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Qu’est-ce que la conscience ?

QU’EST-CE-QUE LA CONSCIENCE ?

Beaucoup de courants de psychologie contemporaine, mettent la conscience au centre, comme moyen de connaissance de soi, des autres et du monde et comme moyen de progression. Nous aussi. Mais qu’est-ce que la conscience? Une instance subjective inviolable qui n’admet pas de règle extérieure/supérieure? Une conviction intime qui rejoint le réel mais ne peut être confirmée/infirmée de l’extérieur? 

La réponse de saint John-Henry Newman pensée par Benoît XVI me semble – pour utiliser des termes vittoziens – faire la différence entre une conscience emissive (la raison se projette sur l’objet) et une conscience réceptive (la raison reçoit sa forme de l’objet). Ainsi, l’obéissance à la vérité (pour soi, pour la relation à l’autre, pour le monde), ou je préfère dire la volonté de cheminer vers la vérité, emprunte toujours les voies de notre subjectivité, qui se laisse informer. Comme pour l’inspire-expire conscient de la respiration vittozienne, l’alternance subjectivité-objectivité de la conscience est un chemin vers la vérité toute entière, qui demeure un horizon. Autrement dit avec Gustave Thibon dans L’Ignorance étoilée : « L’étoile divine est intérieure et invisible; elle éclaire l’âme du voyageur et non le chemin où il marche; elle nous donne assez de foi pour aller au-delà de tout, mais elle ne dispense de rien.”

Discours du pape Benoît XVI à l’occasion de vœux à la Curie romaine, Salle Royale du 20 décembre 2010:

« En Newman, la force motrice qui le poussait sur le chemin de la conversion était la conscience. Mais qu’entend-on par cela ?

Dans la pensée moderne, la parole conscience signifie qu’en matière de morale et de religion, la dimension subjective, l’individu, constitue l’ultime instance de la décision. Le monde est divisé dans les domaines de l’objectif et du subjectif. A l’objectif appartiennent les choses qui peuvent se calculer et se vérifier par l’expérience. La religion et la morale sont soustraites à ces méthodes et par conséquent sont considérées comme appartenant au domaine du subjectif. Ici, n’existeraient pas, en dernière analyse, des critères objectifs. L’ultime instance qui ici peut décider serait par conséquent seulement le sujet, et avec le mot conscience on exprime justement ceci: dans ce domaine peut seulement décider un chacun, l’individu avec ses intuitions et ses expériences.

La conception que Newman a de la conscience est diamétralement opposée. Pour lui conscience signifie la capacité de vérité de l’homme: la capacité de reconnaître justement dans les domaines décisifs de son existence – religion et morale – une vérité, la vérité. La conscience, la capacité de l’homme de reconnaître la vérité lui impose avec cela, en même temps, le devoir de se mettre en route vers la vérité, de la chercher et de se soumettre à elle là où il la rencontre. La conscience est capacité de vérité et obéissance à l’égard de la vérité, qui se montre à l’homme qui cherche avec le cœur ouvert.

Le chemin des conversions de Newman est un chemin de la conscience – un chemin non de la subjectivité qui s’affirme, mais, justement au contraire, de l’obéissance envers la vérité qui, pas à pas, s’ouvre à lui. »

 

Entretien avec Zélie

ENTRETIEN AVEC ZELIE
Février 2020

Quels étaient vos rêves de petite fille ?

Des rêves de liberté ! Ce qui n’a pas fait de moi une enfant ni une adolescente faciles: je cherchais, provoquais parfois pour comprendre, creuser, me poser la question du pourquoi. Je me suis faite remettre à ma place plusieurs fois, avec souvent l’impression de ne pas être comprise. Mais cela m’a appris à ne pas me contenter de l’apparence, à tenter au risque d’échouer, à me donner les moyens de cette liberté. D’abord de manière un peu maladroite et rebelle, puis en apprenant à élargir mon point de vue, à observer, écouter, à me remettre en question, à me dire que finalement ce n’était peut-être pas le monde qui devait changer, mais moi-même.

Vous êtes chrétienne ; comment avez-vous rencontré Jésus ?

J’ai été élevée dans une famille catholique pratiquante où j’ai reçu une éducation chrétienne et une formation solide. Je crois que j’ai coché toutes les cases. Mais si vous parlez de rencontre personnelle, ce fut beaucoup plus tard et pas à mon initiative, il y a une douzaine d’année dont je vis encore aujourd’hui, et que je garde pour moi si vous le voulez bien. Et puis il y a eu toutes les rencontres dues aux épreuves: celles de la vie, des amitiés, de l’accident grave d’une de nos filles. Je crois que quand on est vulnérable le Christ se donne à connaître d’une manière toute particulière.

Qu’est-ce qui vous a amenée à devenir formatrice à l’ennéagramme ?

Un désir de changement ! Car j’ai d’abord exploré cet outil pour moi-même. Il m’a appris à prendre du recul, à changer mon regard sur moi-même, sur les autres, sur le monde. A distinguer ce qui vient de ma nature de ce que je peux en faire. En bref, il m’a appris à être plus libre, avec comme fruit principal plus de paix intérieure. Et quand on a beaucoup reçu, c’est tout naturellement que vient le désir de transmettre. C’est un émerveillement toujours renouvelé d’être le témoin de la beauté des personnes, leur bonne volonté et de la manière dont elles s’emparent de l’outil et prennent les moyens de bouger. Il y a aussi une notion de responsabilité dans celle de liberté et comme le dit Etty Hillesum, notre responsabilité est d’irradier la paix reçue dans ce monde en ébullition.

Pouvez-vous nous présenter l’ennéagramme, et l’intérêt de cet outil ?

L’ennéagramme est une cartographie de la personnalité en neuf points, du grec ennea gramma, comme il en existe depuis toujours, en tous cas depuis les pères du désert avec Evagre le Pontique (qui distinguait huit profils proches de ceux de l’ennéagramme). Il permet de faire la lumière sur nos motivations profondes, souvent inconscientes, de découvrir qu’elles correspondent à un talent propre, mais aussi à des travers. En les connaissant mieux, il est plus facile d’adoucir les uns et de mettre au service les autres.

Par exemple si on est de base 9 et que notre motivation fondamentale est l’harmonie, nous aurons des compétences pour l’écoute et la compréhension de l’autre, mais avec parfois une difficulté à l’affirmation de soi par peur du conflit, avec un risque d’inertie. Le but du jeu est d’en prendre conscience et de développer sa vertu propre qui est l’action juste, c’est-à-dire, d’oser la confrontation au risque d’une disharmonie apparente, pour un positionnement juste. Et ce qui est intéressant dans cette action juste – qui demande un travail – c’est que c’est ce qu’elle a à apporter au monde: l’action juste est le propre de la base 9. Et c’est ainsi pour les 9 bases, nous avons besoin de chacun pour que le monde tourne. Je n’ai jamais aimé cette phrase commune : personne n’est indispensable. Je lui préfère de loin un chacun est précieux.

Vous proposez cinq modules de formation, de deux jours chacun (et vous avez déjà formé plus de mille stagiaires!). Pouvez-vous nous décrire ces différentes étapes ?

 Les trois premiers modules sont, je pense, nécessaires pour avoir une connaissance complète de l’outil. Pour faire simple:

  • on y découvre son profil dans le premier dans une formule très interactive avec alternance de topos, d’expérimentations en petit et grand groupe et de travail à la vidéo;
  • on apprend à mieux comprendre celui des autres dans le second  par le biais de panels, spécificité de la tradition orale à laquelle je suis formée, selon le principe que la personne est la mieux placée pour parler de ce qui la meut. C’est un module qui est très beau, très humain;
  • et on y trouve des clés concrètes d’évolution dans le troisième, le sous-type étant le lieu de l’incarnation du type, l’endroit où il se manifeste dans le quotidien.
  • Le quatrième, sur les émotions, est mon chouchou. Elles ont parfois mauvaise presse ces émotions qui peuvent pourtant devenir nos meilleurs alliés, pourvu que nous les accueillions pour ce qu’elles sont: des sources d’informations sur nos besoins et une force pour l’action.
  • Le cinquième est plus axé sur la communication entre les différents profils, en creux et en plein, et les moyens que nous pouvons prendre pour avancer dans ce domaine.

Les cinq se déroulent dans une atmosphère de grand respect mutuel et de bienveillance. Comme une parenthèse de douceur dans « ce monde en ébullition » que j’évoquais tout à l’heure, selon la phrase d’ Etty Hillesum.

Racontez-nous le témoignage d’une personne pour qui la connaissance de son profil dans l’ennéagramme a été un moyen de grandir en liberté et d’avancer, dans sa vie personnelle, et également dans la relation aux autres.

 Il va être difficile de choisir. Nous recevons un public très varié : étudiants et retraités, fiancés, pères et mères de famille, et religieux/ses, prêtre, mais aussi chefs d’entreprise, soignants, enseignants et j’aime cette diversité. Je choisirais celui d’une jeune femme de base 3 pour qui la réalisation est la motivation principale et qui nous est arrivée proche du burn out. Croyant que pour être aimée, il lui fallait dépenser son énergie à 200%, elle était en train de se brûler les ailes, autant dans le domaine professionnel que personnel. Elle était pressée, il fallait qu’elle fasse les cinq modules rapidement. Et nous l’avons vu doucement ralentir au fil des modules, reconnaître ses limites, prendre le temps de la relation gratuite. C’était un petit combat où elle cherchait, encore, à trouver les solutions les plus efficaces. Jusqu’au dernier module où, le visage paisible, elle me dit à la pause que du jour où elle avait cessé de chercher à contrôler, un nouveau travail moins dévorant s’était présenté, en même temps qu’une relation amoureuse stabilisante. Elle avait appris non plus à fabriquer sa vie mais à la recevoir. Compris en quoi elle pouvait mettre au service cette énergie vitale spécifique des bases 3, cette efficacité, cette capacité de réalisation au service.

Vous proposez des formations à l’ennéagramme en entreprise. En quoi cet outil est-il utile dans la vie professionnelle ?

Les formations en entreprise sont plus délicates et je conseille toujours aux responsables d’envoyer les personnes se mêler à un groupe mélangé plutôt qu’à se former en interne. Il est important qu’une personne soit parfaitement libre pour se remettre en question, et ce n’est pas toujours le cas dans le domaine professionnel. Mais nous avons eu de belles expériences avec des équipes dont l’éthique commune a permis un beau travail. Je pense à une équipe de cancérologues qui nous a édifiés. Ils avaient besoin de rire, et l’on comprend pourquoi. Le stage fut très joyeux… et très profond. Je pense aussi à celle d’une maison d’édition qui est venue en équipe et qui me disait au moment des vœux à quel point l’ennéagramme leur permettait encore aujourd’hui, plusieurs années après, de rire ensemble des petites incompréhensions quotidiennes et de s’accueillir mutuellement pour mettre en commun ce qu’ils ont de meilleur.

Sur votre site, on peut lire que dans votre formation à l’ennéagramme, « l’outil est présenté de manière neutre, mais il est arrimé à une anthropologie aristotélicienne et chrétienne. » Qu’est-ce que cela signifie ?

C’est en effet ce qui fait notre spécificité, c’est un créneau choisi car il nous a semblé important de donner un cadre anthropologique clair et solide à un outil qui s’intéresse à la personne. De formation philosophique au départ, c’est tout naturellement que je me suis tournée vers l’éthique aristotélicienne, notamment par sa définition de la vertu, définie comme un juste milieu entre deux excès. Pour Aristote, l’homme est fait pour le bonheur et a une orientation spécifique vers le bien, spécifique car il est limité. C’est un peu comme le versant d’une montagne, qui n’est pas le seul accès possible mais qui permet, comme les autres, d’accéder au sommet.

Quand une personne se découvre en base 6 par exemple et qu’elle réalise que son moteur est la peur, la bonne nouvelle est de savoir dans le même temps que sa vertu propre est le courage, qui n’existe pas sans peur, et qui est un juste milieu entre la couardise et la témérité comme le dit Aristote dans l’Ethique à Nicomaque. Et que ce courage, il en est le porte-flamme, il est là pour ça. L’autre bonne nouvelle est qu’en activant sa vertu propre de courage, selon le principe de saint Thomas de la connexion des vertus, il devient dans le même temps plus sereine, plus généreuse, plus équanime etc.

Par ailleurs, la clarification de ses talents propres peut aussi donner quelque chose à voir de notre petite mission dans le monde: que la personne de base 2 est faite pour prendre soin de l’autre, sans être envahissante, celle de base 8 est faite pour la protection, sans écraser, celle de base 7 est faite pour l’enthousiasme, sans superficialité.

D’ailleurs, pouvez-vous nous préciser pourquoi il est important de ne pas considérer un outil psychologique comme un moyen spirituel, de salut ? (même si cela peut y contribuer, indirectement) 

Très important ! Central. Pour en parler j’aime utiliser l’image des trois cercles concentriques de Simone Pacot. Pour elle, le cercle extérieur est celui du corps qui est ce qui m’apparaît en premier: vous êtes brune Solange, jeune, les yeux bleus. Le cercle suivant est celui de la psyché, qui m’échappe déjà beaucoup plus déjà: votre tempérament, mais aussi votre histoire, votre éducation, votre culture. Le troisième est celui du cœur profond, de l’unicité de la personne (Saint Paul l’appelle l’esprit, on pourrait aussi parler de fine pointe de l’âme, de for interne). C’est le lieu de sa vie spirituelle, de son rapport à Dieu, un peu comme la septième demeure de Thérèse d’Avila. Il est important de souligner et je le fais en stage de manière assez appuyée, que l’ennéagramme s’occupe du deuxième cercle, celui de la psyché et jamais du troisième qui est un lieu intime et profond où le formateur ou le thérapeute ne pénètrent jamais.

Cela dit, comme vous l’évoquiez, l’homme ne peut se saucissonner en tranches et il existe des interactions permanentes entre ces trois cercles: vous avez pu constater qu’une baisse de forme aura une influence sur votre humeur et votre vie de prière et à l’inverse, votre vie intérieure peut rayonner sur votre visage. Nous invitons donc les personnes à faire ces liens par eux-mêmes, au besoin à l’aide d’un accompagnateur spirituel, pour tendre à l’unité. En bref, l’ennéagramme peut lever certains obstacles psychologiques à l’accueil de la grâce, lui en faciliter l’accès, mais jamais devenir un outil prométhéen, ni s’y substituer. D’où l’intérêt d’un cadre anthropologique clair.

Vous animez cette formation à l’ennéagramme avec votre mari François Huguenin, lui-même éditeur et écrivain. Qu’est-ce que cette collaboration apporte à votre couple ?

C’est une école de vie ! Pour tout vous dire les débuts ont été musclés. Nous sommes de deux caractères bien différents et il nous a fallu développer une grande écoute mutuelle pour tendre à ce que nos différences ne s’opposent pas mais se complètent, pour que nos manières de voir les choses s’accordent et s’harmonisent. François est plutôt intello et je suis plus pragmatique. Le cadre rationnel et les exemples historiques sont ses points forts et je développe plutôt un accompagnement personnel. Les deux sont importants et comme la respiration, nous avons appris à insuffler l’un et l’autre au gré des besoins du groupe.

Une autre approche qui vous intéresse particulièrement est celle de la psychogénéalogie. Pourquoi ?

L’ennéagramme n’est qu’une cartographie de la personnalité, en stage nous donnons une carte et une boussole aux stagiaires pour qu’il tracent eux-mêmes leur route. Elle n’inclut pas directement l’histoire familiale, culturelle et sociale de la personne, qui compte aux deux-tiers dans son profil de personnalité. L’outil est donc insuffisant pour appréhender les différentes dimensions de la personne et il m’a semblé important de me former à un outil qui permette d’accéder à cette dimension.

Le principe de la psychogénéalogie est que nous héritons d’un passé, dont nous ne connaissons pas toujours les arcanes et auquel nous restons loyaux d’une manière ou d’une autre. En creux ou en plein, pour le meilleur et pour le pire. L’enjeu de la psychogénéalogie est de prendre conscience de ce sac à dos avec lequel nous naissons et d’en tirer ce que nous voulons garder pour faire fructifier un héritage et laissons ce qui ne nous encombre, qui ne nous appartient pas, qui nous entrave. Encore une affaire de liberté. C’est l’approche thérapeutique la plus profonde que je connaisse; je l’intègre en séance individuelle de psychothérapie – notamment pour son accès à l’inconscient, mais pas en stage, dont l’objet n’est pas directement thérapeutique.

Parlons maintenant de la méthode Vittoz, que vous utilisez dans l’accompagnement en psychothérapie ; vous êtes praticienne Vittoz certifiée formée à l’IRDC (Institut de recherche pour le développement cérébral). Qu’est-ce que Vittoz ?

La méthode Vittoz est une approche psychocorporelle dont l’enjeu est d’être capitaine sur son bateau. Son principe est que le cerveau a deux fonctions : une fonction émissive (celle qui nous permet de penser, d’imaginer, d’élaborer mentalement) et une fonction réceptive (les informations qui viennent à nous par les sens: vue, odorat, ouïe, toucher, goût mais aussi proprioception c’est-à-dire les mouvement que nous percevons de notre corps). Un fonctionnement ordinaire, optimal du cerveau alterne ces deux fonctions. « Quand une sensation est juste, la pensée est juste » écrit le docteur Vittoz. Hélas force est de constater que notre société hyper sédentarisée et hyper connectée ne va pas dans ce sens et qu’une émissivité incontrôlée engendre souvent fatigue, anxiété, difficultés de sommeil, stress… qui peuvent aller jusqu’au burn-out ou la dépression. La méthode Vittoz permet de rééduquer l’alternance naturelle émissivité-réceptivité par le biais du corps pour ne plus subir les agressions intérieures et extérieures et gagner en liberté intérieure. Elle est dite intégrative car il n’est pas nécessaire assez rapidement de lui dédier un temps spécifique, mais elle peut s’intégrer dans la vie quotidienne: se laver les mains, marcher en forêt, converser avec vous…

Quels sont les bénéfices de l’approche Vittoz ?

On pourrait distinguer deux bénéfices, qui demeurent étroitement liés. Quelque chose d’un art de vivre et d’une pédagogie qui permettent de vivre ici et maintenant: savoir savourer son café le matin sans déjà se laisser envahir par le torrent des informations, apprendre à écouter le chant des oiseaux, se laisser surprendre par un sourire, de prendre le temps de goûter la vie. Et ce n’est déjà pas mal.

Il y a aussi une dimension psychothérapeutique à la méthode Vittoz. Le corps ne ment jamais selon l’expression d’Alice Miller et s’y reconnecter peut permettre de retrouver des lieux de blocage et s’en libérer. C’est par le corps  que se manifestent les émotions et c’est par lui que peuvent remonter à la conscience certains pans de l’inconscient. Et c’est le corps encore qui donne les moyens de les accueillir, d’oser y demeurer le temps nécessaire à les comprendre et d’y consentir, pour poser des actes et des choix plus libres. Car le but du jeu n’est pas d’atteindre un état de bien-être, béatitude, zénitude illusoire en toutes circonstances, mais d’accueillir qui nous sommes, avec nos forces et nos faiblesses, et de nous ajuster aux autres et au monde le plus librement possible.

Depuis que vous pratiquez Vittoz dans votre vie, qu’est-ce que cela a changé pour vous ?

Au démarrage, j’ai gagné deux bonnes heures de sommeil. Puis les choses se sont approfondies. J’ai pu prendre conscience des moments où ma tête projetait des scénarii qui n’avaient rien à voir avec le réel ou de ceux où mes émotions étaient sans proportion avec les événements. J’ai pu mettre cela en lien avec mon histoire et tendre à mettre chaque chose à sa juste place. C’est bien sûr un travail qui est toujours en cours avec ses reculs et ses avancées. Cela n’efface pas le passé mais permet de s’enrichir des expériences plutôt que d’y réagir automatiquement. Je crois que le changement fondamental est d’apprendre chaque jour un peu plus à « vouloir ce qui est » selon la très belle expression du docteur Vittoz, c’est-à-dire à accueillir le réel, qu’il soit enthousiasmant (le bleu du ciel, le froid du matin, le rire des enfants) ou difficile (la souffrance d’un proche, une incompréhension relationnelle), sans lutter contre lui mais en nous ajustant librement à lui. C’est un chemin qui n’exclut pas la souffrance mais qui apporte beaucoup de paix intérieure.

Pourriez-vous nous proposer en direct sur ce podcast, un court exercice (scan corporel?) Vittoz ?

Bien sûr ! Je vous propose à vous Solange et aux auditeurs, de faire un petit stop dans notre entretien et de sentir la posture de votre corps ici et maintenant, quelle qu’elle soit. Une pause p.a.u.s.e. par la pose p.o.s.e..
Puis passez du dehors au-dedans, en fermant les yeux c’est souvent plus facile, pour prendre conscience de vos pensées: sont-elles paisibles ou follettes ? Et de votre émotion principale: êtes-vous plutôt dans l’inquiétude, la tristesse d’un souvenir, la colère, la joie ? C’est votre point de départ.
Puis après ce petit état des lieux, vous pouvez lâchez tout cela et sentir très simplement votre respiration telle qu’elle est sans chercher à la modifier: l’air qui entre dans vos narines avec une température, qui parcourt votre corps aux différents niveaux (gorge, poitrine, ventre) et le met en mouvement, et l’air qui ressort peut-être avec une autre température. Puis sentez vos points d’appui au niveau des pieds, des fessiers si vous êtes assis, du dos. Sentez que vous êtes soutenus, portés. Puis portez votre attention sur votre visage, votre cou, vos deux bras, le dos, la poitrine et le ventre qui se soulèvent au gré de votre respiration. Peut-être pouvez-vous demeurer quelques instants au niveau de votre cœur. Puis accueillez votre bassin, vos fessiers et chacune de vos deux jambes, jusqu’aux pieds. Sentez votre corps dans sa globalité, en mouvement par la respiration et soutenu par les points d’appui. Soyez en état de présence à vous-même, simplement.
Puis revenez à votre état. Comment vous sentez-vous à présent? Que se passe-t-il au niveau de vos pensées, des émotions? Qu’est-ce qui a changé, qui s’est transformé? Si un mot venait pour résumer cet état, quel serait-il? Demeurez dans cet état le temps qui est bon pour vous puis vous pourrez passer du dedans au dehors quand ce sera suffisant, pour que nous reprenions l’entretien.

QUESTION COURTE, RÉPONSE COURTE :

Complétez cette phrase : « L’être humain est… »

… à l’image de Dieu. Et toute sa vie consiste à retrouver cette image perdue, comme le décrit le père Barthélémy dans son très beau livre Dieu et son image, jusqu’au dernier jour où, selon l’incroyable parole de saint Jean : « nous serons semblables à lui car nous le verrons tel qu’il est ».

 Le livre que vous lisez en ce moment ?

Guérir son enfant intérieur de Moussa Nabati, le cœur de la thérapie selon moi. On y découvre qu’en chacun de nous sommeille l’enfant que nous avons été et qui demeure très présent. Si nous avons eu une enfance heureuse, sécurisée, affectueuse avec des cadres et des limites, cet enfant est comme notre ange gardien, celui qui nous garde dans l’émerveillement, l’accueil de ce qui est, qui nous fait « voir comme l’enfant au réveil » selon l’expression du docteur Vittoz. Mais si nous avons eu une enfance blanche selon l’expression de l’auteur, c’est-à-dire privée de ce dont un enfant a besoin pour se développer harmonieusement, cet enfant intérieur va devenir comme un fantôme, à la recherche d’une consolation, d’une récupération, d’une compensation extérieures. Pour ces adultes souffrants, dont je reçois certains dans mon cabinet, il y a une espérance de transformer ce fantôme en ange gardien, par un processus d’autonomisation et encore une fois, de liberté.

L’un de vos films préférés ?

Cyrano de Bergerac de Rappeneau. Pour la tendresse, le verbe, la beauté des paysages et des costumes, l’alternance de la gravité et du rire comme dans la vie, le panache et surtout pour cette vulnérabilité qui se cache sous ce colosse brillant et secret qu’incarne de manière magistrale Gérard Depardieu.

Un beau moment en famille avec votre mari et vos cinq enfants ?

Nos enfants sont presque tous de jeunes adultes et les moments que je préfère sont les repas familiaux où les joutes de pensée se transforment en joyeux feux d’artifice dans une grande liberté: tout y passe, actualité politique, pensée philosophique, match de foot, musique pop ou cinéma. Avec ce contrat que deux d’entre eux ont établi : « jamais nos différences ne seront séparatrices ».

Que direz-vous à Dieu quand vous le verrez ?

J’espère que je saurais lui dire : Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon sauveur!

 

Travailler ou danser ?

TRAVAILLER OU DANSER ? 
par Sophie
de base 1

Toute perfectionniste que je suis, j’avais écrit, immédiatement après le stage, un texte métaphorique: je suis un brouillon. Trois mois plus tard… il n’est toujours pas envoyé évidemment. Parce que je considère tout ce que je fais comme un brouillon, j’ai souvent renoncé à finir mes projets, ne voulant jamais qu’ils soient figés dans une forme imparfaite. Et bien sûr… acte manqué… aujourd’hui, je ne retrouve plus mon texte!

Quand je préparais mon mémoire de recherche, un jour, j’avais plusieurs semaines de retard pour rendre une fiche de lecture analytique. À tel point que la directrice de mémoire se demandait si je savais bien lire et écrire! Ma fiche s’allongeait et se réorganisait sans cesse, je n’y voyais que brouillon à reprendre. L’outil numérique aidant à effacer, couper, coller à l’envi, je ne voyais plus la trace des heures de travail passées à faire et défaire. Je n’aimais pas relire mes brouillons alors souvent je recommençais, repartais d’une nouvelle feuille blanche.

Si bien qu’au bout du compte, je m’enlisais, estimant que le résultat n’était pas à la hauteur d’autant de travail. Et de fait, j’étais tombée dans une spirale vicieuse: je n’y voyais plus clair et mon travail était arrivé à un point de qualité au-delà duquel mes prétendues améliorations n’apportaient aucun nouvel élément substantiel. Il fallait que j’arrête, ne me sentais pourtant toujours pas prête à l’envoi. Je stagnais, découragée, incapable d’y mettre un point final. Jusqu’au jour où une amie chercheuse universitaire m’a dit: « ce que tu appelles brouillon, c’est sans doute ce que l’on attend de toi ». Déclic. Pour l’anecdote, deux ans plus tard, quand j’ai rendu mon mémoire en entier, j’ai choisi une mise en page sobre et sans illustration, même en première page, signifiant ainsi que le travail n’était pas achevé… Je me suis même aperçu après coup qu’il y restait plusieurs coquilles. Paradoxe du perfectionniste qui rend un travail qui pourrait à certains égards sembler bâclé.

Le remède pour soigner mon perfectionnisme aigu? Me forcer à finir tout projet entrepris, quitte à me frustrer en ne commençant pas un projet tant que le désir et la volonté de le finir ne sont pas au rendez-vous. Je sais alors que je dois aussi veiller à ne pas tomber dans la facilité de la procrastination: tout est pensé cent fois, rien n’est commencé concrètement, rien n’est réalisé. Et l’antidote aux maintes idées de dernière minute? M’engager à respecter une échéance pour terminer un projet, dans un temps imparti, et y être fidèle.

Mais encore faut-il aller jusqu’au bout du geste. Reste ensuite à se détacher de l’artefact et à l’offrir au monde pour qu’il fasse sa vie. Ne pas succomber à l’ultime tentation: garder pour soi. J’aime travailler, seuls les moments présents comptent, dès lors, quand un projet fini, je m’en désintéresse. Quelle joie à se détacher d’un projet que l’on n’aura plus l’occasion de retravailler? Il ne me restera plus qu’à le relire, plus rien à faire. Or, j’ai besoin d’agir sur la matière, pas seulement de la contempler.

Par conséquent, lorsque j’envoie un travail fini, ce n’est pas parce que je l’estime terminé puisque j’y vois toujours des modifications possibles à essayer… mais bien parce que le temps fixé est révolu et que j’ai fait preuve d’un courage héroïque (oui :-)) en osant prendre le risque de livrer une part de moi-même si imparfaite soit elle. Si vous lisez ce texte, je m’en félicite, en même temps que je transforme progressivement la douleur de la séparation qui me ronge en soulagement, libérée de mes propres habitudes stériles et répétitives. Oui, entreprendre et mener à bien est une véritable ascèse au quotidien pour moi, tâcher de ne pas dévier: ne pas procrastiner et ne pas non plus produire des quantités astronomiques de brouillons pour assouvir mon besoin vital de créer. Mieux vaut pour un perfectionniste vivre dans une culture de tradition orale! Ou danser?

Est-ce la raison pour laquelle la danse est venue me chercher? Comme tout art vivant, elle contraint le danseur à mobiliser toutes ses ressources au moment de la représentation, pas de brouillon possible, pas de reprise… L’autre avantage de la danse est qu’elle n’est jamais figée, aussitôt un geste terminé, transition et l’on passe au suivant. À la fin de la danse, il ne reste une trace que dans la mémoire des corps, de ceux qui l’ont vécue, de ceux qui l’ont regardée. Il faut danser à nouveau pour que la danse existe, éternellement… Parfois dispose-t-on d’une photo mais il n’y a aucune ambiguïté sur le fait qu’elle n’est qu’un aperçu imparfait de la réalité vivante. Une vidéo? Idem. Donc la perfectionniste que je suis est en paix quand elle danse, car son travail n’est jamais fini.

Comme Ariane tisse inlassablement le même ouvrage, la danseuse aime à reprendre l’ouvrage de son corps qu’elle arrache à sa finitude par l’énergie vitale du travail, devenant lui-même prière, une expérience spirituelle et mystique de l’instant présent. Une éternité. Une grâce extatique.

 

de la responsabilité de la paix

DE LA RESPONSABILITÉ DE LA PAIX

« Notre unique obligation morale, c’est de défricher en nous-mêmes de vastes clairières de paix et de les étendre de proche en proche, jusqu’à ce que cette paix irradie vers les autres.

Et plus il y aura de paix dans les êtres, plus il y en aura aussi dans ce monde en ébullition. »

Etty Hillesum

Kaléidoscope

KALEIDOSCOPE
Par Sœur Louise
De base 3 en tête-à-tête

Je me sens parfois comme un cheval un peu sauvage, qui s’emballe facilement, prêt à se lancer dans une grande aventure, une traversée, avec tous ceux qui sont prêts à s’embarquer, sûr qu’il aura la force nécessaire pour atteindre son but, que rien ne pourra l’arrêter ou les empêcher. Il faudra peut-être parfois un peu ruer ou faire quelques écarts à gauche et à droite, voire même bousculer l’un ou l’autre en passant…

S’arrêter, prendre le temps d’une pause sera toujours difficile… seulement s’il faut! Mais pas trop longtemps! Il faut avancer!

Étonnamment le soir, à l’étage, notre cheval laissera peut-être la place au petit oiseau, une mésange, qui sera heureuse de partager un repas au coin du feu, avec d’autres, connus ou de préférence inconnus, et même peu considérés. Ecouter, chanter, prendre du bon temps ensemble et se rappeler d’où nous venons : tout cela sera très bon.

Régulièrement c’est aussi la petite ermite qui montre le bout de son nez: elle a un besoin farouche de se retrouver face à elle-même et à son Dieu qu’elle aime et dont elle se sait aimée depuis toujours. Maître de ce silence qui la refait, reprendre un contact prolongé avec notre mère Nature, qui l’engendre et l’enseigne, l’accueille toujours les bras grands ouverts, avec ses arbres si solides et uniques, la nourrit par sa pâque permanente, sa vie foisonnante et silencieuse, son chant gracieux et virevoltant, sa danse délicate et enivrante.

Ces différentes facettes, me demanderez-vous peut-être, peuvent-elles être amies et se conjuguer dans la tendresse?  Avec le temps et l’enracinement, la tempérance et le respect, un peu de sagesse, qui ne peut naître que de la brisure dé-couverte, cela peut donner naissance à une belle symphonie! C’est accepter d’être simplement un petit vase d’argile qui se laisse façonner, creuser, vider… et finalement trouver par la divine lumière.

Ou… un gruyère, après en avoir patiemment et douloureusement vidé les trous, qui se rend au Père dont il reçoit son si bon goût. Et finalement, les petits trous, ce n’est pas laid du tout ! La place est de nouveau libre pour recevoir, faire fructifier et rendre grâce: une nouvelle dynamique s’enclenche peu à peu.

La vie qui s’était un moment affaiblie… jusqu’à trembler de peur et frôler la mort et son pouvoir destructeur… la vie peut de nouveau dévaler mais maintenant doucement canalisée, comme un ruisseau qui bondit joyeusement dans son lit, comme une agnelle toute confiante dans le troupeau près de sa mère. Le mouvement des saisons continue, dans une nouveauté qui surprend toujours: c’est la bonté de notre Dieu, qui fait toute chose nouvelle, quand elles sont remises dans ses mains paternelles, par l’enfant caché en nous qui s’éveille… jusqu’au jour du Face-à-face éternel.

Un psaume de fin de stage

19-transformations-de-chenilles-en-papillons-avant-apres-Morpho-peleides-2UN PSAUME DE FIN DE STAGE

« C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère.
Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis : * étonnantes sont tes œuvres toute mon âme le sait.

Mes os n’étaient pas cachés pour toi * quand j’étais façonné dans le secret, modelé aux entrailles de la terre.
J’étais encore inachevé, tu me voyais ; * sur ton livre, tous mes jours étaient inscrits, recensés avant qu’un seul ne soit !

Que tes pensées sont pour moi difficiles, Dieu, que leur somme est imposante !
Je les compte : plus nombreuses que le sable ! Je m’éveille : je suis encore avec toi.
Scrute-moi, mon Dieu, tu sauras ma pensée  éprouve-moi, tu connaîtras mon cœur.
Vois si je prends le chemin des idoles, et conduis-moi sur le chemin d’éternité. »

Psaume 138, 13-18, 23-24

Un langage adapté à chacun

imagesUN LANGAGE ADAPTE A CHACUN
Saint Grégoire le Grand

Dans le prologue de sa règle pastorale, Saint Grégoire le Grand souligne l’importance de présenter à chacun un discours qu’il peut entendre, dans la seule vérité.

Cela n’est pas sans faire penser à l’ennéagramme pour lequel chacun a un angle de vue différent sur le monde…

Pour avancer, quand une personne de base 7 devra faire preuve de sobriété, une personne de base 1 devra cultiver une certaine légèreté et apprendre le plaisir… les mêmes choses ne peuvent donc être demandées aux uns et aux autres. Quand une personne de base 8 est directe par nature et doit travailler avec une personne de base 9 dont l’urgence est l’harmonie,  sortir de  son mode de communication ordinaire pour s’adapter à lui peut lever certaines incommunicabilités.

« Une seule et même exhortation ne convient pas à tous, car tous ne sont pas soumis aux mêmes habitudes de vie. Ce qui est utile aux uns nuit souvent aux autres. Les plantes qui nourrissent tels animaux en font périr tels autres. Un sifflement léger calme les chevaux, excite les jeunes chiens. Le remède qui abat telle fièvre accroît les forces de telle autre. Le pain qui fortifie des vies robustes est mortel pour les tout-petits.

Le langage des enseignants doit donc se conformer à la nature de leurs auditeurs, de façon à s’adapter à chacun, pour ses besoins à lui, et cependant ne jamais renoncer à l’art d’édifier une communauté.

Des esprits à l’écoute, attentifs, ne sont-ils pas, si je puis dire, les cordes tenues sur la table de la cithare? Sous peine de rendre le chant dissemblable d’avec lui-même, l’homme qui a l’art de les toucher les frappe de façon dissemblable. Dès lors, elles font entendre une mélodie harmonieuse, car pincées sans doute par un seul plectre, elles ne le sont pas d’une seule et même touche. Ainsi, pour faire grandir tous ses auditeurs dans la vertu de charité, un docteur doit-il toucher leur cœur à l’aide d’un seul fonds de doctrine, mais non d’une seule et même façon d’exhorter. »

Règle pastorale III, Prologue, trad. C. Morel Paris, Cerf coll. « Sources chrétiennes » 382, 1992, p. 259-261

La paix au quotidien

L’ENNEAGRAMME, SOURCE DE PAIX AU QUOTIDIEN
Mathilde de Robien
Aleteia, 24 mai 2018

WOMAN,SAD,CAFE

Outil de connaissance de soi et des autres, l’ennéagramme nous fait prendre conscience de nos vertus et de nos travers. Il peut avoir de vraies répercussions sur la vie quotidienne. Témoignages.

« Enfin je comprenais certains de mes automatismes, certains traits de caractère qui me faisaient culpabiliser, et pourquoi je ne sais pas dire non ! », s’exclame Marine. Cette femme, mariée et mère de cinq enfants, a récemment suivi une formation à l’ennéagramme auprès d’une psychopraticienne, Dominique Lambert. L’ennéaquoi ? L’ennéagramme est un outil de connaissance de soi et de développement personnel mis à jour dès l’Antiquité. Tombé dans l’oubli, cet outil est réapparu au début des années 1900 et rencontre depuis une cinquantaine d’années un succès grandissant. L’ennéagramme dresse une cartographie de la personnalité, distinguant neuf manières de regarder le monde, appelées bases ou types, correspondant à neuf motivations fondamentales.

Un outil pour se connaître soi-même

L’ennéagramme permet de prendre conscience de son trait de caractère principal, caractérisé par une vertu. Valérie Maillot, formatrice de la tradition orale de l’ennéagramme à Fontainebleau, s’attachant à relier cet outil à une anthropologie chrétienne, se félicite qu’à la fin de chaque stage les participants sachent repérer la vertu qui leur est propre. Les objectifs des formations à l’ennéagramme sont triples : se connaître soi-même, en définissant notamment quelle est sa vertu principale, mieux comprendre les autres et mieux vivre ensemble.

Suite à un deuil douloureux, Marine a ressenti le besoin de redécouvrir sa « mission » en tant qu’épouse, mère et photographe professionnelle. C’est pourquoi elle a participé à plusieurs stages d’ennéagramme : « La première formation a pour but de reconnaître son “type“. J’ai lutté pendant deux jours, voulant être type 2, l’altruiste, celui qui est tourné vers l’autre, pour finalement reconnaître, dans des larmes de soulagement et de libération, que j’étais type 3, le battant, tout du moins en apparence. »

Cependant, l’ennéagramme ne se contente pas de coller une étiquette. « Loin de mettre les gens dans des cases, précise Marine, la formatrice nous a présenté cet outil comme une façon de s’ouvrir à soi-même et aux autres. L’effet immédiat de cette découverte a été de me sentir unifiée et en paix.  »

Un atout pour la vie de couple

Outil de connaissance de soi et de l’autre, l’ennéagramme peut se révéler d’une grande aide au sein du couple. Il engage les conjoints à être plus attentifs aux attentes et aux demandes, parfois silencieuses, de l’autre. Valérie Maillot donne l’exemple d’un couple au seuil de la rupture, qui, après le premier jour du stage, ont réalisé que leur discorde prenait racine dans leur différence de rythme. Lui ne supportait pas l’agitation et la pression. Elle ne se sentait vivre que par un agenda surchargé. La simple prise de conscience que l’autre était différent leur a permis de se remettre en question, tout en considérant l’autre avec miséricorde. Résultat, lui a accéléré et elle, a ralenti le rythme.

Pour Valérie Maillot, l’ennéagramme est un outil de compassion. En comprenant les intentions et la logique de l’autre, il est probable que nous serons de moins en moins tentés de le juger ou de le critiquer. Il invite à porter un regard plein de miséricorde.

Un atout pour la vie en entreprise

Les répercussions des formations à l’ennéagramme ne se limitent pas au cadre personnel et familial. Elles sont également bénéfiques en entreprise. Benoît, 44 ans, chef de projet dans le secteur aéroportuaire, ayant effectué quatre formations ces cinq dernières années, témoigne de la confiance que lui a procuré la connaissance de soi, et l’apaisement intérieur qui en a découlé. Prendre conscience que l’autre, et en l’occurrence son patron, ne fonctionnait pas comme lui, lui a permis d’arrêter de se faire des films à scénario catastrophe lorsque ce dernier lui demandait de passer dans son bureau.

En outre, l’ennéagramme est un excellent outil de management dans la mesure où il permet de s’adresser à ses collaborateurs selon la manière la plus adaptée à leur caractère. Tandis que certains ont besoin qu’on leur détaille les tâches à effectuer, d’autres ont besoin de lest afin de faire émerger leur créativité.

Un outil de vérité

S’il est allié avec une vision chrétienne de l’homme, l’ennéagramme, en tant qu’outil de connaissance de soi, peut permettre « d’assouplir ce qui est raide », et de laisser un peu plus de place à la grâce. Mais ce n’est pas un outil de salut, précise Valérie Maillot. Seul Dieu sauve! La remise en question qu’il suppose demande de l’humilité, et le courage d’agir contre la structure et les habitudes de notre personnalité.

Le père Guillaume, après un stage auprès de Valérie Maillot, témoigne que « si l’ennéagramme est utilisé comme un moyen de connaissance de soi, il peut devenir un moyen de connaissance de Dieu. Que je reconnaisse humblement mes carences et parfois mes fêlures ou même mes failles, que je n’hésite pas à les fixer, que je ne cherche pas à m’échapper de ma médiocrité en oubliant qui je suis et que je me laisse à Dieu et à son Esprit. Avec l’ennéagramme, on possède un dessin non seulement de ses qualités mais de ses défauts. Comment changer ? D’abord en acceptant de se regarder tel que l’on est. Sans s’échapper. Sans se chercher des excuses. Sans utiliser l’ennéagramme comme une excuse. Ensuite il faudra faire intervenir l’Esprit saint, il faudra se laisser à cet élan radical qui nous porte hors de nous-mêmes… »

Les 9 types de personnalité

Quel type de personnalité êtes-vous ? Aucun n’est meilleur ni moins bon que l’autre. Chaque type est rattaché à un travers et à une vertu. Voici la définition des 9 types, donnée par Valérie Maillot.

Type 1 : Exigeant vis-à-vis de lui-même et des autres, voyant immédiatement ce qu’il faut faire pour améliorer les choses ; ressent un perpétuel sentiment d’autocritique et un ressentiment qui a du mal à s’exprimer dans une colère contenue.
Type 2 : Devine immédiatement les besoins des autres qu’il aide sans compter avec chaleur et générosité ; cherche l’affection et la reconnaissance de l’autre en ayant du mal à exprimer ses propres besoins.
Type 3 : Est motivé par la réalisation et la réussite et sait relever tous les défis ; s’adapte à l’autre pour se valoriser à ses yeux et pense qu’on l’aime pour ce qu’il fait et non pour ce qu’il est.
Type 4 : Considère que la vie n’a de sens que dans la mesure où elle permet de développer des relations authentiques, belles et intenses. Vit des émotions fortes, souvent mélancoliques et focalise sur ce qui manque à la qualité/l’originalité/la beauté de la relation.
Type 5 : Rationnel, veut comprendre ce qui l’entoure en analysant et accumulant les connaissances ; tendance à s’isoler et à être dans la rétention de soi.
Type 6 : Met son intelligence au service d’une vigilance aiguë face à tous les dangers qu’il repère avec une grande acuité ; cherche la sécurité dans le sentiment d’appartenance et la loyauté.
Type 7 : Enthousiaste, ouvert, rapide et souple, passe d’une idée et d’un univers à l’autre ; obnubilé par la recherche du plaisir et sa planification, a beaucoup de mal à supporter la contrainte et l’enfermement.
Type 8 : Franc, d’un bloc et doué d’une grande capacité d’affirmation qui font de lui un leader ou un protecteur ; veut exercer sa force et son contrôle sur ce(ux) qui l’entoure(nt) en niant sa propre vulnérabilité.
Type 9 : Capable d’apprécier les points de vue des autres et à œuvrer pour l’harmonie ; difficulté à exprimer son point de vue et tendance à multiplier les activités « périphériques » (narcotisation) pour éviter le conflit.

En quête de sens

EN QUÊTE DE SENS
Quatre formateurs à l’Ennéagramme
invités par Sophie Nouaille à Radio Notre-Dame
Le 12 avril 2018

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Qu’est-ce que l’Ennéagramme ? Quel est son lien avec la vie chrétienne ? Quels en sont les écueils ? Quelle en est la fécondité ?

Autant de questions auxquelles ont répondu Etienne Séguier et Valérie Maillot, formateurs de la Tradition Orale d’Helen Palmer et David Daniels par Eric Salmon, ainsi que Dorothée Nicolas et Thierry Grandjean représentant l’école de Riso Hudson.

Un vrai beau moment de radio et de partage autour de ce bel outil de connaissance de soi et de miséricorde, pour oser être vulnérable et retrouver des visages de ressuscités.

Retrouver ma liberté

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par Bénédicte

Avant toute chose, je tenais à vous remercier encore, toi et François, pour les deux jours que vous m’avez permis de vivre.

Je suis rentrée hyper bien (tête, cœur, corps!), confiante, sereine et pleine de joie.

Vous m’avez permis de retrouver ma vraie liberté. J’ai encore compris beaucoup de choses sur mes choix, mes erreurs et mes réactions. Je crois même que je me suis pardonnée à moi-même certaines choses.

Et tout çà sans violence, dans l’accueil de ma personnalité dans laquelle j’étais en train de m’enfermer. La reprise a été un peu hard, je dois bien avouer. Et la suite me parait un peu floue même si je sais par quoi commencer… La prière et la confiance me guideront pour la suite…

Mais sans vous, sans votre approche si juste et si respectueuse de notre personne, je n’y serai pas arrivée, pas si vite et pas si calmement.

Et puis ça a été aussi l’occasion de faire de magnifiques rencontres et je suis sûre que je garderai des liens avec certains et certaines…

Alors MERCI…

J’ai hâte de continuer même si je sais que je vais encore creuser et travailler sur mon type d’ici là.