UNE GRAINE
par Frédérique

Il y a longtemps, alors que je malaxais en m’amusant et sans arrière-pensée un peu d’argile, cette figurine a émergé en même temps que l’image mentale de la faucheuse immédiatement rejetée. Mais peu de temps après, une personne très proche est décédée soudainement, de façon tout à fait inattendue.
Ah, direz-vous, désolé.
Sans réfléchir j’ai déposé dans le creux des mains de la figurine une graine: cette graine est tombée d’un arbre d’une forêt indienne il y a cent ans environ.
Ah bon, direz-vous.

Mais si l’on ouvre la graine, surgissent cent éléphants lilliputiens taillés de main d’homme, il y a près de cent ans donc, dans des chutes d’ivoire (mille fois hélas)… Ouvrir l’opercule est assez facile, le refermer est très difficile, quasi impossible de ne pas faire tomber un ou deux éléphants.
Je livre cette métaphore à votre interprétation, mais voici la mienne.
Nous sommes livrés à la finitude, certes, mais chacun.e est une graine indispensable au schéma de l’univers, car nous sommes incroyablement riches et complexes.

Cette complexité que nous portons ne demande qu’à être regardée, avec un petit effort; peut-être est-ce notre raison d’être ici, finalement, car une fois le couvercle soulevé, pas évident de le refermer, et même si nous y parvenions, quelques chose serait libéré.
Avec mes remerciements pour ces pierres sur le chemin que vous offrez, avec clarté, fermeté, mais douceur surtout.
Pensées arc-en-ciel pour celles et ceux croisés sur le chemin.