Archives de catégorie : Base 9

Barbapapa

BARBAPAPA
par Marc
de base 9

En fait, je vous avoue que ce type de présentation a fait que pendant des années, je n’ai même pas envisagé la possibilité d’être en base 9.

Caméléon pourquoi pas, mais à condition de préciser qu’il ne s’agit pas d’adopter passivement la couleur du milieu pour s’y fondre et y passer inaperçu, ce dont l’idée me semble répugnante. Il me semble que cette capacité de s’adapter doit être comprise non comme une paresse mais comme la révélation d’une formidable énergie que les personnes de base 9 possèdent mais qu’elles savent cacher, ignorer elles-mêmes, voire mettre en hibernation.

Cette énergie il ne la tire pas de lui-même mais de son rapport aux autres. Un autre à aider? Des relations à établir entre des personnes? Des gens à rendre heureux? Et voilà que la personne de base 9 révèle ce qui bouillonne en elle. Et c’est si puissant qu’elle peut se transformer en n’importe quoi pourvu qu’elle arrive à son but: rendre l’autre heureux, lui redonner la paix – et à lui-même par la même occasion.

Quand je dis qu’il peut se transformer en n’importe quoi, je pèse mes mots: il peut devenir autoritaire comme un 8 si nécessaire, bouffon comme un 7 si c’est ce qu’il faut aux autres.
Bien entendu, cela n’est qu’une apparence et la personne de base 9 qui joue au 8 commande avec autorité mais se demande tout le temps s’il n’est pas allé trop loin et s’il n’a pas fait de peine aux autres. S’il fait le 7 extérieurement, il est en fait pleinement maître de lui et vérifie sans cesse l’effet de son comportement: est-ce que cela rend les autres heureux?

Plutôt que caméléon, la personne de base 9 peut donc être comparé à un super héros qui n’a l’air de rien dans la vie ordinaire, il est même plutôt miteux. Mais il se transforme quand l’autre est là devant lui: une sorte de Batman ou de Spiderman, voire de Zorro, ma culture en ce domaine est lacunaire… On pourrait prendre l’exemple des Barbapapas qui se transforment en tout selon les besoins de chacun à condition de préciser que cette transformation peut être risquée et courageuse. Bref la personne de base 9 sait être autre chose qu’un Bisounours. J’ajoute cependant qu’elle n’arrive pas à croire que tout le monde n’est pas foncièrement gentil et qu’il y a des gens dont la haine est un moteur. Cela est trop étranger à son propre logiciel psychologique.

Par ailleurs, son amour de l’autre, des autres, de ceux qui souffrent, en particulier de ceux qui n’ont pas la paix n’est pas une vertu. Il souffre plus qu’eux de leur souffrance. Il faut donc bien l’apaiser, sous peine de mourir. Sinon il reste la solution de fuir, car si la souffrance de l’autre n’est pas là devant moi, je ne la ressens pas, elle ne m’atteint pas. D’où le fait que parfois, il cherche à disparaître, il ne répond pas au téléphone… L’autre quand il est loin est un danger, un conflit potentiel. L’autre quand il est là me révèle l’énergie que je porte en moi… pour lui.

Père et fils

PÈRE ET FILS
par Xavier
de base 7

Emile Friant

J’ai commencé le parcours ennéagramme il y a trois ans en ayant fait le module 1 dans un cadre professionnel et le module 2 avec vous. Cela m’a permis de comprendre un certain nombre de mécanismes et de modes de fonctionnement/approches du réel. Pour autant mes relations avec mon père concernant un sujet sensible – une maison de famille – étaient toujours compliquées.

En effet mon type 7 est plutôt porté sur la projection/vision et aime anticiper, organiser, prévoir. Or de nombreux sujets concernant cette propriété nécessitaient, à mon sens, un minimum de projections. A chaque fois que l’échange avec mon père portait sur le sujet, je le voyais fuir l’exercice et m’avouer à l’issue de nos échanges ressentir une forme de pression, de panique. Il avait l’impression d’être contraint par le temps, la situation. Dans mon esprit c’était tout l’inverse qui devait se produire: c’était justement en définissant une vision puis en planifiant et anticipant les différentes étapes d’un projet que mon père devait pouvoir être rassuré et ne pas être pris à la gorge en cas d’urgence!

Malgré l’ennéagramme, je ne comprenais pas mon père et le trouvais inconséquent et incapable de décider. Je trouvais qu’il subissait la situation. De son côté il me trouvait rouleau compresseur et un peu perché dans mes visions conceptuelles (quel rôle doit jouer une maison de famille? Quelle est sa vision de la retraite? …). C’est à l’issue du module 2 en écoutant le panel des bases 9 qu’un déclic s’est produit! J’ai émis l’hypothèse de ce profil chez mon père et j’ai commencé à aborder nos échanges de façon différente en lui faisant part de mes découvertes. Cela l’a vivement intéressé et après plusieurs discussions au sujet de l’ennéagramme, il a décidé de s’inscrire au dernier module 1 et… s’est assez vite reconnu dans le profil 9.

Il continue son parcours d’introspection et de progression comme moi le mien. On ne se comprend toujours pas au sujet de la maison (et d’autres sujets d’ailleurs) mais désormais on sait pourquoi. Les grands fruits de ces évolutions parallèles sont une meilleure compréhension de l’autre, une meilleure écoute, l’arrêt du jugement de valeur et surtout le lâcher prise! J’ai désormais pleinement conscience que nous avons chacun notre rythme propre et qu’il fera son chemin selon son tempo, avec ses propres prises de conscience et surtout ses propres objectifs, probablement assez éloignés des miens.

Sans enlever les difficultés/situations douloureuses … nos échanges, éclairés de la sagesse de l’ennéagramme, ont au moins permis un apaisement !

Si c’est pas beau ça !

L’action juste de la base 9

UNE VIE CACHÉE
Un film de Terrence Malick, 2019

Franz Jägerstätter, un archétype* de base 9?

Les lecteurs de ce blog savent que nous aimons le cinéma de Terrence Malick. Dans un article précédent, nous l’avions vu en 4 survie.

Une Vie cachée, le dernier film de Malick est encore sur nos écrans. Il filme en trois heures qui
passent comme un souffle, la destinée tragique qui va mener Franz Jägerstätter, paysan autrichien, à refuser de prêter serment à Hitler comme tous les soldats enrôlés dans l’armée allemande.  Franz, jusqu’au bout, en dépit des voix unanimes lui conseillant d’abandonner, écoute sa conscience et accepte d’être guillotiné. Je vous renvoie à un autre article pour une lecture cinéphilique et théologique de l’œuvre: http://www.lavie.fr/debats/idees/une-vie-cachee-les-tactiques-du-diable-et-le-primat-de-la-
conscience-04-12-2019-102314_679.php Mais, plus modestement, c’est à la lumière de l’ennéagramme, que nous aimerions ici approcher le moteur psychologique de son action.

Franz vit avec Fanni sa femme et leurs trois petites filles une vie tranquille dans une vallée autrichienne que rien n’aurait perturbée si l’Anschluss, en 1938, n’avait placé l’Autriche sous le joug du régime nazi. Dans un village simple et harmonieux, chacun fait sa part et chacun reçoit la sienne dans une osmose paisible, au rythme de la nature. Calme et rudes travaux paysans laissent la part belle à la gratuité des moments d’intimité partagée: la vie rêvée d’une personne de base 9 pour qui la paix, la joie de chacun fait la sienne. Les scènes de la vie courante sont à elles seules de vrais moments de contemplation.

Et pourtant, c’est lui  va bientôt devenir celui qui crée la disharmonie. Face aux échos de la politique nazie de destruction et de ségrégation, les plus forts opprimant les plus faibles, on sent pour la seule fois du film, dans son entretien avec le prêtre du village, la colère puissante bien qu’intérieure, du paysans autrichien. Sans qu’aune réflexion rationnelle ni émotion manifestée ne rentre en ligne de compte, il décide de dire non. Seul à refuser de donner de l’argent à l’effort de guerre nazi ou faire le salut nazi, il va provoquer l’hostilité de tous les membres de son village, l’incompréhension de ses proches et la violence de l’armée.

Voilà qui est loin du stéréotype trop souvent émis pour les personnes de base 9 de mollesse, de paresse et d’incapacité de se positionner. Nombre de stagiaires nous ont confié ne rien lâcher quand il s’agit de leurs convictions profondes et se sentent bien incompris quand ils sont vu comme n’en ayant pas. En effet, si en temps ordinaire, la personne de base 9 est plus à l’écoute des besoins des autres que des siens, si à son pire elle peut faire preuve d’inertie, l’action juste est sa vertu propre et la spécificité de son tempérament, pourvu qu’elle en prenne les moyens. Franz, béatifié par l’Eglise catholique, pourrait bien en être un archétype exemplaire.

La manière dont le film donne à voir le développement de cette vertu de l’action juste semble significatif: Franz a peur, il doute, il écoute les objections des uns et des autres, ne provoque jamais la rupture mais, s’ajustant aux événements quand ils arrivent, il ne bouge pas. Deux fois nous le verrons résister face à l’attaque sans se laisser mettre à terre: face au maire histrionique et face au soldat qui le violente. Mais il ne rendra jamais le coup. Plus encore, au cœur des contradictions, il manifeste une véritable compréhension de ce qui lui est opposé: les raisons de l’évêque, la douleur de sa femme, la faim d’un compagnon de captivité, jusqu’au positionnement de son juge: « je ne te juge pas, je ne sais pas. »

Il reste seul face à sa conscience, son intime conviction, dont l’image filmée laisse à penser qu’elle pourrait venir de son corps. Un corps fort, puissant, dont émane quelque chose de la résistance passive caractéristique de la base 9. En se laissant guider par cette force intérieure qu’il ne peut expliquer, et sans se laisser submerger par des émotions qui auraient pu le faire flancher (peur de la discorde et de la mort, arrachement de la douleur de sa femme et de sa mère); il tient bon. Selon le principe tomasien de la connexion des vertus, en cultivant l’action juste, il devient plus courageux (vertu de la base 6), plus généreux (vertu de la base 5), plus vrai (vertu de la base 3). En réalisant le geste que personne ne comprend, quand bien même tout le monde lui dit qu’il est inutile, Franz se place à un niveau d’harmonie plus haut que ce qui apparaît et qui constitue sa mission dans le monde: résister en conscience à l’oppression la plus totalitaire. En osant la disharmonie apparente, il oeuvre pour la paix par son corps, au prix de sa vie.

 

 

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

A chacun sa vertu

Vertu ou Sibylle Agrippa, 1480-1503

A CHACUN SA VERTU

A la fin du premier module de l’ennéagramme, chaque participant repart avec une vertu propre selon le principe thomasien de la connexion des vertus: de même qu’il y a plusieurs versants pour l’ascension d’une montagne, un seul suffit pour arriver au sommet; de même si nous repérons notre vertu principale, toutes les autres viendront avec elle.  Ainsi, en cultivant l’unique vertu de courage, les personnes de base 6 deviendront plus sereines (vertu de la base 1), humbles (vertu de la base 2), vraies (vertu de la base 3), équanimes (vertu de la base 4), généreuses (vertu de la base 5), sobres (vertu de la base 7), douces (vertu de la base 8) et capables d’action juste (vertu de la base 9).

La tradition orale de l’ennéagramme depuis Ichazo attribue aussi à chaque base une vertu propre, lui faisant correspondre une passion, autrement dit un défaut. Certains auteurs y ajoutent judicieusement une contre-passion, qui est comme la singerie de la vertu par l’anesthésie de la passion. Fidèles à une anthropologie classique, nous lui préférons la tradition de l’Ethique d’Aristote, notamment par le biais du travail de Norbert Mallet, Devenir soi-même avec l’ennéagramme. Ces deux traditions ne sont pas contradictoires mais diffèrent par leurs définitions de la passion et de la vertu, et partant par leur mode d’application.

Pour Aristote et saint Thomas, l’homme est naturellement attiré par le bien. Cependant, créature finie, il ne peut appréhender totalement l’ensemble des facettes du bien. Une des caractéristiques de cette finitude est un tempérament spécifique, qui donna lieu depuis Evagre le Pontique à de nombreuses typologies. En fonction de ce caractère, l’homme est attiré par tel ou tel aspect du bien, qui est sa voie propre vers le bien. Ainsi les personnes de base 5 sont particulièrement attirées par la clarté, celles de base 4 par l’absolu, celles de base 3 par la réalisation etc.

A cette orientation positive correspond une passion, un moteur, une énergie, un appétit, un désir primordial; qui la met en mouvement. C’est la connaissance en 5, l’intensité en 4, l’action en 3. Elle est, pour Aristote, éthiquement neutre.

Dans un monde idéal, chaque voie vers le bien conduirait de la même manière chacun au bien universel. Mais force est de constater que chacun reproduit aussi les mêmes travers, rencontre les mêmes écueils, manifeste les mêmes manques, reproduit les mêmes comportements excessifs qui peuvent blesser et nuire tant à soi-même qu’aux autres. C’est comme si l’endroit de notre attirance vers le bien était aussi celui de notre fragilité: celui qui est fort (base 8) a tendance à abuser de sa force et être brutal; celui qui est attiré par la perfection peut devenir perfectionniste (base 1), celui qui aide les autres peut utiliser son talent pour se rendre indispensable (base 2), celui qui apporte paix et harmonie peut en perdre son opinion propre (base 9) etc…

Il y a donc entrave, dysfonctionnement à l’accomplissement de cette orientation positive. La foi chrétienne en donne une raison: le péché originel, qui détourne l’homme de la réalisation de son bien propre. La psychologie, toutes écoles confondues, en rejoint le constat: l’homme se développe autour d’une blessure, qui engendre une cristallisation de ses comportements pour un plus jamais ça: un mécanisme de défense. En se cristallisant, ce mécanisme de défense devient omniprésent même quand il n’est pas utile, réduit le champ de vision, se transforme en excès de passion. Pour fuir la souffrance, la personne de base 7 multiplie les plaisirs, jusqu’à la gloutonnerie; pour fuir la banalité, la personne de base 4 recherche l’intensité, jusqu’à se mettre en danger, etc.

Parfois, face aux dommages engendrés par ces excès, la personne peut se réfugier dans une posture opposée, de défaut de passion (qui correspond à la contre-passion de la tradition orale): les personnes de base 8 vont anesthésier leur force vitale, celles de base 7 verser dans l’austérité, celles de base 3 vont se mettre excessivement en retrait; jusqu’à risquer de perdre la passion qui les meut.

Pourtant la vertu du type n’est pas négation de ce vers quoi le porte sa nature, mais toujours selon Aristote, médiété entre l’excès et le défaut de la passion. Ainsi face au danger et à la peur qu’il engendre, le courage en base 6 est le juste milieu entre la couardise et la témérité. Elle va nécessiter volonté et répétition pour devenir habitus selon l’expression aristotélicienne; avec deux bonnes nouvelles : le signe d’une vertu acquise pour Aristote est le plaisir et la vertu propre d’une base correspond à sa petite mission dans le monde. Ainsi personne mieux que la base 6, ne peut être activer la vertu de courage, qui ne peut exister sans peur.

Car l’enjeu du développement de la vertu propre n’est rien d’autre que le talent, à mettre au service du monde, et que l’excès et le défaut de passion stérilisent. C’est ainsi que pour rendre le monde plus beau, la personne de base 1 ne devra ni se rigidifier ni tout laisser tomber mais activer sa vertu de sérénité. Pour prendre soin, la personne de base 2 devra passer par l’humilité et la gratuité du don. Pour apporter la joie au monde, la personne de base 7 ne devra ni s’empiffrer ni devenir austère, mais goûter et partager les plaisirs de la vie (c’est d’ailleurs dans cette mesure qu’ils seront vraiment des plaisirs) etc.

Comment tendre vers sa vertu propre? En soi, l’ennéagramme n’est qu’une cartographie qui donne une carte et une boussole pour repérer son talent et reconnaître la vertu afférente. Il ne donne pas les moyens de s’y exercer. C’est là qu’intervient la méthode Vittoz, à double titre: par le biais du corps, prendre conscience d’où se porte mon attention, repérer quand je suis enferré dans mon mécanisme de défense; et mettre en place librement le juste positionnement en fonction des circonstances.

Et si l’unité de la personne était un chemin possible, entre les désirs de son cœur, les raisons de sa tête, les manifestations de son corps et… sa vie spirituelle ? Car si la distinction de ces plans est vitale; ils s’interpénètrent au quotidien, l’homme ne peut les séparer en lui-même. Et selon Jacques Philippe dans Appelés à la vie:  « Le propre de l’Esprit est d’éduquer le désir. […] Il y a de fait une coïncidence entre l’appel de Dieu et le désir le plus profond du cœur de l’homme. Dieu nous invite au don de nous-mêmes par amour, mais cela correspond aussi au désir secret qui nous habite. »

Enneagram rhapsody

ENNEAGRAM RHAPSODY
par Marie
de base 8

 « Je suis submergé par toutes ces personnalités! » Les Rivers Crossing, dans une reprise de BohemianRapsody de Queen, s’essaient à une autre manière d’aborder la typologie de l’ennéagramme. Outil au service d’une meilleure connaissance de soi et d’une meilleure compréhension des autres, il nous aide à voir plus profondément en nous, au niveau des motivations souvent inconscientes qui nous habitent. Pour prendre de la distance avec nos automatismes et avancer vers plus de liberté intérieure.

« Ouvrez les yeux », demandent-ils. C’est bien le cœur du sujet. Le principe de l’ennégramme est que nous avons une manière de voir le monde qui correspond à un neuvième de la réalité. Elle est tout notre monde, mais elle n’est pas le monde entier. Le chemin auquel il nous invite est d’élargir l’espace de notre tente, voir plus loin et plus large que ce qui nous est familier, sortir de notre zone de confort, ouvrir les yeux.

Le spectacle commence au piano, dans un style lyrique et doux. Il est accompagné du chœur de l’introduction et de légères lumières. Quoi de mieux pour introduire le type 4? La voix pleine d’émotions, il déclare avoir « besoin de plus de sympathie ». Besoin d’attention du 4, peur de ne pas être vu, faible estime de soi. Mes sentiments vont et viennent, au gré du regard de l’autre, tels un yoyo qui le fait se sentir vivant. Puis, une envolée lyrique nous ouvre à l’originalité, la profondeur et le sens de l’absolu des personnes de base 4. Car au même endroit se trouve en lui, comme en chaque base, la faille et la lumière, le travers et le talent.

Avec la base 7 qui lui succède, le ton reste étonnamment mélancolique, au regard de l’image de joyeux drille que cette base peut donner. La souffrance est au cœur de sa problématique, en creux. Les personnes de base 7 passent souvent leur vie à fuir contrainte, enfermement, souffrances, au risque de d’un jour être submergé par elles. Leur voie d’évolution sera la sobriété pour ne pas céder à l’étourdissement et oser avancer en eau profonde. Ce qui ne changera pas leur nature, le couplet s’achevant sur une invitation à partir en soirée, où une place nous sera gardée… par une personne de base 2. Jolie transition.

« Drama ou ouou! », s’exclame le 9, « Pouvons-nous juste tous bien nous entendre? » Cette soif d’harmonie se mêle à une poussée de voix puissante, révélation de la force du 9 qui, quand il s’agit de paix, peut sortir les crocs, « parce que la paix est tout ce qui compte ». S’il se laisse entraîner par sa peur du conflit et de l’affrontement, il ne pourra pas activer sa vertu, l’action juste. Le travail des personnes de base 9 va donc être de contacter cette colère qui les habite et qu’ils se cachent à eux-mêmes par peur des conséquences, pour faire confiance à leur corps et se positionner quand cela est nécessaire.

Après un interlude musical qui annonce très bien le besoin de solitude et de silence des personnes de base 5, le chanteur quitte son piano pour dire: « Au-revoir tout le monde, je dois partir, j’ai encore trop de choses à penser ». Sobre, clair, efficace. Donner de soi, de son temps, de son savoir, est un chemin long et ardu, avec comme fruit un moment de musique bref sans doute, mais tout en délicatesse et profondeur. Car la générosité est bien ce que les personnes de base 5 ont à apporter au monde, de manière privilégiée.

« Mama ou ouou ! » Le 4 revient sur le devant de la scène (parce que c’est sa forme !), se jette à genoux devant le public et reprend son refrain lyrique: « Quelquefois je ne sais même plus qui je suis! » s’effondre-t-il. Batterie au rythme d’un cœur et solo de guitare électrique…

Puis la musique prend un tournant léger et joyeux, un rythme enjoué et presque drôle pour introduire la base 2. Avec un peu d’ironie, le chœur refuse son aide et le ton prend des accents dramatiques, presque agressifs : « Laissez-moi faire quelque chose, que tout le monde m’aime, je vous en prie! » Car la personne de base 2 est taillée pour le service, le care of, mais se rend rarement compte que son moteur, le besoin d’amour et de reconnaissance peut devenir envahissant: explosion de lumières sur scène qui peut figurer la lumière qui jaillit quand par la vertu d’humilité, les personnes de base 2 peuvent apprendre la gratuité du don.

Changement radical d’atmosphère avec la base 6 : le chanteur se cache dernière son piano, inquiet. L’agressivité demeure mais ce n’est plus celle qui veut agir pour l’autre mais qui veut s’en protéger. Les dangers sont multiples face à cette multiplicité de caractères dont on ne peut prévoir à tous les coups les réactions. Il lui en faudra du courage pour affronter sa peur et développer la loyauté et la droiture qui caractérisent les personnes de base 6.

Le 1 « ne lâchera jamais l’affaire, jamais ! – Lâche l’affaire » répète encore et encore le chœur dans un martèlement régulier. Une réponse : « Non, non, non, non, je ne lâcherai pas l’affaire! » Car si je la lâchais, la beauté du monde serait en danger. L’action de chacun est requise et le travail toujours inachevé pour mettre de l’ordre dans le chaos avec rigueur, précision et détermination. Le challenge pour cette base sera pourtant bien de lâcher le contrôle, oser prendre du repos et laisser courir la vie dont l’imperfection peut révéler la beauté.

Sunlights et feux d’artifice sur scène ! C’est l’entrée de la base 3. La lumière obéit à l’injonction de celui pour qui l’image, l’efficacité et la performance sont au cœur. Mais ne nous y trompons pas, ce n’est pas un arriviste, un opportuniste, mais bien plutôt un amoureux de l’amour dont la croyance est que pour être aimé, il est important de réaliser. Et pour que ses talents d’entrepreneur puissent donner leur fruit, son chemin passera par l’accueil de ce cœur dont il n’écoute pas les informations, par peur d’être ralenti.

En apothéose, un long morceau de rock nous fait entrer dans l’univers de la base 8 : force, élan de vie, énergie considérable qui prend tout l’espace, voix roque et puissante. « Si tu me gênes, tu vas mourir » : la vie est une jungle où le plus fort gagne pour protéger le plus faible. « Si tu ne peux pas le faire, tu ferais mieux de t’éloigner de moi ». Justicier, ennemi de la mollesse et de la paresse, il fuit la faiblesse, et la sienne d’abord. Pourtant, l’interlude à la guitare électrique qui se prolonge au piano dans un registre plus doux révèle le défi de la base 8 : la douceur, dont il est le hérault. N’est-elle pas le signe de la vertu de force ?

« Tout le monde compte de manière égale », c’est le mot de fin qui aurait pu être prononcé par une personne de base 9, dans une atmosphère englobante et douce. A l’instar du personne n’est indispensable, il envoie un chacun est précieux. Le monde a besoin d’amélioration constante (1), de care of (2), de réalisation (3), de connexion émotionnelle (4), de science (5), de vigilance (6), d’enthousiasme (7), de force vitale (8) et d’harmonie (9). Ôter une manière de voir le monde, il perd son équilibre. Reconnaître humblement quelle est sa petite mission pour la mettre au service, est un des enjeux de l’ennéagramme.

Petit bémol à cette tentative de mise en forme : cette idée de « faire le test » à la fin de la chanson. On ne peut demander à une machine de nous dire qui nous sommes et chacun est le seul à connaitre ce qui le meut, à son rythme. C’est le cœur de la déontologie de la tradition orale de l’ennéagramme. C’est toute la beauté, la délicatesse et la complexité de cet outil qui engage autonomie et responsabilité. Deux jours en groupe ne sont pas trop pour passer du 2D au 3D et se laisser émerveiller par les richesses des vies intérieures, à commencer par la sienne. Et si vous tentiez l’expérience ?

 

La colère de la base 9

LA COLÈRE DE LA BASE 9

Extrait du film Nos femmes de Richard Berry, 2015

En 9, la colère est le moteur. Curieux au regard de la présence pacifiante de cette base, la plus Peace and Love de l’ennéagramme. Comment comprendre cette ambivalence?

En 9, l’urgence est la paix et tout sera préféré à une possibilité de disharmonie: conciliation, écoute, compréhension de l’autre,  jusqu’à l’oubli de soi.

Face aux multiples frottements relationnels de la vie, une colère sourde, bien souvent inconsciente, est donc accumulée sans être visitée. Colère face aux incompréhensions mutuelles, aux égoïsmes; colère aussi de ne pas être pris en considération alors qu’il fait tout pour disparaître. Elle est anesthésiée, comme endormie, notamment pour ne pas prendre le risque de pulvériser le protagoniste; la puissance corporelle du 9 étant en effet proportionnelle à son flegme apparent. Pour cela, la personne de base 9 a une arme redoutable: la procrastination qui sert d’airbag à ce volcan intérieurSi je passe mes journées à des activités périphériques (préoccupations secondaires, nourriture, tabac, réseaux sociaux…), j’ai toutes les chances de ne pas contacter cette lave en fusion intérieure qui me fait si peur à moi-même.

Mais le corps a ses limites et il arrive au moins une fois dans la vie d’une personne de base 9, qu’à l’occasion d’une broutille, la cocotte minute explose de manière disproportionnée et décalée. Réel soulagement physique, elle est source d’incompréhension pour l’entourage et de culpabilisation d’avoir été l’occasion d’un conflit. Ce qu’elle fuit à tout prix, la personne de base 9 peut le provoquer.

La voie d’évolution sera bien sûr de contacter régulièrement cette colère corporellement pour y puiser la force d’oser se positionner, au risque d’un désaccord, afin de développer ce qu’il a à apporter au monde par sa vertu propre: l’action juste.

Cet extrait du film de Richard Berry, Nos femmes, sorti en 2015, pourrait être une belle illustration de cette colère décalée de la part de Daniel Auteuil. Après 35 ans d’amitié joyeuse, assidue et sans nuage, à l’occasion d’un drame, les digues de la tension intérieure de Paul cèdent sans crier gare face à Max, possiblement de base 5 : jubilatoire !

Louis XVI et la base 9 en survie

LOUIS XVI louis-xvi-1
un archétype de base 9 en survie*

Il est difficile de parler de Louis XVI sans évoquer l’histoire passionnante et mouvementée de la fin de l’Ancien Régime et de la Révolution. Mais nous ne pourrons dans le cadre de cet article nous attarder sur l’explication de ses événements. Nous garderons le cap sur l’essentiel, sans musarder, à savoir la figure de Louis XVI, le roi guillotiné.

Louis, duc de Berry, naît dans une fratrie nombreuse derrière Louis, duc de Bourgogne, héritier du trône et objet de toutes les attentions, Xavier, duc d’Aquitaine, et devant Louis, duc de Provence, le futur Louis XVIII, et Charles, comte d’Artois, futur Charles X. Dans l’ombre de Provence, déjà fin, amusant et supérieurement adaptable à défaut d’être franc, et de Bourgogne, héritier idéal par son charme et une forme précoce d’ascendant, Louis passe inaperçu. Sans doute cela n’a-t-il pas arrangé la faible confiance en soi qui caractérise les personnes de bases 9, capables d’une telle écoute qu’elles peuvent finir par se trouver transparentes. Lorsque le dauphin, victime d’un accident sera alité, on le séparera de sa nourrice, ce qui sera pour lui un déchirement et il sera réduit à être la poupée de son frère. Une enfance et un caractère qui ne prédisposent pas à l’exercice du pouvoir, sauf que, Bourgogne mourant, Louis se retrouve dauphin en 1761. Il a sept ans.

Très vite on notera chez lui une tendance profonde à la dispersion – pour ne pas dire narcotisation – ce phénomène qui consiste à se plonger dans une foule d’activités périphériques (jusqu’à la suractivité) pour éviter l’affrontement à la chose même. Serrurerie, géographie, chasse sont des hobbies auxquels il consacre un temps considérable. Illustration : après une nuit de noces catastrophique avec la jeune Marie-Antoinette (ils n’ont que seize et quinze ans au demeurant), il part à la chasse au petit matin, comme pour exprimer une colère qui l’habite sourdement, mais ne sait s’exprimer.

Tout son début de règne est marqué par une recherche éperdue d’une harmonie impossible. Son premier geste (1775, il a 21 ans), inaugurant une politique de compromis qui ne lui permettra jamais d’avoir la main, est de renvoyer Maupeou qui était en train de réformer la vieille société d’ordres et qui, c’est l’avis de nombreux historiens, avec trois ans de plus aurait évité à la France une révolution. Le second est de rappeler les Parlements et de laisser s’installer une contestation aristocratique impossible à maîtriser dans un pays traversé par des revendications parfaitement contradictoires.

Louis n’est pas faible pour autant. Son discours devant les Parlements est plein de majesté et d’une certaine force. Mais il veut être craint et aimé, refuse le conflit en pensant que tout peut s’accorder. En 1786, il a une nouvelle chance de réformer le pays avec Calonne qui souhaite renouer avec la politique de Maupeou. Mais Louis XVI refuse de renvoyer les Parlements qui font obstacle à une réforme qui ne ferait pas leurs affaires. Encore cette peur du conflit. Calonne ne peut rien faire. Nous sommes en 1786: la monarchie d’Ancien Régime est déjà vacillante avant même que la révolution n’éclate. En voulant coûte que coûte préserver l’harmonie, en refusant le conflit, Louis XVI a laissé s’installer les conditions d’une explosion sans précédent en huit cent ans de monarchie capétienne.

La suite sera une longue agonie. La Révolution éclatant, Louis XVI tente de concilier l’inconciliable, la société d’ordres et la nation. Il ne choisit pas, alors on choisit pour lui. Renvoyant Necker puis le rappelant sous la pression, Louis perd toute crédibilité. La Révolution lui donne le droit de veto: il l’utilisera avec un art consommé de la résistance passive (où se manifeste la grande puissance de la base 9). De même fera-t-il preuve de courage face aux foules menaçantes. On peut difficilement mettre la fuite à Varenne sous le coup de la lâcheté, mais plutôt dans une tentative, encore maladroite, de trouver une issue. Une base 9 n’a pas peur, elle n’est pas faible par constitution, mais sa force est comme empêchée par un engourdissement.

ParSEdH74Les derniers moments, le procès, le testament qu’il rédige, sa dignité face à ses bourreaux, donnent à Louis XVI un rayonnement que sa vie politique n’aura pas pu lui procurer. De fait, Louis XVI n’était probablement pas de sous-type social. Il semble ne pas comprendre ce qui se passe, quand bien même est-il un homme d’une grande intelligence. En réalité, les questions de pouvoir paraissent lui échapper. Comme les jeux de la séduction, contrairement à la reine. L’homme passionné de géographie, de serrurerie et de chasse n’est jamais plus à l’aise que dans le cercle familial et domestique. Possiblement en survie, il trouvera sa place au moment où lui et sa famille sont aux mains des révolutionnaires. Louis XVI, à l’heure de sa mort, est un père de famille qui donne l’exemple à ses enfants, et continue à aimer son peuple avec lequel il a eu un rapport paternel dans une époque qui tue le père.

On imagine la souffrance intérieure qu’a dû subir ce roi assoiffé de paix et de concorde, au cœur d’une des périodes les plus violentes de l’Histoire. Ses derniers mots marquent la beauté d’un itinéraire spirituel et résonnent, au moment où la machine infernale va lui donner la mort, comme un cri de paix et d’harmonie : « Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France ».

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

 

Libéré !

OPineau 2010_2018-09-23_17-33-03LIBÉRÉ !
par Olivier
de base 9

Soulagement…

Le stage de formation à l’ennéagramme fût un réel soulagement par rapport à un complexe que j’ai depuis de nombreuses années. Responsable de différentes personnes, j’entendais toujours le même refrain: « tu n’es pas assez ferme ! », « tu es trop gentil »… Tiraillé au fond de moi, je me sentais tout seul.

Avec l’ennéagramme, j’ai compris que mon besoin  inconscient est d’être en harmonie avec chacun. Cette recherche d’harmonie s’est renforcée avec ma foi en Jésus-Christ car il nous demande d’être unis dans sa paix. Je pensais que toute personne de bonne volonté avait aussi cet objectif. Et bien non…Tout le monde ne recherche pas en priorité l’harmonie !

Maintenant je suis soulagé, je peux continuer à être moi-même: ma façon d’être m’est personnelle, et liée à ma nature.

Libération…

Après quelques semaines, je me suis vite rendu compte que ce soulagement n’était pas suffisant. Mon environnement, lui, n’avait pas changé. Je retombais dans les mêmes processus de tensions incompréhensibles. Comme St Paul le dit aux Romains 7, 19, « je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas ».

Après la lecture du livre ABC de l’ennéagramme, j’ai réalisé que nos points de vue sur le réel sont différents et que nos excès de passion peuvent entrer en collision. Puisque nous avons des motivations inconscientes différentes, les conflits deviennent inévitables, surtout si l’on reste figé dans son point de vue. Dans ces conflits, l’harmonie en place se brise. Je suis alors perturbé par beaucoup d’émotions aversives. Elles peuvent alors m’entraîner dans une spirale de ressentiments et de réactions que je ne souhaite pas.

Avec l’ennéagramme, je comprends que je dois accepter cette perte d’harmonie, qui est normale. J’apprends à accueillir les émotions désagréables, les remarques, les insatisfactions de mes proches. J’essaie de rester lucide, et d’avoir un sentiment bienveillant :
– Je ne me sens plus coupable de cette perte d’harmonie.
– Mon proche a sa motivation, sa problématique et son histoire propres. Ses émotions et sa manière de les vivre sont du ressort de sa responsabilité. Je n’en suis pas responsable.
– Je me permets de mieux exprimer les choses, les faits.

Avec le temps, je constate que les conflits deviennent moins fréquents. L’ennéagramme me permet de vivre plus libre, de ne plus être esclave de mes émotions.

Merci à Valérie et à François !
Je rends grâce au Seigneur pour les avoir rencontrés.

D’ombres et de lumière

unnamedD’OMBRES ET DE LUMIERE
Par Maguelonne
de base 9

Durant les deux jours de stage, je me suis sentie confuse face à la somme d’informations que Valérie et François nous délivrent avec tant de générosité. Je me reconnaissais par petits bouts dans chacune des bases. Durant le deuxième jour, cette confusion persistante, m’a agacée… Je me suis demandée pourquoi n’arrivais-je pas à me trouver ? J’ai eu besoin du discernement des organisateurs. Leur aide me fut précieuse. J’effleurerai alors ma colère, cherchant l’information qu’elle pouvait me donner… Dur, dur !

J’avais besoin qu’on m’aide, qu’on m’accompagne, qu’on m’apporte de la clarté… L’hypothèse d’une base 9 revenait régulièrement, par le fait que je dise : « ah non ! Je ne me mets pas en colère » et aussi par mon besoin de prendre mon temps. Ils me l’ont délicatement proposée tout en précisant, comme ils l’ont fait tout au long du stage, que seule la personne elle-même pouvait savoir pour elle et se connaître. Je suis donc repartie du stage avec ces précisions, en m’autorisant à prendre le temps de laisser descendre toute cette somme d’informations.

J’ai compris depuis que ce besoin de prendre mon temps, était une des caractéristiques de la base 9 ! Je me reconnais aussi dans le fait que je vois très vite les besoins des autres, tout en étant souvent en réelle difficulté pour contacter les miens. Mes différents métiers dans l’aide et l’accompagnement, en sont une illustration flagrante ! Je reconnais aussi que le passage à l’action, est enrobé dans une procrastination rassurante pour moi, dans un premier temps… mais que cela m’empêche souvent, d’être actrice dans ma vie, me laissant porter par le bon vouloir de mes proches… Et pourtant lorsque je décide une action, celle-ci est souvent juste pour moi et porteuse de vie !

Aujourd’hui c’est un soulagement pour moi d’avoir trouvé ma base. Quant à la découverte et le respect de mes besoins, l’outil de Communication Non Violente (CNV), est un outil très précieux pour moi. Il me semble complémentaire.

Chemin de découverte de moi qui se poursuit… et je pense que le plus beau cadeau que je puisse me faire, c’est de m’aimer plus et mieux avec mes ombres et mes lumières, et ainsi je peux aimer plus et mieux mes proches et mes moins proches. Mon expérience est que plus je m’offre de temps pour me rencontrer, en stage avec d’autres ou seule dans la nature ou ailleurs, plus je suis une compagne agréable pour moi-même, et les premiers bénéficiaires sont ceux qui me sont proches.

Je suis pleine de gratitude d’avoir rencontré Valérie et François. Leur témoignage et leur accompagnement, avec leur foi forte et chevillée au corps et au cœur, m’ont touchée dans mon aujourd’hui. Merci !

L’intelligence du corps au cinéma

425022-jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxxSULLY
Un film de Clint Eastwood, 2016

Un archétype de la base 9*

Avec Sully, Clint Eastwood livre un de ses plus beaux films, déroutant les codes du film du dimanche soir pour proposer un miracle de sobriété et de justesse. Tom Hanks, dans le rôle de Sully, le pilote qui, il y a quelques années, posa son Airbus sur l’Hudson en sauvant tous les passagers, est absolument magistral de présence et de précision.
A voir en famille !

v1Sully/Hanks porte ce film par une présence physique hors du commun, à la fois puissante et sobre, calme et déterminée. Dans le rôle de ce pilote qui, une fois passé le temps où il est fêté en héros, se retrouve en butte à une enquête visant à lui faire porter la responsabilité de l’amerrissage, pour de sordides questions financières, il réagit à la façon d’une personne de base 9.

Face aux questions agressives de ses interlocuteurs, il ne rentre pas dans le conflit. Face à l’injustice qui lui est faite, il intériorise, incapable de partager son angoisse avec sa femme (quelques personnes de base 9 sauront de quoi je parle…) et finit même par douter de lui-même. Seuls ses rêves diront la violence de ce qu’il traverse et la réalité de ce qu’il vit.

Face aux analyses des ingénieurs et aux calculs des machines, il oppose opiniâtrement le facteur humain, c’est-à-dire ce qu’il sent. On lui dit que le second moteur fonctionnait, il répond seulement : « ce n’est pas ce que j’ai senti ». Les personnes de base 9 sont au cœur de la triade instinctive de l’ennéagramme, celle dont le centre d’intelligence préféré est le corps. C’est de lui qu’elles reçoivent d’abord les informations pour l’action et non celles de l’intellect ou de l’émotion. Il y a en base 9 une capacité spécifique à sentir l’environnement, à faire corps avec lui. Le plan bouleversant où, alors que l’avion menace de couler, Sully arpente seul le couloir de l’avion alors que tous les passagers ont été évacués, est emblématique de cette présence qui fusionne avec l’environnement. Là où la précipitation serait compréhensible, le calme règne.

Le cœur du film, dont la scène est judicieusement fragmentée par Eastwood, est celle de l’amerrissage. Sully prend la décision de ne pas rejoindre l’aéroport La Guardia, contrairement aux conseils qu’il reçoit. Il sait, parce qu’il le sent, qu’il n’y arrivera pas. Il n’a pas le temps de la réflexion mentale, qui le mènerait à s’écraser contre les immeubles  (terrible réminiscence des attentats du 11 novembre 2001), comme le montre la simulation finale. Le corps est plus rapide que la tête en situation d’urgence.

Il choisit donc de tenter de se poser sur l’Hudson, dans le plus grand calme et avec la plus implacable détermination. C’est l’action juste par excellence, celle qui ne résulte pas de savants calculs mais d’une présence réelle aux choses et à soi : l’action juste, cette vertu de l’ennéagramme si mystérieuse et dont les personnes de base 9 ont le secret quand elles vont chercher le meilleur d’elles-mêmes. Une action juste qui n’a rien de brillant et qui ne cherche pas le spectaculaire – Sully n’est pas à l’aise avec l’encensement des médias, mais qui trouve son épanouissement dans le fait même. Difficile d’en parler… Eastwood nous permet de le vivre un peu avec son héros, c’est la parole du cinéma.

Est-ce un hasard ? Je faisais la recension il y a tout juste un an d’un autre film avec Tom Hanks, Le Pont des espions de Steven Spielberg, où une fois de plus l’acteur se retrouvait en posture 9… Que cela veut-il dire de l’acteur, des réalisateurs, des personnages mis en lumière ? Ce serait l’objet d’un autre article.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre.