Archives de catégorie : Base 8

A chacun sa vertu

Vertu ou Sibylle Agrippa, 1480-1503

A CHACUN SA VERTU

A la fin du premier module de l’ennéagramme, chaque participant repart avec une vertu propre selon le principe thomasien de la connexion des vertus: de même qu’il y a plusieurs versants pour l’ascension d’une montagne, un seul suffit pour arriver au sommet; de même si nous repérons notre vertu principale, toutes les autres viendront avec elle.  Ainsi, en cultivant l’unique vertu de courage, les personnes de base 6 deviendront plus sereines (vertu de la base 1), humbles (vertu de la base 2), vraies (vertu de la base 3), équanimes (vertu de la base 4), généreuses (vertu de la base 5), sobres (vertu de la base 7), douces (vertu de la base 8) et capables d’action juste (vertu de la base 9).

La tradition orale de l’ennéagramme depuis Ichazo attribue aussi à chaque base une vertu propre, lui faisant correspondre une passion, autrement dit un défaut. Certains auteurs y ajoutent judicieusement une contre-passion, qui est comme la singerie de la vertu par l’anesthésie de la passion. Fidèles à une anthropologie classique, nous lui préférons la tradition de l’Ethique d’Aristote, notamment par le biais du travail de Norbert Mallet, Devenir soi-même avec l’ennéagramme. Ces deux traditions ne sont pas contradictoires mais diffèrent par leurs définitions de la passion et de la vertu, et partant par leur mode d’application.

Pour Aristote et saint Thomas, l’homme est naturellement attiré par le bien. Cependant, créature finie, il ne peut appréhender totalement l’ensemble des facettes du bien. Une des caractéristiques de cette finitude est un tempérament spécifique, qui donna lieu depuis Evagre le Pontique à de nombreuses typologies. En fonction de ce caractère, l’homme est attiré par tel ou tel aspect du bien, qui est sa voie propre vers le bien. Ainsi les personnes de base 5 sont particulièrement attirées par la clarté, celles de base 4 par l’absolu, celles de base 3 par la réalisation etc.

A cette orientation positive correspond une passion, un moteur, une énergie, un appétit, un désir primordial; qui la met en mouvement. C’est la connaissance en 5, l’intensité en 4, l’action en 3. Elle est, pour Aristote, éthiquement neutre.

Dans un monde idéal, chaque voie vers le bien conduirait de la même manière chacun au bien universel. Mais force est de constater que chacun reproduit aussi les mêmes travers, rencontre les mêmes écueils, manifeste les mêmes manques, reproduit les mêmes comportements excessifs qui peuvent blesser et nuire tant à soi-même qu’aux autres. C’est comme si l’endroit de notre attirance vers le bien était aussi celui de notre fragilité: celui qui est fort (base 8) a tendance à abuser de sa force et être brutal; celui qui est attiré par la perfection peut devenir perfectionniste (base 1), celui qui aide les autres peut utiliser son talent pour se rendre indispensable (base 2), celui qui apporte paix et harmonie peut en perdre son opinion propre (base 9) etc…

Il y a donc entrave, dysfonctionnement à l’accomplissement de cette orientation positive. La foi chrétienne en donne une raison: le péché originel, qui détourne l’homme de la réalisation de son bien propre. La psychologie, toutes écoles confondues, en rejoint le constat: l’homme se développe autour d’une blessure, qui engendre une cristallisation de ses comportements pour un plus jamais ça: un mécanisme de défense. En se cristallisant, ce mécanisme de défense devient omniprésent même quand il n’est pas utile, réduit le champ de vision, se transforme en excès de passion. Pour fuir la souffrance, la personne de base 7 multiplie les plaisirs, jusqu’à la gloutonnerie; pour fuir la banalité, la personne de base 4 recherche l’intensité, jusqu’à se mettre en danger, etc.

Parfois, face aux dommages engendrés par ces excès, la personne peut se réfugier dans une posture opposée, de défaut de passion (qui correspond à la contre-passion de la tradition orale): les personnes de base 8 vont anesthésier leur force vitale, celles de base 7 verser dans l’austérité, celles de base 3 vont se mettre excessivement en retrait; jusqu’à risquer de perdre la passion qui les meut.

Pourtant la vertu du type n’est pas négation de ce vers quoi le porte sa nature, mais toujours selon Aristote, médiété entre l’excès et le défaut de la passion. Ainsi face au danger et à la peur qu’il engendre, le courage en base 6 est le juste milieu entre la couardise et la témérité. Elle va nécessiter volonté et répétition pour devenir habitus selon l’expression aristotélicienne; avec deux bonnes nouvelles : le signe d’une vertu acquise pour Aristote est le plaisir et la vertu propre d’une base correspond à sa petite mission dans le monde. Ainsi personne mieux que la base 6, ne peut être activer la vertu de courage, qui ne peut exister sans peur.

Car l’enjeu du développement de la vertu propre n’est rien d’autre que le talent, à mettre au service du monde, et que l’excès et le défaut de passion stérilisent. C’est ainsi que pour rendre le monde plus beau, la personne de base 1 ne devra ni se rigidifier ni tout laisser tomber mais activer sa vertu de sérénité. Pour prendre soin, la personne de base 2 devra passer par l’humilité et la gratuité du don. Pour apporter la joie au monde, la personne de base 7 ne devra ni s’empiffrer ni devenir austère, mais goûter et partager les plaisirs de la vie (c’est d’ailleurs dans cette mesure qu’ils seront vraiment des plaisirs) etc.

Comment tendre vers sa vertu propre? En soi, l’ennéagramme n’est qu’une cartographie qui donne une carte et une boussole pour repérer son talent et reconnaître la vertu afférente. Il ne donne pas les moyens de s’y exercer. C’est là qu’intervient la méthode Vittoz, à double titre: par le biais du corps, prendre conscience d’où se porte mon attention, repérer quand je suis enferré dans mon mécanisme de défense; et mettre en place librement le juste positionnement en fonction des circonstances.

Et si l’unité de la personne était un chemin possible, entre les désirs de son cœur, les raisons de sa tête, les manifestations de son corps et… sa vie spirituelle ? Car si la distinction de ces plans est vitale; ils s’interpénètrent au quotidien, l’homme ne peut les séparer en lui-même. Et selon Jacques Philippe dans Appelés à la vie:  « Le propre de l’Esprit est d’éduquer le désir. […] Il y a de fait une coïncidence entre l’appel de Dieu et le désir le plus profond du cœur de l’homme. Dieu nous invite au don de nous-mêmes par amour, mais cela correspond aussi au désir secret qui nous habite. »

Enneagram rhapsody

ENNEAGRAM RHAPSODY
par Marie
de base 8

 « Je suis submergé par toutes ces personnalités! » Les Rivers Crossing, dans une reprise de BohemianRapsody de Queen, s’essaient à une autre manière d’aborder la typologie de l’ennéagramme. Outil au service d’une meilleure connaissance de soi et d’une meilleure compréhension des autres, il nous aide à voir plus profondément en nous, au niveau des motivations souvent inconscientes qui nous habitent. Pour prendre de la distance avec nos automatismes et avancer vers plus de liberté intérieure.

« Ouvrez les yeux », demandent-ils. C’est bien le cœur du sujet. Le principe de l’ennégramme est que nous avons une manière de voir le monde qui correspond à un neuvième de la réalité. Elle est tout notre monde, mais elle n’est pas le monde entier. Le chemin auquel il nous invite est d’élargir l’espace de notre tente, voir plus loin et plus large que ce qui nous est familier, sortir de notre zone de confort, ouvrir les yeux.

Le spectacle commence au piano, dans un style lyrique et doux. Il est accompagné du chœur de l’introduction et de légères lumières. Quoi de mieux pour introduire le type 4? La voix pleine d’émotions, il déclare avoir « besoin de plus de sympathie ». Besoin d’attention du 4, peur de ne pas être vu, faible estime de soi. Mes sentiments vont et viennent, au gré du regard de l’autre, tels un yoyo qui le fait se sentir vivant. Puis, une envolée lyrique nous ouvre à l’originalité, la profondeur et le sens de l’absolu des personnes de base 4. Car au même endroit se trouve en lui, comme en chaque base, la faille et la lumière, le travers et le talent.

Avec la base 7 qui lui succède, le ton reste étonnamment mélancolique, au regard de l’image de joyeux drille que cette base peut donner. La souffrance est au cœur de sa problématique, en creux. Les personnes de base 7 passent souvent leur vie à fuir contrainte, enfermement, souffrances, au risque de d’un jour être submergé par elles. Leur voie d’évolution sera la sobriété pour ne pas céder à l’étourdissement et oser avancer en eau profonde. Ce qui ne changera pas leur nature, le couplet s’achevant sur une invitation à partir en soirée, où une place nous sera gardée… par une personne de base 2. Jolie transition.

« Drama ou ouou! », s’exclame le 9, « Pouvons-nous juste tous bien nous entendre? » Cette soif d’harmonie se mêle à une poussée de voix puissante, révélation de la force du 9 qui, quand il s’agit de paix, peut sortir les crocs, « parce que la paix est tout ce qui compte ». S’il se laisse entraîner par sa peur du conflit et de l’affrontement, il ne pourra pas activer sa vertu, l’action juste. Le travail des personnes de base 9 va donc être de contacter cette colère qui les habite et qu’ils se cachent à eux-mêmes par peur des conséquences, pour faire confiance à leur corps et se positionner quand cela est nécessaire.

Après un interlude musical qui annonce très bien le besoin de solitude et de silence des personnes de base 5, le chanteur quitte son piano pour dire: « Au-revoir tout le monde, je dois partir, j’ai encore trop de choses à penser ». Sobre, clair, efficace. Donner de soi, de son temps, de son savoir, est un chemin long et ardu, avec comme fruit un moment de musique bref sans doute, mais tout en délicatesse et profondeur. Car la générosité est bien ce que les personnes de base 5 ont à apporter au monde, de manière privilégiée.

« Mama ou ouou ! » Le 4 revient sur le devant de la scène (parce que c’est sa forme !), se jette à genoux devant le public et reprend son refrain lyrique: « Quelquefois je ne sais même plus qui je suis! » s’effondre-t-il. Batterie au rythme d’un cœur et solo de guitare électrique…

Puis la musique prend un tournant léger et joyeux, un rythme enjoué et presque drôle pour introduire la base 2. Avec un peu d’ironie, le chœur refuse son aide et le ton prend des accents dramatiques, presque agressifs : « Laissez-moi faire quelque chose, que tout le monde m’aime, je vous en prie! » Car la personne de base 2 est taillée pour le service, le care of, mais se rend rarement compte que son moteur, le besoin d’amour et de reconnaissance peut devenir envahissant: explosion de lumières sur scène qui peut figurer la lumière qui jaillit quand par la vertu d’humilité, les personnes de base 2 peuvent apprendre la gratuité du don.

Changement radical d’atmosphère avec la base 6 : le chanteur se cache dernière son piano, inquiet. L’agressivité demeure mais ce n’est plus celle qui veut agir pour l’autre mais qui veut s’en protéger. Les dangers sont multiples face à cette multiplicité de caractères dont on ne peut prévoir à tous les coups les réactions. Il lui en faudra du courage pour affronter sa peur et développer la loyauté et la droiture qui caractérisent les personnes de base 6.

Le 1 « ne lâchera jamais l’affaire, jamais ! – Lâche l’affaire » répète encore et encore le chœur dans un martèlement régulier. Une réponse : « Non, non, non, non, je ne lâcherai pas l’affaire! » Car si je la lâchais, la beauté du monde serait en danger. L’action de chacun est requise et le travail toujours inachevé pour mettre de l’ordre dans le chaos avec rigueur, précision et détermination. Le challenge pour cette base sera pourtant bien de lâcher le contrôle, oser prendre du repos et laisser courir la vie dont l’imperfection peut révéler la beauté.

Sunlights et feux d’artifice sur scène ! C’est l’entrée de la base 3. La lumière obéit à l’injonction de celui pour qui l’image, l’efficacité et la performance sont au cœur. Mais ne nous y trompons pas, ce n’est pas un arriviste, un opportuniste, mais bien plutôt un amoureux de l’amour dont la croyance est que pour être aimé, il est important de réaliser. Et pour que ses talents d’entrepreneur puissent donner leur fruit, son chemin passera par l’accueil de ce cœur dont il n’écoute pas les informations, par peur d’être ralenti.

En apothéose, un long morceau de rock nous fait entrer dans l’univers de la base 8 : force, élan de vie, énergie considérable qui prend tout l’espace, voix roque et puissante. « Si tu me gênes, tu vas mourir » : la vie est une jungle où le plus fort gagne pour protéger le plus faible. « Si tu ne peux pas le faire, tu ferais mieux de t’éloigner de moi ». Justicier, ennemi de la mollesse et de la paresse, il fuit la faiblesse, et la sienne d’abord. Pourtant, l’interlude à la guitare électrique qui se prolonge au piano dans un registre plus doux révèle le défi de la base 8 : la douceur, dont il est le hérault. N’est-elle pas le signe de la vertu de force ?

« Tout le monde compte de manière égale », c’est le mot de fin qui aurait pu être prononcé par une personne de base 9, dans une atmosphère englobante et douce. A l’instar du personne n’est indispensable, il envoie un chacun est précieux. Le monde a besoin d’amélioration constante (1), de care of (2), de réalisation (3), de connexion émotionnelle (4), de science (5), de vigilance (6), d’enthousiasme (7), de force vitale (8) et d’harmonie (9). Ôter une manière de voir le monde, il perd son équilibre. Reconnaître humblement quelle est sa petite mission pour la mettre au service, est un des enjeux de l’ennéagramme.

Petit bémol à cette tentative de mise en forme : cette idée de « faire le test » à la fin de la chanson. On ne peut demander à une machine de nous dire qui nous sommes et chacun est le seul à connaitre ce qui le meut, à son rythme. C’est le cœur de la déontologie de la tradition orale de l’ennéagramme. C’est toute la beauté, la délicatesse et la complexité de cet outil qui engage autonomie et responsabilité. Deux jours en groupe ne sont pas trop pour passer du 2D au 3D et se laisser émerveiller par les richesses des vies intérieures, à commencer par la sienne. Et si vous tentiez l’expérience ?

 

Et si Nietzsche était de base 8 ?

 

FRIEDRICH NIETZSCHE, UN ARCHÉTYPE DE BASE 8 ?*

“Ce qui ne me détruit pas me rend plus fort.”

Cette phrase de Friedrich Nietzsche (1856-1929), est bien connue et n’est pas sans faire penser à la croyance d’une des bases de l’ennéagramme pour qui la force est la valeur suprême et la faiblesse, la peur fondamentale. Et si Nietzsche était de base 8 ?

PETIT FLORILÈGE

UN PETIT COTE « TOUT OU RIEN »

“La colère vide l’âme de toutes ses ressources, de sorte qu’au fond paraît la lumière.”
Par delà le bien et le mal

“Avec une voix forte dans la gorge, on est presque incapable de penser des choses subtiles.”
Par delà le bien et le mal

“Peu de gens sont faits pour l’indépendance, c’est le privilège des puissants.”
La Volonté de puissance

“Formule de mon bonheur : un « oui », un « non », une ligne droite, un but…”
Le Crépuscule des idoles

« Celui qui ne veut agir et parler qu’avec justesse finit par ne rien faire du tout. »
La volonté de puissance

“Le poison dont meurt une nature plus faible est un fortifiant pour le fort.”
Le Gai savoir

UN ART DE LA GUERRE

“Croyez-moi ! Le secret pour récolter la plus grande fécondité, la plus grande jouissance de l’existence, consiste à vivre dangereusement !”
Le Livre du philosophe

« Nul vainqueur ne croit au hasard. »
Ainsi parlait Zarathoustra

“Plaisir : sensation d’un accroissement de puissance.”
Ainsi parlait Zarathoustra

“On n’attaque pas seulement pour faire du mal à quelqu’un mais peut-être aussi pour le seul plaisir de prendre conscience de sa force.”
Humain, trop humain

“Et souvent il y a plus de bravoure à se retenir et à passer : pour se réserver pour un ennemi plus digne.”
Ainsi parlait Zarathoustra

“Qui vit de combattre un ennemi a tout intérêt de le laisser en vie.”
Humain, trop humain

“La croyance que rien ne change provient soit d’une mauvaise vue, soit d’une mauvaise foi. La première se corrige, la seconde se combat.”

“Celui qui sait commander trouve toujours ceux qui doivent obéir.”
La Volonté de puissance

“Si vous ne pouvez être des saints de la connaissance, soyez-en au moins les guerriers.”
La volonté de puissance

QUI VA AU BOUT DE SES LIMITES

“Vouloir libère.”
Ainsi parlait Zarathoustra

“Faites donc ce que vous voulez – mais soyez d’abord de ceux qui peuvent vouloir !”
Ainsi parlait Zarathoustra

“Qu’est-ce que le génie ? – Avoir un but élevé et vouloir les moyens d’y parvenir.”
Par delà le bien et le mal

“L’homme est quelque chose qui doit être dépassé.”

“L’homme est une corde tendue entre l’animal et le surhomme, une corde au-dessus d’un abîme. ”
Par delà le bien et le mal

“Ce sont les instincts les plus élevés qui poussent l’individu en dehors et bien au-dessus de la moyenne.”

“Qu’est-ce que le bonheur ? Le sentiment que la puissance croît, qu’une résistance est en voie d’être surmontée.”
L’Antéchrist

“Atteindre son idéal, c’est le dépasser du même coup. »
Ainsi parlait Zarathoustra

HOMME DE CONTRÔLE ET DE CLARTÉ

“Les gens qui nous donnent leur pleine confiance croient par là avoir un droit sur la nôtre. C’est une erreur de raisonnement ; des dons ne sauraient donner un droit.”
Humain, trop humain

“On ment bien de la bouche, mais avec la gueule qu’on fait en même temps, on dit la vérité quand même.”
La volonté de puissance

« Etre vrai, peu le peuvent ! »
La volonté de puissance

“Qui se sait profond tend vers la clarté, qui veut le paraître vers l’obscurité; car la foule tient pour profond tout ce dont elle ne peut voir le fond.”
La volonté de puissance

UNE CONSCIENCE DE SES CAPACITÉS

“Qui ne croit en lui-même, ment toujours.”
Ainsi parlait Zarathoustra

« Tu dois devenir l’homme que tu es. Fais ce que toi seul peux faire. Deviens sans cesse celui que tu es, sois le maître et le sculpteur de toi-même.”
Ainsi parlait Zarathoustra

UNE PEUR DE LA FAIBLESSE, celle des autres…

“Je déteste les âmes étroites: il n’y a là rien de bon et presque rien de mauvais.”
La volonté de puissance

« Là où la volonté de puissance fait défaut, il y a déclin.”
L’Antéchrist

“Qu’est-ce qui est mauvais ? Tout ce qui vient de la faiblesse.”
L’Antéchrist

“C’est perdre de sa force que compatir.”
Le Gai savoir

“Pour le fort rien n’est plus dangereux que la pitié. ”
La volonté de puissance

“Un animal grégaire, un être docile, maladif, médiocre, l’Européen d’aujourd’hui !”
Par delà le bien et le mal

“Veux-tu avoir la vie facile ? Reste toujours près du troupeau, et oublie-toi en lui.”

et la sienne, alors qu’il était de constitution faible

“Un peu de santé par-ci, par-là, c’est pour le malade le meilleur remède.”
Humain, trop humain

“Je suis trop fier pour croire qu’un homme m’aime. Cela supposerait qu’il sache qui je suis.” Lettre

UN HOMME DU CORPS

“Le génie réside dans l’instinct.”
La volonté de puissance

“Je suis corps tout entier et rien d’autre; l’âme n’est qu’un mot désignant une parcelle du corps.”
Ainsi parlait Zarathoustra

“Le bonheur, quel qu’il soit, apporte air, lumière et liberté de mouvement.”
Aurore

UNE VULNÉRABILITÉ, quand le mécanisme de défense du déni tombe

« Il est plus facile de renoncer à une passion que de la maîtriser.”
Par delà le bien et le mal

“Quiconque lutte contre des monstres devrait prendre garde, dans le combat, à ne pas devenir monstre lui-même. Et quant à celui qui scrute le fond de l’abysse, l’abysse le scrute à son tour.”
Par delà le bien et le mal

“Qui trop combat le dragon devient dragon lui-même.”
La volonté de puissance

“A lutter avec les mêmes armes que ton ennemi, tu deviendras comme lui.”
Humain trop humain

“La mission suprême de l’art consiste à libérer nos regards des terreurs obsédantes de la nuit, à nous guérir des douleurs convulsives que nous causent nos actes volontaires.”

“Quand la paix règne, l’homme belliqueux se fait la guerre à lui-même.”

“L’augmentation de la sagesse se laisse mesurer exactement d’après la diminution de bile.”
Aurore

“L’homme souffre si profondément qu’il a dû inventer le rire.” 

“Ce que je préférerais, c’est d’aimer la terre comme l’aime la lune et de n’effleurer sa beauté que des yeux.”
Ainsi parlait Zarathoustra

“La souffrance d’autrui est chose qui doit s’apprendre.”
Humain, trop humain

“Nous cependant, nous voulons être les poètes de notre vie, et cela avant tout dans les plus petites choses quotidiennes.”
Saint Janvier

“Le royaume des cieux est un état du cœur.”

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

Volcan et feu pour un mariage

unnamedLE VOLCAN ET LE FEU
Métaphore d’un mariage
par Anne-Sabine de base 8 et Patrick de base 3

Qui le premier du volcan ou du feu a  commencé ?

Certainement le volcan : de ses entrailles est monté brutalement un nuage de fumée, instantanément suivi d’explosions de pierres, d’étincelles et de crépitements… Il voudrait bien se calmer mais, trop tard ! Le couvercle a sauté… Une fois de plus, ce Vésuve bouillonnant de colère a fait des ravages, la nature est blessée…

Lui qui aime tant abriter sur ses flancs forêts, fleurs et quelques habitants, il n’a su s’arrêter. Tristement un nuage de cendres grises s’est ensuite déposé à ses pieds…

ob_3c61f0_volcan-de-fuego-eruption-july-28-2016Pendant ce temps la lave a coulé : le feu majestueux et noble s’est emparé de la nature pour l’illuminer. Il a couru sans s’arrêter, entraînant tout sur son passage. Il ne peut s’empêcher de passer d’arbre et arbre, réchauffant plus qu’il ne faut la nature impuissante à résister. Quelques oiseaux inquiets d’une telle énergie voudraient bien, si possible, pouvoir se reposer. Mais le feu continue sa course méthodique, se laissant tout à la fois admirer et craindre, non sans une certaine fierté…

Et le volcan gronde toujours.
Et le feu, toujours, poursuit sa course effrénée.

Quelle idée Dieu a-t-il inventée, que de laisser se croiser le volcan et le feu ?
Quelle chaleur, quel bruit, quelle énergie ! Tout y est démultiplié…

Puy de Pariou et puy de Dome, Chaine des puys, vue aerienne, 63, Auvergne, franceUn jour, peut être, le mariage du volcan et du feu ressemblera à ce paysage reposant des volcans d’Auvergne, ronds et verts, paisibles et reposants, où l’on viendra puiser une eau fraîche et pure, où le seul feu sera celui de modestes brindilles…

Allons,  ne rêvons pas… une vie n’y suffit pas…

Mais comme rien n’est impossible à Dieu, l’Eau Vive pourrait un jour calmer leurs ardeurs : Espérons !

 

L’ourse : métaphore de la base 8

40257639_2254990744729957_31176806824411136_nL’OURSE
par Marie
de base 8

Un grand cri de détresse parvient à mes oreilles.
Dans le fond de mes tripes mon instinct se réveille.
Quelqu’un souffre, quelqu’un hurle. On a besoin de moi.
Sans même consulter mon esprit évadé,
Tout mon corps réagit et il court pour aider.

Un enfant est blessé, il a mal et il pleure.
Alors que je m’approche puissamment, il a peur.
Mes grosses pattes et  ma puissante gueule effraient.
Mais sous cette apparence, je ne veux que la paix.
Une juste colère remplit mon cœur de feu,
Je voulais protéger les jeunes et les vieux.

Je n’abandonne pas, il a besoin de moi.
Je m’approche de lui et lui montre cette fois
Un visage attendri et d’une tout autre voix
Je lui dis simplement : « Me voilà là pour toi. »
Et ses grands yeux répondent dans un élan du cœur:
« Je te prends pour ma chef et même pour ma sœur ! »

Je vois une blessure sur son flan dessinée.
Une colère puissante m’anime et décidée,
Je pars  à la quête du lâche qui sans cœur
S’est attaqué, injuste, à ma nouvelle sœur.
Mon flair se développe et mes muscles se tendent.
Je viens d’apercevoir le coupable dans la lande.

Mon corps bondit alors dans un élan ardant.
Tout mes sens aux aguets je cours rapidement
Vers ce qui est  pour moi une saine justice
Et qui sûrement pour d’autres, serait une immondice.
Je le sens, il est là cet animal infâme
Je le menace alors, mes crocs comme des lames.

J’aperçois  dans le coin cet enfant qui me voit.
Je veux le protéger, je m’arrête donc là.
Par un immense effort me retire du combat
Pour venir à côté de mon cher protégé
Qui me regarde reconnaissant et soulagé.

maman-ours-12

La force de l’innocence

downloadWOMAN AT WAR
Un film de Bénédickt Erlingson, 2018

Halla, une femme en guerre, archétype de base 8 en survie*

Dès la première scène de Woman at war de l’Islandais Benedikt Erlingson, les choses sont claires : Halla est une guerrière. Au cœur de l’Islande, elle a décidé à elle seule de mettre un terme à l’activité de l’usine d’aluminium qui engendre une pollution considérable. Halla bande son arc et met à bas une ligne à haute tension. Elle dégage (HalldoraGeirhardsdottir, stupéfiante actrice de ce film) quelque chose après lequel tant courent en vain : une énergie, une force, une présence tellurique et charnelle. Au passage, notons que dans un film où le sous-type survie prédomine (la lutte politique d’Halla est très clairement ancrée dans le souci de protéger la terre nourricière avec laquelle elle entretient un rapport corporel quasi animal et celui de protéger les générations futures), le réalisateur montre avec finesse comment une parole politique de bon sens (« il y a des lois au-dessus des lois », en l’occurrence la loi naturelle) peut être pervertie par le système brandissant la menace de la loi religieuse et de la … charia ! Fin de la parenthèse sociale.

0890086.jpg-c_208_117_x-f_jpg-q_x-xxyxxToujours est-il qu’Halla va bientôt avoir tout le pays contre elle. On ne dévoilera pas ici l’intrigue mais notons que cette histoire se mêle de deux autres fils narratifs : l’adoption en vue d’une petite fille ukrainienne, remise en cause par son activisme politique, et la relation avec une sœur jumelle, professeur de yoga. Notons que (nous pourrions imaginer avoir affaire à un 6 contrephobique), Halla n’a pas de conflit de loyauté. Elle ne parle pas, ne doute pas. Elle avance, non sans peur et stress, mais avec une force irrépressible.

Ce personnage probablement de 8 est, avouons-le, très évolué, et c’est la limite du film, c’est presque trop beau. On sent la colère venue des tripes, la violence même. Mais elle s’exprime de façon maîtrisée : jamais contre les personnes, mais résolument contre le système et ses infrastructures. Les portraits de Gandhi et Mandela viennent résolument donner le cadre : celui de la non-violence. Dans le déchaînement de Halla contre l’usine, il y a quelque chose de très innocent, de très enfantin même que l’on retrouve dans sa manière de diriger la chorale dont elle est le chef : rien ne lui résiste, mais il y a une forme de douceur, de plaisir originel dans tout ça. De simple comme la base 8.

Halla est une guerrière, mais pas pour faire la guerre. Pour protéger. Protéger son espace vital, la terre où elle est née et dans laquelle elle aime enfouir son visage en archétype de 8 en survie. Protéger ceux qui vont venir et qui trouveront un pays désolé. Protéger cette petite fille qu’elle veut adopter. Le dernier plan simple et émouvant dit tout de l’instinct protecteur de la base 8.

Halla est une femme d’action, mais en elle il y a une aspiration à l’intériorité. On ne peut pas ici faire l’impasse sur la qualité et l’originalité de ma mise en scène qui donne à Halla une autre dimension qui rejoint miraculeusement la part secrète de la base 8. Il y a ces contrepoints qui viennent, scène après scène, souligner une émotion qu’Halla ne sait exprimer : Erlingson a choisi de scander son film, à chaque scène par l’intervention d’un improbable trio instrumental (piano, cuivre et batterie) et/ou d’un émouvant trio de chanteuses ukrainiennes. Comme des anges gardiens, ils expriment aussi la voix intérieure d’Halla. Cette voix du silence, de la contemplation qu’Halla contacte dans la nature. Plus avant encore, elle va à la fin du film rejoindre sa sœur dont sa quête de silence intérieur. Toute la fin du film montre, d’une manière que je ne saurais développer sans spoiler, qu’Halla, par l’accueil de la vulnérabilité (de l’autre et de la sienne), trouve un apaisement qui lui manquait. Fallait-il se lancer dans une telle aventure ? Le film ne conclut pas. Je pense qu’il valide même le combat d’Halla. Mais il montre qu’elle ne peut le gagner par ses propres forces. En demandant de l’aide à son cousin, en la recevant de sa sœur, en reconnaissant de fait sa faiblesse, Halla devient pleinement humaine. Et donc plus forte.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

 

Brutus ennéattoz

downloadBRUTUS ENNEATOZ
par Sébastien
de base 8
Sébastien nous parle de lui, de son expérience du Vittoz à travers le cycle FOVEA, puis d’un stage de connaissance de soi via l’Ennéagramme.
Portrait de choc et de charme où l’articulation du Vittoz, de l’Ennéagramme et de la vie spirituelle prend corps.

Je suis un lion, j’ai la force physique, le mental d’un gagnant. Je sais ce qu’ils sont, je les méprise ou je les comprends, quand je suis bien, je suis facile à vivre. Rien ne m’arrête, rien ne m’est impossible.

J’aime le soleil et la pluie, le froid et le chaud, je suis gentil mais je peux être méchant, je rugis souvent, j’aime les miens, rien n’est trop beau pour eux, et pourtant je ne leur suis pas très agréable à vivre tout le temps… Le farniente et l’observation sont aussi miens, mieux voir pour mieux dominer, comprendre pour maîtriser, savoir pour expliquer : je suis.

Je suis sociable, le monde me plait mais je choisis mes amitiés. Faut-il encore que dans ce monde les enjeux soient ceux qui me motivent. La maigre pitance, la carcasse sèche, le blabla ne m’intéressent pas. J’aime la vie, dans ses extravagances et ses excès, la course dans la savane sèche, le corps à corps sanglant et sans merci… L’acier froid et le rugueux du béton, la veine du bois, l’ombre et la lumière sont de mon monde…. Rien, rien ne m’arrêtera. Pour eux, ou pour moi. Ou pour Toi qui Es, aussi.

Janvier 2017, démarrage d’un groupe Vittoz : 8 séances de deux heures en petit groupe, pour réapprendre à vivre pleinement l’instant.

Un soir d’hiver, humide et froid, une baie coulissante, un feu crépite, je suis seul, je suis le premier : « que fais-je ici ? » Les autres arrivent, étonnants, étrangers, presque hostiles. « Calme, Brutus, ils sont là, comme toi ». Retour sur les sensations, écoute ton corps, le croquant du biscuit, le doux et le rugueux, ta respiration calme et puissante, fin des tensions, une vieille douleur au dos, des parfums, l’eau qui coule, l’armoire sombre et mystérieuse, un escalier sans issue… « Reviendras-tu ce soir, le veux-tu, le veux-tu vraiment ? » Se sentir vivant, des parfums, une joue douce, un regard  profond,  la futilité d’une sensation, des souvenirs qui reviennent : la honte d’un échec ou la jouissance d’un moment. « Oui, je reviens ». La mécanique de la tête, la posture du corps, une gymnastique intégrale, se sentir bien dans des moments ridicules, un théâtre de gestes pour un retour aux sensations, je suis là, et que là.

Mai 2017, session d’initiation à l’Ennéagramme : deux jours au Centre spirituel des Carmes d’Avon pour mieux se connaitre et mieux comprendre les autres.

Salle lumineuse, François et Valérie : ceux-là, c’est simple : ils sont un peu moi, je suis un peu eux. Puis les autres : une dominante incomprise, une pipelette futile, une calme en colère, un réfléchi plein de questions, une douce pleine de vie, des yeux bleus, des yeux verts, des parfums, des corps tièdes, de l’amour et de la tristesse, des questions et des affirmations… deux jours à perdre, et il fait beau dehors.

Je suis moi, ils sont eux, on se parle on s’explique, c’est beau comme une rivière qui coule, l’eau n’est jamais la même mais on a les même rives, les mêmes paysages. De lion, je me sens renard, le vaniteux et l’aiguilleur sont là, j’apprends de l’aviateur et du serpent, le roi et le marchand se parlent, l’astronome Turc et le buveur m’expliquent ce que je suis sans me le dire…

Je suis un lion, j’ai la force d’un gagnant et le mental d’un physique. Je sais presque ce que je suis, ils sont ceux qu’ils sont. Je les aime, je ne les comprends pas toujours, quand je suis bien, je suis facile à vivre.

Toi, tu m’as arrêté, rien ne T’es impossible.

Brutus Ennéattoz, roi des bêtes, ami des hommes et de l’Homme

31 05 2017

Trump ou la grande confusion

imagesDONALD TRUMP
Hypothèse contradictoire en 8 ou 6 contrephobique

L’élection de Donald Trump a secoué le landernau médiatique. Passons sur les aspects politiques de la question et intéressons-nous à cette personnalité contestée et hors norme.

L’homme provocateur, grossier, n’hésitant pas à faire des plaisanteries en-dessous de la ceinture, étalant sa richesse, simplificateur et caricatural, farouchement indépendant peut faire penser à une base 8 dans ce côté brut de fonderie et dominateur. Sa biographe Laure Mandeville souligne qu’il a toujours été un rebelle et une forte tête, bombardant ses instituteurs de gommes, tirant les cheveux des filles, et que le coin où les élèves turbulents étaient envoyés avait été baptisé de ses initiales, DT ! A 13 ans, son père l’envoie d’ailleurs en internat car il le surprend en train de préparer une descente à Manhattan avec des lames de rasoir ! Contrairement à son frère aîné, mort dans l’alcoolisme, Trump a décidé de ne jamais exposer ses faiblesses. C’est l’évitement de la base 8 qui cache sa vulnérabilité car il croit en la force.

Tout serait simple si quelques éléments ne venaient troubler la logique de ce tableau. En petit comité, le provocateur laisse place au pragmatique qui écoute ses conseillers et ne choisit pas systématiquement l’option la plus extrême. Au contraire, en politique étrangère, Trump s’affirme prudent et pragmatique, jugeant que le statut de gendarme du monde a fait commettre des erreurs aux Etats-Unis. Par rapport à Daesh, il est prêt à s’allier avec Poutine et même à lui laisser faire le travail s’il le sent mieux placé que lui pour le faire. Bref, de nombreux indices semblent montrer que l’homme est bien plus complexe qu’il ne le montre, comme s’il cachait son jeu.

L’autre hypothèse expliquant ce sens de la provocation serait une base 6 de type contrephobique, réagissant à la peur par l’attaque, testant, déstabilisant l’adversaire par une virtuosité verbale très aiguisée (tandis que le 6 phobique est plutôt dans l’effacement et l’expression de la peur). Si cette hypothèse était avérée, et elle a aujourd’hui ma préférence, il rejoindrait la cohorte des provocateurs de la politique, 6 tellement contrephobiques qu’on les prend pour des 8 où je verrais bien Georges Marchais, Jean-Marie Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

C’est souvent dans le verbe que l’on peut discerner un 6 contrephobique car pour l’énergie puissante et brutale la confusion est totale avec le 8. De même que la défense des faibles (Trump a un discours de protection des pauvres qui est aux antipodes du libéralisme contrairement à ce qui a été souvent dit) qui réunit 6 et 8, le premier par devoir, le second par instinct de protection.

Pour compliquer encore la donne, trois petits éléments. Le premier est que 6 ou 8 , Trump a vraisemblablement une aile 7 qui lui donne tant d’aisance dans les pitreries. Le deuxième est le sous-type certainement social, tant les notions de prestige et d’image semblent présentes. Enfin, n’oublions pas qu’il est américain et qu’une super-couche de base 3, propre aux Etats-Unis vient en rajouter dans le côté bling-bling et la passion du challenge.

Pas si simple l’ennéagramme…

Surprise !

1A52BDFF-0C50-4805-94DA-7BE409CE3AB8_cropSURPRISE !

par Odile

Un immense merci chère Valérie, cher François, pour ces deux jours de formation passés avec vous.

Cela m’a permis de découvrir qui j’étais, même si, vous l’avez bien compris, cela ne correspondait pas à ce que je pensais en arrivant à Azille. Ce fut un peu douloureux pour moi, probablement par ce que j’avais toujours été qualifiée par mon entourage depuis toujours comme étant quelqu’un de fort, un leader… une base 8 en somme!

Des blessures d’enfance qui rejaillissent un peu fort… Et me découvrir comme étant loyale et cérébrale, jouant avec ses peurs, quelle découverte! Merci Valérie de m’avoir permis cette remise en question.

Mon retour à la maison a été très paisible. Je pense que ces quatre heures de trajet en tête-à-tête avec moi-même ont été très bénéfiques. Il faut dire que Haendel et Bach m’ont bien soutenue. Comme je l’avais dit dans mon blason, la musique permet tout!

N’ayant pas pu le dire tout à l’heure, je voulais vous dire que j’ai beaucoup apprécié l’esprit que vous savez faire régner autour de vous. J’ai beaucoup apprécié votre bienveillance et celle de l’ensemble du groupe envers chacun de nous. Un immense merci pour tout cela.

Mon prochain challenge (à part m’occuper de moi!) est de convaincre Stéphane de m’accompagner. Claire m’a demandé de raconter ce que j’avais fait, qui j’étais… Je lui ai dit que non et elle a trouvé cela nul. Mais ayant eu du mal ce week-end à me débarrasser d’une base que l’on m’avait assigné dans ma petite enfance, je ne vais surtout pas aller en donner une aux autres. Je les laissent se découvrir eux-mêmes. Vous avez su bien faire passer le message de ce côté là.

Du rire et des larmes

le-prenom-affiche-4f67102b326b6LE PRÉNOM
Un film de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, 2012

Le succès du film Le Prénom est sans doute dû à la remarquable étude de caractères qui en fait la force. On ne jaugera pas ici des qualités cinématographiques de ce qui relève du genre du théâtre filmé si cher au cinéma français, avec toutes les limites que cela comporte, sauf à relever tout de même la très belle performance du quatuor d’acteurs principaux. Ce qui me paraît avéré est la stupéfiante cohérence des personnages, beaucoup moins caricaturaux qu’une lecture superficielle pourrait le laisser entendre. Cohérence qui peut s’analyser de façon convaincante avec l’ennéagramme.

3327124-7Commençons avec le personnage de  Vincent, superbement campé par Patrick Bruel, qui donne l’impulsion de l’histoire en annonçant à un dîner où il est invité par sa sœur et son beau-frère qu’il va appeler son fils Adolphe. Nous pourrions être en face d’un archétype de base 3, agent immobilier fier de montrer sa réussite, qui roule en grosse berline allemande et apporte une bouteille de Cheval-Blanc 1985. Bien trop occupé pour penser à autre chose qu’à son travail et à l’image qu’il donne, il ne sait à peu près rien de celui de sa compagne. Mais il y a plus que ces traits parfois un peu trop caricaturaux du 3. Il y a cette capacité à s’engager à corps perdu dans une joute verbale avec son beau-frère, joute où la question de la vérité n’a aucune importance, mais dont il faut être vainqueur. Et c’est là où Vincent bascule, empêtré dans un mensonge dont il ne sait plus sortir car cela l’amènerait à reconnaître une défaite, un échec. Pour gagner un challenge dérisoire, il met de côté toute émotion, peut paraître cynique ; mais quand il croit être trompé par sa femme – ce qui constitue l’échec du lien par excellence si redouté en base 3 – il ne sait pas prendre le recul nécessaire et se laisse submerger par sa propre émotion. Comme l’apprend l’ennéagramme, le 3 est un émotionnel qui s’ignore, et le personnage incarné par Bruel le montre à merveille.

3327124-9Prenons les autres personnages dans l’ordre de rentrée en lice dans ce jeu de massacre comique et tragique. Pierre, le beau-frère, joué à la perfection par Charles Berling est le prototype du bobo intello de gauche, très certain de son appareil mental. On n’a pas de mal à reconnaître une base 5, par ce côté intello en retrait, comme détaché de la vraie vie, aimant à parler avec des références plus qu’à se mettre lui-même en danger. Le défaut que lui renvoie son entourage, et dont il est parfaitement dupe, est celui de l’avarice qui n’est pas seulement une difficulté à dépenser son argent, mais surtout à donner de lui-même, à dépenser une énergie assez faible : on voit Charles Berling, épuisé par la joute, quasiment disparaître en deuxième partie de film. Vraisemblablement, l’impact émotionnel (dont il n’a pas conscience) de la question politique, l’importance de son rôle de professeur d’université, une manière d’avoir soin à sa manière sobre et signifiante de son image, évoqueraient un sous-type social.

3327124-11Claude, l’ami d’enfance de Vincent et de sa sœur, joué par Guillaume de Tonquédec, pourrait être un bel archétype de base 9. C’est ce que lui renvoient avec cruauté ses comparses : difficulté à se positionner, incapacité à entrer en conflit, un côté qui peut aller jusqu’à une certaine transparence. Même lorsque ses amis l’étiquettent à tort, et avec une consternante légèreté comme homosexuel, il ne se met pas en colère.  Mais ces facettes sombres sont l’envers d’une étonnante qualité d’empathie et d’écoute, d’une propension à la paix et à l’harmonie étonnante. Or cet homme qui par souci d’éviter un conflit a caché un lourd secret à ses amis durant des années, va du coup être à l’origine de l’explosion finale, faute d’avoir à temps affronté le problème. On en dira pas plus, mais il paraît probable que cet homme aimanté par une femme de façon tout à fait singulière, soit en sous-type tête-à-tête.

3327124-3Elisabeth, sœur de Vincent et femme de Pierre, est un personnage dont il n’est pas si facile de chercher la base car son rôle de mère de famille débordée et peu reconnue pour ce qu’elle fait vient parasiter l’analyse. On pourrait la voir en 2 à certains aspects, mais elle n’en n’a ni le côté  structurellement envahissant, ni la part conjoncturellement agressive. Il se pourrait qu’elle soit de base 4 dans une version assez sobre, comme le sont une bonne partie des personnes de base 4, contrairement à ce que disent les livres. Valérie Benguigui incarne une femme de cœur, dont le ressort profond est émotionnel (comme on le voit pour son travail de professeur de français), qui se sent profondément incomprise et qui peut parfois manquer de logique. C’est surtout dans la seconde partie du film, et notamment à la fin, que se dévoile une femme qui souffre de manque de lien avec un mari en retrait et un frère autocentré, et surtout qui vit très mal le manque d’authenticité de celui qui avait le statut de son meilleur ami, confident de cœur. Se révèle alors le rejet du 4 de tout ce qui est superficiel, notamment des rapports avec sa belle-sœur, mais aussi une présence émotionnelle qui désarçonne les protagonistes. Lorsqu’elle s’adresse à chacun apparaît aussi un sous-type tête-à-tête  pour lequel la rivalité (avec son frère ou sa belle-sœur) est très présente, avec à sa manière une indéniable séduction.

3327124-8Finissons avec Anna, femme de Vincent qui arrive un peu tard dans la soirée et dont le rôle est moins important, incarné par Judith El Zein. Celle que son mari appelle « la bombe » pourrait bien être de base 6, avec une violence verbale très ajustée, mais très destructrice au fur et à mesure que l’action se tend. Loyale avec la famille de son mari dans le choix du prénom de l’enfant, elle se sent trahie dans sa fidélité lors du quiproquo et se défend en attaquant. Le personnage gagne de l’épaisseur quand est dévoilé le lien qui la lie à Claude et à Françoise, la mère de Vincent et Elisabeth. Une problématique complexe apparaît autour de la confiance et de la trahison, avec un mélange d’humour et d’agressivité, de volonté d’apaisement et de saillies imprévisibles. Un sous-type tête-à-tête en 6 dit force et beauté est assez plausible.

Reste Françoise, que l’on ne fait qu’entendre ou plutôt deviner au téléphone et voir dans un flash-back éloquent. Intrusive, ultra-présente, on pourrait évoquer du 8 ou du 2, mais les éléments d’analyse sont trop minces pour se risquer aux hypothèses. En revanche un sous-type tête-à-tête n’est pas improbable pour cette étonnante séductrice !

Au cinéma comme dans la vie, le rire peut être un joli mécanisme de défense mais aussi un moyen de mise à distance qui permet l’approfondissement : ainsi la comédie peut révéler le fond de l’être parfois mieux qu’une tragédie. Voir ou revoir ce film à la lumière des caractères de l’ennéagramme donne de nouvelles raisons de rire mais surtout nous fait aimer davantage les personnages parce que l’on s’approche un peu plus ainsi de leurs ressorts profonds.