La solitude, cauchemar ou salut ?

LA SOLITUDE FORCÉE, CAUCHEMAR OU SALUT ?
Témoignage de confinement /20
par Raphaëlle, de base 2

Aux premiers échos d’un confinement possible, quelle angoisse s’empare de moi… Plus personne à voir, plus personne à qui donner, plus personne de qui recevoir.

J’ai expérimenté pourtant, depuis quatre mois que j’ai quitté ma région d’attache pour arriver dans une nouvelle vie, combien je résistais mal aux semaines de solitude, seule avec mon bébé de 18 mois. Pas facile de quitter d’un coup la région parisienne, un groupe d’amis constitué depuis 15 ans, un métier passionnant et à responsabilités importantes, une vie trépidante, active, hyperactive même… La perspective un instant envisagée d’une période de retrouvailles en couple disparaît à l’annonce du maintien du travail de mon homme: en somme rien ne change, et tout change.

Rien ne change: il part aux mêmes heures, revient peut-être un peu plus tôt, la petite est toujours là, centre de nos journées, merveille à qui donner sans aucun retour, dans l’expression même de la gratuité maternelle, la maison, les travaux, le linge, les repas, et la petite vie qui grandit en même temps dans mon ventre qui s’arrondit. Et tout change: impossible de se ressourcer auprès des amies, des nouvelles connaissances qu’on voudrait approfondir, cette hantise de faire son trou dans une nouvelle région: qui va m’aimer, qui va m’accueillir? Je m’accroche à cette attente des preuves d’amitié, scotchée à mon téléphone comme à une planche de salut, guettant les messages d’amour comme autant de petites bouées de
sauvetage. Et ce confinement qui arrive au moment même où j’avais pris en main cette nouvelle vie, organisant journée après journée des rencontres, des retrouvailles, des découvertes… et me sentant tellement plus complète et épanouie.

Et puis soudain ce silence. Comme un repos, comme un soulagement, comme un grand souffle. C’est là que je découvre une nouvelle approche de l’autre. Oh ce n’est pas si facile. Ça passe par des jours de cafard, des coups de blues, des colères et des impatiences. Mais c’est réel. D’abord une mise à disposition: c’est si facile d’aider par téléphone un neveu qui galère sur son exercice de grammaire; de se mettre à l’écoute d’une amie vivant un confinement forcé en famille et qui est l’arbitre des conflits, de réfléchir à qui on peut envoyer un petit message de soutien. Ensuite une ouverture du cœur: mon autre n’est plus celui que j’avais choisi: la bonne copine bien sous tous rapports, de la même paroisse, de la même sensibilité, maman comme moi, avec qui je peux discuter; l’autre c’est le voisin bougon qu’on découvre délicieux, la voisine au drôle de look qui est enceinte pour un mois après moi, la petite vieille revêche qui craque devant ma fille et me parle de ses huit enfants.

Ensuite la prise de conscience de l’exigence d’un cadre: à la 2 dispersée, extérieure, avide d’expériences que je suis, apparaît comme un refuge cette maison en travaux que chaque jour embellit, ce coin de nature où la vraie vie continue, avec les herbes qui poussent, la terre qu’on retourne, les massifs qu’on crée et le soleil qu’on boit, cette montagne en arrière-plan, immobile et changeante, si sûre dans sa présence solide.

Un cadre et un rythme aussi, tellement plus facile à mettre en place dans ces journées sans engagement extérieur: grâce du rendez-vous de l’oraison quotidienne, où chaque lecture est comme une preuve de son unicité aux yeux de l’Autre.

Enfin la perception de sa faiblesse: à la 2 qui n’hésitait jamais à aller vers l’autre, qui était prête aux kilomètres, il faut de l’humilité pour reconnaître qu’on n’a pas tant besoin d’elle, ou qu’elle rechigne aussi aux services virtuels, tellement moins gratifiants…

Alors maintenant? Maintenant, la vie va reprendre, doucement. Et mon cœur s’élargit, se réchauffe et bouillonne à l’idée qu’il arrive, ce temps où l’on va tous les revoir. Creusé dans la solitude, le désir de l’autre est féroce, intense, et en même temps presque timide: on va s’aimer…

Mais le calme profond qui demeure en définitive est dû aussi à une certitude: l’amour profond, exigeant, inconditionnel que me porte celui dont je partage la vie, et dont l’expression pendant ce confinement vient de m’ouvrir des horizons insoupçonnés pour la 2 que je suis… Mais ça, c’est une autre histoire… à suivre…

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