien que Gainsbourg fût du sous-type tête-à-tête. L’hypothèse d’une aile 6 vient d’elle-même : l’émotion est mise à distance et la peur est très présente, y compris celle relative à une certaine sécurité ; une personne de base 5 à aile 4 aurait eu moins peur de la bohème. Et une aile 6 expliquerait volontiers la capacité de provocation dont Gainsbourg a tant de fois fait preuve.

Une des caractéristiques des personnes de centre mental est l’humour, qui met la peur à distance. C’est leur arme préférée et le réflexe premier quand ils se sentent en danger : la gaudriole en 7, la même « ironie grinçante » en 5 et en 6, avec des fonctions différentes. Cette ironie sert à tester le protagoniste et à clarifier ses intentions en 6, elle est un bouclier qui le met à distance pour préserver son intimité en 5. Avis à ceux qui les aiment et les entourent : en 5, 6 et 7, quand je commence à rire et à faire rire, c’est que j’ai peur et que je me défends…

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

Louis de Funès et la base 6

191385LOUIS DE FUNES
Un archétype* de base 6

Louis de Funès a enchanté des générations de Français. Avec le recul, même s’il n’a pas tourné que des chefs d’œuvre impérissables (encore que Rabbi Jacob ou Hibernatus tiennent vraiment la route), son talent à faire rire en fait un des plus grands acteurs comiques du XXe siècle.

Traditionnellement, l’ennéagramme associe d’ailleurs l’humour au centre mental, c’est-à-dire aux types 5, 6 et 7. Ce qui ne veut pas dire que les autres en sont dépourvus, mais que chez eux, la rapidité du mental, la précision du verbe et le goût du contrepied sont autant d’ingrédients propices aux ressorts comiques. De ce point de vue, Louis de Funès est archétypal.

Les biographes de Louis de Funès ont largement mis en valeur certains traits caractéristiques du type 6 tournant autour de la peur. Angoisse dévorante de ne pas réussir à faire vivre sa famille qui va l’amener à une quête inlassable de perfectionnisme, non pour être parfait comme un 1, mais pour être sûr de ne pas être abandonné par le système cinématographique. Funès fut un bourreau de travail par peur d’être un jour laissé sans ressources. Un sous-type survie est assez probable comme le montre cet autre exemple : ayant hérité de sa femme d’un magnifique château doté de plus de cent fenêtres, il équipa chacune d’un système de sécurité !

Peur donc, préoccupation de sécurité, mais qui peut se conjuguer à un vrai courage porté par un sens aigu de la loyauté. Un de nos stagiaires, son voisin à l’époque, nous a livré cette anecdote : voisin de la famille du colonel Erulin, le héros de Kolwezi, Louis de Funès grâce à ce « sixième sens » souvent attribué aux personnes de type 6, surprit des cambrioleurs à l’œuvre dans la maison inoccupée, intervint pour les mettre en fuite, prenant un mauvais coup au passage. Vigilance, sens ultra développé du danger, alternance de phases phobiques et contre-phobiques : nous sommes en plein dans la problématique du type 6.

A l’écran, Louis de Funès joue admirablement de la version pleutre du 6. A titre d’exemple, la scène de la première rencontre avec sœur Clotilde dans Le Gendarme est éclairante. Le 6 survie, pour assurer sa protection, est extrêmement chaleureux : il tisse des alliances qui le sécurisent jusqu’à pouvoir paraître obséquieux et soumis. Et la conduite intrépide de la religieuse le met en panique : la tête lâche alors et Louis de Funès, mort de trouille, la salue en la quittant d’un inoubliable « Au revoir Monsieur l’abbé »!

Cette variante phobique du 6 est la plus présente dans ces films même si, parfois, la variante contrephobique affleure ou même éclate comme dans cette scène célèbre de La Grande Vadrouille où Louis de Funès en chef d’orchestre pourrait faire penser à un 8 dominant…

… Trois chapitres du Grand Restaurant ne laissent pourtant pas de doute à la différenciation 6/8 qui pose parfois quelques questions existentielles à nos stagiaires…

A ce sujet, autre point très central pour la base 6, celui du rapport à l’autorité. Capable d’être d’une loyauté sans faille, pour le meilleur, le 6 peut aussi alterner entre une soumission excessive et une défiance agressive. On peut voir dans cet entretien combien Louis de Funès était foncièrement rebelle à l’autorité, même s’il s’y plia en courbant l’échine durant les années de vache maigre :

Humour qui pique, humour qui touche, humour comme forme d’intelligence à part entière, on ne se lasse pas des scènes mille fois revues de Louis de Funès ni de l’humour de nos amis de base 6. Ceux-là se surprennent d’ailleurs souvent à rire d’eux-mêmes car le rire reste la meilleure des défenses et permet de garder ce jardin secret si jalousement gardé par eux.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre.