Archives pour la catégorie Base 6

Trump ou la grande confusion

imagesDONALD TRUMP
Hypothèse contradictoire en 8 ou 6 contrephobique

L’élection de Donald Trump a secoué le landernau médiatique. Passons sur les aspects politiques de la question et intéressons-nous à cette personnalité contestée et hors norme.

L’homme provocateur, grossier, n’hésitant pas à faire des plaisanteries en-dessous de la ceinture, étalant sa richesse, simplificateur et caricatural, farouchement indépendant peut faire penser à une base 8 dans ce côté brut de fonderie et dominateur. Sa biographe Laure Mandeville souligne qu’il a toujours été un rebelle et une forte tête, bombardant ses instituteurs de gommes, tirant les cheveux des filles, et que le coin où les élèves turbulents étaient envoyés avait été baptisé de ses initiales, DT ! A 13 ans, son père l’envoie d’ailleurs en internat car il le surprend en train de préparer une descente à Manhattan avec des lames de rasoir ! Contrairement à son frère aîné, mort dans l’alcoolisme, Trump a décidé de ne jamais exposer ses faiblesses. C’est l’évitement de la base 8 qui cache sa vulnérabilité car il croit en la force.

Tout serait simple si quelques éléments ne venaient troubler la logique de ce tableau. En petit comité, le provocateur laisse place au pragmatique qui écoute ses conseillers et ne choisit pas systématiquement l’option la plus extrême. Au contraire, en politique étrangère, Trump s’affirme prudent et pragmatique, jugeant que le statut de gendarme du monde a fait commettre des erreurs aux Etats-Unis. Par rapport à Daesh, il est prêt à s’allier avec Poutine et même à lui laisser faire le travail s’il le sent mieux placé que lui pour le faire. Bref, de nombreux indices semblent montrer que l’homme est bien plus complexe qu’il ne le montre, comme s’il cachait son jeu.

L’autre hypothèse expliquant ce sens de la provocation serait une base 6 de type contrephobique, réagissant à la peur par l’attaque, testant, déstabilisant l’adversaire par une virtuosité verbale très aiguisée (tandis que le 6 phobique est plutôt dans l’effacement et l’expression de la peur). Si cette hypothèse était avérée, et elle a aujourd’hui ma préférence, il rejoindrait la cohorte des provocateurs de la politique, 6 tellement contrephobiques qu’on les prend pour des 8 où je verrais bien Georges Marchais, Jean-Marie Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

C’est souvent dans le verbe que l’on peut discerner un 6 contrephobique car pour l’énergie puissante et brutale la confusion est totale avec le 8. De même que la défense des faibles (Trump a un discours de protection des pauvres qui est aux antipodes du libéralisme contrairement à ce qui a été souvent dit) qui réunit 6 et 8, le premier par devoir, le second par instinct de protection.

Pour compliquer encore la donne, trois petits éléments. Le premier est que 6 ou 8 , Trump a vraisemblablement une aile 7 qui lui donne tant d’aisance dans les pitreries. Le deuxième est le sous-type certainement social, tant les notions de prestige et d’image semblent présentes. Enfin, n’oublions pas qu’il est américain et qu’une super-couche de base 3, propre aux Etats-Unis vient en rajouter dans le côté bling-bling et la passion du challenge.

Pas si simple l’ennéagramme…

Métaphore de la base 6

Islande-Vikings-LE VIKING

par Elisabeth
de base 6

Le Viking, tout comme les preux chevaliers, les spartiates, les fiers highlanders, les Spartacus et autres forces de la nature sont pour moi le symbole du courage.

Et le courage, c’est la vertu de la base 6.

Le Viking des temps modernes n’est pas nécessairement de base 6 mais le Viking de base 6 est un alliage indestructible de traits de caractère complexes, parfois opposés, parfois changeants, parfois lumineux, parfois ternes mais fondés sur un socle solide.

ElisabethLe Viking de base 6 a besoin de réfléchir, de comprendre et d’analyser avant de se lancer dans l’action mais quand il y va, il est d’une force et d’une endurance à toute épreuve. Si la cause lui paraît juste, il part au combat en première ligne et n’hésite pas à prendre des coups ou à donner sa vie.

Doté d’un grand sens de l’honneur, le Viking est loyal et fidèle à la parole donnée.

Rapidement désarçonné face à un environnement hostile, il peut avoir la volonté de prendre la fuite ou de se cacher la réalité mais à force de volonté, il mettra cependant tout en oeuvre pour comprendre comment atteindre son but et par de petits coups de hache à droite et à gauche, arrivera à tracer son chemin.

Le Viking de base 6 est un bon vivant. En confiance, entourée d’amis bienveillants, de personnes chères à son cœur, il rit à gorge déployée, il sait faire fort honneur à la bonne ripaille et au bon vin, il aime les bons mots, il prend de la place et on le remarque. Pudique cependant sur tout ce qui a trait à ses émotions, il manie l’humour avec facilité pour ne pas avoir à se dévoiler impunément et peut sembler inaccessible.

Le Viking de base 6 est tiraillé par un esprit fantasque, complexe, qui le pousse dans toutes les directions, mais il est dans la vie concret, sincère, authentique, sans artifice et a le souci de plaire sauf à ceux qu’il admire.

Le Viking a besoin d’un idéal à suivre, il aime les belles missions et son âme aspire à vivre de grandes choses. Il n’hésitera pas à se mettre en danger mais il aura toujours le souci des siens, même à son propre détriment.

Le Viking de base 6 a le sens des responsabilités qui lui incombent et ne cherche pas à s’en dédouaner. Mais il ne se met pas spontanément en avant car il trouve souvent que les autres Vikings sont plus méritants.

Il aime être entouré de personnes dignes d’être admirées, dans lesquelles mettre ses pas, et s’il trouve un chef de confiance, il le suivra aveuglément. La trahison d’un être proche le détruit de l’intérieur mais si son cœur crie vengeance, son esprit analytique le gardera de grandes envolées qu’il regretterait.

Sa fiabilité en fait une personne sur qui compter, de confiance.

Le Viking des temps moderne a la trouille au ventre mais si sa peur est maîtrisée, si elle est identifiée et canalisée, c’est un être exceptionnel, doté de ce talent extraordinaire, le courage.

Viking de base 6, restez vigilants et tenez les rangs. Les autres bases comptent sur vous.

Une expérience de miséricorde

ElisabethUNE EXPÉRIENCE DE MISÉRICORDE

par Elisabeth
de base 6

De retour chez moi, il m’est impossible de ne pas prendre le clavier pour vous remercier, même si ce mot me semble bien pauvre face à la foudre bienfaisante qui m’a transpercée ce week-end.

Je venais emplie d’attentes, sans savoir bien les nommer, mais poussée par ma voix intérieure qui me disait inlassablement, « vas-y et n’aie pas peur. »

Votre regard, votre accueil, la puissance et la lumière qui se dégagent de vous deux, individuellement et en couple, ont dès le vendredi soir fait tomber les quelques pierres qui continuaient à vouloir ériger un mur de distance entre ce que je voulais vivre en profondeur et ce que je ne pouvais m’empêcher d’intellectualiser.

Me découvrir en base 6 a été bien douloureux par la mise en exergue d’un excès qui me fait horreur, la lâcheté, et d’un soulagement intense dans les heures qui ont suivi en me sentant dépouillée de toutes les écorces que je m’étais forgées depuis quelques années en endossant tour à tour les différentes facettes des bases qui me plaisaient et me donnaient le sentiment de survivre.

Quelle expérience de miséricorde ai-je vécu à vos côtés ce week-end en sentant la flèche de l’amour de Dieu me dire, pendant les dernières minutes : « relève-toi, tu as un talent merveilleux, le courage. »

Et j’adore ce courage. Une qualité de Viking ! Si les autres talents viennent naturellement en cultivant celui dont nous sommes dotés, je trouve alors que le chemin vers le sommet est merveilleux et plus léger.

Une belle quête m’attend dans les prochaines semaines, les prochains mois, que dis-je les prochaines années: faire fructifier ce talent au service du monde d’ici-bas, avec enthousiasme et joie profonde, en mettant mes pas dans Celui qui ne nous trahit jamais. Un parcours sportif spirituel de toute beauté.

Je vous embrasse de tout cœur avec une émotion profonde et une immense gratitude.

Surprise !

1A52BDFF-0C50-4805-94DA-7BE409CE3AB8_cropSURPRISE !

par Odile

Un immense merci chère Valérie, cher François, pour ces deux jours de formation passés avec vous.

Cela m’a permis de découvrir qui j’étais, même si, vous l’avez bien compris, cela ne correspondait pas à ce que je pensais en arrivant à Azille. Ce fut un peu douloureux pour moi, probablement par ce que j’avais toujours été qualifiée par mon entourage depuis toujours comme étant quelqu’un de fort, un leader… une base 8 en somme!

Des blessures d’enfance qui rejaillissent un peu fort… Et me découvrir comme étant loyale et cérébrale, jouant avec ses peurs, quelle découverte! Merci Valérie de m’avoir permis cette remise en question.

Mon retour à la maison a été très paisible. Je pense que ces quatre heures de trajet en tête-à-tête avec moi-même ont été très bénéfiques. Il faut dire que Haendel et Bach m’ont bien soutenue. Comme je l’avais dit dans mon blason, la musique permet tout!

N’ayant pas pu le dire tout à l’heure, je voulais vous dire que j’ai beaucoup apprécié l’esprit que vous savez faire régner autour de vous. J’ai beaucoup apprécié votre bienveillance et celle de l’ensemble du groupe envers chacun de nous. Un immense merci pour tout cela.

Mon prochain challenge (à part m’occuper de moi!) est de convaincre Stéphane de m’accompagner. Claire m’a demandé de raconter ce que j’avais fait, qui j’étais… Je lui ai dit que non et elle a trouvé cela nul. Mais ayant eu du mal ce week-end à me débarrasser d’une base que l’on m’avait assigné dans ma petite enfance, je ne vais surtout pas aller en donner une aux autres. Je les laissent se découvrir eux-mêmes. Vous avez su bien faire passer le message de ce côté là.

Louis de Funès et la base 6

191385LOUIS DE FUNES
Un archétype* de base 6

Louis de Funès a enchanté des générations de Français. Avec le recul, même s’il n’a pas tourné que des chefs d’œuvre impérissables (encore que Rabbi Jacob ou Hibernatus tiennent vraiment la route), son talent à faire rire en fait un des plus grands acteurs comiques du XXe siècle.

Traditionnellement, l’ennéagramme associe d’ailleurs l’humour au centre mental, c’est-à-dire aux types 5, 6 et 7. Ce qui ne veut pas dire que les autres en sont dépourvus, mais que chez eux, la rapidité du mental, la précision du verbe et le goût du contrepied sont autant d’ingrédients propices aux ressorts comiques. De ce point de vue, Louis de Funès est archétypal.

Les biographes de Louis de Funès ont largement mis en valeur certains traits caractéristiques du type 6 tournant autour de la peur. Angoisse dévorante de ne pas réussir à faire vivre sa famille qui va l’amener à une quête inlassable de perfectionnisme, non pour être parfait comme un 1, mais pour être sûr de ne pas être abandonné par le système cinématographique. Funès fut un bourreau de travail par peur d’être un jour laissé sans ressources. Un sous-type survie est assez probable comme le montre cet autre exemple : ayant hérité de sa femme d’un magnifique château doté de plus de cent fenêtres, il équipa chacune d’un système de sécurité !

Peur donc, préoccupation de sécurité, mais qui peut se conjuguer à un vrai courage porté par un sens aigu de la loyauté. Un de nos stagiaires, son voisin à l’époque, nous a livré cette anecdote : voisin de la famille du colonel Erulin, le héros de Kolwezi, Louis de Funès grâce à ce « sixième sens » souvent attribué aux personnes de type 6, surprit des cambrioleurs à l’œuvre dans la maison inoccupée, intervint pour les mettre en fuite, prenant un mauvais coup au passage. Vigilance, sens ultra développé du danger, alternance de phases phobiques et contre-phobiques : nous sommes en plein dans la problématique du type 6.

A l’écran, Louis de Funès joue admirablement de la version pleutre du 6. A titre d’exemple, la scène de la première rencontre avec sœur Clotilde dans Le Gendarme est éclairante. Le 6 survie, pour assurer sa protection, est extrêmement chaleureux : il tisse des alliances qui le sécurisent jusqu’à pouvoir paraître obséquieux et soumis. Et la conduite intrépide de la religieuse le met en panique : la tête lâche alors et Louis de Funès, mort de trouille, la salue en la quittant d’un inoubliable « Au revoir Monsieur l’abbé »!

Cette variante phobique du 6 est la plus présente dans ces films même si, parfois, la variante contrephobique affleure ou même éclate comme dans cette scène célèbre de La Grande Vadrouille où Louis de Funès en chef d’orchestre pourrait faire penser à un 8 dominant…

… Trois chapitres du Grand Restaurant ne laissent pourtant pas de doute à la différenciation 6/8 qui pose parfois quelques questions existentielles à nos stagiaires…

A ce sujet, autre point très central pour la base 6, celui du rapport à l’autorité. Capable d’être d’une loyauté sans faille, pour le meilleur, le 6 peut aussi alterner entre une soumission excessive et une défiance agressive. On peut voir dans cet entretien combien Louis de Funès était foncièrement rebelle à l’autorité, même s’il s’y plia en courbant l’échine durant les années de vache maigre :

Humour qui pique, humour qui touche, humour comme forme d’intelligence à part entière, on ne se lasse pas des scènes mille fois revues de Louis de Funès ni de l’humour de nos amis de base 6. Ceux-là se surprennent d’ailleurs souvent à rire d’eux-mêmes car le rire reste la meilleure des défenses et permet de garder ce jardin secret si jalousement gardé par eux.

* L’archétype est un représentant connu et supposé d’un type de l’ennéagramme, l’hypothèse reposant sur des éléments caractéristiques de sa vie ou de son oeuvre. 

Du rire et des larmes

le-prenom-affiche-4f67102b326b6LE PRÉNOM
Un film de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, 2012

Le succès du film Le Prénom est sans doute dû à la remarquable étude de caractères qui en fait la force. On ne jaugera pas ici des qualités cinématographiques de ce qui relève du genre du théâtre filmé si cher au cinéma français, avec toutes les limites que cela comporte, sauf à relever tout de même la très belle performance du quatuor d’acteurs principaux. Ce qui me paraît avéré est la stupéfiante cohérence des personnages, beaucoup moins caricaturaux qu’une lecture superficielle pourrait le laisser entendre. Cohérence qui peut s’analyser de façon convaincante avec l’ennéagramme.

3327124-7Commençons avec le personnage de  Vincent, superbement campé par Patrick Bruel, qui donne l’impulsion de l’histoire en annonçant à un dîner où il est invité par sa sœur et son beau-frère qu’il va appeler son fils Adolphe. Nous pourrions être en face d’un archétype de base 3, agent immobilier fier de montrer sa réussite, qui roule en grosse berline allemande et apporte une bouteille de Cheval-Blanc 1985. Bien trop occupé pour penser à autre chose qu’à son travail et à l’image qu’il donne, il ne sait à peu près rien de celui de sa compagne. Mais il y a plus que ces traits parfois un peu trop caricaturaux du 3. Il y a cette capacité à s’engager à corps perdu dans une joute verbale avec son beau-frère, joute où la question de la vérité n’a aucune importance, mais dont il faut être vainqueur. Et c’est là où Vincent bascule, empêtré dans un mensonge dont il ne sait plus sortir car cela l’amènerait à reconnaître une défaite, un échec. Pour gagner un challenge dérisoire, il met de côté toute émotion, peut paraître cynique ; mais quand il croit être trompé par sa femme – ce qui constitue l’échec du lien par excellence si redouté en base 3 – il ne sait pas prendre le recul nécessaire et se laisse submerger par sa propre émotion. Comme l’apprend l’ennéagramme, le 3 est un émotionnel qui s’ignore, et le personnage incarné par Bruel le montre à merveille.

3327124-9Prenons les autres personnages dans l’ordre de rentrée en lice dans ce jeu de massacre comique et tragique. Pierre, le beau-frère, joué à la perfection par Charles Berling est le prototype du bobo intello de gauche, très certain de son appareil mental. On n’a pas de mal à reconnaître une base 5, par ce côté intello en retrait, comme détaché de la vraie vie, aimant à parler avec des références plus qu’à se mettre lui-même en danger. Le défaut que lui renvoie son entourage, et dont il est parfaitement dupe, est celui de l’avarice qui n’est pas seulement une difficulté à dépenser son argent, mais surtout à donner de lui-même, à dépenser une énergie assez faible : on voit Charles Berling, épuisé par la joute, quasiment disparaître en deuxième partie de film. Vraisemblablement, l’impact émotionnel (dont il n’a pas conscience) de la question politique, l’importance de son rôle de professeur d’université, une manière d’avoir soin à sa manière sobre et signifiante de son image, évoqueraient un sous-type social.

3327124-11Claude, l’ami d’enfance de Vincent et de sa sœur, joué par Guillaume de Tonquédec, pourrait être un bel archétype de base 9. C’est ce que lui renvoient avec cruauté ses comparses : difficulté à se positionner, incapacité à entrer en conflit, un côté qui peut aller jusqu’à une certaine transparence. Même lorsque ses amis l’étiquettent à tort, et avec une consternante légèreté comme homosexuel, il ne se met pas en colère.  Mais ces facettes sombres sont l’envers d’une étonnante qualité d’empathie et d’écoute, d’une propension à la paix et à l’harmonie étonnante. Or cet homme qui par souci d’éviter un conflit a caché un lourd secret à ses amis durant des années, va du coup être à l’origine de l’explosion finale, faute d’avoir à temps affronté le problème. On en dira pas plus, mais il paraît probable que cet homme aimanté par une femme de façon tout à fait singulière, soit en sous-type tête-à-tête.

3327124-3Elisabeth, sœur de Vincent et femme de Pierre, est un personnage dont il n’est pas si facile de chercher la base car son rôle de mère de famille débordée et peu reconnue pour ce qu’elle fait vient parasiter l’analyse. On pourrait la voir en 2 à certains aspects, mais elle n’en n’a ni le côté  structurellement envahissant, ni la part conjoncturellement agressive. Il se pourrait qu’elle soit de base 4 dans une version assez sobre, comme le sont une bonne partie des personnes de base 4, contrairement à ce que disent les livres. Valérie Benguigui incarne une femme de cœur, dont le ressort profond est émotionnel (comme on le voit pour son travail de professeur de français), qui se sent profondément incomprise et qui peut parfois manquer de logique. C’est surtout dans la seconde partie du film, et notamment à la fin, que se dévoile une femme qui souffre de manque de lien avec un mari en retrait et un frère autocentré, et surtout qui vit très mal le manque d’authenticité de celui qui avait le statut de son meilleur ami, confident de cœur. Se révèle alors le rejet du 4 de tout ce qui est superficiel, notamment des rapports avec sa belle-sœur, mais aussi une présence émotionnelle qui désarçonne les protagonistes. Lorsqu’elle s’adresse à chacun apparaît aussi un sous-type tête-à-tête  pour lequel la rivalité (avec son frère ou sa belle-sœur) est très présente, avec à sa manière une indéniable séduction.

3327124-8Finissons avec Anna, femme de Vincent qui arrive un peu tard dans la soirée et dont le rôle est moins important, incarné par Judith El Zein. Celle que son mari appelle « la bombe » pourrait bien être de base 6, avec une violence verbale très ajustée, mais très destructrice au fur et à mesure que l’action se tend. Loyale avec la famille de son mari dans le choix du prénom de l’enfant, elle se sent trahie dans sa fidélité lors du quiproquo et se défend en attaquant. Le personnage gagne de l’épaisseur quand est dévoilé le lien qui la lie à Claude et à Françoise, la mère de Vincent et Elisabeth. Une problématique complexe apparaît autour de la confiance et de la trahison, avec un mélange d’humour et d’agressivité, de volonté d’apaisement et de saillies imprévisibles. Un sous-type tête-à-tête en 6 dit force et beauté est assez plausible.

Reste Françoise, que l’on ne fait qu’entendre ou plutôt deviner au téléphone et voir dans un flash-back éloquent. Intrusive, ultra-présente, on pourrait évoquer du 8 ou du 2, mais les éléments d’analyse sont trop minces pour se risquer aux hypothèses. En revanche un sous-type tête-à-tête n’est pas improbable pour cette étonnante séductrice !

Au cinéma comme dans la vie, le rire peut être un joli mécanisme de défense mais aussi un moyen de mise à distance qui permet l’approfondissement : ainsi la comédie peut révéler le fond de l’être parfois mieux qu’une tragédie. Voir ou revoir ce film à la lumière des caractères de l’ennéagramme donne de nouvelles raisons de rire mais surtout nous fait aimer davantage les personnages parce que l’on s’approche un peu plus ainsi de leurs ressorts profonds.

Une Palme d’or au cœur du sujet

imgresWINTER SLEEP
un film de Nuri Bilge Ceylan
Palme d’or 2014

Cette année la palme d’or de Cannes a été décernée à un chef d’œuvre du septième art, Winter Sleep du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan, dont certains ont déjà vu et aimé Uzak ou Les Climats. On ne dissertera pas ici des qualités esthétiques de ce film – photo, direction d’acteurs, science du champ/contrechamp – mais on s’attachera à l’analyse ennéagrammique des trois personnages principaux dont la subtilité est remarquable.

1Inspirée de nouvelles de Tchekov, Winter Sleep met en scène dans une intrigue aussi mince que tendue, un personnage principal, Aydin. Acteur de théâtre en retraite, il gère un petit hôtel troglodyte en Cappadoce, écrit quelques papiers pour le journal local et repousse au lendemain l’écriture d’une histoire du théâtre turc… A ses côtés sa jeune épouse Nihal, avec laquelle il ne partage plus grand-chose et qui se dépense sans compter dans les actions caritatives ; et sa sœur Necla, récemment divorcée, qui vit avec eux. Un jet de pierre sur une vitre de voiture, une lettre reçue par Aydin vont déclencher un séisme qui va faire tomber les masques.

2Aydin nous apparaît comme un prototype du type 7 avec ses côtés attachants et détestables. Charmeur, débonnaire, sympathique, Aydin se révèle aussi d’un égoïsme forcené, d’une lâcheté pitoyable, et s’avère être un parfait velléitaire, incapable de mener à bien ses projets, tout en étant très arrogant et sûr de son intelligence. On voit bien ici que le 7 appartient à la triade mentale, même si son incapacité à persévérer dans l’effort l’empêche de produire ce qu’il pourrait. On voit aussi combien le 7 est marqué par la peur comme tous les mentaux, et en particulier la peur de souffrir qui est la marque du 7, et dont une des premières scènes est la parfaite illustration : au moment d’un conflit entre son homme à tout faire et un de ses locataires avec lequel il est en procès, Aydin reste à distance, ne s’implique pas, laisse faire, littéralement pétrifié par la scène. Ce 7-là aurait une forte aile 6 qui fait de lui un 7 moins en prise sur le réel que le 7 à aile 8, et plus en proie en doute, mais aussi à la nuance. Une flèche 5 semble également manifeste chez Aydin qui lui fait trouver du plaisir à se réfugier dans son bureau devant son ordinateur, mais sans arriver à aboutir. Sa flèche 5 viendrait ainsi au service de son 7 soucieux de son plaisir. Là où le personnage est magistral c’est qu’il montre dans ce 7 un mélange inouï d’égoïsme individualiste et de dépendance des autres dans la recherche de son plaisir qui peut paradoxalement susciter en lui des attitudes que l’on pourrait prendre pour de l’abnégation.

imagesNihal, interprétée par la belle Melisa Sözen, pourrait bien être le prototype d’une 4 introvertie, avec une belle aile 5. Toujours en avance sur son mari et sa belle-sœur dans la compréhension des émotions (il suffit de voir la scène terrible dans laquelle le petit garçon qui a brisé la vitre de la voiture présente ses excuses), elle est capable, acculée par l’arrogance d’Aydin, de l’exécuter en quelques mots, avec une profondeur de jugement magistrale. Mais son aile 5 tempère son 4 qui, on le comprend au fur et à mesure du film, bouillonne à l’intérieur et s’extériorise de manière déroutée grâce à une forte flèche 2 qui la pousse à vouloir sauver la planète, en tous cas la Cappadoce. On voit clairement combien son engagement humanitaire est avant tout une manière pour elle d’exister à travers les émotions fortes que son mariage ne lui donne plus. Mais cet altruisme est un leurre. Nihal est centrée sur elle-même et Aydin n’a pas tout à fait tort de lui reprocher une forme d’ingratitude. Nous entrons ici au cœur des difficultés et de la souffrance d’un couple 4/7 qui peut parfois tourner à la lutte de deux narcissismes.

UNNAMED_crop_cropQuant à Necla, elle nous apparaît comme un archétype de base 6. Prise entre sa loyauté vis-à-vis de sa famille et la suspicion envers elle, Necla joue une partition bien connue des 6, passant d’une sorte de soumission (elle n’est ici que la pièce rapportée) à une agressivité sans pareille. La manière dont elle crache son venin à sa belle-sœur et à son frère, avec un art de la parole stupéfiant, illustre cette capacité du 6 à exceller dans une forme de violence verbale dont il est maître. Elle flaire l’imposture chez Aydin comme personne : un vrai chien de chasse qui va faire sortir du bois celui qui veut faire illusion ! Elle attaque sa belle-sœur aux endroits qui font mal, avec un grand sourire. Et en même temps, elle est prête à se soumettre à son ex-mari qui l’a bafouée et à s’humilier pour le retrouver. Ce mélange de soumission et de violence est typique de la base 6. Le personnage de Necla en traduit bien toute l’ambivalence.

La richesse des caractères de Winter Sleep, sa plongée dans les eaux profondes de l’homme intérieur, une fin qui ouvre à tous les possibles sont des signes de la qualité de ce film surprenant vers lequel il faut courir tant qu’il demeure sur les écrans. Ce qu’il dit de l’humanité souffrante l’est avec un génie qui évoque irrésistiblement le grand Bergman, qui sait si bien souligner les ombres. La justesse des personnages, leur traitement sans concession peut dérouter, gêner, questionner; il est en tous cas, par quelque bout qu’on le prenne, une occasion de remise en question de soi, qui engage à chercher la lumière.

Le kangourou : métaphore de la base 6

2 (2)_crop

 

LE KANGOUROU

par Laurence, de base 6

Petit kangourou à la peau soyeuse, j’aime mon sweet home, avec ses rangées de livres sur les étagères, mon canapé douillet  et mon bureau à multiples tiroirs qui abritent mes secrets. Deux chats câlins qui aiment faire leur sieste tout contre moi viennent compléter le tableau, et c’est la béatitude qui me gagne. Au chaud dans mon cocon, que pourrais-je craindre?

2La crainte, parlons-en… Amie encombrante, obtuse intruse, déclinée à tous les temps et surtout au futur : si je prends cet itinéraire, trouverai-je la bonne sortie d’autoroute ? Ce bruit bizarre sous le capot, n’est-ce pas une panne gravissime qui va ruiner mon budget ? La lettre recommandée qui m’attend à la poste, ne serait-ce pas les impôts? L’URSSAF ? J’ai dû oublier un chiffre dans une colonne, un papier à renvoyer dans les délais !

Ma gorge se serre, mon cœur bat la chamade, me voilà prêt à enfiler mes gants de boxe pour monter sur le ring et me sortir de la supposée situation pénible avant même de savoir de quoi il retourne… Cette petite plaie, là, elle ne guérit pas vite… Cette petite boule, juste sous la peau, qui roule sous mes doigts… Une tumeur, peut-être ? Comment ferais-je si je devais me soigner ? Et mon travail ? La mécanique de mes pensées s’emballe, et  je m’organise déjà en pensée au cas où.

La peur… Un étau qui se referme, un piège qui claque en grinçant à mes oreilles, fait froncer mes sourcils dans une physionomie tendue et inquiète… Vite, entendre une voix amie, un conseil chaleureux qui va me redresser, me booster : « Tu ferais quoi, toi? » Oserai-je donc me poser un jour la question : « Et toi, que décides-tu de faire, pour toi ?

Souvenir d’une trahison d’enfance, départ aussi brutal qu’inexpliqué, qui a laissé une cruelle empreinte. Alors, cet ami qui se dit fidèle, dit-il toute la vérité ? Et je teste, me renseigne, avance puis recule. Comment donner ma confiance? Cet amoureux, qui s’approche de trop près sans y être invité, ses mots sont-ils vrais, ses intentions sont-elles nobles ?

« On verra »… Quel cauchemar que ces mots, moi, je ne puis attendre, je veux savoir maintenant ce que toi, en face, tu veux et penses, ressens, et je veux que tu me  le dises, savoir qui tu es, quitte à jurer connaitre tes pensées pour que tu te livres davantage. J’aime la lumière, la vérité, une route nette et dégagée, des sentiments qui se disent et s’expriment avec délicatesse mais sans fard, en pleine clarté.

Et quand j’aime, jamais je ne compte ! Aucun mur à franchir ne m’arrête (pas même celui d’une école militaire gardée par des sentinelles armées, au milieu de la nuit)… Une cause à défendre, et je serre les poings dans mes gants de boxeur, brandis les étendards en première ligne. Aucune bataille à laquelle je crois ne me fait alors peur et me voilà prêt à encaisser les coups sans férir. Rien ne me fait tant vibrer que de défendre le faible ou le rejeté, lorsque j’y crois de tout mon être…

Mais attention, ne me décevez pas, ne me trahissez pas, ne piétinez ni mon rêve, ni mon idéal… Contre vous, avec la même fougue, je me dresserai alors, ou vous tournerai le dos avec mépris et une colère sourde, dans une volte face sans retour.

Downton Abbey à la lumière de l’ennéagramme

1 (2)

Il y aurait bien à dire sur cette série déjà culte, et notamment sur la finesse de sa qualité de reconstruction historique et sociale, sa réussite esthétique : décors, costumes, scénario, dialogues, réalisation, mais surtout photo et qualité du jeu des acteurs. Nous choisissons ici d’aborder Downton Abbey par le versant de l’ennéagramme. Une telle palette de caractères suivis dans la durée et au gré de circonstances diverses est pain béni pour qui s’intéresse aux ressorts de la personne, sans interprétation ni jugement

Pain béni parce que la délicatesse de l’ennéagramme vient du fait que, selon la déontologie de la tradition orale, seule la personne peut attester de sa base car elle seule connait ses motivations propres. Prétendre les connaitre mieux qu’elle-même peut être non seulement blessant mais surtout servir de prétexte de toute puissance à notre ego. Or, aucun risque de ce genre n’est pris avec un personnage de fiction : toute liberté nous est donnée de le prendre comme objet d’étude afin d’affiner notre connaissance des caractères humains. Bien plus, il peut nous permettre de nous remettre nous-mêmes en question en nous interrogeant sur la raison qui nous fait réagir à tel ou tel personnage : si Lady Mary ou Isobel me sont tellement antipathiques, que cela veut-il dire de moi ? Qu’est-ce qui fait que je comprends si bien Lord Grantham ou Branson ? Pourquoi suis-je tellement touché(e) par Lady Sybil ou Lady Violet ?

En guise de préambule, nous voudrions prendre quelques précautions :
Toutes nos hypothèses sont… des hypothèses : elles sont le fruit de notre expérience mais aussi de ce que nous sommes. Personne n’est à l’abri d’un prisme trop étroit ! Et nous évoquerons seulement les types des personnages qui nous seront apparus avec une relative clarté.
– Nous tacherons de nous appuyer principalement sur les deux premières saisons afin d’éviter de révéler à ceux qui n’ont pas encore vu les saisons 3 et 4 la mauvaise expérience des spoilers.
– Toute la série est colorée de l’esprit de la société anglaise des années 1910-1920. On y retrouve le côté distant, réprimant ses émotions de la culture anglaise qui a souvent fait typer l’Angleterre comme une société de base 5. C’est donc une sorte de sur-couche 5 qui vient colorer chaque caractère et sans doute tempérer les plus extravertis. Par ailleurs, l’enjeu de la série étant la pérennité du titre et du domaine de Dowton, cette responsabilité rejaillit avec une teinte de base 6 sur les personnages principaux, que ce soit au sein de la famille Crawley ou même chez les domestiques.

19Lord Grantham, Robert Crawley, semble un assez bel exemple de type 9. Il n’aime pas être bousculé, apprécie plus que tout son confort et l’atmosphère – normalement – paisible du château. Sa présence à elle seule apaise et rassure. Plus que tout, il recherche l’harmonie et la paix. Il déteste les conflits et a du mal à s’opposer. Alors que la solution du mariage de Lady Mary avec Matthew apparaît comme la plus évidente, il ne fera rien pour influencer le choix de sa fille. C’est un rassembleur, un homme de consensus comme le montre son accueil paisible du nouvel héritier du nom. Mais l’on pointe en même temps le défaut du 9, dans une tendance à procrastiner au lieu d’agir : alors que son entourage le pousse à étudier une possibilité légale pour contester l’héritage de Matthew, il ne bouge pas. Sa force d’inertie est patente, mais s’il est bousculé (par exemple par l’attitude de sa benjamine Lady Sybil), ses colères peuvent être redoutables, quoique légèrement décalées. Une aile 8 et un sous-type en survie ne seraient pas impossibles.

8Son épouse Lady Cora pourrait être un bel exemple de type 4, dans un monde où l’expression de l’émotionnel est bridé. Bien que jouant admirablement son rôle de comtesse (en activant une flèche 1 tellement utile aux 4 en responsabilité), elle garde sa spécificité et son indépendance d’esprit. Elle n’oublie pas qu’elle est américaine et cultive cette différence avec tact. Même si elle joue le jeu de la haute société et de ses traditions corsetées, si elle met tout en place pour ne pas laisser paraître ses up and down (notamment au moment de la perte de son bébé), son regard ne trompe pas : tour à tour ému, tendre, bienveillant, il peut se faire cinglant et indigné. Beaucoup de choses passent chez elle par le non verbal car il ne s’agit pas ici de mentaliser comme en 5/6/7, la communication se fait par le cœur.

3Autre planète, celle des personnes de base 6, avec un personnage légendaire, la comtesse douairière, Violet Crawley, magistralement interprétée par Maggie Smith. Humour à couper au couteau, réparties assassines, elle défend le clan Crawley avec une fidélité sans faille et un sens du devoir inoxydable. Les rapports de Lady Violet et Lady Cora pourraient bien être emblématiques des relations 4-6 : là où l’une parle d’amitié et dialogue du regard, l’autre répond stratégie et envoie des piques en guise de manifestation d’affection.

16Dans les filles Crawley, laquelle préférez-vous ? Lady Mary est un des personnages les plus complexes de la série. Du feu sous la glace. Il se pourrait bien qu’elle constitue un bel archétype de base 3. Elle se dit « sans cœur », elle agit en pragmatique, mais on la sent à plusieurs reprises touchée au cœur. Ses aventures tournent autour de la problématique du mensonge et de la vérité, et d’abord vis-à-vis d’elle-même. On est en plein dans la tension intérieure de la base 3 qui, au cœur de la triade émotionnelle, évite ses émotions pour ne pas nuire à ses objectifs. Le mot challenge allume des étincelles dans ses yeux et son apparence est importante, plus précisément l’image que l’on peut avoir d’elle. Elle s’adapte à ce qu’elle croit que l’on attend d’elle avec parfois une innocence déconcertante. D’où le séisme que constitue son aventure avec M. Pamuk. Elle pourrait avoir une forte flèche 6 qui peut la conduire, pour le meilleur à refuser un certain conformisme 3, ou pour le moins bon à être bien indécise dans ses affaires de cœur.

6Lady Sybil, la benjamine, pourrait être une belle représentante de la base 7. Elle étouffe dans le cadre contraignant de Downton et elle a besoin de s’en évader. Tout est bon pour cela : apprendre à cuisiner, chercher du nouveau dans l’excitation des mouvements politiques, devenir infirmière pendant la guerre, faire sauter les cadres avec Branson… Elle met ainsi en lueur cette curieuse mais récurrente confusion possible entre les personnes de base 7 et 2 : même dynamisme, même souci de faire plaisir, même goût de l’occupation (pour ne pas s’ennuyer en 7, pour aider en 2) ; avec cette spécificité en 7  de vaquer dans le monde de la souffrance des hôpitaux sans en paraître affecté. Un besoin de liberté conjugué à une légèreté qui pourrait parfois être superficielle. Sa fugue avec Branson est emblématique : elle accepte de revenir pour quelques jours chez elle afin de ne pas trop peiner ses parents et par conséquent de ne pas trop souffrir… tout en garantissant sa porte de sortie !

29 (2)Branson… idéaliste, homme du tout ou rien, il ne vit que par sa passion pour ses idées puis par sa passion pour Sybil : leurs points communs ? La fuite de la routine et du figé, la recherche du nouveau, le combat pour des causes belles mais un peu utopistes. La suite de la série ouvrira sur la possibilité d’un sous-type social du type 4 : tiraillé entre son désir de singularité et son aspiration à être reconnu à Dowton, il est en permanence habité par la honte de n’être pas de ce monde-là tout en désirant en être et en travaillant à sa pérennité.

5Venons-en à notre héros, Matthew, vraisemblablement de type 5 – comme le pays à l’origine de la série, tiens, tiens… Son arrivée à Downton est assez symptomatique. Il manifeste son souci d’indépendance de manière nette : besoins matériels minimalistes, jalousie de son intimité, il a du mal à dépendre des soins d’un valet et n’y consentira que par délicatesse pour Lord Grantham. Sa visite de l’église avec Lady Edith est délicieuse : alors que la jeune fille cherche à établir du lien, Matthew est là pour échanger informations et connaissances culturelles… Discret et sensible, un sous-type en tête-à-tête pourrait expliquer son cœur passionné mais ne va pas jusqu’à lui permettre de déclarer sa flamme. Pas étonnant que les relations amoureuses entre Lady Mary et lui mettent du temps à se mettre en place avec deux bases, 3 et 5, qui ont pour souci premier de se protéger des manifestations émotionnelles…

20Le monde des domestiques est dirigé par deux magnifiques personnes de type 1 : Carson et Madame Hughes ! Rien n’est laissé au hasard par l’un ni par l’autre : véritables chefs d’orchestre d’un monde qu’ils voudraient toujours plus parfait, ils assurent le bien être et la bonne place de chacun jusque dans les moindres détails. Le travail est la valeur suprême et la colère intérieure est là, dans le regard ou dans l’expression quand les personnes ou les choses ne sont pas à leur place, mais elle ne sort que de manière maîtrisée. Le sens du devoir les pousse à sans cesse se sacrifier, jusqu’à pour Madame Hughes renoncer au mariage et pour Carson jusqu’à s’éreinter à la tache et n’écouter la fatigue de son corps que quand celui-ci le lâche. Au fur et à mesure des saisons, nous les voyons évoluer grâce aux ressources additionnelles de leurs flèches 4 et 7, vers moins de rigidité et plus de légèreté. On se prend à espérer que lors des saisons suivantes, ils puissent faire preuve de la même tendresse vis-à-vis d’eux-mêmes que celle qu’ils manifestent l’une à Ethel, l’autre à Lady Mary…

7Bates est un personnage énigmatique. D’une loyauté infaillible (jusqu’à laisser croire au comte qu’il le trahit pour ne pas le mettre en difficulté), son regard est d’une grande douceur et il ne tarde pas à attirer la compassion et l’amitié de – presque -tous. Pourtant, tout un pan de sa vie échappe et le peu qui affleure laisse envisager une violence latente. C’est comme s’il gardait jalousement un jardin secret, comme s’il craignait une lumière dont il ne pourrait pas maîtriser les effets. « Je suis un inquiet et les inquiets s’inquiètent » laisse-t-il échapper. Nous pourrions être face à l’ambivalence bien caractéristique de la base 6. La suite nous en dira sans doute davantage…

30Anna sa bien-aimée, attentionnée et compréhensive, pourrait être de type 2. Mais c’est Isobel, la mère de Matthew, qui remporte la palme dans ce domaine, avec vraisemblablement une aile 3. Incapable de retenir sa pulsion d’aider les autres jusqu’à prévenir leurs besoins avant qu’ils n’en aient eux-mêmes conscience, son incroyable énergie fait sa force et sa faiblesse. Sa force, car elle sait d’instinct ce qui peut sauver tel malade, transforme Dowton en hôpital de campagne pendant la guerre, sait repérer les talents et les mettre en valeur. Sa faiblesse, car elle a du mal à se donner des limites, finit par étouffer son entourage et succombe à la tentation de se vouloir indispensable. « Vous comprendrez que j’ai besoin d’un minimum de reconnaissance pour rester », dit-elle à Lady Cora. Il ne sera pas difficile à cette dernière de trouver le moyen de lui faire développer ses talents loin de Dowton Abbey…

4Thomas et O’Brien sont les âmes damnées de Downton. Thomas semble illustrer un type 3 sans scrupule : manipulateur et fourbe, il met tout en oeuvre pour la réussite de sa promotion. O’Brien, beaucoup plus mentale, pourrait être de type 6, à aile 5. Calculatrice froide, elle anticipe avec virtuosité, mais elle est parfois victime de ses projections abusives. Le scénario catastrophe qu’elle construit à l’encontre de Lady Cora et qui lui fait croire que celle-ci veut se débarrasser d’elle, est typique.  A la différence de Thomas, le remord a de la prise sur elle et elle mettra d’autant plus d’énergie à être loyale à Lady Cora qu’elle aura été coupable du pire vis-à-vis d’elle.

imagesEt pour finir, comment ne pas voir en base 8 l’inénarrable cuisinière Mrs Patmore ? Colérique, d’une énergie incroyable, elle œuvre à masquer ses faiblesses et protège, à sa manière, sa petite équipe. Dans un autre univers, sir Richard, puissant patron de presse et fiancé de Lady Mary, serait un 8 dominant, ne respectant aucune règle, à la finesse discutable et qui envisage toutes les relations à l’aune des rapports de force.

6Que nous dit aujourd’hui cette grande fresque des personnalités en matière de connaissance de soi et de compréhension des autres ? La première évidence, c’est que toutes les bases sont belles : il n’y en a pas de bonne ou de mauvaise. Chacune a sa part d’ombre et de lumière, contribue à la beauté du monde et lui apporte sa vision et ses compétences. Quelle qu’elle soit, nous restons libres d’en user pour le meilleur ou pour le pire.

9De la même manière, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise alliance des bases : le secret d’une alliance réussie passe par la reconnaissance de ses propres talents et failles et l’accueil de l’autre tel qu’il est. Comment ne pas penser que plusieurs des situations de blocage de la série auraient pu être évitées si les protagonistes avaient eu conscience de ce qui les animait l’un l’autre ? C’eut peut-être été dommage en l’occurrence : on ne fait pas de bonnes séries sans bons imbroglios !

Mais dans la vraie vie, mieux se connaître soi-même permet de développer ses talents propres en se gardant des dommages afférents et mieux comprendre l’autre aide à la miséricorde et pourquoi pas, à la compassion. On aime encore mieux les personnages sympathiques quand on connait leurs ressorts. Et même les plus antipathiques, lorsque leur lutte intérieure est entraperçue, n’ont plus le même visage à nos yeux.

 

Le labrador : métaphore de la base 6

10629636_965297323512051_4218197700004247673_nLE LABRADOR

par Catherine, de base 6

Le labrador est un chien fidèle, qui a besoin d’affection et de sécurité de la part de ses maîtres, et qui dès lors, se montre épanoui.

Il aime bien qu’on lui témoigne de la confiance et d’ailleurs on peut compter sur lui car il est prudent et fiable.

C’est pour cela qu’on n’hésite pas à le former comme chien d’aveugle.

Il apprécie l’encouragement.

Il n’aime pas l’agressivité, les brusqueries, les incohérences des ordres, l’injustice, la duplicité. Trop exposé à un tel climat, il perd sa joie de vivre, son poil perd sa brillance et sa douceur. Les oreilles basses, les yeux tristes, il devient craintif, perd confiance en lui, nerveux, voire agressif.

Il n’aime pas les situations conflictuelles mais, si nécessaire, il s’affirmera sans se laisser marcher sur la patte.

Il flaire assez bien quand il doit rester sur ses gardes. En effet, tout le monde n’est pas digne de confiance. Mais une fois engagé envers vous, il est d’une loyauté à toute épreuve.

En général calme, observateur de la situation avant le passage à l’acte, il n’aime pas la pression. Mais il n’hésite pas à réagir promptement en cas de danger ou d’urgence.

Il est plutôt posé, d’un comportement équilibré et docile, avec maîtrise de soi et essaie de s’adapter aux situations et aux personnes.

Il est plutôt accueillant, discret et de bonne humeur, surtout s’il sent autour de lui qu’on ne lui met pas la pression.

Quand on lui confie une responsabilité, il l’assume non sans quelque anxiété, mais fidèlement et sérieusement. Il est plutôt sécurisant pour les autres.

Ainsi, chien guide d’aveugle, il évitera les obstacles et vous mènera à bon port en prenant les bons moyens, vous pouvez compter sur lui.

Il aime les situations claires, sans ambiguïté.

Ainsi, pour traverser un carrefour, il a horreur des ronds-points car il ne sait à qui se fier : les conducteurs étant en général pressés et distraits, il n’est pas sûr, il a des doutes. Il préfère de loin des feux. Là, il sait qu’il peut traverser.

Il est résistant au travail et n’osera pas se détendre tant qu’il sentira le harnais sur son dos car il a le sens des responsabilités.

Il faut penser à le lui retirer pour qu’il comprenne qu’il a « temps libre ». Il aimera alors avoir des moments de calme avec un bel os à ronger.

Il aura aussi besoin de se dépenser dans la nature : il aime à courir après un lapin, les papillons, respirer chaque fleur.

Il aime aussi l’aventure et prendre un sentier de découverte. En récréation, il est plutôt joyeux, joueur et taquin. Attention, si une chose capte fort, très fort son intérêt (style plan d’eau), rien ne l’arrêtera si vous le laissez faire. Si vous vous y opposez, il montrera bien quelque entêtement.

Il est tenace aussi quand il est sûr de son droit et qu’il agit pour son bien ou celui d’autrui.

Il est parfois maladroit, ne se rendant pas toujours compte de sa force ou de son énergie mais il ne fait pas exprès de vous faire mal.

Il saura aussi protéger le plus faible : si un chaton est venu s’endormir dans son giron, il fera tout pour éviter de le réveiller, quitte à renoncer à ce qui lui plaît.