L’orchestre

L’ORCHESTRE
par Gabriella, de base 9 en social

L’orchestre, métaphore familière car, musicienne, je reconnais certaines sonorités de ce langage. Analogie étrangère parce que je ne suis qu’amatrice en la matière. La musique m’est ici un champ de recherche et d’expression pour imager un peu de la richesse des modules 2 et 3 vécus ces derniers mois.

Je commencerai donc par le module 2, où la mélodie, dirigée d’une main de maître par Valérie, a laissé la part belle à chacune des neuf familles d’instruments – les bases:


  1. Cordes frottées
  2. Cordes pincées
  3. Cordes frappées
  4. Bois
  5. Cuivre
  6. Instruments mécaniques
  7. Membraphones
  8. Idiophones
  9. Voix

    J’arrête ici l’analogie sans chercher à faire correspondre l’une ou l’autre de ces familles avec l’une ou l’autre des bases et laisse au lecteur l’espace de trouver la famille ou l’instrument qui lui corresponde.

    Toujours est-il que chacun de ces groupes a été soliste le temps d’une heure et a pu déployer toutes ses facettes devant un public attentif, réceptif et émerveillé (en tout cas c’est comme cela que je l’ai vécu !). Les graves, les aigus, les dissonances et frottements, les règles d’approche et de jeu, la beauté des sonorités, tout y est passé. Un concert dont je sors les étoiles pleins les yeux, rythmé d’entractes bienvenus – les pauses ! – pour faire silence et accueillir les résonances. J’ai pu entendre la mélodie
    intérieure de chacune des bases, comme autant de richesses et de possibles dont un orchestre serait privé si ce groupe n’existait pas.

    L’idée de groupe est particulièrement importante dans cette métaphore car en son sein se jouent les particularités des différents instruments – des êtres – composant ce panel de musiciens. Famille où il me fut aisé d’évoluer, avec un mode de fonctionnement très proche, sorte de cocon familier et sécure, mais dans laquelle laisser transparaître son timbre unique est un enjeu réel. C’est là, pour moi, la source de l’étincelle qui fait d’un bon morceau un chef-d’œuvre.

    Le module 2, sorte d’extraordinaire concerto s’est pourtant terminé pour moi sur une note mineure car j’en suis ressortie avec une petite tristesse, un zut intérieur qui n’enlève pourtant rien de la qualité des moments vécus. J’explique cette coloration par le jeu spécifique auquel tout un chacun est appelé pour entrer dans le grand orchestre de ces modules. La partition se joue sur deux modes, deux rythmes qui se suivent dans un balancement régulier. Il faut y être à la fois spectateur et acteur, corps émetteur et récepteur, en une juste alternance de temps. Ralentir et s’arrêter pour écouter puis se mettre en branle et reprendre la cadence. S’accorder avec le reste du groupe. Cette mise à l’équilibre, en harmonie avec d’autres, est à mon sens l’essence et l’écueil de ces deux jours. L’enjeu fut pour moi le suivant: m’accorder sans disparaître. Etre prise dans le mouvement, en utiliser l’élan pour mieux m’en détacher et faire entendre ma voix afin de marquer la spécificité de mon instrument au sein de ma famille de fonctionnement. Il y eu ici quelques fausses notes. Elles ont creusé en moi le sentiment de oups, de manqué qui a donné cet accent mélancolique à la fin de ce module.

    Le module 3, à contrario, fut davantage une symphonie en majeur: j’y ai trouvé à dépasser le bémol des deux jours précédents. J’étais venue au M3 avec l’objectif de ne pas repartir avec une mélodie en mineur, de ne pas totalement me laisser happer par une partition trop facile et confortable dans laquelle je me laisserai couler et disparaitre. Habitée de cet objectif de qualité de présence à moi et au monde, j’ai choisi
    de plonger sans me noyer dans la découverte de ce module. La proposition était la suivante: entrer encore davantage dans la mécanique instrumentale et mettre au jour les gestes communs à trois grands groupes répartis dans les groupes évoqués plus haut. Pour l’analogie, nous pourrions parler de frottées, pincées, ou frappées, mais elle ne s’applique pas aux instruments à vent. Il serait davantage juste de parler de fonctionnement intrinsèque de jeu ou d’apprentissage: bien que chacun doive répéter et apprendre seul face à son instrument, nous avons tous une manière de jouer et un répertoire préférés. Seul sur scène ou dans sa chambre face à un morceau de soliste, en duo d’instrumentistes pour une partition écrite à deux voix, ou encore en ensemble, trio, quatuor, orchestre symphonique ou de musique de
    chambre.

    Des trois mots-clés associés à la base 9 pour chacun de ces modes de fonctionnement, seul celui de PARTICIPATION résonne en moi, reliant expériences passées, désirs pour le futur et besoins enfouis en une mélodie pleine de sens. Cet appel au répertoire de l’ensemble musical me questionne et fait remonter à la surface des mouvements intérieurs jusque-là restés sans réponse. Mon besoin de rayonnement, d’avoir une vision globale du mouvement dans lequel j’évolue, de faire sens et de donner une visée élevée, une ambition à ce que je vis sont autant d’éléments qui s’expliquent, s’éclairent et s’articulent de sortent à former un tout cohérent à la lumière de ce module. Chacune de ces notes construit peu à peu ma propre Mélodie du Bonheur, en une partition qu’il me reste à apprivoiser et à jouer librement dans mon quotidien. Je ne suis plus seulement instrumentiste mais aussi chef d’orchestre: accepter d’être sur le devant de la scène, embrasser ma capacité à diriger, à donner corps à un ensemble.

    Tout en bravant les frottements que cette prise de position, passage d’une participation périphérique à une pleine participation, peut engendrer: besoin d’être reconnue sans être connue: reconnue par mes pairs, dans la fosse, par les musiciens qui m’entourent, et tourner le dos au public. Etre à ma place, entièrement présente, en pleine lumière et contribuer à l’élévation de l’âme humaine.

    Je ressors donc de cette symphonie avec une nouvelle voie/voix qui s’ouvre devant moi, pleine d’une joie entière, de celle que seule le déploiement complet de mon être puisse offrir. Voie/voix à arpenter, à chanter et à apprivoiser qui se donne à voir et à entendre à tous. En somme, tout un programme.

    Alors, merci du fond du cœur à celles et ceux qui m’ont ouvert les yeux et les oreilles du coeur!

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