Homère et l’Ennéagramme

 

Homère

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LE VOYAGE D’ULYSSE A LA LUMIERE DE L’ENNEAGRAMME

Par Xavier Villette
Consultant en relations humaines

De quand date l’ennéagramme ? Entre ceux qui prétendent que l’ennéagramme est la construction mentale d’un aventurier du XXème siècle, et ceux qui vont rechercher des traces chez les pères de l’Eglise, en passant par les soufis, par les mathématiciens musulmans du moyen âge… la liste des possibles est longue.

imgresCet été, j’ai eu l’occasion de faire un pas de plus sur ce sujet, en étudiant de plus près un des plus grands textes du patrimoine littéraire de l’humanité, l’Odyssée d’Homère. Une amie avait piqué ma curiosité en me parlant d’un coach américain, Michael Golberg, qui a écrit sur ce sujet. Je me suis donc armé d’un exemplaire de l’Odyssée, en français, et de deux ouvrages de Golberg, en anglais cette fois, et j’ai lu. C’est impressionnant. En voici l’histoire, un chapitre à la fois.

Chapitre 1 : Les mangeurs de Lotus ?

Ulysse quitte Troie, commet encore quelques massacres chez les Cicones, puis prend la mer sérieusement pour se rendre à Ithaque et retrouver Pénélope. Un voyage de quelques semaines qui va durer… 10 ans. Il fait une première étape chez les Lotophagesce peuple si gentil, sans conflits, mâcheurs de Loto, cette activité d’apparence anodine par laquelle ils se « narcotisent », au point d’oublier qui ils sont. Ils n’ont d’ailleurs guère de courage pour en sortir (acédie). Ce peuple ne vous rappelle rien ?

Chapitre 2 : Ulysse chez les Cyclopes

Laissant les Lotophages, Ulysse gagne donc le pays des Cyclopes. Changement de décor. Ici la nature est luxuriante et sauvage. Polyphème, puissant géant à œil unique, qui vit en maître de son petit univers, qui ne craint pas plus les dieux que ses adversaires, une sorte de force brutale, tout en excès, fort peu attentif aux dégâts collatéraux de ses colères. Son œil unique voit l’adversaire devant, mais pas sur les côtés. Trop sûr de sa force pour imaginer même qu’Ulysse puisse lui faire du mal, il ne peut être vaincu que par ruse. Une fois affaibli, il crie vengeance. La force brutale, le refus de se voir faible, l’excès, voyons, voyons…

Chapitre 3 : Eole, l’île qui flotte sur la mer

Ulysse reprend la mer et aborde sur les rivages d’Eole, l’île qui flotte au gré des vents, là où les habitants font la fête tous les jours, et vivent dans une attitude de joie apparente, toujours prêts à évoluer selon le vent, à saisir l’opportunité nouvelle. Ils regardent la vie du bon côté : pourquoi ce bonheur ne durerait-il pas toujours ? Leur roi aide Ulysse à partir. Il lui permet même d’avoir en rêve la vision d’Ithaque mais se préoccupe assez peu des modalités pratiques pour y retourner vraiment, par un long voyage. Ulysse est rejeté sur l’île, après une faute de son équipage, qui a transgressé les conseils du roi. Tant pis pour eux. Le roi s’est détourné de ce problème qui commence à le lasser. Ah, si tout le monde pouvait voir la vie du bon côté comme les éoliens !

Chapitre 4 : Méfiance en Lestrygonie

Ulysse repart et arrive en LestrygonieL’entrée du port est plus inquiétante qu’accueillante. On sent que la population vit dans une attitude de doute et de peur, a priori défensive. Elle craint toujours le pire. Le roi est paranoïaque. Il attaque et détruit la flotte d’Ulysse à titre préventif. Ulysse ne sauvera qu’un navire sur douze. Homère a une vision bien noire de ce peuple-là. N’a-t-il pas aussi de bons côtés ?

Chapitre 5 : Circé ou les connaissances de la sorcière

Alors Ulysse arrive chez la sorcière Circé qui vit cachée au cœur d’une forêt, un peu en ermite dans son palais (château-fort ?), entourée de lions et de loups. Mais on n’envahit pas Circé sans risque ! Elle accueille les compagnons d’Ulysse mais c’est pour les ensorceler et les transformer en porcs (dans la mythologie, le porc est un vorace, un glouton qui ne pense qu’à se remplir l’estomac. Il n’en a jamais assez). Circé piège ainsi ceux qui sont obnubilés par leur quête jamais assouvie d’approfondissement d’un champ étroit de connaissances. Ulysse ne se laisse pas prendre. Alors Circé partagera avec lui son savoir, lui révélera des secrets qui lui permettront de se rendre dans le territoire des ombres, puis de traverser le pays des sirènes, puis d’éviter les dangers de Charybde et Scylla. Le savoir de Circé est grand, et quand elle est bien disposée, elle le partage. Encore faut-il parvenir à passer ses défenses et savoir comment l’aborder.

Chapitre 6 : L’Hadès et les sirènes

Circé coache Ulysse. Grâce à ses informations précieuses, il va être capable d’entrer dans le monde terrifiant, noir, des ombres des morts. Il va affronter la mélancolie des morts, leur désir si fort d’être différents de ce qu’ils sont et de ce qu’ils ont été. Il saura se protéger de l’envahissement des émotions. Il parviendra à sortir de là, ayant trié en lui-même les émotions auxquelles il donne droit de cité, et celles auxquelles il renonce.

Ayant fait le tour de ses propres ombres intérieures, Ulysse peut naviguer de nouveau. Il traversera le territoire des sirènes, il saura écouter la beauté suave et insoutenable de leur chant qui lui dit : « nous savons qui tu es profondément ». Lié au mât de son bateau, il ne pourra pas en modifier le cap, et échappera à l’écueil mortel de ne se tourner que vers lui-même.

Chapitre 7 : Charybde et Scylla

De Charybde à Scylla, seul compte de gagner, les pertes sont inévitables. Voilà bien un lieu où le problème n’est pas de méditer sur ses émotions intérieures. Là il faut réussir. Seul le résultat sera vu et apprécié. Il faut aller vite, ne pas s’arrêter, naviguer en évitant les écueils. La trajectoire droite n’est pas forcément la plus efficace. Louvoyer un peu en fonction des dangers est bon, puisque cela réussit. Bien sûr, il y aura des pertes au passage. Mais business is business, Ulysse est prévenu et il devra bien s’y faire malgré ses résistances. Il n’a qu’à se mentir un peu à lui-même : de toute façon il n’y a qu’une seule solution, foncer. La vitesse est primordiale. 

Chapitre 8 : Calypso, prisonnier d’un amour possessif

C’est sur l’île d’Ogigie qu’Ulysse est resté prisonnier 7 années. Malheureux homme : emprisonné dans la douceur de la belle nymphe, de jour comme de nuit. Calypso l’a recueilli mourant. Elle a su ce qu’il lui fallait, elle a répondu à tous ses besoins sans même qu’il ait besoin de les exprimer. Elle l’aime et se donne à lui et pour lui. Une seule chose lui est refusée : partir. Il est prisonnier de cet amour possessif. Elle espère qu’en l’emprisonnant elle en obtiendra son amour en retour. Il faudra l’ordre supérieur de Zeus pour qu’elle le libère, et c’est seulement là qu’il l’aimera et qu’elle sera vraiment heureuse de l’aider gratuitement, en toute liberté. Amour, emprisonnement, liberté, don de soi aux autres…

Chapitre 9 : Les Phéaciens ou « faire les choses comme il faut »

Enfin, Ulysse aborde en naufragé l’île des Phéaciens. Là, les choses qui méritent d’être faites méritent d’être bien faites. Ulysse n’aborde pas en conquérant. Il respecte les usages. Il se conduit correctement et humblement. Secouru par Nausicaa, la fille du roi, il va se rendre au palais de son père. Un palais parfait, comme tout le reste ici. Le roi comprend qu’il est de son devoir moral d’aider Ulysse, et s’y met aussitôt. Avant de partir pour Ithaque, Ulysse devra se résoudre à participer aux Olympiades de ses hôtes, qui sauront le pousser à donner le meilleur de lui-même. Puis les marins du roi, parfaits navigateurs, amèneront Ulysse à Ithaque, malgré l’opposition de Poséidon. Perfection, rigueur morale, idéaux élevés, toujours faire bien ou même mieux…

Conclusion : de quand date l’enneagramme ?

Vous les avez reconnus : de 9 à 1, dans l’ordre inverse, les 9 étapes du voyage d’Ulysse correspondent exactement aux 9 types de l’ennéagramme, et dans l’ordre inverse. Le mot ennéagramme n’est jamais cité. Il n’existait pas d’ailleurs. Et puis nous sommes dans un poème. Mais tout de même, la correspondance ne peut pas laisser indifférent.

Revenons à notre question de départ. De quand date l’ennéagramme ? Je ne le sais toujours pas. Mais Homère, que l’on situe quelque part entre 900 et 700 avant Jésus-Christ, semble nous faire un clin d’œil : quelque chose de cette pensée sur la personne humaine était déjà connu à ce moment-là

Il reste que dans l’ensemble, ces 9 descriptions sont le plus souvent très noires, alors que pour ma part je pense qu’il y a quelque chose d’un talent particulier de chaque type qui est donné comme une grâce au monde. Il fallait peut-être, pour compléter ce regard attendre Jésus-Christ.

 

1 réflexion sur « Homère et l’Ennéagramme »

  1. Pr S. Feye

    Un des meilleurs commentaires sur le sens profond d’Homère se trouve dans l’ouvrage du grand philosophe belge: Emmanuel d’Hooghvorst, « Le Fil de Pénélope » (Beya Éditions)

    Pr Stéphane Feye
    Schola Nova (non soumise au décret inscriptions) – Humanités Gréco-Latines et Artistiques
    http://www.scholanova.be
    http://www.concertschola.be
    http://www.liberte-scolaire.com/…/schola-nova
    http://online.wsj.com/news/articles/SB10001424052702303755504579207862529717146

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